Innovation sociale

Une relève agricole durable : Terre de liens

Tribune Fonda N°248 - Penser la valeur pour défendre nos valeurs - Décembre 2020
Terre de liens
Et Anna Maheu, Carrefour des Innovations Sociales
Alors que 24 fermes disparaissent chaque jour en France, Terre de Liens permet la transmission des fermes à travers les générations en aidant celles et ceux qui ont en germe un projet d'installation agricole en biologique.
Une relève agricole durable : Terre de liens
Moutons © Anne-Marie Landou / Terre de liens Normandie

Première étape : ce mouvement libère la terre de la spéculation foncière et lui redonne sa place en tant que bien commun. Terre de Liens rachète en effet des biens agricoles qui ne trouvent pas de repreneur ou qui risquent de perdre leur usage agricole. Une fois propriété de l'association, les champs ne peuvent plus être rachetés ni artificialisés. En effet, selon un rapport de France Stratégie publié en 2019, plus de cent hectares du patrimoine cultivable français sont grignotés chaque jour par l’habitat (41,9 %), les réseaux routiers (27,8 %) ou les services et loisirs (16,2 %). La France a ainsi perdu un quart de sa surface agricole sur les 50 dernières années.

La différence avec un simple racheteur se situe dans le mécanisme du commun foncier : ce sont des citoyennes et des citoyens qui participent au rachat de fermes par le biais d’une foncière et d’une fondation.

Héritée des communaux du Moyen Age, cette pratique du « commun foncier » assure une gouvernance partagée afin de mieux protéger ces ressources en voie de raréfaction. Depuis dix-sept ans, 34 000 citoyens ont contribué au mouvement Terre de Liens.

Si la première ferme a été acquise en 2007, Terre de Liens célébrait en juillet 2020 sa 223ème ferme acquise soit 6 400 hectares préservés. Depuis 2013, Terre de Liens se décline également en Fondation reconnue d’utilité publique, ce qui l’habilite à recevoir des legs et donations de fermes.
Fin décembre 2019, la Foncière représentait 81 millions d’euros de capital auquel s’ajoutent les deux millions d’euros de fonds propres de la Fondation, sous forme de terres ou bâti agricole.

Inauguration de la ferme La Solive Moutons © Jean-Pierre Desbordes / Terre de liens Poitou-Charentes
Inauguration de la ferme La Solive Moutons © Jean-Pierre Desbordes / Terre de liens Poitou-Charentes

Une fois la ferme achetée par la foncière ou la fondation, elle est louée à des paysans aux pratiques agricoles respectueuses de l’environnement à très long terme. Ce dispositif leur évite l’endettement d’un achat de foncier agricole.

Nombreux sont les jeunes en fin de formation, qui ne sont pas enfants d’agriculteurs et qui cherchent une ferme pour s’installer sans avoir les moyens de l’acquérir. Le foncier est en effet une barrière à l’entrée importante de l’agriculture : le prix des terres a subi une sérieuse inflation au cours des vingt dernières années et avoisine aujourd’hui les 6 000 euros l’hectare en moyenne, moitié plus que dans les années 1990.

Les agriculteurs qui cherchent à s’installer peuvent compter sur une aide autre que financière : le réseau associatif les accueille, les informe et les accompagne. L’ensemble des activités bénéficie du soutien de 1100 bénévoles et des 90 salariés répartis sur toute la France.

Aujourd’hui près d’un tiers des agriculteurs a plus de 55 ans.

En 2019, ils étaient 161 000 à envisager de cesser leur activité dans les trois années suivantes. Une relève est donc vitale pour assurer la pérennité de la filière agricole française.

Investir dans la terre est aussi un enjeu de citoyenneté. Un groupe de bénévoles de Terre de Liens a par exemple organisé une veille foncière citoyenne à Lewarde en 2017 et interpellé les élus du territoire sur l’enjeu du foncier agricole. Un dialogue avec les élus a permis d’identifier une parcelle de la communauté de communes laissée en friche en 2018.

Elle est maintenant destinée à être aménagée et transformée en installation maraîchère biologique. La commune travaille quant à elle sur les débouchés de la production : la cantine scolaire (150 repas par jour), des points de vente directe, etc. Ou quand la terre retisse des liens entre ceux qui la travaille et ceux qu’elle nourrit.

Cas pratiques et initiatives