Innovation sociale

Les Accorderies, des échanges de services par et pour les habitants

Tribune Fonda N°251 - Impuissance démocratique : comment retrouver le pouvoir d’agir ensemble ? - Septembre 2021
Réseau des Accorderies
Et Hannah Olivetti, Carrefour des Innovations Sociales, Pascale Caron
Au début des années 2000, la pauvreté et l’exclusion sociale progressent au Québec. Pour y faire face, la Caisse d’économie solidaire Desjardins et la Fondation Saint-Roch imaginent une nouvelle solution solidaire basée sur l’échange de services : l’Accorderie. Le concept inspire outre- Atlantique : 37 Accorderies font vivre la solidarité au quotidien partout en France.
Les Accorderies, des échanges de services par et pour les habitants
Des Accordeurs se retrouvent dans l'Accorderie de Montpellier © Réseau des Accorderies de France

Après la première Accorderie créée en 2002, le projet essaime dans la province du Québec et se structure sous forme de réseau en 2006. Deux Accorderies françaises apparaissent en 2011 avec le soutien de la Fondation Macif, du Secours catholique et de la Caisse des dépôts : à Paris (19e arrondissement) et à Chambéry (Savoie).

Solidarité, mixité sociale et pouvoir d'agir au coeur des accorderies

L’Accorderie repose sur un système d’échange de services, individuels et collectifs, entre particuliers d’un même quartier. Une grande variété de services est proposée et s’adapte en fonction des besoins locaux. Ménage, jardinage, aide aux devoirs, garde d’animaux, ou bien encore arrosage des plantes pendant les vacances peuvent en faire partie.
 
Ici, la valeur d’échange n’est pas l’argent, mais le temps. Par exemple, quand un Accordeur vous aide à déménager pendant deux heures, il peut utiliser ce crédit de temps pour prendre un cours de musique. Avec la monnaie-temps, le prix monétaire n’est donc plus un frein pour accéder aux services.

C’est donc une solution innovante pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Aujourd’hui, parmi les 18 000 Accordeurs inscrits, deux tiers vivent dans une situation de précarité (familles monoparentales, immigrés, personnes isolées, etc.).

Être Accordeur, c’est aussi faire partie d’une aventure collective, conviviale et à dimension humaine.

Grâce aux actions proposées au sein de l’Accorderie, des relations de qualité se nouent. C’est l’occasion de reprendre confiance en soi et ses capacités, en l’autre et dans le collectif, insiste Pascale Caron, présidente du réseau des Accorderies. Il n’est pas rare, d’ailleurs, que l’Accorderie soit le premier pas vers l’engagement dans la vie locale.

Un fonctionnement bien huilé

Les Accordeurs, avec l’appui d’une personne salariée, travaillent ensemble pour faire vivre cet espace en commun qu’est l’Accorderie. Ils accueillent au local des individus se posant des questions et souhaitant rejoindre l’aventure.

C’est l’occasion, autour d’un café, de présenter la démarche et de lever les doutes.

En effet, les nouveaux venus se demandent souvent ce qu’ils peuvent apporter en termes de services, souligne Pascale Caron. À ces permanences bi-hebdomadaires s’ajoutent d’autres moments collectifs comme des pique-niques.
 
Les Accorderies travaillent ensemble grâce au réseau des Accorderies, créé en 2013. Ce dernier est composé des 37 Accorderies et des deux structures fondatrices, la Fondation Macif et le Secours catholique. Le réseau a pour missions d’accompagner les membres en activité et de promouvoir le concept. Pour ce faire, les cinq salariées du réseau se mobilisent ; elles sont trois coordinatrices territoriales, une chargée de développement et une Déléguée générale.

Aventure à la fois individuelle et collective, les Accorderies retissent les liens entre les personnes, ouvrent la porte à l’engagement sur les territoires, tout en construisant ensemble avec les autres acteurs locaux des projets qui font vivre les quartiers.
 

Cas pratiques et initiatives