Associations et démocratie

Accompagner les coopérations inter-associatives à Paris - Note de proposition présentée en plénière du Conseil parisien des associations (CPA)

Charlotte Debray
Charlotte Debray
Et Conseil parisien des associations (CPA)
Le 22 janvier 2026, a été présentée en plénière du Conseil parisien des associations (CPA) une note de proposition du groupe de travail « accompagner les coopérations inter-associatives », rédigée par Charlotte Debray, membre du bureau du CPA.

En 2025, le groupe de travail « Accompagner les coopérations inter-associatives » du Conseil parisien des associations (CPA) s’est donné plusieurs objectifs : 

  • Documenter des coopération inter-associatives à Paris, afin de donner envie aux acteurs de se lancer 
  • Faciliter les coopérations inter-associatives en recensant des ressources existantes et en imaginant un outil d’autodiagnostic, permettant aux responsables associatifs de tester leur potentiel coopératif 
  • Influer sur les politiques publiques de demain

L’objet de cette note est de répondre à ce troisième objectif. Après avoir posé les enjeux, nous émettrons des propositions propres à nourrir la construction des politiques publiques de soutien à la vie associative à Paris. 

Définition 

Coopérer, littéralement « agir avec », constitue l’un des leviers majeurs pour résister aux crises et construire un monde plus juste et plus durable. Urgences écologiques, fragilisation de la cohésion sociale et de la démocratie, accroissement des inégalités, vieillissement démographiques, accroissement des vulnérabilités lié aux effets du changement climatique : les défis auxquels nos sociétés font face sont systémiques. Aucun acteur, qu’il s’agisse d’une institution publique, d’une entreprise, d’une association, d’une fondation ou d’un collectif citoyen, ne peut prétendre répondre seul à ces enjeux. Ces défis appellent des démarches coordonnées, des alliances entre acteurs aux visions et missions complémentaires. En cela, la coopération devient à la fois une nécessité d’action et une posture à adopter pour préparer l’avenir. 

Sortir de la culture de la compétition 

La logique de la performance s’est invitée dans le champ de l’intérêt général. L’action des associations, dans le champ sanitaire et social par exemple, est souvent évaluée comme « un service rendu » à des bénéficiaires, et la concurrence entre « opérateurs associatifs » est organisée par les financeurs, via les concours, les appels à projets ou les marchés publics. Les travaux de Viviane Tchernonog ont largement documenté la substitution progressive de la commande publique à la subvention, soulignant non seulement les effets de concurrence qu’elle génère, mais également la fragmentation et la polarisation croissante du paysage associatif qu’elle entraîne. 

Il convient aujourd’hui d’opposer à ces logiques concurrentielles la culture de la coopération. Coopérer, c’est promouvoir une autre manière de faire société en affirmant les valeurs fondamentales portées par le secteur de l’intérêt général : solidarité, réciprocité et confiance. C’est réaffirmer les spécificités du modèle associatif fondé sur l’action collective et la mise en commun. 

Plus de besoins sociaux, plus d’associations et moins de financements : ça ne tient plus 

Le récent avis du Conseil économique, social et environnemental, « Renforcer le financement des associations : une urgence démocratique », alerte également sur cette dérive qui affaiblit les dynamiques collectives et la capacité des associations à coopérer. A titre d’illustration, l’avis souligne que la part des subventions publiques dans les ressources des associations a chuté de 41 % entre 2005 et 2020, passant de 34 % à 20 %. 

Paradoxalement, les travaux de Recherche et Solidarité montrent une surprenante vitalité associative, avec près de 75 000 nouvelles associations créées entre juillet 2024 et juin 2025 en France. A Paris, ce sont près de 21 nouvelles associations créées pour 10 000 habitants (alors que la moyenne nationale est de 10.3). La dynamique associative y est donc particulièrement vive, notamment dans le champ de la culture, de l’éducation et de la formation. Peut-on se réjouir de cette dynamique ? Oui et non. Comme le soulignent les auteurs du rapport, « un nombre élevé de créations peut tout autant participer d’une vie associative intense que d’une sorte d’hyperactivité de la part de ceux qui n’auraient de cesse de créer leur propre association, fût-elle ensuite en concurrence ou en doublon avec d’autres, et fût-elle éphémère ». 

Dans ce contexte, le Mouvement associatif alerte les pouvoirs publics sur le thème « Pas un euro de moins pour le monde associatif », dont l’action est indispensable et complémentaire de l’action publique, ce souvent à moindre coût. 

La coopération, un pilier de la résilience des acteurs de l’intérêt général 

S’il faut sanctuariser les budgets publics confiés aux associations, affirmer une volonté politique et reconnaître l’impératif de coopération est tout aussi indispensable. 

Encore faut-il outiller et organiser concrètement la mise en œuvre de ces dynamiques. Coopérer ne s’improvise pas. Cela demande des moyens, une ingénierie, des méthodes et surtout des personnes formées pour accompagner et faciliter ces dynamiques. Ainsi, plusieurs réseaux œuvrent aujourd’hui à faire émerger ce que l’on peut qualifier de « nouveaux métiers de la coopération associative ». Ces fonctions visent à structurer, animer et renforcer les capacités d’alliance des acteurs associatifs, en leur donnant les méthodes et outils pour agir ensemble sur les territoires. 

Si ces métiers revêtent des formes diverses, ils convergent vers un même objectif qui est de créer les conditions propices à l’action collective. Il s’agit à la fois d’établir la confiance, de clarifier les objectifs partagés, d’organiser la circulation de l’information, de capitaliser les apprentissages, etc. Les « chargés de coopération » sont les architectes discrets des dynamiques collectives, ceux qui veillent à la cohérence et à la continuité des alliances entre l’ensemble des parties prenantes de la coopération. 

Savoir animer des communautés d’action, ou construire des alliances partenariales durables, identifier les complémentarités entre acteurs publics, privés et citoyens devient désormais un savoir-faire clé. Certaines de ces compétences peuvent être enseignées dans le cadre de formations spécialisées, tandis que d’autres s’acquièrent directement sur le terrain, au fil des projets et des relations tissées. 

Dans un environnement marqué par la rareté des ressources et la complexification des enjeux, ces fonctions d’appui et de tiers-veilleur contribuent à renforcer la résilience, l’agilité et la capacité d’innovation des acteurs de l’intérêt général. Ces métiers participent ainsi à la mutualisation des moyens, à la diffusion des innovations sociales et à la création de communs de la connaissance au service des territoires. Et ils sont une manière de donner aux associations, aux fondations et à leurs partenaires publics les moyens d’agir ensemble plus efficacement et de contribuer à la transformation sociale et démocratique des territoires. 

Réaffirmer la place centrale de la coopération dans nos sociétés, c’est reconnecter avec ce qui fait l’identité associative : cette capacité unique à agir collectivement, à créer du lien, à relier des acteurs et des secteurs, et à inventer ensemble des solutions adaptées aux besoins des territoires. Les métiers de la coopération ont pour mission de faciliter ce mouvement, en structurant et en accompagnant les dynamiques collectives. 

Pourtant, alors que les urgences démocratiques, sociales et environnementales sont immenses, les dynamiques de coopération peinent encore à émerger et à se structurer, faute de vision stratégique partagée, d’outils et d’accompagnement adapté. 

Propositions pour une politique d’appui aux coopérations inter-associatives à Paris 

Pour répondre à ces questions stratégiques, différentes actions - existantes, à améliorer ou à créer, ont été identifiées. 

  • Des actions visant directement les associations afin qu’elles soient mieux outillées et accompagnées pour coopérer en incluant de petites associations :
    • Faciliter les rencontres inter-associatives 
    • Permettre les échanges de pratiques et valoriser des exemples de coopérations réussie 
    • Inciter à la coopération par des mécanismes de financements 
    • Expérimenter des coopérations à l’échelle d’un quartier ou de plusieurs quartiers
  • Des actions visant l’écosystème de l’appui, afin qu’il soit mieux connu, mieux formé, et mieux organisé pour accompagner ces coopérations :
    • Identifier et la labelliser des points d’appui à la coopération au sein de la Ville de Paris
    • Former des acteurs de l’appui aux enjeux, méthodes et outils propres à impulser, animer et évaluer en continu la coopération entre associations pour répondre aux défis des territoires.

Actions à renforcer ou à créer en priorité 

Faciliter les rencontres inter-associatives

Les mairies d’arrondissement, les MVAC et les acteurs de la politique de la ville pourraient se saisir des forum de rentrée ou organiser des rencontres interassociatives ah hoc pour faciliter l’interconnaissance, préalable indispensable à la coopération ; ces rencontres pourraient avoir des entrées thématiques (ex : accompagner les jeunesses, lutter contre la grande pauvreté, améliorer le cadre de vie…) ou territoriale (ex : faire ensemble pour la Goutte d’Or, ou la Chapelle internationale) 

Permettre les échanges de pratiques et valoriser des exemples de coopérations réussies 

la coopération est une démarche apprenante, et les retours d’expérience sont les meilleures sources d’apprentissage. Des communautés de pratiques pourraient être organisées à l’échelle des quartiers ou des arrondissements. De plus, le groupe de travail du CPA a commencé à identifier des projets en faveur des parisiens, fondés sur la coopération. Il en existe probablement des myriades, qui gagneraient à être connues. Documenter ces dynamiques de coopération territoriales, en faisant ressortir les enseignements à caractères méthodologiques, c’est contribuer à leur essaimage. Pour cela, un questionnaire en ligne auto-administré, complété éventuellement par un entretien qualitatif, permettrait à la ville de proposer aux associations du territoire une base de données inspirante. 

Inciter à la coopération par des mécanismes de financements

Aujourd’hui, il n’est pas possible de demander des subventions ou de répondre à des appels à projets à plusieurs. Une tête de file est nécessaire, et la juste répartition des fonds entre associations impliquées n’est pas garantie. Autoriser à déposer des demandes de financement portées par plusieurs associations serait un premier pas. 

Pour aller plus loin, instaurer dans certains appels à projets des bonus à la coopération serait pertinent. Cela se traduirait par exemple par une majoration de 20 % des fonds accordés pour inciter aux partenariats, et couvrir une partie des frais d'ingénierie nécessaires à l’animation dans la durée de la dynamique inter-associative. 

En effet, l’expérience montre que si des moyens humains, donc financiers, ne ne sont pas dédiés à l’animation dans la durée, les dynamiques de coopération fonctionnent mal, voire s'écroulent. 

Expérimenter des coopérations à l’échelle d’un quartier ou de plusieurs quartiers, notamment dans les quartiers ou arrondissements où des associations en difficulté sont déjà identifiées, en articulation avec l’expérimentation actuellement portée par la Ville de Paris sur ce sujet. 

Il s’agirait de structurer des parcours d'accompagnement de projets en coopération, visant à la fois la montée en compétences coopératives et l’amplification des impacts sociaux et environnementaux des projets. L’enjeu serait de passer d’un accompagnement structure par structure à une approche plus collective et territoriale, à condition qu’un acteur tiers puisse être mandaté pour animer ces dynamiques de coopération, en assurer le suivi et en capitaliser les enseignements. 

Identifier et la labelliser des points d’appui à la coopération au sein de la Ville de Paris

Nous pensons en particulier aux MVAC d’arrondissement, mais aussi aux équipes de développement local dans les quartiers populaires, auxquelles pourrait être confiée une mission explicite d’ingénierie de la coopération, assortie d’un plan de formation et d’un cahier des charges clair. Ce type d’orientation pourrait s’inscrire utilement dans le prochain mandat, maintenant que le CAP a désormais davantage harmonisé les méthodologies d’accompagnement post-territorialisation. 

Former des acteurs de l’appui aux enjeux, méthodes et outils propres à impulser, animer et évaluer en continu la coopération entre associations pour répondre aux défis des territoires.

Il s’agirait d’organiser des parcours de formation dédiés aux agents municipaux, aux équipes de développement local et aux responsables associatifs, en identifiant, le cas échéant, les moyens nécessaires pour les financer s’ils étaient assurés par des prestataires externes. Cette proposition pourrait être assortie de cycles d'échanges de pratiques entre acteurs de l’appui, afin de faciliter la formation entre pairs et contribuer à la montée en compétences coopératives des agents comme des responsables associatifs. 

Résultats escomptés 

Pour les associations, les résultats attendus sont : 

  • des moyens renforcés pour structurer leur coopération et l’articuler aux politiques publiques 
  • une montée en compétence collective, y compris des associations les plus petites 
  • des parcours d’accompagnement plus fluides 
  • une information plus claire et plus transparente 
  • un impact collectif plus important que la somme des impacts isolés 
  • la contribution de chacun à cet impact mieux connu et reconnu 

Pour l’écosystème de l’appui, les résultats attendus sont : 

  • montée en compétence 
  • meilleure connaissance des besoins 
  • augmentation du nombre d’associations accompagnées 
  • développement de nouvelles offres d’appui 
  • baisse du sentiment d’isolement 
  • coûts évités 

Pour leurs partenaires au service de l’intérêt général, les impacts pourraient être : 

  • les politiques publiques sont plus efficientes, 
  • les incivilités baissent, 
  • la participation citoyenne se développe, 
  • le taux d’abstention diminue, 
  • les quartiers sont plus attractifs, 
  • le modèle non lucratif inspire les entreprises, 
  • la résistance aux crises se renforce, etc.

Nous appelons de nos vœux la construction d’une véritable stratégie territoriale de l’appui aux coopérations inter-associatives, conçue, pilotée et évaluée avec le Conseil parisien des associations, au service des Parisiens et des Parisiennes, et des associations qu’ils et elles animent. 

Note d'éclairage