Engagement Enjeux sociétaux

Identités et engagement

Tribune Fonda N°194 - Identités et engagement - Décembre 2008
La Fonda
Éditorial de la Tribune Fonda n°194
Identités et engagement


Cet article a été rédigé pour la Fonda par Philippe Jessu, président de l'association Islam et Laïcité et membre de la Fonda.

Les deux ou trois dernières décennies ont vu se modifier profondément l'engagement associatif : chercheurs et responsables associatifs en sont bien conscients.

La Fonda cherche à comprendre comment évoluent les conditions et les formes de l'engagement, avec l'objectif d'aider les responsables associatifs à affiner leurs réflexions et à inventer les solutions qui permettent à tous ceux qui veulent s'engager de trouver des modalités qui leur conviennent.

D'une façon plus ou moins diffuse, les formes d'engagement nouvelles expriment un souci de réalisation personnelle correspondant à la recherche d'une identité qu'une société individualiste exige et rend plus incertaine.

Le comité « Engagement citoyen » de la Fonda a élargi cette question de l'identité, en s'interrogeant sur la manière dont l'engagement dans les associations ras­semblant des personnes partageant une même origine étrangère, culturelle ou religieuse leur permettait de mieux vivre leur reconnaissance et leur intégration à la société française.

Mais aussi en se demandant comment les autres associations se posaient la question de leurs rapports avec ces mêmes associations et comment elles envisageaient la diversité dans leur sein. Un certain nombre d'auditions de res­ponsables d'associations ont permis de mieux connaître la situation.

Mais entre temps, cette question a pris une envergure nationale. À la fracture sociale à laquelle l'engagement traditionnel cherchait à remédier, dans le cadre des grandes organisations, est venu s'ajouter ce que d'aucuns perçoivent comme un risque de fracture culturelle. Les sociétés issues de la période post-coloniale, de l'immigration et maintenant de la mondialisation sont des sociétés pluriculturelles.

La société française a beaucoup de difficultés à appréhender et à traiter cette situa­tion nouvelle.

La République craint le communautarisme ; la laïcité craint l'emprise des religions, surtout si elles viennent d'ailleurs, les problèmes sociaux des quar­tiers populaires que sont les banlieues sont ethnicisés. Des jeunes, et des moins jeunes, nés en France depuis plusieurs générations, citoyens français, sont toujours sommés de s'intégrer. Les discriminations fondées sur l'origine ou la couleur de peau sont patentes dans la recherche d'emploi et de logement notamment. Agitée par l'extrême droite, voici plus de vingt ans, la menace sur l'identité nationale est devenue un thème décisif de la dernière campagne présidentielle.

C'est dans ce contexte qu'a été organisé, le 24 mai 2008, un séminaire dont l'in­titulé « Identités multiples, chance ou obstacle d'un vivre ensemble : la place spé­cifique des associations » indique bien les objectifs. Il s'agissait de réfléchir à la construction d'un vivre ensemble dans une diversité culturelle. Le questionnement est double. Se regrouper sur la base d'une identité commune, quelle qu'elle soit, ou d'un sentiment d'appartenance produit par une culture ou une origine partagée ou par le sentiment d'une différence non reconnue dans un espace social plus ou moins hostile, permet-il de mieux s'engager dans la construction d'un vivre ensem­ble ?

Et d'autre part, comment les associations, dans leur ensemble, font-elles réel­lement une place à la diversité en leur sein ? Facilitent-elles  la  construction d'identités plurielles et multiples ? Si oui, à quelles conditions ? Comment contri­buer à ce que la société française s'enrichisse des différences, alors que les peurs réciproques tendent à provoquer des replis frileux ?

Et maintenant ? Il est évident qu'il faut poursuivre le travail et passer à l'ac­tion. La publication des actes de ce séminaire appelle débat et réactions : les par­ticipants au séminaire et les lecteurs de ce dossier sont instamment invités à apporter leur contribution en envoyant à la Fonda des contributions traduisant la manière dont ils envisagent cette question, les actions qu'ils mènent dans leurs associations ou leurs activités, les propositions qu'ils estiment réalisables pour aller de l'avant. Ceci permettra de préparer un prochain séminaire qui tentera d'en trer dans la recherche des conditions d'une contribution associative à cette ques­ tion dont chacun perçoit l'importance et les enjeux.

En tout état de cause, l'étude action réalisée par la Fonda Rhône-Alpes sur les discriminations et la vie associative est passionnante et elle ne peut que provoquer de nouvelles recherches et de nouveaux débats sur la capacité de la vie associative à être encore plus lucide et militante, pour un vivre ensemble dans la diversité.
 

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