LA TRIBUNE FONDA N°218
juin 2013
Faire ensemble 2020 : comprendre le présent pour construire l'avenir

La Tribune Fonda n°218 réunit les synthèses des interventions de huit prospectivistes sur les grandes mutations de notre société et leur impact sur les associations, ainsi que la cartographie des grandes tendances à l'œuvre.

 

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Une responsabilité face au futur

Édito écrit par
Yannick Blanc
Préfet, vice-président de la Fonda


Lorsqu'en 2010 Pierre Vanlerenberghe et Christian Lemaignan nous ont proposé de structurer les activités de la Fonda autour d'une démarche de prospective du monde associatif, bientôt baptisée Faire ensemble 2020, ils ont ouvert la fenêtre sur un horizon plus vaste et un paysage plus riche que ce que nous imaginions alors. La prospective venait à point nommé pour renouveler l'approche de ce qu'on appelle encore trop paresseusement la crise.

Alain Touraine propose de celle-ci une analyse assez lumineuse dans sa simplicité : ce que révèle la crise financière de 2008 et plus encore ce qui s'est passé depuis, c'est une séparation radicale de la sphère financière, détentrice de la richesse et du pouvoir, d'avec tout le reste de l'économie et de la société. Ce qu'on appelle « les marchés financiers » et qui désigne en réalité la poignée d'homme qui y concentre l'influence, décide de l'essentiel, réduisant à peu de chose la souveraineté des États et à moins encore leur vie démocratique et leurs organisations multilatérales. Or le propre de l'économie de la rente financière est de subordonner la validité de toute chose à sa profitabilité à court terme, qu'elle désigne alors sous le terme séduisant de « performance ».

Face à cette crise-là, la prospective est d'abord une éthique de la réflexion collective. Elle consiste à construire une vision des avenirs possibles non à partir d'une théorie, d'un parti pris idéologique ou d'un système de préférences, mais à partir d'un effort permanent d'observation de la réalité, d'attention au présent. Elle repose sur une approche déterministe, considérant qu'on peut déduire les effets des causes qu'on a identifiées, mais aussi sur l'acceptation sans a priori de l'immense diversité des causes, des phénomènes, des processus. Autrement dit, face au laminage utilitariste du raisonnement économique, elle élargit la perspective avant de se projeter dans le long terme.

Car la deuxième dimension éthique de la prospective, c'est bien sûr celle de la responsabilité face au futur. Elle ne structure la réflexion collective qu'en vue de l'action : le déterminisme ne signifie pas que ce que nous observons va inéluctablement évoluer dans telle direction mais permet d'envisager les effets et les conséquences des choix qui sont devant nous.

Les travaux des huit séminaires de prospective dont nous rendons compte ici ne sont pas consacrés au monde associatif mais aux mutations de la société française et du monde qui l'entoure. Après avoir travaillé en 2011 sur quatre scénarios d'évolution possible du monde associatif, c'est-à-dire d'adaptation des associations aux transformations de leur environnement, nous avons voulu renverser la perspective pour rechercher où était la capacité d'action et d'influence des associations sur ces mutations.

C'est là que la diversité du monde associatif, qui a toujours été considérée comme un obstacle à son organisation et à son efficacité, s'avère être une ressource pour l'action : dans un monde ouvert en accélération permanente, les organisations centralisées s'essoufflent, les logiques verticales se grippent. Le déclin des institutions unificatrices provoque la fragmentation de la société. Mais au même moment, l'essor du monde numérique, l'effacement des frontières, la mobilité des hommes donnent aux relations sociales une plus grande fluidité. La multiplication des possibilités de connexion entre individus de plus en plus semblables favorise l'empathie. Dans ce contexte, le fonctionnement en réseau et la capacité à fabriquer du projet, caractéristiques du fait associatif, font de nos anciennes faiblesses une force nouvelle, pourvu que notre diversité ne nous empêche pas de parler le même langage. Ce langage universel, c'est celui de la prospective.

Il faut ici remercier très chaleureusement Stéphane Cordobès, Jacques de Courson, Philippe Destatte, Philippe Durance, Thierry Gaudin, Fabienne Goux-Baudiment, Hugues de Jouvenel et Jérôme Vignon qui sont venus partager leur savoir et leur intelligence avec la Fonda. Et saluer le travail remarquable d'Hélène Bonvalot qui a rassemblé et synthétisé leurs contributions.