Associations et démocratie

Des maisons de quartier dans la ville : l’approche rémoise

Tribune Fonda N°245 - Associations et collectivités - Mars 2020
Gabriel d' Elloy
Gabriel d' Elloy
La création d’une association regroupant les Maisons de quartier de la ville de Reims - anciennement Maisons de Jeunes et de la Culture et Centres sociaux - n’est pas allée sans difficulté. En 2019, cette refondation aboutit grâce à une contractualisation et une collaboration efficace entre l’Association, la Ville de Reims et les différents partenaires.
Des maisons de quartier dans la ville : l’approche rémoise

Cet article est une contribution à la version numérique enrichie de la Tribune Fonda n°245. Il ne figure pas dans la revue papier. 


La ville de Reims et ses 185 000 habitants disposent aujourd’hui de quatorze Maisons de quartier, agréées « centre social ». Il y a dix-sept ans, onze centres sociaux gérés par une même association et treize Maisons de jeunes et de la culture (MJC), chacune d’elles gérée par une association, assuraient l’animation sociale et socioculturelle des quartiers de Reims : exceptionnelle couverture des quartiers, avec un équipement pour 7000 habitants !  Mais ces équipements se concurrençaient, avec de trop rares complémentarités, sans oublier celles qui s’installaient dans des déficits de gestion.

En 2003, le Maire de Reims1 décide de fusionner dans une même association l’ensemble de ces structures, pour une rationalisation budgétaire mais également pour une action plus efficace dans chaque quartier. De vingt-quatre directeurs, on passe à quatorze et de vingt-quatre espaces d’animation à vingt. Cette restructuration décrétée par la Municipalité n’implique pas les associations et n’est pas très éloignée d’une municipalisation ; le Maire nomme le président et la directrice générale.

L’Association est reconfigurée avec deux étages : des instances communes (AG, CA, Bureau, commissions), un conseil d’orientation et une assemblée des membres dans chaque Maison de quartier. Cette fusion  d’associations à l’histoire et à l’ADN très différents n’a pas été suffisamment préparée et accompagnée ; du coup, des résistances prennent le pas sur les atouts des deux réseaux de départ.

En 2009, des administrateurs bénévoles et des professionnels conviennent - sur la base d’une évaluation de la situation - que l’Association est à refonder à tous les niveaux :

  •  pertinence et qualité du « projet social » de chacun des quatorze territoires,
  •  gestion et développement des ressources humaines (quatre cents salariés, deux cent vingt ETP),
  •  gestion financière et comptable déconcentrée (treize millions d'euros),
  •  relations avec les partenaires financeurs et de terrain,
  •  dynamisation de la vie associative (trois cents bénévoles).


Le chantier à conduire est considérable et il s’avère beaucoup plus long que prévu : sous la houlette successive de deux présidents et de deux directeurs généraux, il s’agit de remobiliser professionnels et bénévoles. Après dix ans, cette refondation s’achève avec des ajustements qui restent à réussir.

D’ores et déjà, les relations aux collectivités territoriales et à la Caisse des allocations familiales sont reconfigurées dans un modèle original, pertinent et relativement abouti,  à l’échelle de la ville de Reims et de ses quartiers, mais aussi du département, avec la création d’une fédération départementale des Centres sociaux (vingt-cinq équipements).


Les caractéristiques de ce modèle sont les suivantes :

Désormais, une contractualisation pluriannuelle entre l’Association et la Ville de Reims (5,5 M€) et avec le Département de la Marne (630K€) sécurise les financements de base.

Cette contractualisation se réfère aux 14 « projets sociaux » de territoire qui étaient déjà la condition du financement2 pluriannuel des prestations de service (3 M€) par la Caisse d’Allocations familiales. Cette « boussole » est utile pour organiser la diversité des services et activités de chaque Maison et l’afficher auprès des habitants et des partenaires.

Ces projets d’équipement sont traversés par une douzaine de « thématiques transversales », communes à l’ensemble des Maisons de quartier : petite enfance, enfance, jeunesse, famille-parentalité, seniors et intergénérationnel, culture, sport, insertion, santé, handicap, développement durable, laïcité-vivre ensemble-solidarité. Ces thématiques partagées font que les Maisons de quartier œuvrent dans le même sens. Elles partagent des problématiques, mutualisent des ressources, mais également elles articulent le déploiement de leurs projets locaux aux politiques et compétences de la Ville et du Département,  découpées en silo par délégation.

Par ailleurs, alors même que les relations aux financeurs étaient bilatérales, aujourd’hui, une concertation quadripartite est en place entre Association, Municipalité, Conseil Départemental et CAF, au rythme d’une réunion trimestrielle. Ce changement politique et stratégique est décisif, dans un contexte de raréfaction des financements publics mais aussi de croisement des politiques sur les territoires et autour de populations cibles (ex : quartiers en rénovation urbaine, jeunesse en insertion, fracture numérique).

Cette coopération compose non sans mal avec la réorganisation politico-administrative qui a installé une communauté d’agglomération du Grand Reims (143 communes) qui reste à  habiter par les dix-sept Maisons de quartier/Centres sociaux et une région Grand-Est (dix départements) où les centres sociaux commencent à faire réseau au travers de l’Union régionale des centres sociaux du Grand Est (cent-dix centres sociaux adhérents).

Enfin, la « valeur ajoutée » de la gestion des Maisons de quartier par une association passe par l’implication des bénévoles dans les actions et évidemment dans le pilotage des Maisons de quartier. Les partenaires politiques et institutionnels le reconnaissent. Les bénévoles apportent leur connaissance du quartier et leurs compétences personnelles qui s’associent à celles des professionnels : ce bénévolat valorisé et le financement des adhérents et usagers représentent 17% des recettes.

Aujourd’hui, le dynamisme de la gouvernance au niveau de l’assemblée générale et du conseil d’administration est acquis et à perfectionner. En revanche, le pilotage professionnels/bénévoles de chacune des Maisons de quartier reste inégale ou en dents de scie :  il est la priorité actuelle, avec la recherche et la formation de nouveaux bénévoles. Les difficultés rencontrées et les changements en cours participent de celles et ceux que connaît le Mouvement associatif et l’Economie sociale et solidaire.


En conclusion, la double ambition est de garantir l'indépendance de l’association en gérant son interdépendance avec les politiques publiques qui assurent son financement, mais aussi en articulant projets et actions au niveau de chaque quartier et de la ville ».

 

→ Aller plus loin : site de l'association des Maisons de quartier de Reims

  • 1. La CAF n’était pas favorable à cette fusion des Centres sociaux avec les MJC, comme un risque de dévoiement du « projet social » des Centres sociaux.
  • 2. L’agrément « centre social » dont bénéficie chaque Maison de quartier est partagé avec quelques 2300 autres centres sociaux en France.
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