Rapport d'activité 2025 de la Fonda

Édito de Charlotte Debray, déléguée générale de la Fonda
En 2021, la Fonda s’est dotée de priorités stratégiques 2022-2026. Charlotte Debray, déléguée générale de l’association, résume le rapport d’évaluation établi avec le Conseil d’administration et les partenaires.
En 2021, notre association a réinterrogé en profondeur son projet associatif, afin de s’assurer de sa pertinence, de l’efficacité des actions conduites, et du respect des règles et des principes d’action dont la Fonda s’est librement dotée.
Le contexte était très particulier : passée la sidération due à la restriction des libertés (pour notre bien et quoi qu’il en coûte…), la crise sanitaire liée au COVID-19 avait aussi mis en lumière l’étonnante capacité des personnes et des collectifs à s’organiser pour faire face. De formidables élans de solidarité ont été observés partout sur le territoire, mettant en lumière la diversité des formes d’engagement, bien au-delà du bénévolat associatif, ainsi que la nécessité d’un numérique éthique pour soutenir ces engagements.
Le « monde d’après » semblait à portée de mains : fidèle à son attitude prospective et à son optimisme stratégique, le conseil d’administration de la Fonda s’est mobilisé pour revisiter ses fondamentaux, se renouveler dans sa composition et son fonctionnement, afin d’amplifier les effets de son engagement pour la cause des associations
Deux priorités stratégiques : éclairer et transmettre
Fruit d’un travail d’élaboration collective, le projet stratégique adopté en assemblée générale en 2022 mettait l’accent sur deux priorités pour permettre aux citoyens engagés, aux associations et à leurs partenaires de jouer pleinement leur rôle dans la construction du monde d’après.
- Garder un temps d’avance, grâce à la prospective participative, éclairer les transformations en cours et les ruptures possibles, afin de mieux s’y préparer.
- Transmettre, grâce à l’accompagnement et la formation, un ensemble de méthodes et outils, pour structurer les coopérations entre acteurs engagés dans l’intérêt général et en valoriser les effets.
Le geste associatif, régénérateur de biens communs
Ces axes stratégiques ont structuré l’action de la Fonda durant cinq ans, au service de valeurs et d’une vision partagées. En soi, le geste associatif a de la valeur : il repose sur la mise en commun de connaissances, il favorise les apprentissages, notamment ceux de la délibération collective, il encourage la mutualisation de ressources, il permet la participation et le développement du pouvoir d’agir des individus et des systèmes d’acteurs dans lesquels ils sont engagés, ce dans un but non lucratif.
En outre, le fait associatif crée de la valeur sociale. Les associations contribuent massivement à la réponse aux besoins existentiels des personnes : habitat, éducation, santé, lien social, culture, environnement, etc. À ce titre, peu de politiques publiques ne sauraient se déployer sans l’apport des acteurs de l’Économie sociale et solidaire (ESS).
De plus, les associations renouvellent et enrichissent les ressources mises en commun : elles régénèrent le common-pool resource, comme dirait Elinor Östrom.
Cela pour de bonnes raisons : la résistance à la fragmentation et la polarisation de la société, la lutte contre les logiques de domination et de prédation, la réduction des inégalités, l’éradication des discriminations, l’atténuation du réchauffement climatique et l’adaptation à ses effets systémiques sur une société vieillissante, et bien évidemment, la préservation de la vitalité de nos démocraties européennes.
Le monde d’après était sous nos yeux
Nous avons exécuté le programme de travail prévu, contre vents et marées. Nous pouvons être fiers d’avoir creusé le sillon de la coopération stratégique, et d’avoir suscité ou structuré le réflexe du Faire ensemble dans des réseaux associatifs, et même dans certaines politiques publiques comme Guid’Asso ou les nouveaux Contrats de villes.
De ces expérimentations, pilotées avec doigté par Bastien et facilitées par l’amicale férule de Quentin, nous avons tiré une grammaire commune : un vocabulaire, une démarche, une méthode, une posture, qui sont désormais la base de notre offre d’interventions et de formations.
Cela dit, force est de reconnaître un échec, celui des Objectifs de développement durable (ODD) qui ont totalement disparu de l’agenda international. Comme dit Yannick, « un échec paradoxal puisque la méthode des ODD est la bonne : fixer des objectifs à grande échelle et aider les acteurs à s’organiser à leur niveau pour les atteindre ».
Un échec que l’irruption brutale des Intelligences artificielles (IA) génératives, la montée inexorable des idées d’ultradroite et l’enchaînement des crises écologiques et géopolitiques peuvent expliquer. Mais pas seulement : il y a aussi cet aveuglement persistant au sujet de la formidable contribution des citoyens engagés et des acteurs associatifs à la production des biens communs existentiels, sans lesquels ni l’économie ni la démocratie ne peuvent fonctionner.
C’est pourquoi les exercices de prospective participative que nous animons restent indispensables. Comprendre les causes et les conséquences des tendances lourdes, des ruptures, des reculs et des inerties, est nécessaire pour contrer le risque d’instrumentalisation voire de disparition de l’engagement associatif.
De 2022 à 2025, la Fonda a mobilisé plus d’une centaine de personnes et d’organisations dans différents espaces d’Intelligence associative (la seule IA qui compte vraiment). L’ouvrage Vers une société de l’engagement ? paru en avril 2025 rend compte de cette démarche prospective qui a suscité plus de 900 participations, sous la conduite dynamique d’Hannah — qui nous manque déjà. Le travail continue désormais avec Anna, en éclairant une forme d’engagement sous les radars : celui des proches aidants.
L’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage
Oui, nous pouvons être fiers du chemin parcouru, tant sur le terrain qu’en interne. Mais nous n’avons pas réussi à donner à nos projets l’ampleur que nous aurions pu attendre. C’est une des causes et des conséquences de la fragilité de notre modèle économique : nous ne sommes « incontournables » que dans un écosystème qui reste restreint.
Depuis octobre 2025, la Fonda rencontre ses partenaires et je pourrais résumer, avec une pointe d’humour, ces échanges ainsi : « La Fonda est attentive, bonne participation, solides acquis. Montée en compétences coopératives avérée. Vos interventions sont pertinentes, pas toujours faciles à suivre, et encore timides, malgré des progrès. Ne vous découragez pas, travaillez en groupe, et donnez-vous les moyens de votre ambition ! ».
Plus sérieusement, nous pouvons saluer, sans forcément nous en réjouir, notre efficience par défaut, c’est-à-dire notre capacité à atteindre nos objectifs avec des moyens non seulement modestes, mais aussi en baisse. Au fait, nous n’avons plus d’équipe influence et communication, ce n’est pas tenable ! Heureusement, notre équipe permanente est compétente, solidaire et investie, et sa résilience tient beaucoup aux apports de Diane et Myriam, mes discrètes, mais précieuses collègues du « support », toujours vigilantes et constructives.
Je ne peux terminer cet édito sans remercier les membres du Conseil d’administration, et tout particulièrement Alain, le trésorier, et Yannick, le président, toujours disponibles et attentifs, et tous les autres bénévoles : Nils, Louise, Gabriela, Agathe, Élodie, Stéphanie, Roger, Amélie, Laurent, Yaële, Caroline, Camille, Suzanne, Sébastien, Bernard, Sophia, Isabelle, Pierre et Pierre, Jean-Pierre, Philippe et Philippe, Salimata, Paul, Thierry, Michel, Valérie, Marion, Mickaël, Marie, Alexei, Antoine et tant d’autres alliés investis pour maintenir le cap et manoeuvrer dans la tourmente de cette affreuse année 2025.
Grâce à eux, à nos alliés de la philanthropie citoyenne et à nos généreux donateurs, l’année 2025 ne se solde pas si mal par rapport aux prévisions, et plus encore par rapport à d’autres associations qui souffrent également. Une mobilisation massive par laquelle vous avez été nombreux à signifier votre attachement à notre association et à souligner la valeur de son travail. Une citation m’a hantée tout au long de l’année. À la fin de La haine, de Mathieu Kassovitz, une voix résonne : « C’est l’histoire d’une société qui tombe, et qui, au fur à mesure de sa chute, se répète sans cesse, pour se rassurer : jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien… Mais l’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ». Dorénavant, à mes yeux, l’important, c’est la suite !
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