Innovation sociale Enjeux sociétaux

Projet en coopération - Coopérer autrement en acteurs du changement

Tribune Fonda N°247 - Perspectives pour le "monde d'après" - Septembre 2020
Anne-Françoise Taisne
Anne-Françoise Taisne
Dans le cadre du programme Faire Ensemble 2030, la Fonda souhaite valoriser les coopérations qui sont mises en oeuvre. Cette fiche montre comment le Comité Français pour la Solidarité Internationale (CFSI) développe et renforce les coopérations de territoire à territoire.

Présentation  

Après plusieurs actions menées par le CFSI dès les années 2000 afin de renforcer les capacités des acteurs des sociétés civiles à participer à l’élaboration et au suivi des politiques publiques, le CFSI a souhaité travailler sur l’évolution des pratiques de coopération.  

Mis en place en 2014, le programme Coopérer autrement en acteurs de changement a pour objectif de redonner du sens au mot « co-opération ». L’idée est de favoriser les coopérations de territoire à territoire, relier les enjeux économiques et sociaux, ainsi que de transformer les postures de coopération avec le passage d’une posture d’aide à une posture de partenariats équilibrés.

Parties prenantes  

  • Association reconnue d’utilité publique : le Comité français pour la solidarité internationale (CFSI)
  • 24 membres au CFSI : associations de solidarité, de collectivités territoriales, organisations syndicales engagées dans la solidarité internationale.

Zone géographique  

France, Afrique, Asie, Amérique latine

Résultats  

En l’espace de quatre années (2014-2018), le CFSI a soutenu neuf initiatives mobilisant plus de 70 partenaires en France, en Asie, en Amérique latine et en Afrique, dans le cadre de coopération entre un territoire français (Bretagne, Pays de la Loire, Hauts de France, Occitanie, Sarthe, Ile de France etc) et un autre à l’international. Elles ont bénéficié directement ou indirectement à 460 000 personnes et démontré la capacité des membres du CFSI et de leurs partenaires à concrétiser les ODD.  

« Des Paniers paysans de Comasagua (Salvador) au jardin solidaire de Montauban » est une de ces initiatives. Depuis le milieu des années  2000, le Secours populaire français soutient les communautés de Comasagua au Salvador. Ce projet a amélioré la situation des jeunes et des femmes en mettant en place des parcelles destinées au maraîchage.  

Fort de ces résultats, le Secours populaire a favorisé un partenariat entre le SPF de Montauban et les organisations impliquées au Salvador.  

Son objectif principal était de recréer du lien social en mettant en relation des personnes qui ne se parlent pas forcément pour redonner une perspective, une reconnaissance et de l’estime de soi à des personnes précarisées. Cette initiative a été soutenue dans le cadre du programme Coopérer autrement en acteur de changement du CFSI de 2015 à 2018. Elle regroupe des partenaires  de différentes natures : une coopérative agricole « Canasta Campesina », les familles paysannes de Comasagua , trois universités dont l’Université Luthérienne salvadorienne, le lycée français de San Salvador ; la fédération du SPF du Tarn-et-Garonne (82) et deux Conseils de région (Occitanie et Nouvelle Aquitaine) du Secours populaire français ; le groupement de l’agriculture biologique des Hautes Pyrénées (GAB 65), le Lycée agricole de Capou (Montauban), Médecins pour le droits à la santé et la Fondation pour le développement socioéconomique et pour la restauration environnementale (FUNDESYRAM). En France, le jardin solidaire de Montauban mobilise et crée du lien social entre 300 personnes en situation de précarité économique et social, un lycée agricole ainsi que des agriculteurs bio et d’autres associations.

Cette coopération de territoire à territoire renforce les échanges entre ces deux pays où chacun expérimente l’insertion d’un public précaire par des jardins solidaires avec différents acteurs, dans des contextes différents. La solidarité internationale est également mise en pratique par les missions croisées entre Salvadoriens et Français.

Des ateliers et échanges ont également été organisés pour décloisonner les pratiques et les acteurs, relier solidarité nationale et solidarité internationale et définir notamment un positionnement commun sur la solidarité internationale. Il a aussi animé une réflexion sur les partenariats pluri-acteurs pour définir les conditions de réussite de ces partenariats.
En 2019, le CFSI a lancé une nouvelle phase triennale visant à renforcer des coopérations de territoire à territoire. Pour ce faire, il met au cœur de ses engagements les ODD pour réaliser les droits humains.  

Ces diverses coopérations permettent entre autres de favoriser la collaboration avec de nouvelles organisations, d’encourager les coopérations horizontales, de mettre en place et consolider des espaces de concertation, d’améliorer l’efficacité, etc.  

Perspectives  

Un fonds va être mis en place au cours de l’année 2020 afin de permettre aux membres d’approfondir une pratique de coopération ou un sujet de réflexion de leur territoire et les faire connaître à d’autres acteurs (associations, collectivités, etc). Le CFSI va également développer une capitalisation dans le but de tirer les enseignements des coopérations de territoire à territoire.   

Enseignement ou problématique à caractère stratégique relatif à la mise en place d’une coopération   

Associer des acteurs de nature différente et relier l’économique et le social

  • plus-value des démarches partenariales : associer des acteurs de nature différente permet de sortir d’une relation bilatérale entre deux partenaires, encourage des coopérations horizontales et replace l’apprentissage mutuel au cœur des partenariats (Guinée 44, MFR et leurs partenaires en Guinée) ;
  • plus-value en terme d’efficacité quand le Gret et la CGT unissent leurs compétences et leurs savoirs pour renforcer le dialogue entre syndicats vietnamiens et pouvoirs publics pour défendre les droits des femmes migrantes ;
  • plus-values en terme de logique de projet puisque relier l’économique et le social permet de repenser le type de projets soutenus et d’avoir une logique entrepreneuriale. (ex Geres – mise en place d’une zone d’activité économique au Mali) ;
  • plus-values en terme de diffusion quand Cap Solidarités travaille sur la mobilité des jeunes à l’international et se rapproche du réseau Alliance qui regroupe des entreprises des Hauts de France.

Coopérer sur des enjeux partagés par une coopération de territoire à territoire

  • plus value en termes de prises de conscience de nos interdépendances quand on définit ensemble des enjeux économiques, sociaux et environnementaux,  
  • plus-value de l’ouverture des actions menées au niveau local à d’autres problématiques plus globales et à faire de chacune de nos organisations en France ou à l’international, des parties prenantes d’une mondialisation solidaire et de la réalisation des ODD ;
  • plus-value sur les territoires car cette approche internationalise chaque territoire et réduit les tentations du repli sur soi : elle s’enrichit des solutions de l’autre mais surtout les invente ensemble.

Site

https://www.cfsi.asso.fr/programme/agir-acteur-changement

Cas pratiques et initiatives