LA TRIBUNE FONDA N°227
septembre 2015
Transition écologique, la fin d’un monde

La tribune Fonda n°227 réunit différents articles sur la question de la transition écologique et de la place des associations dans cette transition.

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Les quatre transitions

Édito écrit par
Yannick Blanc
Préfet, vice-président de la Fonda


De l’Empire romain à la conquête de l’espace en passant par l’expansion coloniale et le mythe américain de la frontière, la civilisation occidentale a vécu dans un monde en expansion continue et indéfinie. Nous sommes la première génération à devoir imaginer le futur dans un monde fini et déjà menacé d’épuisement. La mauvaise conscience avec laquelle nous portons notre dette envers les générations futures nous interdit toute arrogance. Avoir une vision du monde ne consiste plus à faire prévaloir une doctrine mais à proposer des solutions. L’écologie est devenue la nouvelle figure de l’universel.

Entre une vision inquiète et une action incertaine, c’est une éthique pour la planète dont nous avons besoin. Pourquoi une éthique ? Parce qu’il n’y a ni gouvernement, ni constitution, ni religion qui vaille pour la planète. L’éthique est une exigence qui s’impose à chacun de nous, quelles que soient son identité, sa fonction, son appartenance. L’éthique est ce qui relie l’être humain, comme sujet libre et créateur, à la planète qu’il partage avec la totalité de ses semblables.

La transition écologique est l’enjeu qui fera contrepoids aux puissantes tendances de la fragmentation qui voient s’additionner la crispation identitaire, l’égoïsme économique et le fanatisme religieux. À partir de cette transition, il ne peut plus être question de faire société sans commencer par tenir compte de ce qui rend possible la vie tout court. L’écologie a cessé d’être une cause ou une identité partisane, elle est désormais au cœur de toute volonté de faire ensemble.

Le changement de valeurs est éthique mais il est aussi économique. Il ne s’agit pas de prêcher la vertu aux entrepreneurs et aux consommateurs, mais de reconsidérer ce qu’est la création de valeur dans ce monde fragile. Lorsque c’est la totalité des ressources qui deviennent rares, on ne peut plus distinguer entre la chaîne de valeur d’un process de production ou de service et ses externalités, c’est-à-dire les impacts sur l’environnement ou les coûts pour la société qu’il implique. Le bénéfice net d’une activité économique doit être mesuré à coûts complets. Or cette exigence nouvelle s’exprime au moment-même où la transition numérique provoque l’éclatement de la chaîne de valeur en amont, en aval et autour de la bonne vieille unité de production de l’ère industrielle.

Si la création de valeur reste bien la finalité de toute entreprise, individuelle ou collective, elle ne peut plus être envisagée indépendamment de ce que, par une coïncidence sémantique qui n’est pas due au hasard, on appelle l’écosystème des entreprises, c’est-à-dire l’ensemble de leurs parties prenantes et de leurs partenaires. L’économie circulaire, l’économie de la fonctionnalité, l’économie collaborative et l’économie du partage ne sont que les signes avant-coureurs du grand remaniement des chaînes de valeur qui est au cœur de la transition économique.

Pour réussir ces trois transitions, écologique, éthique et économique, nous avons besoin de la quatrième, la transition institutionnelle et démocratique. Dans le champ de ruines qu’est le paysage politique français, les alternatives au scénario de l’inacceptable sont à rechercher dans la société civile, parmi les citoyens qui s’indignent, parmi ceux qui s’engagent et ceux qui prennent des initiatives pour agir sans attendre.

C’est en innovant sur les formes de l’engagement, sur leur gouvernance et sur leur contribution aux nouvelles chaînes de valeur que les associations pourront jouer leur rôle dans les quatre transitions, en faisant preuve d’audace et d’inventivité pour s’approprier le futur.