Enjeux sociétaux Innovation sociale

Dans le Bas-Rhin, du « silver développement » par la co-construction

Tribune Fonda N°245 - Associations et collectivités - Mars 2020
France Active Alsace
Le Hackathon Silver, qui agit dans la prévention de la perte d’autonomie liée à l’âge, a vu le jour sous l’impulsion du département du Bas-Rhin pour stimuler l’émergence de projets sur cette thématique. La démarche co-construite entre le département, des associations, et tout un ensemble d’acteurs a permis la construction d’un langage et d’apprentissages communs.

Cet article est une contribution à la version numérique enrichie de la Tribune Fonda n°245. Il ne figure pas dans la revue papier. 


Près de deux cente quarante personnes s’affairaient les 14 et 15 mars 2019 à l’Hôtel du département lors du Hackathon Silver initié par le département du Bas-Rhin. Le défi : trouver des solutions pour faire face aux enjeux de l’avancée en âge de la société. La participation dépassa les attentes. Malgré un engagement demandé sur deux jours, 97% des inscrits étaient là. Quinze projets ont émergé de cet événement, portés par des associations, des entreprises, des acteurs publics…

Quels enseignements tirer de cet événement du point de vue des formes de coopération entre collectivité et associations ? Comment expliquer ce succès ? Retour sur une expérience qui mêle projet innovant et innovation de processus.


Le Hackathon Silver, une démarche collective de prévention de la perte d’autonomie


L’idée du hackathon a vu le jour un an plus tôt dans une réunion du réseau Innov’âge. Initié par le département du Bas-Rhin, Innov’âge agit dans la prévention de la perte d’autonomie et associe une grande pluralité d’acteurs : agents du Département, associations, chambres consulaires, acteurs du développement social ou économique, CARSAT, mutuelles, université... 

Le département a mis dans ce réseau l’accent sur l’accompagnement de projets répondant à des besoins qui n’ont pas de solutions satisfaisantes. Des porteurs de projet y sont accueillis pour exposer leurs démarches et échanger avec ses membres. Ils bénéficient ainsi d’une expertise collective unique : questions, regards, conseils, retours d’expériences ou mises en relation. L’action collective est donc au fondement de la naissance de ce hackathon.

Au printemps 2018, avant de clore une réunion d’Innov’âge, un débriefing fit poindre une interrogation : que faire quand aucun projet n’émerge dans un territoire ou sur une thématique ? L’idée d’organiser un événement qui stimulerait la prise de conscience des besoins non couverts avec une bonne dose de créativité est née de ces échanges. Lors de la réunion suivante l’idée devenait projet : un hackathon.

Pour atteindre l’objectif de créativité la mixité des acteurs et des secteurs à impliquer s’est vite imposée comme une nécessité (associations, entreprises, fondations, habitants, collectivités, artisanat… ; sport, alimentation, technologie, tourisme…).

hacking silver
Visuel de l'opération


L’objectif de mixité a stimulé l’envie de co-construction. Le département seul ne pouvait pas être le concepteur de toute la démarche et le mobilisateur de toutes les parties prenantes. Un comité de pilotage a été constitué avec quelques membres du réseau Innov’âge : des agents du Département (issus de domaines variés, du vieillissement aux bibliothèques), l’Adira (facilitateur du développement économique en Alsace), Alsace active (association qui apporte financements, conseils et développement de réseaux pour des petites entreprises et structures de l’économie sociale et solidaire), le CEP-CICAT (association qui dispense des conseils ergonomiques pour les personnes dépendantes). A été associé à ce comité Alsace Digitale, une association qui anime une communauté alsacienne d’acteurs innovants dans le digital.

Des ateliers se sont tenus dans différents territoires du Bas-Rhin de septembre 2018 à février 2019. Outre l’objectif de créativité ils étaient pensés pour apporter de nouvelles façons de travailler entre des participants qui bien souvent ne se connaissaient pas.

Travailler collectivement dans un processus de créativité comporte un risque important que la dynamique ne prenne pas. Non pas par manque d’intérêt, mais par inadaptation des méthodes de travail, incompréhension des concepts… Pour faire face à ce défi le département a posé comme nécessité la mise en place de formations à la facilitation. Ateliers de créativité et formations se sont déroulés en alternance. Les facilitateurs appliquaient leur formation immédiatement dans les ateliers puis en faisaient un débriefing. 


Une démarche d’apprentissage et de construction d’un langage commun


Si certains participants ont beaucoup appris lors de ces ateliers, puis du Hackathon, les membres du comité de pilotage ont eux aussi appris de leurs différences. Le comité de pilotage était traversé en permanence par des sujets dont chacun avait une compréhension et une maîtrise différentes. Cela a conduit à une démultiplication du nombre de réunions afin d’ajuster les connaissances avant de faire des choix.

La co-construction appelait les co-apprentissages, elle nécessitait des transferts de connaissance et de savoir-faire. Avec son expérience des tours de table financier ou partenariaux, Alsace active a ici joué un rôle de facilitateur. Le Département était le garant du sens du projet : répondre aux besoins des habitants, des usagers.

À mesure que la date du hackathon approchait le stress montait, de même que la confiance dans l’issue de la démarche se renforçait. Les ateliers qui s’étaient tenus avaient mobilisé plus de 280 participants. Les échangent s’intensifiaient entre les participants : la communauté du Hackathon était naissante. Alsace digitale, qui animait une partie conséquente des ateliers, collectait les premières bribes de projets très prometteurs. Les signaux de l’engagement des participants allaient croissant.

Alsace active conduisait la mobilisation des associations, collectivités, groupes de citoyens et entreprises locales. Elle était relayée par Alsace Digitale et l’Adira en direction des grandes entreprises, le Département mobilisait ses agents et partenaires dans le territoire. Chacun travaillait avec les éléments de langage appropriés. Il n’y avait pas de campagne indifférenciée. Les actions étaient ciblées et coordonnées par Alsace active qui en mesurait les retours régulièrement, statistiques à l’appui, pour évaluer la suite des actions : nombre d’inscrits, taux effectifs de participation, volume d’échanges, nombre de vues des messages, contribution apportées sur le site…

Le hackathon a donc été un processus dynamique s’inscrivant dans la co-construction, né dans le réseau Innov’âge qui agit lui-même par de l’expertise collective. Au sein du conseil départemental, le hackathon été porté par sa vice-présidente, Michèle Eschlimann qui préside la commission autonomie de la personne et du silver développement. Sa mise en œuvre était pilotée par Véronique Koehren, déléguée silver développement dont la mission est rattachée au Secrétariat général - donc transversale.

Si le secteur associatif a eu l’une des contribution les plus importantes, il n’était pas du tout le seul secteur impliqué. La co-construction ne constituait pas seulement la dualité collectivité-association, c’était avant tout une mobilisation plurielle à 360° : une co-construction territoriale. Le processus ne fut pas toujours facile tant les façons de comprendre et de faire de chacun étaient parfois différentes. Mais la co-construction a été facilitée par la capacité des membres du comité de pilotage à s’engager dans une démarche de co-apprentissage.

Si le hackathon 2019 est derrière nous, aujourd’hui l’aventure se poursuit avec l’accompagnement des projets et la une future édition, toujours co-construite, pourrait se tenir en 2021.

 

→ Site internet de l'opération

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Le dossier met en avant les enjeux d’une coopération réussie entre ces acteurs à l’échelle locale, les leviers à activer pour y parvenir et les difficultés rencontrées.

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