Enjeux sociétaux

Les Olympes de la parole

Tribune Fonda N°242 - Favoriser l'accès de tous à l'éducation - Juin 2019
Jeanne Villeneuve
Jeanne Villeneuve
Focus sur ce concours qui propose aux écoliers, collégiens et lycéens de réfléchir à la place des femmes dans la société.

Si l’accès pour tous les niveaux d’éducation et le taux de scolarisation progressent dans le monde, il n’en demeure pas moins que d’importants écarts existent encore entre le regard porté sur les genres ou sexes et la réalité. Les Objectifs de développement durable (ODD), fixés par les Nations unies en 2015, font figurer respectivement en quatrième et cinquième positions, « l’éducation de qualité » et « égalité entre les sexes ».

La politique du concours des Olympes de la Parole n’a pas attendu les dispositifs de l’ONU pour viser à réduire les ségrégations entre les hommes et les femmes puisque ce concours existe depuis 2001 et a été fondé à l’initiative de l’Association française des Femmes diplômées des universités (AFFDU).

Il est toutefois entendu que cette politique éducative soutenu par le biais d’un concours et focalisé sur les inégalités « filles-garçons » n’a pas vocation à résoudre tous les problèmes. Conçu sur un mode qui se veut ludique mais sérieux, il ne saurait dispenser une politique globale d’égalisation de la qualité de l’offre scolaire, familiale, professionnelles ou même sportive pour les filles et les garçons et il est important de noter que le partenaire principal du concours est bien le ministère de l’Éducation nationale. Ainsi, toute réduction significative des inégalités exige aussi de s’intéresser au milieu éducatif de l’enfant dans la sphère hors établissement scolaire et voir l’impact de ce concours sur l’adulte de demain.

Le premier concours, qui se nommait à l’époque « Les Olympiades de la Parole », s’est déroulé en 2001 et son sujet était le suivant : « L’égalité existe-t-elle entre les filles et les garçons dans la classe, dans la famille, dans la vie professionnelle, dans les loisirs ? ».

Chaque année, les épreuves du concours sont conçues chaque année à partir d’un thème et d’un sujet très précis (voir la liste des sujets en fin d’article). Comme ce concours met en avant la parole dite, la saynète jouée par les élèves se révèle de grande importance. Elle a une visée uniquement pédagogique et éclaire l’acteur/élève sur les faiblesses des discriminations diverses et variées. Ce qu’il est bon de souligner, c’est que les inégalités entre les filles et les garçons peuvent s’observer grâce à ce concours dès l’entrée au cours moyen. Le concours étant largement ouvert aux écoles élémentaires, aux collèges et aux lycées généraux, technologiques, et professionnels.

Souvent des solutions aux différenciations entre filles et garçons sont mises en lumière par le biais de ce concours. La mixité et la parité du groupe des huit jeunes acteurs ont été voulues par les organisateurs. Mais dans la plupart des cas, le concours met bien en évidence (au delà la courroie de reproduction des inégalités intergénérationnelle et dans tous les milieux confondus) que les inégalités perdurent. Ainsi par exemple, si la prise de parole en public est un exercice difficile pour tous, il l’est davantage pour les filles : le jury constate en effet chaque année que les voix masculines s’élèvent avec plus de facilité laissant peu de places aux hésitations des filles.

Les Olympes de la parole poursuivent donc un double objectif : donner la parole aux jeunes et les faire réfléchir sur l’égalité entre filles et garçons dans leur vécu quotidien. Au terme de l’examen des dossiers et des saynètes, la prise de conscience par les filles et les garçons de la domination masculine est largement partagée.

L’espoir naît cependant des revendications et du constat qu’une légère évolution positive des rapports sociaux entre les partenaires et les actions complémentaires voit le jour.

olympes de la parole
Accéder à la présentation des Olympes de la Parole sur le site de l'AFFDU.


Une communauté d’acteurs mobilisée


Pour chaque établissement scolaire les services du rectorat, de l’inspection d’académie, de la délégation régionale du ministère de l’Éducation nationale, de la parité et de l’égalité professionnelle : le Haut conseil à l’Égalité entre les hommes et les femmes, la DGESCO et la mission de prévention des discriminations et égalité filles-garçons, des chargé.e.s de mission académique, des présidentes de groupe AFFDU en région, des professeur.e.s, des directeur.rice.s d’établissements et des documentalistes de l’observatoire de la Parité sont concernés par le concours. Les élèves travaillent souvent en petits groupes avant de synthétiser leurs propositions dans un dossier documentaire.

C’est donc, dans le cadre des travaux de convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons - qui engage les parties à assurer auprès des jeunes une éducation de qualité  et à l’égalité entre les sexes notamment pour prévenir des violences sexiste, assurer le respect mutuel entre les sexes, promouvoir une orientation plus diversifiée et assurer la mixité dans toutes les filières de formation - que l’opération du concours peut prendre son ampleur.

La réussite finale dépend ensuite de l’enthousiasme et de la détermination à répondre à la question posée.


Les apports de ce concours


Le débat sur l’égalité entre filles et garçons, femmes et hommes, occupe encore une place réduite au sein des établissements scolaires et ce en dépit des inégalités qui persistent. Lutter contre le sexisme, contre le harcèlement est un enjeu de chaque instant et  un combat quasi quotidien. On sait qu’en matière d’emploi par exemple d’intérêt ou de passion plus généralement, la différence de genre marquent encore des spécificités importantes, et souvent à partir de l’éducation reçue où les stéréotypes font légion.

Les échanges entre les élèves, provoqués par le concours, favorisent une approche éducative contre les discriminations éthiques, économiques, de genre et ouvrent des horizons nouveaux aux jeunes scolarisés tout en incitant à promouvoir la mixité dans tous les domaines de la vie.

Cependant, l’égalité des sexes demeure un concept, malgré l’œuvre des Nations unies qui travaille pour un monde plus juste et où les filles ne seraient pas sans cesse rappelées à leur sexe. Le sentiment ancré d’une évolution sociale positive depuis les acquis des féministes des années 70 masque encore une situation inégalitaire entre les hommes et les femmes dans la vie familiale, sociale et professionnelle.

Celles qui s’engagent dans les Olympes de la Parole connaissent l’ampleur de la tâche exigée mais aussi l’importance et la richesse de l’échange.

Ce modèle du concours est bien entendu exportable dans tous les pays et voit d’ailleurs le jours au Canada. Les femmes du monde portent-elles un regard différent sur l’économie et les problèmes qui s’y rapportent ? Quand elles dirigent, le font-elles différemment des hommes ? Ou bien au contraire n’y parviennent- elles qu’en épousant les codes conçus par les hommes de notre planète ? Encore incongrus pour certains, incidemment sexistes pour d’autres, ces questions ont aujourd’hui le mérite d’être posées et de susciter un débat international.   


Aller plus loin


Pour aller plus loin vers la parité hommes/femmes reposant sur l’absence de différenciation en matière de métiers par exemple, d’embauches, de rémunération, de gestion de carrière ou sur la prévention de la possibilité de harcèlement au travail (sexuel ou non), il faudrait repenser ou refonder entièrement les codes de la société civile. La loi en France sur l’égalité des sexes a été proposé par le ministère des droits des la femme de 2012 à 2014 (Najat Vallaud-Belkacem), il faudrait la réactualiser.
 



Liste des sujets proposés aux Olympes de la Parole


2001-2002 : « L’égalité existe-t-elle entre les filles et les garçons dans la classe, dans la famille, dans la vie professionnelle, dans les loisirs ? »

2002-2003 : « Quelle inégalité entre femmes et hommes vous choque le plus en 2003 ? Quelles actions proposez vous pour y remédier ? »

2003-2004 : Sujet pour les écoles élémentaires : « Comment se vit la mixité à l’école en 2004 ? ». Sujet pour les collèges et les lycées : « Comment se vit la mixité au collège, au lycée en 2004 ? Comment se vit le fait d’être une fille ou un garçon au collège et au lycée ? Vous allez observer et raconter des situations vécues dans votre établissement et hors de votre établissement. Est-ce qu’elles conduisent à l’égalité filles-garçons ? En quoi la mixité est une des conditions nécessaires à l’égalité filles-garçons ? Apportez des solutions. Concevez une animation répondant à la question : quelles sont les autres conditions nécessaires pour parvenir à l’égalité filles-garçons ? »

2004-2005 : « En tant que citoyen-(ne) à l’école, dans la société, pensez-vous que l’égalité filles-garçons, femmes-hommes est reconnue à part entière ? » Apportez des exemples concrets, des témoignages, des expériences personnelles ainsi que des solutions.

2005-2006 : « En 2006, L’égalité filles-garçons, femmes-hommes a t-elle progressé ? des inégalités filles-garçons, femmes-hommes persistent-elles ? De nouvelles inégalités sont apparues ? » 

2006-2007 : « En 2007, développer très tôt dans l’enfance , le respect mutuel, c’est participer à l’avancée de l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le monde scolaire et dans la société. »

2007-2008 : « En  2008, peut-on dire que tous les métiers sont accessibles à l’égalité , aux filles comme aux garçons ? »

2008-2009 : « Relatant des moments de vie, d’égalité et/ou d’inégalité entre les filles et les garçons , femmes et hommes puisés dans votre quotidien, vous préciserez les changements que l’Europe peut apporter en matière d’égalité. »

2009-2010 : « En 2010, comment les médias peuvent-ils améliorer l’image de la femme dans une perspective d’égalité filles-garçons, femmes et hommes ? »

2010-2011 : « En 2011, la représentation politique des femmes est-elle à parité avec celle des hommes ? Comment comprendre la situation actuelle ? Comment la faire évoluer vers une participation égalitaire entre filles et garçons, femmes et hommes, aux différences de niveau de la vie de la cité (conseil de classe, conseil de quartier…) et dans les instances de l’Etat (communes, départements, régions, Assemblée nationale, Sénat…) »

2011-2012 : « Les femmes et la création artistique. En prenant des exemples précis(en musique, arts plastiques, sculpture, théâtre, danse, littérature, cinéma…) vous montrerez la visibilité des femmes, leurs éventuelles difficultés au cours de l’histoire et dans le monde d’aujourd’hui »

2012-2013 : « En 2013, comment expliquez-vous que dans certaines filières et carrières scientifiques et technologiques, l’équilibre de la mixité ne soit pas complètement réalisé ? Vous proposerez des solutions pour corriger cette anomalie. »

2013-2014 : « De nos jours, le sport est-il un facteur d’émancipation des filles et des femmes dans la société ? Tous les sports individuels ou collectifs sont-ils ouverts aux filles et aux femmes ? Illustrez avec des exemples concrets, dans le cadre d’un travail transdisciplinaire. »

2014-2015 : « De nos jours, comment le travail est-il réparti entre les femmes et les hommes dans les métiers du secteur agricole et de la production de la nature ? Quelles solutions peut-on imaginer pour faire évoluer les responsabilités et réduire les inégalités entre les femmes et les hommes ? » Les questions seront abordées sous une perspective transdisciplinaire, dans le contexte de la France et des pays de l’Union Européenne pour  les lycées et les collèges, ou de la France seule pour les écoles élémentaires.»

2015-2016 : « Filles et garçons, femmes et hommes dans la République en 2016, comment préparer et partager un avenir commun s’appuyant sur les principes indissociables »Liberté-Egalité-Fraternité ». Proposer des actions concrètes en les argumentant. »

2016-2017 : « Au travail comme dans la vie privée, que ce soit pour s’informer, communiquer, commercer , créer… le numérique fait partie intégrante de notre quotidien. De nombreux métiers s’y rapportent, certains se créent, d’autres évoluent : ceux tournés vers la recherche et le développement des techniques, ceux tournés vers les usages. Face à ce bouleversement de notre économie et de nos modes de vie, vous vous interrogerez sur la répartition femmes/hommes dans les différents métiers du numérique et proposerez des solutions pour parvenir à l’égalité. »

2017-2018 : « Les médias sont en profonde mutation. La diversification de leurs supports  (imprimés, audiovisuels, internet et réseaux sociaux) a entraîné de nouvelles pratiques. Ces évolutions sont-elles toujours respectueuses de l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes ? A partir de quelques exemples, proposez des solutions pour une meilleure éducation aux médias. »

2018-2019 : « La place des femmes et des filles dans l’espace public. L’espace public est par définition accessible à tout le monde. Pourtant, garçons et filles, hommes et femmes n’ont pas le même usage de la rue, des transports, de la cour de récréation, des espaces de jeux et de loisir…Ils et elles n’ont pas le même rapport à l’espace extérieur. Quelle est aujourd’hui la place des filles et des femmes dans l’espace public ? Quelles difficultés particulières y rencontrent-elles ? Comment à votre avis, pallier ces difficultés pour faciliter l’usage véritablement mixte de l’espace public ? »
 

→ Aller sur la page du concours des Olympes de la Parole

Favoriser l'accès de tous à l'éducation
Découvrez tous les articles de la tribune N°242

La Tribune Fonda n°242 aborde le thème de l'accès à une éducation de qualité pour toutes et tous, tout au long de la vie, et celui de l'égalité des chances.

Elle revient sur les enjeux liés à la construction de communautés de réussite éducative.

La Fonda remercie ses grands partenaires