Associations et entreprises

Les enjeux à l’horizon 2020

Tribune Fonda N°217 - Association et entreprise : quelles alliances pour transformer le monde ? - Mars 2013
Charles-Benoît Heidsieck
Charles-Benoît Heidsieck
Après un an de réflexion au sein du groupe de travail Associations et entreprises, 18 auditions, 5 groupes locaux (soit 50 associations territoriales impliquées), une série de contributions écrites et un séminaire conclusif, la synthèse de l’état des lieux des relations associations-entreprises en France est riche de pistes de réflexions et d’actions.

Trois enseignements


En synthèse, je retiendrai trois enseignements.

  • Le mouvement est en marche ! Si associations et entreprises se sont longtemps ignorées, voire regardées avec méfiance, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les unes et les autres ont appris progressivement à s’apprivoiser, et les partenariats associations-entreprises constituent une réalité sur l’ensemble du territoire. Selon l’Observatoire national des partenariats, 46 % des associations et 21 % des entreprises de plus d’un salarié sont déjà passées à l’acte (1). Les groupes locaux démontrent que nombre de freins se lèvent peu à peu. Il convient de dépasser les postures de principe pour ouvrir les échanges et agir conjointement. Greenpeace nous rappelle en effet que les positions antagonistes n’empêchent pas le dialogue… bien au contraire. D’ailleurs, 84 % des Français (2) plébiscitent qu’associations et entreprises travaillent ensemble pour répondre aux enjeux de société.
     
  • Les motivations peuvent être multiples, et ne pas se limiter à la recherche de moyens financiers pour les associations, ou à mener des actions d’image pour les entreprises. Que ce soit pour diversifier les ressources, influencer les pratiques des entreprises ou innover ensemble, les enjeux associatifs sont nombreux. De même, que ce soit dans une logique d’ancrage territorial, d’évolution des pratiques managériales, de coopérations économiques ou d’innovation, la valeur ajoutée pour les entreprises est tout aussi variée. Chacun des partenaires peut donc trouver une alliance qui lui corresponde (3), en témoignent les résultats concrets présentés dans ce numéro.
     
  • Si la contribution à la performance de chacun semble de mieux en mieux comprise, elle dépasse souvent cet objectif pour incarner une volonté d’agir ensemble au service du « vivre ensemble ». C’est au travers de cette volonté de contribuer à répondre à des défis que les partenariats prennent toute leur dimension stratégique. Ils dépassent alors l’intérêt des parties pour s’inscrire dans une dynamique de « bien(s) commun(s) ».


Trois enjeux pour demain

Ce dernier point est essentiel. C’est bien la capacité à co-construire ensemble qui permettra de relever les défis auxquels nous sommes confrontés. L’ampleur des enjeux économiques, sociaux, sociétaux et environnementaux exige que des solutions soient recherchées en commun. Les impacts des alliances peuvent être très structurants : que ce soit en réduisant les fragilités (ex. : réseau Cocagne ou GDF-Suez), en contribuant aux moteurs de croissance et à l’emploi (de la Cgt au Medef, l’intérêt de traiter la question est souligné) ou en participant à la dynamique territoriale qu’elle soit locale ou internationale (ex. : MRJC ou Forum modernité).


En regardant à horizon 2020, trois pistes de réflexion commune aux entreprises et aux associations peuvent être soulignées :

  •  l’éducation : l’avenir dépend de la capacité d’une société à apporter un système éducatif adapté aux besoins de ses jeunes. Dans le contexte de mutation structurelle que nous connaissons, la réflexion mutuelle sur l’éducation est fondamentale ;
     
  • l’emploi : comme cela a été souligné lors du séminaire prospectif, activité- emploi-travail sont des notions en profondes évolutions. La question du « capital humain » étant au cœur des enjeux de l’entreprise, la question de cette transformation est nécessairement une préoccupation commune ;
     
  • le « prendre soin » : devant les fragilités grandissantes, il est essentiel de se questionner ensemble sur le « prendre soin » non seulement des personnes en fragilité, mais aussi de celles qui contribuent à les aider. Cette dimension, largement sous-estimée aujourd’hui, est pourtant au centre de l’épanouissement de l’individu.

Tant les entreprises que les associations ont la nécessité de se questionner sur l’évolution du rapport individu/collectif. C’est dans cette question que se trouvent sans doute les pistes de solutions pour une meilleure attention à l’Autre.

L’ouverture à l’ensemble de l’écosystème

Si les partenariats associations-entreprises apparaissent comme l’un des leviers essentiels pour relever les défis du XXI e siècle, il convient de souligner qu’ils sont d’autant plus pertinents qu’ils associent l’ensemble des acteurs de l’écosystème.

  • La place des collectivités territoriales : elles ont également un rôle important à jouer dans les partenariats, car n’oublions pas que c’est avant tout localement qu’ils vont pour la plupart se développer. Elles peuvent faciliter les rencontres entre les différents acteurs qui contribuent à repenser l’attractivité de leur territoire, mais aussi à favoriser un meilleur lien social.
     
  • Le rôle des syndicats : les travaux ont également montré que les syndicats ont une place à prendre dans cette co-construction. Ils sont de plus en plus nombreux à se questionner sur les partenariats, notamment au travers de l’émergence de la responsabilité Sociétale de l’Entreprise (rSE).

 

Le défi de l’altérité et le pari de la confiance

La co-construction ne peut se réaliser sans l’altérité ; c’est-à-dire sans reconnaître l’Autre pour ce qu’il est. Le vivre ensemble ne peut s’entendre sans la confiance. Altérité et confiance sont deux piliers essentiels pour relever les défis de demain. La dynamique est en marche ; il s’agit d’en prendre pleinement conscience et de l’accélérer. En tant que président de ce groupe de travail de la Fonda, mais aussi comme fondateur du rameau, laboratoire de recherche appliquée sur les alliances innovantes entre associations et entreprises, je suis heureux de pouvoir témoigner que la co-construction pour répondre aux nouveaux besoins, notamment des plus fragiles, est de moins en moins un mythe et de plus en plus une réalité ! Gageons que ce mouvement va s’intensifier pour contribuer à un XXIe siècle plus solidaire et durable.

1. Source : étude ArpeaEntreprise, Comisis, 2011 et ARPEA-Associations, CPCA/Comisis, 2010.
2. Source : étude ArpeaCitoyens, ComisisOpinionWay, 2012.
3. Source : à titre d’exemples consulter le guide Orse et les études de cas Le Rameau, nov. 2012. : www.orse.or

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