LA TRIBUNE FONDA N°244
décembre 2019
Les invisibles de la santé

La Tribune Fonda n°244 aborde le thème des inégalités d'accès aux soins et à la santé.

Elle met en avant des combats menés par des acteurs du monde associatif, ainsi que leurs propositions et solutions pour promouvoir et développer un accès universel et inclusif à la santé.

 

Commander

La Tribune Fonda existe aussi sous la forme d’une revue imprimée. Pour recevoir la revue n°244 « Les invisibles de la santé », nous vous invitons à passer commande en ligne.
Commander la revue

Abonnement

Pour accéder à l'intégralité des articles de la Tribune Fonda dès leur publication, abonnez-vous !

Vous y trouverez chaque trimestre des éclairages inédits et inspirants sur les évolutions du monde associatif et de l’économie sociale et solidaire.

Je me connecte
À partir de 10 € par an.

L'État social est une nécessité

Édito écrit par
Nils Pedersen
Président de la Fonda


Avec ce numéro, nous clôturons la première phase des ateliers du Faire ensemble, trois communautés d’action centrées sur l’« éducation pour tous », la « transition énergétique » et la « santé inclusive ». Ouverts aux associations et à leurs partenaires, ils ont permis de répondre à différents défis posés par les Objectifs de développement durable (ODD) et de se projeter dans l’Agenda 2030 porté par l’ONU.

Le fait que la communauté Fonda ait accordé une place importante à la santé dans le cadre de ses travaux sur les ODD ne relève pas du hasard. Dans les débats ambiants qui enflamment la sphère médiatique et le microcosme des réseaux sociaux, les Français positionnent la santé comme la première de leurs priorités1 . La crise actuelle des urgences confirme, si besoin était, que la santé est l’un des piliers de notre vivre-ensemble. Les raisons de s’inquiéter sont d’ailleurs légitimes, alors que la progression de l’espérance de vie des Français ralentit depuis 2011. Cette tendance n’est pas propre à notre pays2 : aux États-Unis, l’espérance de vie est en baisse de façon inédite depuis la grande épidémie de grippe de 1918.

D’autres indicateurs doivent nous préoccuper : si nos dépenses de santé représentent 11,2 % du PIB (derrière la Suisse, l’Allemagne et paradoxalement les États-Unis), leur croissance est contenue à 0,8 % par an, contre un taux moyen de 2,4 % pour l’ensemble des pays de l’OCDE 3 . De même, la densité médicale en France a augmenté moins rapidement que dans la plupart des pays, alors même que notre population vieillit, entraînant mécaniquement une hausse des besoins de santé : en 2050, le vieillissement devrait se poursuivre en Europe avec une part des personnes de soixante-cinq ans et plus proche de 30 %, soit une augmentation de près de dix points par rapport à aujourd’hui 4 .

Les conclusions des travaux de l’OCDE mettent ainsi clairement en évidence « l'importance d'assurer une couverture d'assurance maladie appropriée à l’ensemble de la population ainsi qu’une répartition géographique adéquate des services de santé afin de garantir l'accès aux soins ». Pourtant, derrière tous ces indicateurs, il y a des réalités humaines et territoriales qui ne peuvent nous satisfaire, comme le retour de la tuberculose, maladie que l’on croyait éradiquée en Europe, au cœur de nos villes5 .

En 1945, Ambroise Croizat lançait l’idée d’une protection sociale pour laquelle « chacun cotiserait selon ses moyens et recevrait selon ses besoins 6 ». Ce socle républicain repose sur deux valeurs que sont l’universalité et la solidarité. Le préambule de la Constitution de 1946 affirme également le droit à la santé. Soixante-treize ans plus tard, la liberté d’entreprendre nous est vantée comme le seul moteur de l’émancipation. Elle n’est pourtant pas une garantie suffisante pour assurer le progrès social.

La récente instauration d’un délai de carence de trois mois pour les demandeurs d’asile pour pouvoir bénéficier de la Sécurité sociale ou encore la remise en cause partielle de l'aide médicale d’État (AME) vont encore plus paupériser les populations marginales. Croire que cela ne concerne que les autres est un leurre. Dans une récente étude, Médecins du Monde constate, à travers ses centres de santé et missions mobiles, que 82,9% des personnes qui ont droit à une couverture maladie n’en bénéficient pas7 . La santé est un droit universel. Tout le monde a le droit d’être soigné. C’est pourquoi l’État social est une nécessité. Il a vocation à garantir à chacun une santé de qualité, pour construire le futur de notre propre pays.

Investir dans la santé, c’est en premier lieu investir dans le capital humain. C’est aussi se préoccuper de l’autre. N’est-ce pas cela faire société ? Inclure jusqu’aux invisibles au cœur de notre pacte républicain.
 

  • 1Sondage IFOP paru dans le JDD du 26/10/2019.
  • 2Panorama de la santé 2019 : les indicateurs de l'OCDE – Comment la France se compare ?, 7/11/2019.
  • 3 Ibid.
  • 4« Le vieillissement de la population et ses enjeux », fiche d’analyse de l’Observatoire des territoires, CGET, 2017.
  • 5Bérénice Rocfort-Giovanni, « La tuberculose, "maladie de la pauvreté", fait son retour en France », in L’Obs du 30/11/2019.
  • 6Yves Lochard et Colette Bec, C'est une révolution que nous ferons, 2019. Pierre Laroque pilota la mise en oeuvre de la Sécurité sociale sous l’autorité de son ministre de tutelle, Ambroise Croizat. C’est à lui que semble attribuée cette citation.
  • 7Médecins du monde, Le Droit d'être soigné, 11/10/2019.