Synthèse élaborée par Charlotte Debray à partir de l’audition de Virginie Mathias et Damien Lozachmeur le 15 mai 2025, pour le Conseil parisien des associations.
Prévenir les rixes entre jeunes
En réponse aux rixes entre adolescents, le projet de monter un festival avec et pour les jeunes du douzième arrondissement est né en 2016. L’impulsion a été donnée par le CLAJE et la Camilienne, rapidement rejoints par l’association Soleil (devenue la Fondation Jeunesse Feu vert) et la régie de quartier. Le soutien des équipes municipales et le portage politique du projet par les conseils d’administration des associations partenaires ont été déterminants. Bientôt 10 ans plus tard, le festival existe toujours, malgré le renouvellement des personnes et des équipes municipales, et aucune rixe n’est à signaler pendant les éditions successives. Il semble que les acteurs du territoire ont pris goût à la coopération.
Les jeunes au coeur du projet en coopération
Le fonctionnement participatif est rodé : il commence par une évaluation de l’édition précédente, faite avec l’ensemble des parties-prenantes, et en premier lieu, les jeunes engagés dans sa préparation. La valorisation de leur investissement par les élus, lors d’un repas et la remise d’un “diplôme d’engagement” a une force symbolique importante. Ils se sentent écoutés, et la confiance est suffisamment installée pour qu’ils se permettent de s’exprimer, de passer des messages… et pour certains, renouveler leur engagement.
Ensuite, des commissions se répartissent le travail jusqu’au Jour J : finaliser le programme, assurer la communication, superviser la logistique.. Sport, protection civile, pratique artistique, expositions, concerts, buvette, fooding : le programme varie selon les éditions, au gré des propositions. Les fondateurs sont toujours là, mais ils ont su transmettre les commandes. Des collégiens qui ont grandi continuent de participer, ce qui permet de veiller à faire des propositions pertinentes, adaptées à la diversité des profils des jeunes.
Les bienfaits de la coopération
Les partenaires du festival reconnaissent les bienfaits suivants : la complémentarité de leurs compétences leur permet d’aller plus loin; les échanges entre professionnels, y compris au sein d’une même structure, sont plus fluides; ils offrent une certaine émulation, sans verser dans la compétition; les visions et les pratiques sont davantage cohérentes. Par exemple, sur l’accueil de collégiens exclus, des logiques de parcours sont construites, en tenant compte des compétences de chacun et des besoins des jeunes concernés.
Au-delà du festival organisé en commun, les acteurs de la jeunesse et de l’enfance ont renforcé leurs coopérations, en montant de nouveaux projets. Indirectement, on assiste à l’émergence d'une véritable communauté éducative, issue de l’éducation populaire, et fédérée autour du sens de leur métier.
Les conditions de la coopération
La mobilisation du noyau dur est déterminante : comme une locomotive, il a la capacité d'entraîner les autres acteurs du territoire. L’ancrage, l’ancienneté, la capacité à dégager des ressources humaines et matérielles confèrent aux initiateurs la légitimité nécessaire. Cette capacité d'entraînement est favorisée par le soutien des équipes municipales, d’une personne en particulier au moment du lancement. Elle est aussi renforcée par l’adhésion des bénévoles, et le portage des conseils d’administration en particulier. Enfin, elle est entretenue dans la durée, d’une part grâce aux dotations financières dédiées, d’autre part grâce aux mécanismes d’intégration et de transmission aux salariés et aux bénévoles nouvellement arrivés.
Evidemment, cette coopération ne va pas sans difficulté. La principale difficulté relève de la cohérence des visions, voire du langage. Sans un socle de valeurs, de règles et de pratiques communes, la coopération est compliquée. Prendre le temps de se connaître, se dire les choses, s’appeler : la régulation est nécessaire. En général, il s’agit davantage d’incompréhensions que de désaccords profonds. Si la répartition des rôles par commission permet à chacun de trouver sa place, elle permet également de gagner en efficacité. Une fois l’objectif commun bien défini et le rôle des référents bien cadré, les cadres peuvent se concentrer sur les sujets stratégiques : s’assurer de la circulation de l'information, superviser la logistique, assurer le lien avec les partenaires institutionnels.
Savoir déléguer : une manifestation de confiance et un facteur de pérennité.