Innovation sociale

Lazare, des colocations pour se reconstruire après la rue

Tribune Fonda N°252 - L'inclusion comme horizon - Décembre 2021
Lazare
Et Anna Maheu, Carrefour des Innovations Sociales
Depuis plus de dix ans, l’association nantaise Lazare crée des colocations où se croisent des individus qui ont connu la galère, des jeunes actifs de 25 à 35 ans et des familles bénévoles. En 2020, 215 colocataires vivaient dans des maisons Lazare, soit autant de possibilités de rencontres.
Lazare, des colocations pour se reconstruire après la rue
Deux colocataires de l'une des maisons Lazare en France. © Constance Viot / Lazare

En 2006, Martin Choutet et Étienne Villemain partagent l’intuition que les personnes durablement à la rue pourraient se relever si elles avaient un lieu où vivre, mais aussi des relations sociales. Ils se mettent alors en colocation avec Karim, Rabba et Yves, trois hommes qui sortent de la rue.

De l'association pour l'amitié à Lazare

Cette première colocation les convainc : ils aident d’autres colocations à se monter et se fédèrent en une association basée à Paris, l’Association pour l’amitié (APA). Quelques années plus tard, une seconde association voit le jour, Lazare, qui ouvre des maisons dans les autres villes de France et à l’étranger.

Lazare lève des fonds pour les achats de bâti et les travaux, principalement auprès de fonds de dotations. Les loyers versés par les résidents couvrent les charges des immeubles. Les comptes des maisons sont excédentaires, l’association peut ainsi financer une partie de ses frais de fonctionnement.

Des lieux différents, un seul fonctionnement

Ouvrir une nouvelle maison n’est pourtant pas de tout repos. Aliénor de Sentenac, qui travaille à Lazare depuis deux ans, se souvient : « À Genève, cela a pris quatre ans. Nous avons failli abandonner à plusieurs reprises, mais à chaque fois on nous rappelait qu’il y avait un réel besoin. Nous avons finalement trouvé un lieu en juillet. »

À Nantes, une ancienne école est prêtée à Lazare pour 30 ans en échange des travaux. À Bruxelles, quatre maisons ont été rachetées autour d’un jardin, un investissement que l’association rembourse progressivement. À Rennes, Lazare acquiert directement un terrain afin d’y construire une résidence et, pour la première fois, être propriétaire.

Derrière ces adaptations au marché locatif local, toutes les maisons fonctionnent sur le même principe.

Des colocations non mixtes d’hommes et de femmes sont sous la responsabilité d’une famille qui s’implique bénévolement pour trois ans. Les colocataires sont des personnes précédemment à la rue et des jeunes actifs, ces derniers s’engageant à y demeurer au minimum un an.

« La stabilité est importante pour que cela reste des maisons et que nos colocs sortis de la rue n’aient pas à vivre des départs répétés douloureux », précise Aliénor de Sentenac.

Quand les colocataires grandissent ensemble 

L’équipe de huit salariés peut compter sur des bénévoles, trois services civiques chargés de l’animation de certaines maisons et des travailleurs sociaux qui viennent une journée par semaine sur place.

Micheline Claudon, psychologue clinicienne spécialisée en addictologie, participe également au déploiement d’un réseau de patients experts. En effet, selon une étude d’impact réalisée en 2020 par le cabinet (IM)PROVE, 41 % des colocataires qui ont connu la précarité déclaraient avoir une addiction en 2020. 75 % d’entre eux se sentaient soutenus par ce programme d’addictologie.

Toujours d’après la même étude, en 2020, 85 % des colocataires déclaraient avoir un projet personnel ou professionnel alors qu’ils n’étaient que 25 % avant d’arriver à Lazare.

Cette cohabitation n’est pas transformatrice que pour les habitants sortis de la rue.

« Les jeunes actifs qui viennent dans les maisons Lazare ne le font pas seulement par souci du sans-abrisme, mais parce qu’ils y trouvent une vie intergénérationnelle pleine d’humour et de joie. Les colocataires grandissent ensemble, ils sortent de leurs bulles sociales et ils vivent une rencontre qui les structure », s’enthousiasme Aliénor de Sentenac.

Depuis 2011, ce sont plus de 772 personnes qui ont vécu de telles aventures.
 

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