Synthèse élaborée par Charlotte Debray à partir de l’audition de Marion Desforges le 9 juillet 2025, pour le Conseil parisien des associations.
Tisser le lien social d’un quartier neuf
Fruit d’une opération de renouvellement urbain, le Quartier de la Chapelle internationale est pour ainsi dire sorti de terre en 2022. A l’époque, le quartier était encore en grande partie en chantier, les nouveaux habitants s'installant peu à peu. Fédérant autour d’elle une dizaine d’associations agissant sur le quartier ou à proximité, l'association 22 Cheminots a été créée pour organiser des rencontres festives support de lien social. Elle s’est vue confier le soin de programmer chaque saison une fête de quartier. Rodée au travail en partenariat, la directrice de l’association s'est naturellement mise en lien avec les associations et les institutions du quartier, et leur a proposé la co-organisation des événements.
Désormais, la récurrence des événements est bien installée, et les habitudes de travail en partenariat ancrées. Des associations qui ne travaillaient pas ensemble se connectent, de nouveaux projets inter-associatifs sont nés, comme le “Rond point commun”, sorte de forum des associations à la très petite échelle (Porte de la Chapelle, Chapelle internationale, Hébert la Chapelle). Les retours des habitants sont positifs, car ils ne savent pas forcément ce qui existe d’une rue à l’autre, et l’on y prend le temps d’échanger, de rencontrer les associations, de mutualiser des projets.
Les bienfaits de la coopération
Les associations partenaires de 22 Cheminots reconnaissent les bienfaits suivants : en coopérant sur l’organisation de fêtes de quartier, elles se sont rendu compte que cela permettait de fluidifier les tâches, et de gagner du temps sur la partie logistique. Elles ont mutualisé des moyens, des bénévoles notamment, au service d’un objectif commun. La complémentarité des compétences permet à chacun de trouver sa place, selon les forces de chacun. Par exemple, des habitants viennent voir 22 Cheminots avec une envie, un besoin, un projet. Au besoin, l’association sait désormais vers quelle association les rediriger pour les accompagner de façon adaptée.
Indirectement, leur coopération a permis aux associations d’instaurer la confiance des habitants : ils voient qu’elles sont coordonnées, qu’elles ne sont pas concurrentes. Cette reconnaissance des publics favorise leur engagement, notamment chez les plus jeunes et les femmes. Enfin, le fait d’agir en coopération facilite le dialogue avec les pouvoirs publics.
Les conditions de la coopération
Le coefficient humain est déterminant au départ, pour donner l’impulsion à la dynamique de coopération. L’implication de la directrice de 22 Cheminots a été structurante, pour aller à la rencontre des acteurs, comprendre leurs défis communs, embarquer le collectif. Le rôle d'intermédiation qu’elle a pu jouer est selon ses mots “passionnant mais énergivore”.
La mobilisation des habitants est centrale également : l’on part des envies ou des besoins des habitants, et l’on s’organise pour y répondre. Non seulement c’est apprécié par les habitants, mais cela favorise leur propre engagement. Il semble qu’on soit face à une chaîne de réciprocité.
Enfin, la question de l’échelle est importante : on raisonne quasiment en termes de rue, voire d’immeubles. Or, il est démontré qu’une ville soudée et solidaire résiste mieux aux chocs (canicules, crise sanitaire, …) qu’une ville dans laquelle les liens sont moins développés. Ces liens de proximité renforcent la résilience des territoires, au quotidien comme en cas de crise. De même, les personnes disposant d'un réseau social dense et diversifié, constitué de liens de différentes natures (familiaux, professionnels, de voisinage, liés aux loisirs…), bénéficient d'une meilleure protection face aux difficultés que les personnes isolées (Atelier parisien d’urbanisme, 2025).
Evidemment, cette coopération ne va pas sans difficulté. La coordination d’acteurs aux pratiques et aux moyens variés est parfois compliquée, bien qu’on partage des objectifs. Il faut prendre soin des relations, parler, et en cas de tensions fortes, il n’est pas interdit de demander un arbitrage externe, comme celui de la mairie par exemple. Prendre soin du lien : un savoir-faire et une nécessité.