Prospective Enjeux sociétaux

Le bel avenir de la consommation

Tribune Fonda N°227 - Transition écologique, la fin d’un monde - Septembre 2015
Sébastien Ravut
Sébastien Ravut
Les propos de Sébastien Ravut ont été recueillis par Charlotte Debray.

La rédaction : Pouvez-vous nous dire ce qu’est le Marché Citoyen que vous avez fondé ?


Sébastien Ravut : LeMarchéCitoyen.net est le premier annuaire web des commerces bio, équitables et solidaires de France. Il permet de savoir où consommer autrement près de chez soi. Je l’ai fondé en 2006 avec une équipe de professionnels du web et du développement durable.

Notre idée à l’époque était de montrer que toutes les entreprises ne fonctionnent pas de la même manière, que la logique de marché et les engagements citoyens sont compatibles. Certains acteurs du secteur nous ont dit que nous allions mélanger l’agriculture bio, le commerce équitable, l'insertion par l’économie, les projets solidaires... dans un même site et que cela allait prêter à confusion. Je crois que nous avions raison. Aujourd’hui, on appelle ça la « consommation responsable ».

Ce qui intéresse plus de 50 % des consommateurs (d’après la dernière étude du cabinet Greenflex-Ethicity), c’est la démarche globale des entreprises, leur responsabilité sociale, environnementale et économique, que ce soient des commerces de détail ou des groupes du Cac 40. Bien sûr, ils le formulent autrement, mais au bout du compte, l’aspiration au changement est profonde.

C’est d’ailleurs pour cela qu’après le site, j’ai créé Les Marchés Citoyens, agence conseil en communication digitale et responsable. Au-delà des commerces et services référencés dans l’annuaire, elle accompagne toutes les organisations, marques, Pme ou grands comptes engagés dans leur communication web.


La rédaction : Les commerçants représentent une activité économique essentielle, sentez-vous une mobilisation, une sensibilité autour des thèmes environnementaux se développer et avez-vous des exemples ?


S.R. : Même si l’annuaire est national j’aimerais prendre pour exemple les commerces et services parisiens référencés sur Le Marché Citoyen, qui sont depuis leur création mobilisés sur ces enjeux, car parmi eux aussi il y a du mouvement. On constate que les boulangeries Moisan, qui étaient le fleuron des farines et du pain biologique sur Paris sont en perte de vitesse. Certaines ont fermé ou ont été reprises par d’autres enseignes. C’est, je crois, lié au groupe qui les possède et au départ du fondateur.

En parallèle, on voit s’ouvrir des boulangeries innovantes et sympathiques comme Farinez-vous dans le XIIe à la fois bio et entreprise d’insertion. C’est aussi en étant experte de la communication et des réseaux sociaux qu’elle a pu lever ses premiers fonds et créer autour du commerce une belle communauté. La relève est là !

Ensuite, face à des restaurants végétariens, qui ne sont pas toujours très accueillants au premier abord, d’autres misent sur le design et la recherche culinaire comme, près de la place de la République, le délicieux restaurant Soya ou l’incroyable Tien Hiang qui vous fera déguster une soupe de crevettes à la citronnelle ou du boeuf sauté aux oignons… sans viande !

Sur Le Marché Citoyen, le mois de mai était dédié à la mode éthique dans le cadre de la Fashion Revolution créé en souvenir de la catastrophe du Rana Plaza. Et je suis très heureux de voir que des magasins comme Muskhane continuent de défendre cette autre vision de la mode, des accessoires, de la déco. Ce n’est pas simple dans un secteur tirant systématiquement les prix à la baisse, parfois au prix de vies détruites.


La rédaction : Votre vision de l’avenir ?


S.R. : D’ici la Cop 21, Le Marché Citoyen aura réalisé sa refonte complète. Il restera un annuaire gratuit pour les consommateurs et pour les commerçants, mais il proposera en plus l’accès à de multiples réseaux de points de vente comme La ruche qui dit oui, les bons plan du magazine Kaizen et d’autres, toujours cohérents avec notre démarche. Le site sera totalement adapté aux tablettes et smartphones qui représentent plus de 30 % des visites actuelles.

Il sera enfin un véritable espace de communication responsable pour les commerçants et pour de grandes entreprises engagées dans la transition et le développement durable. Je suis convaincu que la communication, la publicité et finalement les annonceurs doivent respecter les consommateurs, pour demain continuer à vivre et prospérer. Mon agence et les projets sur lesquels je travaille vont toujours dans cette direction.

Je profite d’ailleurs de cette tribune pour indiquer que nous avons trouvé quatre des huit grands partenaires de refonte du site : le Crédit coopératif, la Fondation Macif, Enercoop et Voyages SNCF nous accompagnent mais la porte est ouverte pour de nouvelles entreprises engagées !


La rédaction : Et l’économie sociale et solidaire dans tout ça ?


S.R. : Elle est historiquement représentée sur Le Marché Citoyen au travers de toutes les activités économiques développées par les associations, les mutuelles et les coopératives qui ont souvent mis l’homme au centre, avant les profits. Aujourd’hui, certains grands groupes de l’économie sociale, notamment ceux qui nous soutiennent, restent actifs en matière de développement durable.

Le groupe SOS est souvent au cœur de ces enjeux au travers de ces activités liées à l’entrepreneuriat social. Et c’est une multitude de commerces et services engagés qui en découle, en réseau ou en indépendants, comme les magasins Altermundi, Artisans du monde, les agence du Crédit coopératif, les membres du réseau Biocoop, les déclinaisons locales d’Enercoop, etc.

Maintenant, en partie sortie de ses guerres internes sur la définition du périmètre de l’Ess, qui n’intéresse que les « professionnels de la profession », ce mouvement doit prendre une place à mon sens encore plus importante dans la consommation responsable et au-delà, dans la transformation de nos économies.

Sinon, il regardera passer les trains de la nouvelle économie et de l’économie collaborative, en laissant des jeunes, souvent sympathiques mais aléatoirement engagés, préempter les innovations sociales dont ce monde a besoin, des commerces de proximité jusqu’aux grands groupes internationaux.


La rédaction : Des conseils à donner aux consommateurs que nous sommes ?


S.R. : Vous connaissez cette phrase de Gandhi qu’on nous répète sans doute un peu trop souvent : « Soyez le changement que vous voulez voir dans ce monde. » J’aimerais en tirer une conclusion et donc un conseil non pas aux consommateurs conventionnels mais aux amis les plus engagés : assumez tranquillement vos choix d’être flexitariens (réduire la viande), végétariens, décroissants, cuisiniers, réparateurs, vélorutionnaires… mais si vous souhaitez vraiment, sincèrement que votre famille, vos amis, vos voisins, vos commerçants fassent de même, la clé sera d’après moi de retenir toutes vos envies de bassiner, de moraliser, de « yakafaukonner ». Affichez au contraire le plus beau, le plus grand, le plus sincère de vos sourires, pour témoigner du bonheur que vous procure cette entrée triomphale dans la transition.



N.B. Cet article a déjà été publié sur le site www.acteursduparisdurable.fr en mai 2015.

Pour aller plus loin : LeMarcheCitoyen.net

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La tribune Fonda n°227 réunit différents articles sur la question de la transition écologique et de la place des associations dans cette transition.