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Quatre futurs possibles pour l’engagement des aidants à horizon 2040

La Fonda
Et Association française des aidants (AFA), APF France handicap, Monalisa, Les petits frères des Pauvres, UNA (Union nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles), Unapei, Uniopss
Depuis deux ans, huit associations mènent ensemble une étude de prospective participative pour se projeter en 2040, envisager différents futurs possibles pour les aidants, et mieux s’y préparer. À l’occasion de la Journée nationale des aidants, découvrez en avant-première les bonnes feuilles de leur ouvrage à paraître, que vous pouvez précommander dès à présent.
Quatre futurs possibles pour l’engagement des aidants à horizon 2040
© Aimée Marot / La Fonda

Décrire quatre futurs possibles 

Depuis janvier 2025, la Fonda mène en consortium avec l’Association française des aidants (AFA), APF France handicap, Monalisa, les Petits frères des Pauvres, l’Una, l’Unapei, et l’Uniopss une étude prospective sur l’engagement des aidants à horizon 2040. Ensemble, nous avons produit quatre scénarios prospectifs contrastés, avec des jeux d’acteurs complexes : l’aide ubérisée, l’entraide par défaut, l’aide marchandisée et l’aide administrée. 

Récits globaux, cohérents et stylisés, ces quatre scénarios prennent racine dans les réalités actuelles observées. Ils esquissent les grandes figures d’évolution pour demain, ainsi que les manières d’y parvenir. Ils donnent à voir dans quelle société nous pourrions vivre en 2040, et comment les aidants s’y engageraient. 

Attention toutefois : les scénarios n’ont pas de valeur prédictive. Ils permettent de structurer la réflexion et la discussion sur les futurs possibles, et sont au service de l’aide à la décision et de l’action. Notre objectif avec ces scénarios est de susciter des réactions variées, d’adhésion ou de rejet, autant de raisons de s’impliquer pour demain. Ils permettent de déterminer ce sur quoi nous pouvons et voulons agir, ce sont donc des tremplins pour l’action. 

Envie d’explorer plus les futurs possibles pour les aidants à horizon 2040 ? Du 6 octobre au 1er novembre 2026, précommandez le nouvel ouvrage prospectif de la Fonda, consacré à l’engagement des aidants à horizon 2040 

Illustration du scénario de l'aide ubérisée

Le scénario de l’aide ubérisée 

À l’horizon 2040, l’affaiblissement du service public ouvre la voie à une plateformisation du soin. Les actions des intervenants professionnels, des bénévoles et des proches s’hybrident avec le concours de plateformes numériques, non sans hausse des inégalités. 

Apparition des micro-entrepreneurs du soin 

Après plusieurs crises budgétaires et sociales, la Sécurité sociale réduit drastiquement son périmètre dans les années 2030. Progressivement, des acteurs privés occupent l’espace laissé vacant. Inspirés des plateformes de mobilité ou de logement des décennies précédentes, UberCare et MamieNova dominent le marché et se sont imposés en 2040 comme infrastructures ordinaires du soin. 

Les interventions sont assurées par des micro-entrepreneurs et par des aidants partiellement professionnalisés. Le contrôle public s’efface au profit de la notation, des algorithmes de mise en relation et de la réputation. Certains aidants deviennent des « aidants experts » — SuperMamieNova ou UberCareExperts — et monétisent leur expérience, sous forme de conseil, d’évaluation ou de mentorat. 

L’accès à l’aide se transforme en marché instantané. Se soigner, être accompagné ou simplement rompre l’isolement deviennent des services activables « à un moment donné en un lieu donné ». Pour les usagers solvables, la promesse est celle de la simplicité. Pour les travailleurs indépendants du care[1] , elle installe une précarité durable. 

Une réarticulation entre aidants et professionnels du soin 

Les professionnels de santé intègrent davantage les aidants dans leurs pratiques, mais cette reconnaissance reste ambivalente : elle facilite la continuité des accompagnements, tout en transférant vers les familles une part croissante des tâches et des responsabilités. 

Les gestes techniques ou intimes restent confiés aux professionnelles qualifiées lorsqu’elles sont disponibles[2]. Néanmoins ces métiers peinent à recruter malgré leur utilité sociale et sont de plus en plus précarisés, car mis en compétition avec les micro-entrepreneurs du soin. 

De fait, ceux-ci assurent de plus en plus de gestes réguliers tels que les levers, les couchers ou la toilette, sans y avoir forcément été formés. Les personnes vulnérables sont ainsi exposées à plus de mauvais traitements de la part de micro-entrepreneurs sous pression et épuisés. 

Dans les familles qui ne peuvent bénéficier des services d’UberCare ou de MamieNova, et encore moins d’intervenantes professionnelles plus qualifiées, ce sont les proches qui assurent toute l’aide, souvent en s’installant chez leur proche ou en le faisant venir chez eux. 

Des écarts qui se creusent 

Le maintien à domicile est la norme par défaut, soutenu par les outils numériques, les habitats collectifs adaptés et les services à la demande. Cependant lorsque la perte d’autonomie devient trop lourde, l’institution reste nécessaire. L’offre demeure insuffisante, et l’orientation dépend largement des capacités locales à organiser des solutions mixtes. 

Les collectivités doivent arbitrer à moyens constants entre attractivité, urgence sociale et climatique, et soutien aux populations. Les écarts se creusent : certains territoires deviennent des zones grises de l’accès aux droits, d’autres des territoires où il fait bon vivre et vieillir. 

En milieu rural ou montagnard, les associations et les collectifs informels d’entraide assurent le « dernier kilomètre » du soutien aux personnes handicapées, malades ou dépendantes. En ville et en périphérie, les mobilités, les livraisons et les réseaux de voisinage structurent une aide plus diffuse. 

Une aide à deux vitesses 

Un service minimal d’aide professionnelle subsiste sur tout le territoire, ciblé sur les vulnérabilités les plus lourdes, comme le polyhandicap ou Alzheimer. Pour le reste, l’accès à une aide qualifiée dépend de plus en plus des ressources économiques, informationnelles et relationnelles de l’aidant ou de l’aidé. 

Les inégalités se déplacent alors vers les ménages les moins dotés. Les femmes et les personnes précaires aident leurs proches dans des conditions dégradées, s’exposant entre autres à des décrochages professionnels. Malgré l’augmentation spectaculaire du nombre de salariés aidants, les entreprises considèrent toujours qu’il s’agit d’une question privée. Seuls certains organismes pionniers développent des parcours d’accompagnements et des adaptations des conditions de travail : le double tabou de l’aide dans la vie professionnelle reste vivace. 

Des dispositifs fiscaux et juridiques sont disponibles pour soulager les aidants, mais seulement celles et ceux dont l’aide est de très forte intensité. Sans s’être totalement désengagé, l’État a renoncé à soutenir tous les aidants, pour se concentrer sur celles et ceux dont la santé est en danger. Le droit universel au répit et à l’accompagnement que les associations et les collectifs réclamaient dans les années 2020 n’est plus qu’un lointain souvenir. 

Le scénario de l’entraide par défaut 

À partir d’une observation positive, celle de la spontanéité et de l’ubiquité de l’entraide, ce scénario explore la situation où celle-ci deviendrait la norme du soin. 

S’entraider pour faire face aux crises 

En 2040, la France vieillit encore : six générations cohabitent dans un pays où les crises climatiques, sanitaires et sociales sont plus fréquentes. Face à des institutions débordées, l’entraide devient moins une valeur qu’une infrastructure de survie. Mégafeux, inondations, éboulements, épidémies vectorielles[3]  : partout, des collectifs d’habitants s’organisent pour répondre à l’urgence. Leur relation avec l’aide formelle, — pompiers, protection civile, services sociaux —, oscille entre complémentarité, défiance et concurrence. 

Le « système D »[4] se professionnalise sans cadre stable entre cartographies citoyennes, chaînes logistiques locales et réseaux d’alerte. L’aide alimentaire illustre ce basculement : production, collecte, stockage et distribution se recomposent entre Éhpad, entreprises, gares, jardins publics et plateformes locales. Trouver de quoi manger devient un parcours d’orientation. 

Remunicipalisation et mutualisme 

L’État, recentré sur ses fonctions régaliennes, assouplit les normes et délègue de fait une grande partie de l’accompagnement des personnes vulnérables aux familles, collectifs, associations, collectivités locales et fondations. La remunicipalisation et le mutualisme maintiennent une protection minimale, variable selon les territoires. 

Les territoires vieillissants et pauvres, déjà en difficulté en 2026, peinent d’autant plus à répondre à l’ensemble des besoins de leurs populations. L’intervention professionnelle à but non lucratif y disparaît faute de bras et de financements pérennes. Seule une intervention privée lucrative premium subsiste, payée au prix fort par les ménages les plus solvables. Le marché du soin se développe de façon dérégulée, mais seule une minorité y a accès. L’entraide absorbe le reste.

Les ménages solvables achètent des aides techniques —, domotique, robotique —, les plus privilégiés pouvant même embaucher des care managers présents 7J/7 au domicile de leurs proches. Les ménages non solvables dépendent quant à eux du réseau local de solidarité. 

Tout faire pour rester à domicile 

Les personnes vulnérables et leurs proches inventent des solutions avec les moyens disponibles, à commencer par vivre à nouveau sous le même toit. Mouvement initié au début des années 2020, des femmes à la tête de familles monoparentales rejoignent des habitats partagés pour se partager les responsabilités et la charge éducative. 

Plus généralement, les groupes d’entraide mutuelle se multiplient, sous le slogan « aidons-nous les uns les autres ». Pour les personnes âgées en perte d’autonomie, malades ou en situation de handicap, il est de plus en plus commun d’être pris en charge par des pair-aidants[5]. L’entraide s’installe ainsi comme un pilier des écosystèmes locaux de soin. Voisins, collectifs locaux, associations, plateformes et professionnels interviennent de manière discontinue autour d’une même personne. 

Les conditions matérielles de l’aide reposent largement sur les ressources privées. Certains dispositifs publics sont réduits ou supprimés, renforçant les inégalités. Faute de reconnaissance juridique et financière, l’épuisement des aidants devient un risque systémique. Pour aider les aidants, toutes les bonnes volontés sont bienvenues et complémentaires : proches, voisins, pairs, associations, plateformes locales, services municipaux, etc. Alors que la générosité privée recule sous l’effet du chômage, de la pauvreté et de la peur du déclassement, le don de son temps se maintient, mais de façon plus territorialisée et moins institutionnalisée. 

Tensions entre individu et collectif 

L’autonomie individuelle dans un cadre collectif devient une ligne de tension : partage des tâches familiales, choix d’aider ou de ne pas aider. L’entraide apaise certaines crises, mais en révèle d’autres. 

Associations, tiers lieux, mutuelles locales et communes quadrillent la majorité du territoire. Pourtant l’archipélisation[6]  s’accentue : les personnes isolées ou mobiles sont exposées à des ruptures d’aide. 

La sobriété s’impose. Dans un monde dominé par la rareté, le partage se négocie : conventions, chartes d’usage, contreparties en temps ou en services deviennent la règle implicite de nombreuses solidarités. 

La protection sociale s’efface au profit de l’entraide privée 

Dans ce modèle, la solidarité repose davantage sur l’entraide familiale et locale que sur de droits nationaux homogènes. Plutôt que de se demander ce qu’ils pourraient faire pour leur pays[7], les citoyens commencent à déclarer que de toute façon leur pays n’a jamais rien fait pour eux, et leurs proches. La défiance par rapport à l’État et le consentement à l’impôt baissent, tandis que les communes et acteurs de proximité restent les seuls interlocuteurs largement jugés fiables. 

À terme, deux trajectoires coexistent : des territoires capables d’organiser une entraide outillée, équitable et démocratique ; d’autres où l’aide se privatise, se fragmente et laisse les plus vulnérables dépendre du hasard des liens disponibles.

Le scénario de l’aide marchandisée 

Ce scénario repose sur l’hypothèse que, devant la crise budgétaire durable de l’État et l’extension des besoins sociaux, l’économie marchande et de l’Économie sociale et solidaire (ESS) s’hybrident pour assurer les services essentiels. 

L’avènement du capitalisme d’utilité sociale 

Dans les années 2030, le soin est marchandisé. Les scandales[8], ainsi que les dépôts de bilan à répétition de structures, ont émaillé ce processus de marchandisation du soin, sans réussir à freiner l’avènement du capitalisme d’utilité sociale. Il n’y avait pas d’alternative[9], pour répondre à la donne démographique, écologique et budgétaire. 

La filière du care s’est structurée autour d’alliances public-privé : les besoins sociaux relèvent de marchés publics banalisés, tandis que les normes se sont assouplies sur les migrations de travail et les métiers du soin. 

Face à l’explosion de la demande sociale, les innovations citoyennes sont industrialisées, changent d’échelle ou rejoignent les programmes d’innovation ouverte des grandes entreprises. Le leadership charismatique[10] est incontournable dans ces innovations, non sans que cela génère parfois tensions et souffrances dans les collectifs. 

Dérégulation et liberté d’entreprendre 

Certaines ressources restent cependant non prélevables, mais elles sont de moins en moins nombreuses : les données personnelles sont par exemple encadrées par l’AI Act [11]. 

La générosité privée augmente dans un contexte de chômage, de déclassement et d’épargne de précaution. Grands donateurs et entreprises financent l’innovation sociale dont dépend leur modèle, mais les associations critiques restent à distance des principaux circuits de financement. 

Dans ce contexte de dérégulation, la polarisation affective et politique croit. La grande dérégulation a néanmoins un aspect positif : collectifs informels et associations d’éducation populaire bénéficient d’un cadre normatif allégé. Ils développent des activités favorables à la santé, l’apprentissage, l’autonomie et l’émancipation. 

Accélération de la dématérialisation et de la territorialisation 

Les services sociaux ont intégré la dématérialisation. Prévention, soin et accompagnement reposent sur des algorithmes prédictifs censés limiter la fraude, ouvrir l’accès aux droits et orienter les personnes. 

Cette promesse technologique n’est pourtant que partiellement tenue : chaque territoire déploie sa solution, les plateformes dialoguent mal et les usagers téléversent encore plusieurs fois les mêmes pièces. L’interopérabilité demeure l’un des grands chantiers de la décennie 2040. 

La crise budgétaire de l’État accélère la montée en puissance des régions. La protection des personnes vulnérables dépend davantage de financements privés orientés vers les territoires et métiers jugés stratégiques. 

Extension à l’engagement de la compétition 

Le secteur du soin étant devenu attractif d’un point de vue économique, les associations y sont concurrencées par les entreprises à mission et les entrepreneurs sociaux. L’engagement est également le terrain d’une lutte d’influence entre acteurs privés, publics et associatifs. Chacun cherche à en capter les ressources. La plateforme jeveuxaider.gouv.fr, devenue faireensemble.gouv.fr en 2032, s’impose comme guichet central. Entreprises sociales, sociétés à missions, associations et collectifs y postent tous des « propositions d’engagement », dont certains d’aide à des personnes âgées, malades ou en situation de handicap. 

Des alliances d’expertise entre aidants et professionnels du soin 

Le maintien à domicile devient la norme, y compris pour des pathologies exigeantes, grâce au recrutement massif de professionnels à domicile et à un chaînage renforcé avec les aidants. Intervenants professionnels et aidants développent des alliances d’expertise. Les conditions matérielles d’aide s’améliorent pour certains grâce à des dispositifs fiscaux modulés selon l’intensité de l’aide. Des accords d’entreprise et de branche facilitent l’articulation des temps de vie sans être généralisés. 

L’engagement des aidants est particulièrement valorisé quand les alternatives manquent. De tiers lieux de santé, cofinancés par les entreprises et la puissance publique, accompagnent cette évolution. La ville se recompose autour du coliving [13], de l’habitat intermédiaire et de colocations solidaires. Des services de qualité existent dans les territoires urbains et aisés ; ailleurs, les zones blanches persistent malgré quelques investissements publics et européens. 

À l’horizon 2040, l’accompagnement des vulnérabilités s’organise autour d’alliances public-privé et de coopérations territoriales. Autour des personnes vulnérables se forment des systèmes hybrides associant professionnels, proches et bénévoles. De nombreux publics — mères isolées, gens du voyage, habitants des outre-mer — restent cependant en marge. 

Le scénario de l’aide administrée 

Dans ce scénario, la crise écologique et le vieillissement démographique ont exacerbé la demande d’autorité et de protection des Français. L’État facilite, rationalise et encadre l’ensemble des dispositifs d’engagement, y compris celui des aidants, pour mieux maîtriser la dépense publique. 

Le temps de l’humanisme autoritaire 

La nouvelle donne démographique et la crise écologique conduisent à une rationalisation par le contrôle, au nom de valeurs humanistes. La demande d’autorité des Français[14]  a été exaucée. L’aide de l’État à ses administrés est incarnée par le corps préfectoral, placé au centre des technologies de pouvoir tels que la vidéo surveillance, les pixels de suivi[15], et les algorithmes prédictifs. 

Entre les montres connectées, les smartphones, la santé passe du domaine privé au domaine public. L’administration de gigantesques masses de données, encadrée par l’État, permet une prévention de pointe, non sans un coût écologique important. 

L’aide institutionnalisée jusque dans les familles 

Grâce au nouvel algorithme de la Sécurité sociale, le slogan « Ne laisser personne de côté » conduit à la mise à jour trimestrielle de la situation sanitaire et sociale de chacun. Cela permet de cibler contrôles et sanctions, mais aussi de détecter les situations complexes et éviter les non-recours. 

L’Agence nationale des aidants créée en 2028 s’assure que chaque Français peut disposer de l’aide nécessaire. L’entraide familiale est obligatoire et le délit de non-assistance est sévèrement réprimé. 

Pour les personnes sans aidant, l’État crée le Service national de solidarité. L’élargissement du Service civique[16] et de la Réserve civique[17] permet la prise en charge de personnes isolées en particulier en cas de catastrophe comme un incendie ou une inondation, en complément de la mobilisation des familles et du voisinage. 

Avec le Service national de solidarité, mes citoyens et les ressortissants étrangers sont ainsi mis à contribution par l’État dans l’accompagnement des plus vulnérables. Les personnes bénéficiaires de certaines prestations sociales, comme le revenu de solidarité active (RSA), sont incitées à devenir aidantes. 

Si la gestion des dispositifs obligatoires d’engagement est du ressort d’une agence nationale, la mise en œuvre opérationnelle de cette aide informelle est ces engagements est réalisée par les pouvoirs publics locaux et les services déconcentrés de l’État. 

Des aidants soutenus, mais encadrés 

Le maintien à domicile est encouragé par l’État pour des raisons de rationalité budgétaire. Des aides sont proposées pour adapter les logements et salarier les aidants principaux. Celles-ci sont néanmoins des avances financières qui peuvent être récupérées sur la succession après le décès, comme c’était le cas pour l’Aide sociale à l’hébergement (ASH) dans les années 2020. 

Les dispositifs étatiques concernent néanmoins uniquement un « aidant principal » par personne vulnérable. Une compétition apparait entre proches pour bénéficier de ce statut et d’avantages financiers et matériels. 

Les aidants, comme les intervenants professionnels, voient les compétences acquises au travers de leur expérience davantage reconnue et valorisée. L’accès à la Validation des acquis par l’État (VAE) et aux certifications a été facilité, favorisant leur prise en compte dans les parcours de formation et d’évolution professionnelle. 

Un chaînage des actions 

Les professionnels du soin sont mieux reconnus et sont sortis renforcés dans ce système d’aide centralisé. Par nécessité, l’immigration sélective et l’emploi associatif sont soutenus par les pouvoirs publics. Dans les associations reconnues d’utilité publique, l’emploi se développe, l’essentiel des métiers du soin et du lien faisant l’objet de délégations de service public. 

La cohabitation entre professionnels du soin et aidants est structurée. Les professionnels du soin les plus diplômés gardent la prérogative des connaissances et compétences pour les actes techniques de soin et les décisions éthiques. Ils ont néanmoins un interlocuteur en la personne de l’aidant principal, à qui ils délèguent de plus en plus d’actes, ainsi que le soutien moral et émotionnel. 

L’État-providence 2.0 

En 2040, l’État-providence s’est donc réinventé pour couvrir l’ensemble des biens communs existentiels : le soin donc, mais aussi l’alimentation et l’adaptation au dérèglement climatique. La Sécurité sociale de l’alimentation compose la 6e branche de la sécurité sociale et permet d’éviter les pénuries alimentaires liées au climat. Elle est obligatoire, le régime de base étant défini par l’analyse des déclarations de revenus et patrimoines de chaque ménage. 

Le plan France Services aux Publics est doté de crédits permettant le maillage très fin des territoires. Les administrés peuvent être accompagnés en cas de difficulté, grâce à la règle du triple accès : physique, téléphonique et numérique. 

La générosité des particuliers et des entreprises est sollicitée pour financer ce nouvel État-providence. Le Haut Conseil au Don Efficace est installé : il permet aux bailleurs de fonds d’orienter leurs investissements sur des porteurs de projets dont les impacts sont avérés. Reposant sur la générosité et la puissance transformatrice de l’engagement, l’État-providence 2.0 a néanmoins remplacé le choix d’aider, par le devoir d’aider. 

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[1] Synonyme en anglais du mot « soin », la notion de care recouvre néanmoins une signification plus large : il ne s’agit pas seulement d’une action « prendre soin », mais aussi d’une disposition « l’attention portée à autrui, la sollicitude ». La philosophe états-unienne Joan Tronto définit ainsi le care comme une « activité caractéristique de l’espèce humaine, qui recouvre tout ce que nous faisons dans le but de maintenir, de perpétuer et de réparer notre monde, afin que nous puissions y vivre aussi bien que possible. » Joan Tronto, Un Monde vulnérable. Pour une politique du care, Éditions La Découverte, 2009

[2] Comme en 2024, presque 9 professionnelles du social sur dix sont des femmes. Dress, « Les professions sociales 2024 », Effectifs, caractéristiques socio-démographiques et caractéristiques des emplois des professions sociales, par profession, 12 mai 2026, [en ligne]

[3] Les maladies à transmission vectorielle sont des maladies humaines provoquées par des parasites, des virus ou des bactéries transmis par des vecteurs. Le paludisme, la dengue, la fièvre jaune, sont entre autres des épidémies vectorielles.

[4] Locution argotique apparue dans la Première guerre mondiale, le « système D » est un raccourci du « système débrouillardise ».

[5] La pair-aidance est une trajectoire de rétablissement qui repose sur une entraide entre personnes étant ou ayant été atteintes d’une maladie, concerné pour un handicap ou vivant une problématique sociale.

[6] Théorie développée par le politologue Jérôme Fourquet ou le géographe Christophe Guilluy, l’archipélisation de la France serait un phénomène de dislocation d’une société en catégories de population qui vivraient de moins en moins ensemble et n’auraient plus de préoccupations communes.

[7] Nous paraphrasons ici un extrait du discours inaugural de John Fitzgerald Kennedy, 35e président des États-Unis, le 20 janvier 1961 : « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays ».

[8] Après Les fossoyeurs et Les ogres, livres-enquêtes du journaliste Victor Castanet, publiés respectivement en 2022 chez Fayard et en 2024 chez Flammarion, paraissent Les pillards en 2028, Les maraudeurs en 2030 et Les empoisonneurs en 2032.

[9] Nous reprenons ici une expression connue de la politicienne libérale Margaret Thatcher, prononcée dans un discours à la Conférence des femmes conservatrices le 21 mai 1980, puis reprise en slogan politique.

[10] Identifiée comme l’une des trois formes d’autorité par le sociologue Max Weber en 1922 dans son ouvrage Économie et société, l’autorité charismatique implique l’attribution par ses partisans d’une « qualité extra-quotidienne (…) à un homme (peu importe que cette qualité soit réelle, supposée ou prétendue) ».

[11] L’Union européenne (UE) a adopté le règlement Artificial intelligence (AI) Act, dit AI Act, le 13 mars 2024 pour promouvoir une Intelligence artificielle (IA) digne de confiance tout en assurant le respect des droits fondamentaux des individus.

[12] L’interopérabilité désigne la capacité de matériels, de logiciels ou de protocoles différents à fonctionner ensemble et à partager des informations.

[13] Né au début des années 2020 aux États-Unis, le coliving est un système de location de chambres privées dans des maisons ou appartements partagés disposant d’espaces communs.

[14] En 2025, 73 % des personnes interrogées par Opinionway pour le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), souhaitaient « un vrai chef en France pour remettre de l’ordre ». SciencesPo CEVIPOF et Opinionway, En qu[o]i les Français ont-ils confiance aujourd’hui ? — Baromètre de la confiance politique, février 2025, [en ligne].

[15] Également appelés balises web, les pixels de suivi sont des images invisibles, qui recueillent des informations sur les comportements et les interactions des internautes. 

[16] Créé en 2010, le Service civique permet à des jeunes de 16 à 25 ans d’effectuer une mission d’intérêt général de 6 à 12 mois auprès d’un organisme public ou d’une association moyennant une indemnité de 620 € mensuels.

[17] Instaurée par la loi du 31 janvier 2017, la Réserve civique permet à toute personne qui le souhaite de participer à des missions d’intérêt général à titre bénévole et occasionnel. Elle existe principalement sous la forme du site JeVeuxAider.gouv.fr qui met en relation les personnes souhaitant s’engager et les associations ou organismes publics proposant des missions bénévoles.

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