Enjeux sociétaux

Des « Toits en Transition » dans la métropole de Lyon

Tribune Fonda N°243 - Vers une transition énergétique citoyenne - Septembre 2019
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Daniel Tain
Daniel Tain
En quelques années, l’association Toits en transition a démontré qu’un collectif de citoyens pouvait faire sienne la transition énergétique, et embarquer plus largement d’autres acteurs de la société civile. Focus sur une démarche pleine d’avenir.
Des « Toits en Transition » dans la métropole de Lyon

Cet article est une contribution à la version numérique enrichie de la Tribune Fonda n°243.
Il ne figure pas dans la revue papier.


 

L'histoire a commencé fin 2014 quand une dizaine de citoyens de Lyon et de Villeurbanne, partageant la volonté commune de contribuer à la transition énergétique au moyen du photovoltaïque, en milieu urbain, et de manière collective et citoyenne, ont décidé de se réunir pour agir.

L’association Toits en transition, ainsi formée en 2015, s’est donnée pour mission de louer des toits à des propriétaires publics ou privés, pour une durée de vingt-cinq ans, afin d’y faire installer des panneaux photovoltaïques financés par des citoyens et de vendre l’électricité produite à EDF. Cette vente permet le remboursement de l’emprunt bancaire souscrit et devrait procurer un rendement moyen aux sociétaires supérieur à 3% sur vingt-cinq ans. À l’issue du contrat de location, l’installation est laissée en état de fonctionnement au propriétaire du toit qui peut alors poursuivre la production d’électricité.

Le périmètre de l’action est volontairement local, à taille humaine, et s’inspire du modèle des « centrales villageoises » de la région Rhône-Alpes. Plus d’une centaine de projets similaires en France ont d’ailleurs vu le jour depuis, que ce soit en milieu urbain ou rural.


Une initiative prometteuse


Le premier projet de Toits en transition a duré trois ans, de 2015 à 2018. En voici les grandes étapes :

  • création en 2015 de l’association de bénévoles Toits en Transition pour porter et animer le projet,
  • création en 2016 de la société de type SAS coopérative « Un Deux Toits Soleil » pour permettre le financement du projet et le versement ultérieur de dividendes,
  • recherche des hébergeurs : au final, dix toits publics (essentiellement des écoles) de 9 kWc chacun (55m2 de panneaux),
  • réalisation des installations par deux entreprises,
  • mises en service en 2018 pour un coût global proche de 260 000 € HT, financé pour un gros tiers par environ cent quatre-vingt citoyens (actions de 50€), un autre gros tiers par un emprunt bancaire et 30% par une subvention régionale. Au total, notre production dépasse 100 000 kWh /an soit la consommation annuelle hors chauffage d’environ trente-deux familles.

 

Vidéo de la première campagne menée par Toits en Transition :
 

 

Forte de cette première expérience, l’association a lancé, en 2019, un deuxième projet, appelé « Saison 2 ».

De nouveaux bénévoles ont rejoint la démarche, et douze sites variés et de plus grande surface (dont une église, une chaufferie biomasse et une association de réinsertion par le maraîchage) vont être exploités, pour une production de 36 à 100kWc par site, soit une production totale de 600 à 700 kWc.

La mise en service est prévue pour 2020/2021. Selon les études de faisabilité, la campagne de financement devrait être déployée lancée au quatrième trimestre 2019.

Ces actions s’inscrivent évidemment dans l’objectif de développement durable n°7 « une énergie propre à un prix abordable ». À noter que s’y ajoute également une action de sensibilisation à la transition énergétique auprès des jeunes générations.


Des acteurs mobilisés en partenariat


La clef de la réussite du tel projet repose sur trois acteurs piliers : les citoyens, la collectivité, et « l’accompagnateur », c’est-à-dire :

  • l’association de citoyens « Toits en Transition »,
  • la métropole de Lyon, qui a adressé un courrier à toutes ses communes les incitant à proposer des toits à investir, ce qui a facilité la recherche de toits par l’association,
  • l’ALEC (Agence locale de l’énergie et du climat), qui a formé l’association aux solutions photovoltaïques, et à l’élaboration d’un plan d’affaire, et lui a permis de se mettre en relation avec les communes,
  • enfin, sur le plan financier, l’apport en capital-risque de 4 CIGALES (Clubs d’investisseurs pour une gestion alternative et locale de l’épargne solidaire) et une subvention régionale ont rendu possible le lancement du projet porté par une vingtaine de bénévoles et près de deux cents sociétaires (citoyens, quelques communes, associations et entreprises).
     
équipe TET
Bénévoles de l'association, prise lors de son assemblée générale en mai 2018. © Toits en transition


Bilan de l'expérience


Un premier constat est qu’il est difficile de trouver des sites bien exposés et raccordables facilement. L’acceptation par les propriétaires est également un enjeu, compte-tenu de la faible crédibilité du photovoltaïque en France, liées à de multiples arnaques et de nombreuses fakes news.

Les institutions françaises se montrent aussi très frileuses, qu’il s’agisse des banques ou des assurances. Enfin, les démarches administratives, extrêmement complexes et chronophages (urbanisme, raccordement électrique), constituent également un frein important à la démarche.

D’où l’impératif de se faire accompagner par un AMO (assistant à maîtrise d’ouvrage) et par des partenaires locaux comme l’ALEC et/ou les collectivités locales - ce que démontre d’ailleurs très bien le film « Après-demain »1.

Le deuxième constat est que l’impact économique local du projet est lié au choix d’entreprises locales : ainsi Energie Partagée estime-t-elle à près de 40% le retour en retombées économiques locales sur l’investissement, ce qui correspond à la quasi-totalité de l’apport financier des citoyens, compte tenu de l’effet de levier de l’emprunt bancaire.

Dernier constat enfin, réalisé en marge de notre projet lors de participations à des salons ou des soirées débat : il y a, de la part de propriétaires, une forte demande en informations objectives et désintéressées au sujet du photovoltaïque (« est-ce pertinent ? », « où trouver un artisan sérieux ? »).

À ce titre, la plateforme Faire mise en place par l’Ademe n’est pas assez connue et devrait faire l’objet d’une promotion beaucoup plus importante au niveau national, de même que pour le site photovoltaique.info, qui est une mine de renseignements pour professionnels et particuliers.


Une vision citoyenne


Toits en Transition est porté par des bénévoles. L’association ne vise pas une croissance industrielle, mais cherche plutôt à favoriser le développement et la maîtrise « citoyenne » des énergies renouvelables.

Au niveau des installations photovoltaïques, trois types de sites sont à distinguer :

  • les grands sites, d’une surface supérieure à 1000m2 (toits de supermarchés, champs en friche, …) : ces sites sont facilement rentables (retour sur investissement de l’ordre de cinq à huit ans), les développeurs industriels s’y intéressent naturellement,
     
  • les petits sites, de 10 à 60 m2, voire 200 m2 (maisons individuelles ou hangars agricoles) : ces sites offrent un retour d’investissement plus long, de dix à quinze ans. Ils peuvent être équipés directement par les propriétaires, si ces derniers sont « motivés » et, plus difficilement par des sociétés citoyennes qui doivent faire face à des frais supplémentaires,
     
  • enfin, les sites intermédiaires, de 200 à 1000m2, petits sites industriels, établissements publics (écoles, collèges, lycées, salles des fêtes, …) ou copropriétés. Ces sites offrent un retour sur investissement de l’ordre de huit à quinze ans et ne seront équipés par leurs propriétaires que s’ils sont engagés ou ont les finances suffisantes. Ce sont ces sites-là que l’association cible.
     
TET gauguin
Premier toit mis en service par l'association, à l'automne 2018 à l'école maternelle Gauguin à Grigny (69). © Toits en transition

 

Les bénéfices générés par les installations de Toits en transition ne constituent pas un objectif en soi pour l’association, mais le moyen d’attirer les citoyens vers cette épargne utile à la lutte contre le réchauffement climatique, et de lever les réticences envers le photovoltaïque.

C’est pourquoi l’association développe les sollicitations auprès des collectivités locales pour repérer des sites « intermédiaires ». L’intérêt pour la collectivité étant de n’avoir alors aucun investissement à supporter. L’association joue aussi un rôle de « déclencheur de projet » pour de plus gros sites publics, par exemple en participant à un tour de table financier.

Enfin, la démarche de sensibilisation que réalise l’association auprès des jeunes générations, qui commencent à s’engager, est aussi une façon de diffuser le message en faveur de la transition énergétique.

En conclusion, malgré son impact en apparence faible au regard des besoins en production, le projet a d’autres effets importants : il permet de mieux faire connaitre la filière photovoltaïque, de lever les réticences qui accompagnent ce choix d’énergie, de montrer l’exemple et d’embarquer les collectivités locales qui disposent de ressources en toits souvent insoupçonnées !

 

→ Accéder au site de l'association Toits en transition

  • 1. Documentaire de Cyril Dion et Laure Noualhat, 2018
Cas pratiques et initiatives
Initiative