LA TRIBUNE FONDA N°238
juin 2018
ODD : quelles alliances pour demain ?

La Tribune Fonda n°238 revient sur l'Université de prospective Faire ensemble 2030, organisée par la Fonda en mars 2018 pour interroger les liens entre action associative et Objectifs de développement durable (ODD).

Vous retrouverez également dans ce numéro, sous forme d'analyses, lectures ou cas pratiques, d'autres éclairages sur les transformations du fait associatif. Bonne lecture !

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Conjuguer l'innovation sociale au futur durable

Édito écrit par
Nils Pedersen
Responsable mécénat, président de la Fonda


« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs  »1.

Seize ans plus tard, ce discours au Sommet de la Terre prononcé par Jacques Chirac résonne avec toujours autant d’actualité, alors que Donald Trump a signifié sa volonté de désengager son pays de l’Accord de Paris de la Convention-cadre des Nations-unies sur les changements climatiques, pourtant approuvée par 195 pays, à l’initiative de la France. 

Faudrait-il dès lors se résigner devant cette urgence climatique ? Certainement pas. Pour autant, nos solutions portées à l’échelle locale auront-elles assez d’ampleur pour changer la destinée du monde ? Il est légitime de s’interroger sur l’articulation de nos actions du quotidien, au récit mondial qui semble nous échapper. Pour cette raison, la Fonda a rassemblé les acteurs du changement en mars dernier, lors de son université de prospective Faire ensemble 2030. Associatifs, marginaux sécants, citoyens engagés, entrepreneurs sociaux… Au-delà du rôle et du qualificatif de ces acteurs, le sens et la volonté qui animent les projets importent au premier rang : être utile et agir dans l’intérêt de tous. 

À la Fonda, nous avons la conviction que notre véritable pouvoir réside dans la méthode. Une attitude et une démarche, qui combinent rigueur et prises de position, se fonde aussi bien sur une observation objective des faits que sur une confiance a priori et consiste à patiemment tisser les fils de la coopération. C’est pourquoi nous avons cette conviction que les Objectifs de développement durable portés par l’Organisation des Nations-Unis en 2015 et qui « visent à éradiquer la faim et la pauvreté d’ici 2030, tout en reconnaissant que le développement humain et la préservation de notre planète vont de pair  » sont devenus notre universalisme contemporain. 

Loin d’être l’alpha et l’oméga d’une responsabilité collective, les Objectifs de développement durable dressent un nouvel horizon vers lequel nous tourner. Il n’y a plus de naïveté possible. Il n’y aurait pas une pauvreté plus acceptable d’un côté ou de l’autre de la Méditerranée. Il n’y pas d’enjeux d’éducation plus ou moins importants au Nord qu’au Sud.

L’actualité récente nous démontre tous les jours le cynisme d’une partie de la classe politique européenne qui joue des peurs et de la détresse pour restreindre nos libertés les plus fondamentales et les refuser à toutes celles et tous ceux qui n’auraient pas eu la chance de naître au sein de l’un de nos vingt-sept États. Si l’euphorie du projet européen s’est écrasée sur le fantasme d’une libéralisation sans limites de l’économie héritée des années 1980, censée résoudre tous nos maux, si nous devons affronter nos échecs collectifs, il est encore temps d’écrire des scénarios pour un futur durable. 

Face à ces défis, la société civile, elle, ne se résigne pas. Bien au contraire. Grâce aux associations, aux fondations, aux actions de terrains, elle innove au quotidien. Elle aussi cherche à s’adapter à ce monde en mutation permanente. Elle tâtonne, elle expérimente, elle râle, elle cherche de la reconnaissance ou au contraire s’affranchit du pouvoir tutélaire pour avancer plus vite. Mais la société civile est au rendez-vous car elle sait qu’elle a cette capacité unique d’agir. 

C’est cette confiance a priori envers les acteurs associatifs que nous souhaitons promouvoir. En allant vers l’autre - vers les autres -, en acceptant de sortir de nos frontières, en acceptant de travailler avec nos voisins européens, de travailler avec l’Europe et non contre elle, de sortir de nos égoïsmes nationaux et d’échanger et de confronter nos idées, nous construirons la société de demain.

Fernand Braudel regrettait que la civilisation ait « perdu de son lustre » pour ne plus incarner « la plus haute, la très haute valeur morale et intellectuelle qu’apercevait le XVIIIe siècle », alors même qu’elle incarne une acceptation « d’excellence » : « Au singulier, civilisation ne serait-ce pas aujourd’hui, avant tout, le bien commun que se partagent, inégalement d’ailleurs, toutes les civilisations, “ce que l’homme n’oublie plus”. »2

Les ODD nous offrent une grammaire des civilisations. Il nous appartient d’en définir la conjugaison. Ce 238ème numéro de la Tribune Fonda en propose ainsi une première esquisse. Et parce que « faire ensemble » ne peut s’accomplir seul, nous comptons sur vous pour contribuer, vous aussi, à nos travaux

  • 1. Jacques Chirac, alors Président de la République, discours devant l'assemblée plénière du IVème Sommet de la Terre, le 2 septembre 2002 à Johannesburg (Afrique du Sud)
  • 2. Fernand Braudel, Grammaire des civilisations, Champs Histoire, 1993, p. 47