Engagement

Les nouvelles formes de l'engagement bénévole

Tribune Fonda N°239 - Les dynamiques de l'engagement - Septembre 2018
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Chantal Bruneau
Chantal Bruneau
En 2015, différentes propositions pour soutenir et renforcer l’engagement bénévole des citoyens ont été formulées dans divers rapports publiés par les hautes autorités de l’État.

Chantal Bruneau, secrétaire générale du Haut Conseil à la vie associative, répond aux questions de la Fonda.

Cet article est une contribution à la version numérique enrichie de la Tribune Fonda n°239 .
Il ne figure pas dans la revue imprimée.


Le HCVA1 a produit en mars 2016 une publication sur les nouvelles formes d’engagement. Quelles sont les raisons de cette publication ?

Parmi ses missions, le Haut Conseil à la vie associative est chargé de faire des propositions au Gouvernement de nature à favoriser le développement de la vie associative. En entendant ici et là des propos de responsables associatifs sur la baisse du nombre de bénévoles, la difficulté à trouver des personnes engagées sur le long terme et sur des missions administratives ou de gestion, le Haut Conseil a souhaité, dans le cadre de son groupe de travail sur l’engagement, aborder la question des nouvelles formes d’engagement.

La crise du bénévolat : mythe ou réalité ? C’est à cette question qu’il s’agissait d’apporter quelques réponses ou tout au moins de formuler des propositions.


Sur quelles données et études vous êtes-vous appuyés pour dresser un état des lieux des formes de l’engagement et de leur évolution ?

Comme souvent pour l’élaboration de ses rapports, le Haut Conseil a procédé à quelques auditions, en l’occurrence, des associations comme Passerelles et compétences, Bénénova, ou Webassoc. Il s’est également appuyé sur des travaux réalisés antérieurement par la Fonda et France bénévolat. Les rapports conduits en 2015 par l’Assemblée nationale, le Sénat, le Conseil d’analyse stratégique sur l’engagement des jeunes et les propositions du  rapport de messieurs Sauvé et Onesta sur la réserve citoyenne ont été également consultés.


Quelles formes d’engagement nouvelles observe-t-on aujourd’hui ?

Sans doute les engagements sont-ils moins linéaires, il est moins courant de s’engager  pour  une longue, voire très longue période dans la même association. De plus les bénévoles vont plus spontanément se mobiliser pour des actions précises, pour des engagements forts et visibles dans lesquels ils pourront percevoir rapidement les résultats.

C’est une des raisons pour lesquelles, les initiatives comme celles portées par Bénénova, rencontrent un grand succès. Il s’agit de donner quelques heures de façon ponctuelle pour une action précise. Il faut d’ailleurs noter que cet engagement peut déboucher sur une intervention plus régulière dans une même association.

Les plateformes de mobilisation qui se multiplient sont également à l’origine de ces nouvelles formes permettant des mobilisations extrêmement rapides, que ce soit pour des actions de terrain auprès de populations ou pour des actions de revendication, de soutien grâce à des pétitions, qui constituent aussi des formes d’engagement.

En revanche l’engagement pour des tâches administratives, perçues comme moins porteuses de sens, ou à tout le moins pour lesquelles les fruits sont plus difficiles à mesurer, suscite moins de vocations. Cette situation inquiète un certain nombre d’associations et fait dire à leurs responsables qu’il y a moins de bénévoles, ce que contredisent toutes les enquêtes récentes.
 

« Il n’y a pas moins de bénévoles, mais un bénévolat différent ».


Quelles sont les motivations des bénévoles ?

Les motivations des bénévoles sont toujours à peu près les mêmes : se sentir utile mais aussi se sentir reconnu, rencontrer d’autres personnes, apporter « sa pierre » à la société, participer comme citoyen et dans une certaine mesure acquérir des compétences.

L’engagement plus ponctuel mais aussi plus varié, dans plusieurs associations, ou même en dehors de tout cadre institué et l’augmentation du nombre de bénévoles parmi les moins de 30 ans, témoignent de l’existence de motivations à s’engager au service des autres et de l’intérêt général, toujours réelles dans la population.


Quels sont les besoins des bénévoles ?  

Les études montrent que parmi les demandes des bénévoles, le besoin de formation arrive en premier, ils souhaitent également que d’autres bénévoles puissent les accompagner. Certains expriment un besoin de reconnaissance de la part des responsables des structures dans lesquelles ils interviennent. Même si cela n’apparait pas toujours dans les enquêtes, mais des paroles de bénévoles entendues, font état d’un besoin d’attention. Les bénévoles ne sont pas des salariés, même s’ils sont au service d’une cause, ils souhaitent être libres particulièrement les retraités car ils veulent pouvoir consacrer du temps à leur famille également.

Pour les plus jeunes, les horaires doivent correspondre à leur mode de vie, être bénévole plutôt en fin de journée ou de semaine correspond mieux à leurs attentes.


Quels enseignements tirer pour les associations ? À quoi ces dernières doivent-elles veiller pour favoriser l’accueil et l’intégration des bénévoles ?

La première conclusion peut se résumer ainsi : « Il n’y a pas moins de bénévoles, mais un bénévolat différent ». On constate au contraire, une progression de l’engagement et du bénévolat, véritable richesse pour les associations. Rappelons que plus de 85% des associations ne fonctionnent qu’avec des bénévoles.

Cette richesse s’entretient, les associations doivent être attentives au premier accueil et aux moyens à mettre en œuvre pour « fidéliser » les bénévoles. Il ne s’agit pas d’avoir un discours nostalgique, mais au contraire de prendre en compte les nouveaux modes de vie. Aujourd’hui, il est rare de rester  toute sa vie dans la même entreprise, voire d’habiter au même endroit, il en est de même pour l’engagement dans les associations.

Les associations doivent également veiller à leur mode de gouvernance. Il n’est pas rare de parler d’ « école de démocratie » en citant les associations, cela doit correspondre à une réalité, le bénévolat doit être ouvert à tous, quels que soient l’âge, la catégorie sociale, les fragilités.
 

  • 1. Haut Conseil à la vie associative : Instance de consultation placée auprès du Premier ministre, composée d’experts de la vie associative, d’élus et de représentants des ministères en lien avec les associations. Pour en savoir plus : https://www.associations.gouv.fr/hcva-237.html
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