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Quelle place pour la reconnaissance de l’engagement des étudiant·e·s en Europe ?

Tribune Fonda N°241 - Une Europe inclusive, avec et pour les citoyens - Mars 2019
Animafac
Focus sur le projet Erasmus+ « European STudent Engagement Project » dans lequel s'est lancé Animafac en coopération avec six partenaires européens. Objectif : produire un panorama de l'engagement des jeunes en Europe et capitaliser sur les pratiques mises en places dans les différents pays pour l'encourager.
Quelle place pour la reconnaissance de l’engagement des étudiant·e·s en Europe ?
Week-end au campus Animafac à Reims, 2018 .

Contribution à la version numérique enrichie de la Tribune Fonda n°241, cet article ne figure pas dans la revue papier.

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Par Lola Bonnet-Pol, chargée d'étude européenne au sein d'Animafac.

La nouvelle stratégie pour la jeunesse de la Commission européenne met l’accent sur l’engagement des jeunes et l’importance de leur participation civique, sociale, culturelle et politique. Pourtant, l’engagement de la jeunesse est souvent méconnu et peu valorisé.

Après la promulgation en France en janvier 2017 de la loi Égalité et citoyenneté, qui généralise les mesures de reconnaissance de l’engagement des étudiant·e·s à tous les établissements d’enseignement supérieur, Animafac s’est lancé dans le projet Erasmus + « European STudent Engagement Project » (European STEP) en coopération avec six partenaires européens1.

Il s’agit d’une grande étude européenne sur la place de l’engagement et sa valorisation dans les parcours étudiants. Le projet doit permettre d’établir un panorama des pratiques dans les différents pays et vise à contribuer à la reconnaissance de l’engagement des étudiants en Europe, notamment en tant que facteur de développement de compétences complémentaires à celles acquises dans le cadre d’un parcours académique.
 

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Logo du projet Erasmus+ « European STudent Engagement Project »

 

Dans le cadre de cette étude, nous avons élaboré une cartographie des dispositifs législatifs et réglementaires qui encadrent la reconnaissance de l’engagement dans les pays de l’UE. Cela nous a permis, d’une part, de constater qu’il n’y avait pas de terminologie unique pour désigner l’engagement au niveau européen. Certains pays parleront plutôt de « volontariat » (volunteering en anglais, voluntariado en espagnol), ou encore d’engagement civique (civic engagement).

Ainsi, l’engagement est à prendre au sens large pour désigner la participation à des activités de citoyenneté et de solidarité, les engagements associatifs, bénévoles, extra-académiques, politiques et syndicaux, ainsi que l’implication des étudiant·e·s dans leurs universités à travers des mandats électifs par exemple. D’autre part, l’étude des cadres nationaux a mis en lumière les différences entre les pays en termes de législations sur la reconnaissance de l’engagement. Nous avons ainsi classé les 28 États membres selon trois catégories.
 

La première regroupe les pays où il existe un cadre législatif sur la reconnaissance de l’engagement pour l’enseignement supérieur notamment : Croatie, Espagne, Estonie, Finlande, France, Hongrie, Irlande, Lituanie et Slovénie. Dans ces pays, les législations, qu’elles soient de nature incitative ou contraignante, visent la reconnaissance de l’engagement, du volontariat ou plus généralement de l’apprentissage informel et non-formel pour les étudiant·e·s. Les établissements de l’enseignement supérieur peuvent décider des modalités de reconnaissance : validation de crédits ECTS, aménagement des emplois du temps, annexe au diplôme etc.

Par exemple en France, avec la loi Égalité et citoyenneté, les établissements doivent mettre en place un dispositif de « reconnaissance de l’engagement des étudiants dans la vie associative, sociale ou professionnelle »2, à partir de la rentrée 2018-2019. En Espagne, la loi sur le volontariat de 2015 stipule que les universités pourront créer des mesures de « reconnaissance académique des actions de volontariat » de leurs étudiant·e·s en adéquation avec les exigences scolaires3.


La deuxième catégorie rassemble les pays où il existe un cadre législatif indépendant de l’enseignement supérieur. Selon les cas, il permet d’obtenir des certificats d’engagement, de volontariat, ou encore d’attester des compétences acquises. Ceux-ci peuvent être utilisés pour intégrer le marché du travail ou candidater à l’université, mais ne sont pas pris en compte dans les cursus académiques. Les pays concernés sont l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Italie, le Luxembourg, Malte, le Portugal, la République Tchèque, la Roumanie et le Royaume-Uni.

Par exemple, au Danemark le dossier numérique de compétences ("Kompetencemappe") offre à tou·te·s les citoyens la possibilité de rassembler les preuves des compétences acquises quel que soit le contexte, y compris l’engagement ou le volontariat4. En Roumanie, avec la loi sur le volontariat, les structures qui accueillent des volontaires ont le droit de délivrer un certificat des connaissances et compétences acquises au cours du volontariat. Dans ces pays, les établissements peuvent néanmoins décider de leur propre chef de pratiquer la reconnaissance à l’instar de l’Université de Bonn en Allemagne et de l’Université NOVA de Lisbonne au Portugal.


— La troisième catégorie concerne les pays où il n’y a pas de cadre sur la question : Bulgarie, Chypre, Grèce, Lettonie, Pays-Bas, Pologne, Slovaquie, Suède. Cependant, des initiatives locales émergent.

C’est le cas en Slovaquie avec l'outil en ligne D-Skills testé depuis 2017 dans le cadre du projet VOLWEM (« Le volontariat comme moyen d'accéder à l'emploi ») pour reconnaître les compétences acquises par les volontaires, au sein de l'Université Matej Bel. En Pologne, des réflexions sur la mise en place de mesures de reconnaissance ont commencé avec la « Politique de long terme pour le développement du volontariat » depuis 2011.


Ce travail de cartographie a ainsi permis de faire un état des lieux européen, cinq ans après la recommandation du Conseil de l’UE de décembre 2012 invitant ses États membres à mettre en place des dispositifs pour la validation de l’apprentissage informel et non-formel, y compris les activités de solidarité et de volontariat.

Dans ce contexte, la loi Égalité et citoyenneté française marque un réel pas en avant en matière de conciliation du parcours académique et du parcours d’engagement. Ce dernier devient complémentaire du premier : l’acquisition de savoirs et savoir-faire issus d’expériences extra-scolaires est reconnue au même titre que les compétences académiques.
 

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Week-end au campus Animafac à Rouen, 2018.

 

Les étudiant·e·s concerné·e·s sont celles et ceux impliqué·e·s dans des activités bénévoles ou associatives, des mandats dans les conseils des établissements, une activité militaire ou professionnelle, un engagement de pompier volontaire ou encore de service civique. Les modalités de validation et d’aménagement possibles sont diverses : ECTS, dispense d’assiduité ou points bonus ; aménagement de l’emploi du temps, de la durée du cursus, des examens ou encore enseignement à distance.

L’étude ne s’arrête pas là. Une enquête en ligne est déjà ouverte à destination des établissements européens afin de recueillir des informations sur leurs pratiques. La suite du projet European STEP sera l’occasion pour les partenaires d’interroger directement des étudiant·e·s et professeurs sur leur conception de l’engagement. Enfin, cette grande étude permettra à Animafac de mettre en place des outils de formation pour contribuer à une meilleure reconnaissance de l’engagement dans toute l’UE.

→ Retrouvez prochainement les résultats de l'étude sur www.animafac.net
 

  • 1. La Fondation européenne des universités (EUF) basée au Luxembourg, l’Université de Cergy-Pontoise en France, l’Université de Valladolid en Espagne, l’Université de Vienne en Autriche, le Bureau de la vie étudiante de l’Université de Dublin et le Centre des volontaires de l’Université de Varsovie.
  • 2. Voir le décret n° 2017-962 du 10 mai 2017 relatif à la reconnaissance de l’engagement des étudiants dans la vie associative, sociale ou professionnelle, sur https://www.legifrance.gouv.fr
  • 3. Voir l’article 22.4 de la Ley 45/2015 del voluntariado (en espagnol) sur le site https://www.mscbs.gob.es/.
  • 4. Voir sur le site du ministère de l’Éducation danois : https://www.stil.dk
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