LA TRIBUNE FONDA N°229
mars 2016
Les associations dans un monde en transition – Écologie et économie

La Tribune Fonda n°229 explore la place des associations dans les transitions écologiques et économiques.

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L’attitude prospective

Édito écrit par
Yannick Blanc
Préfet, vice-président de la Fonda


« Par rapport au passé, le présent est une réussite dont l’orgueil nous exalte ou un échec qui semble demander une revanche. Par rapport à l’avenir, le présent s’offre à nous dans toute sa fraîcheur : il est un présage, un indice, un moyen, une menace, une promesse...  » écrivait Gaston Berger en 1957. 

La multiplicité des transitions enchevêtrées que nous percevons comme un degré inédit de complexité est une incitation à observer le présent du point de vue de l’avenir parce que l’avenir est d’autant plus incertain, donc plus ouvert, que le présent est complexe.

Cette attitude prospective peut se résumer en cinq principes qui définissent une éthique de la connaissance tournée vers l’action :

 

  • Voir loin : Se situer dans le temps long, prendre de l’altitude pour tenter de voir au-delà de l’horizon. La transition écologique, les mutations du travail ou des cycles de vie sont des phénomènes auxquels on ne répondra pas par des « réformes urgentes » mais en dessinant patiemment un futur souhaitable.
     
  • Voir large : « Il faut que des hommes se rencontrent et non que des chiffres s’additionnent. » La prospective n’est pas une juxtaposition de connaissances, fussent-elles « transversales », mais une vision commune qui se dégage de la confrontation de savoirs, d’expériences et d’imaginations incarnées. Le Graal de l’attitude prospective, c’est l’intelligence collective, le croisement des regards qui permet de construire l’image en relief.
     
  • Analyser en profondeur : Ne se contenter ni de précédents, ni d’analogies, ni d’extrapolations. Chercher à discerner les constantes (ce qui ne change pas, ce qui est cyclique), les tendances (ce qui change imperceptiblement mais de manière irréversible) et les ruptures (ce qui change brusquement avec ou sans conséquences durables).
     
  • Prendre des risques : Pour pratiquer simultanément le lointain, le large et le profond, il faut exercer sans retenue sa liberté de penser, tâcher de surmonter inlassablement la tendance à l’autocensure ou au conformisme, renoncer à toute envie de prescription officielle. La prospective est une activité intellectuelle tout entière vouée à la préparation de l’action mais elle n’est pas prescriptive. Elle ne dit pas « il faut » mais « voici ce que nous pouvons faire ».
     
  • Penser à l’Homme : « Nous ne prétendons pas que l’Homme soit la mesure de toute chose. Dans les études prospectives, c’est lui du moins qui donne l’échelle. » L’avenir est essentiellement le fruit de la liberté humaine et non celui de la fatalité. La prospective ne nie pas l’existence de déterminismes mais elle considère que ceux-ci éclairent la liberté de choix au lieu de la limiter : « La prospective est attentive aux causes. Ainsi nous libère-t-elle du fatalisme. » Ni la loi divine, ni les lois de l’histoire, ni celles du marché ne déterminent un avenir malgré nous. En ce sens, la prospective est inséparable d’une conception démocratique de l’action collective.

L’attitude prospective que nous proposons ici n’est pas celle d’un groupe d’experts ou de conseillers du Prince. Elle prend acte de l’effacement de la matrice tutélaire de l’État sur la société. Elle constate que la celle-ci est une tour de Babel de savoirs, d’initiatives, de projets et elle cherche le langage grâce auquel ces projets pourraient se projeter dans un avenir commun.