Engagement

Le volontariat international, levier de cohésion sociale et de développement durable

Lucie Morillon
Lucie Morillon
Et France Volontaires
La Journée internationale des volontaires, fêtée chaque année le 5 décembre, est l’occasion de rappeler les multiples plus-values du volontariat à l’international.
Le volontariat international, levier de cohésion sociale et de développement durable
© France Volontaires


La Journée internationale des volontaires (JIV), célébrée chaque année le 5 décembre, représente une opportunité incontournable de valoriser les volontaires et de montrer comment le volontariat international, à la croisée de la solidarité, du développement économique et de la citoyenneté, est un puissant levier à la fois de cohésion sociale et de développement durable.

Cette célébration est d’autant plus cruciale que l’engagement solidaire international favorise l’autonomie des personnes, leur ouverture au monde et l’expression de leur citoyenneté, dans un contexte international marqué par un renforcement des fractures sociales et territoriales qui engendre un phénomène de repli sur soi.

La JIV 2019 vient aussi clore une année riche pour France Volontaires, qui fêtait son 10ème anniversaire, autour notamment du lancement de L’Appel pour le volontariat de demain. Signé par plus de 200 structures partenaires du monde entier, ce texte, fruit d’une vision partagée par le secteur du volontariat, ambitionne à la fois de rendre plus visible la place et les apports du volontariat, tout en réclamant un environnement favorable pour son développement quantitatif et qualitatif.


Les apports d’une expérience de volontariat à l’international


Les plus-values du volontariat sont nombreuses, comme en témoignent les retours des volontaires, des structures d’envoi et d’accueil, collectés notamment lors de démarches de capitalisation et d’évaluation.


Le volontariat international favorise l’inclusion sociale, en écho au thème de la JIV 2019 : un « futur inclusif ». À la croisée de la solidarité, du développement économique et de la citoyenneté, il est un puissant levier de cohésion sociale. Il permet un brassage des cultures et une mixité sociale, meilleurs remparts à la fracture sociale. Il crée un moment unique de rencontre entre les générations, et entre jeunes de cultures différentes, autour d’un projet commun de solidarité qui agit comme un stimulateur de sociabilité, de curiosité et d’ouverture aux autres. Pour le volontaire, c’est une expérience formatrice dans le développement d’un esprit critique et l’apprentissage du vivre ensemble qui participe de la construction d’une conscience politique et citoyenne globale.


L’expérience de volontariat constitue l’une des réponses à la problématique de l’insertion professionnelle des jeunes en France. Un volontariat constitue une expérience unique qui doit être valorisée dans un parcours professionnel et personnel comme une période d’acquisition de compétences (formelles, non formelles et informelles), de savoirs, de savoir-faire et, peut-être avant tout, de savoir-être.

France Volontaires et l’Union nationale des Missions locales (UNML) ont par exemple récemment mené un projet expérimental visant à permettre à des jeunes d’insérer dans leur parcours une expérience d’engagement citoyen à l’international, à laquelle ils ont rarement accès. La démarche évaluative intégrée à ce projet « Ambassadeurs de l’engagement citoyen à l’international » a permis de démontrer que cet engagement de service civique à l’international avait agi comme un « accélérateur de l’insertion professionnelle des jeunes ».
 

L’engagement volontaire à l’international permet également d’accroître l’internationalisation et l’attractivité des territoires. Au fil des années, l’action extérieure des collectivités territoriales se développe selon des formes diverses. Elles sont nombreuses à investir les dispositifs de volontariat en mobilisant les citoyens de leurs territoires, permettant d’ouvrir la collectivité au monde en favorisant les liens culturels et économiques, ainsi que l’échange mutuel d’expertises.

Les volontaires sont des acteurs essentiels dans la dynamisation des échanges et la construction de liens durables avec les partenaires de tous les pays. L’espace local est alors un territoire d’expérimentation de la complémentarité entre collectivités, État et associations dans la construction d’un parcours d’engagement citoyen. Ces projets innovants sont source d’attractivité et de richesses pour les territoires.


Enfin, le volontariat contribue aux dynamiques de développement. Les volontaires promeuvent une coopération de proximité et une compréhension partagée des enjeux. « Visage humain » de la solidarité internationale, ils jouent un rôle de co-incubateurs et de vecteurs à l’international des innovations locales dont ils sont témoins.

À ce titre, ils sont de véritables passeurs de frontières entre les communautés et les pouvoirs publics. Les volontaires internationaux participent au quotidien à la mise en œuvre de projets dans des champs et sur des thématiques très diverses. La plus-value de leur action se situe dans le renforcement des capacités locales, en lien direct et dans une démarche de complémentarité et de co-construction avec les volontaires locaux et les partenaires de l’action.


Dans une démarche d’inclusion, France Volontaires œuvre au « volontariat monde » et encourage la réciprocité des mobilités solidaires, sud-sud ou nord-sud. La montée en puissance du principe de réciprocité, qui permet d’accueillir en France des jeunes de pays dans lesquels les volontaires français sont déployés – comme le Bénin, la Tunisie, le Maroc, le Burkina Faso et le Togo, assure un rééquilibrage géopolitique de l’engagement citoyen, en nourrissant des relations entre pays propices à des partenariats constructifs et à la paix.

Si le constat de la contribution du volontariat au développement est partagé par les acteurs du volontariat, un enjeu fort demeure de faire le lien avec les cadres existants du développement durable.


La contribution des volontaires à l’Agenda 2030


Même s’il reste à ce jour davantage une ambition qu’un cadre pour un développement durable atteint, l’Agenda 2030 propose une grille de lecture commune pour un ensemble d’actions qui relèvent du développement solidaire.

Depuis 2014, des organisations de volontariat du monde entier se sont rassemblées au sein d’une alliance globale, la Volunteer Groups Alliance afin de valoriser la contribution indispensable des volontaires pour l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) et sa nécessaire reconnaissance par les gouvernements. La mobilisation de cette alliance durant les négociations qui ont précédé l’adoption des ODD a permis d’inscrire le volontariat dans le texte final adopté par les États en septembre 2015 (paragraphe 131). Le volontariat y est reconnu comme un « levier d’atteinte », et même un « moyen puissant et transversal de la mise en œuvre des ODD à travers leur capacité de mobilisation des individus à l’échelle nationale pour contribuer à mettre en œuvre les politiques de développement »1.

Les organisations de volontariat sont d’ailleurs très mobilisées autour de l’Agenda 2030. Elles ont « la capacité de créer de nouveaux espaces d’interactions entre les citoyens et les gouvernements, dans le but de promouvoir des actions concrètes en faveur du développement »2. Preuve en est de l’implication des réseaux internationaux ou des organisations nationales dans différents espaces : Forum politique de haut niveau (FPHN, instance onusienne chargée du suivi de la mise en œuvre des ODD), feuilles de routes nationales de mise en œuvre des ODD, rencontres régionales, etc. Un temps fort aura lieu en marge du prochain FPHN à New York, en juillet 2020 : la présentation d’un rapport du programme des Volontaires des Nations unies et de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sur la contribution du volontariat à l’Agenda 2030.

Cette reconnaissance initiale, présupposée, doit désormais être étayée. Pour autant, aucun des 17 ODD, 169 cibles et 232 indicateurs ne mentionne explicitement le volontariat, ni comme moyen ou comme finalité. Dès lors, « dans quelle langue » observer la contribution de l’engagement volontaire à l’Agenda 2030 ? 

Bien évidemment, les organisations de volontariat communiquent au quotidien sur les apports des volontaires aux ODD. France Volontaires a développé une série de Livrets ODD comprenant des témoignages de volontaires ou structures d’accueil de volontaires. Y sont valorisées aussi bien des missions d’autonomisation des femmes via l’entreprenariat en Inde, en lien avec l’ODD n°5, que des missions d’accompagnement de formation de personnel dans l’éducation préscolaire, en lien avec l’ODD n°4, ou des missions de préservation de la biodiversité en lien avec l’ODD n°13. 

Mais il faut aller plus loin. Pour passer de l’illustration à la démonstration, il apparaît nécessaire de développer des outils et méthodes pour observer la contribution spécifique de l’engagement volontaire et solidaire à l’international à l’Agenda 2030.

Ce projet est porté par France Volontaires et différents membres de la plateforme, réuni dans un « groupe de travail », dans le cadre du programme d’études de France Volontaires. Ce dernier investigue l’utilité sociale du volontariat international à travers différents projets d’enquête, dont l’un est consacré à la contribution du volontariat français international à l’Agenda 2030. Lancée sur le premier semestre 2020, l’enquête se focalisera sur deux cibles de l’ODD n°4 (Éducation), sur un plan trans-national et avec un focus national à Madagascar.
 

france volonatires
© France Volontaires.

 

Pour rappel, près de 8 000 volontaires français sont engagés, via différents dispositifs, dans des missions de solidarité internationale : 44 % d’entre eux effectuent une mission de courte durée (type chantier), 25% réalisent un volontariat de solidarité internationale et 20% sont en service civique à l’international.

Les productions et observations de cette enquête permettront de nourrir les démarches d’influence du secteur du volontariat, tant dans les espaces liés à la mise en œuvre et au suivi de l’Agenda 2030, que dans ses échanges avec des décideurs politiques et économiques qui visent à promouvoir un environnement favorable au développement quantitatif et qualitatif du volontariat international.

Une politique publique ambitieuse de soutien à l’engagement citoyen, reposant notamment sur le volontariat, est nécessaire pour donner un nouveau souffle à nos sociétés. Le volontariat représente une opportunité de co-construction et de déploiement d’un véritable pacte de solidarité, de coopération et de partenariat profitable à tous, dans l’esprit de l’Agenda 2030, qui promeut des réponses communes à des défis partagés.

 

  • 1. Rapport de synthèse du Secrétaire général sur le programme de développement durable pour l’après-2015, Nations unies, 2014, paragraphe 131
  • 2. Ibid.
La Fonda remercie ses grands partenaires