Enjeux sociétaux

Construire la protection sociale de demain, solidaire et inclusive

Tribune Fonda N°239 - Les dynamiques de l'engagement - Septembre 2018
Daniel Verger
Daniel Verger
Focus sur l'action du Collectif pour une protection sociale et solidaire.
Construire la protection sociale de demain, solidaire et inclusive

Daniel Verger, Responsable action et plaidoyer France Europe du Secours catholique - Caritas France, répond ici aux questions de Bastien Engelbach, coordonnateur des programmes de la Fonda.


Les membres du Collectif pour une protection sociale et solidaire, s’appuyant sur leur expertise d’acteurs de terrain, produisent des positions de plaidoyer et des propositions concrètes pour transformer les modèles de protection sociale, afin qu’ils répondent de manière plus inclusive aux enjeux d’aujourd’hui et demain.


Qui sont les acteurs du Collectif pour une protection sociale solidaire ?


Le Collectif pour une protection sociale solidaire regroupe la Fédération des centres sociaux, le Secours catholique - Caritas France, Aequitaz et le réseau des Accorderies. Il défend le principe de la protection sociale « à la française », modèle innovant construit après la Seconde Guerre mondiale, qui a offert aux citoyens, dans un contexte de grande instabilité, une véritable couverture sociale.

Si à de nombreux égards ce dispositif fonctionne bien aujourd’hui, il laisse cependant sur le bord du chemin de nombreuses personnes qui, pour de multiples raisons, ne bénéficient pas, ou peu, de protection sociale. C’est un constat que nous faisons chaque jour sur le terrain, dans les accueils du Secours catholique1 ou au sein des centres sociaux, au contact des personnes en situation de précarité.

Parce que les évolutions de la pauvreté vont plus vites que celles de la solidarité, il y a urgence à refonder notre protection sociale afin qu’elle puisse répondre aux situations de précarité d’aujourd’hui et de demain, en étant inclusive et solidaire.


Qui sont les participants de la grande concertation lancée par le Collectif ?
Quelles sont les grandes lignes de votre réflexion ?


La réflexion impulsée par le Collectif s’est traduite par des travaux en ateliers regroupant acteurs associatifs, experts de la protection sociale ainsi que des personnes en situation de précarité, bénéficiaires ou non des différents aspects d’une protection sociale. Savoir ce que vivent concrètement ces personnes, comprendre leurs expériences, les ressorts du non-recours, sont autant d’enjeux à saisir pour construire une réflexion et repenser une protection sociale à la fois juste, douce et solidaire.

Juste parce que la demande d’équité est très forte. Solidaire car c’est le projet même de la protection sociale. Et douce — les personnes en situation de précarité en témoignent — car la qualité des relations avec l’administration est essentielle pour que l'accès aux droits soit effectif, mais aussi pour se sentir reconnu et en confiance.

Bien sûr, nous analysons également le financement et les comptes de la protection sociale, car la question de la durabilité du projet est centrale. Les orientations étudiées renvoient, par exemple, vers le développement de politiques de prévention.

À partir de ces travaux, nous avons produit deux livrets intitulés Les contes de la protection sociale. Le premier propose un schéma de référence qui met en lumière les limites du système de protection sociale actuel et les enjeux à traiter. Le second présente sept principes fondateurs, critères de discernement utiles pour proposer une réforme de la protection sociale.

Autre voie de consultation, une grande enquête intitulée « En-quête d'une protection sociale plus juste » a été menée en 2018. Les 3 300 répondants ont pointé également le problème de la complexité du système.

Jeudi 8 novembre, le Forum pour une protection sociale solidaire, que nous organisons dans le cadre de la sortie du rapport annuel du Secours Catholique sur l'état de la pauvreté en France, sera l’occasion de dévoiler l’ensemble des résultats de l'enquête sur la protection sociale et de mettre en débat les principaux résultats et enseignements que nous avons identifiés.


Comment portez-vous cette parole auprès des pouvoirs publics et de l’opinion ?


En plus du forum du 8 novembre, nous appelons à se mobiliser le 4 octobre, à l’occasion de l’anniversaire de la création de la Sécurité sociale. À cette période, l'Assemblée nationale commencera à débattre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Cela nous concerne tous. Notre inquiétude est que le projet privilégie l’équilibre budgétaire au détriment du soin : il faut plaider pour que le contrat social soit au coeur de la prestation.


Avez-vous été associé à la concertation pour l’élaboration du plan de lutte contre la pauvreté proposé par le gouvernement ?


La protection sociale est intrinsèquement liée à la lutte contre la pauvreté : l’accès aux droits est un enjeu essentiel qui doit être au cœur des politiques publiques. Aussi avons-nous été fortement associés à la réflexion, dans le cadre de groupes de travail.

Pour nous, le potentiel allocataire ne doit plus avoir à démontrer, par un parcours du combattant, qu’il a bien droit à telle ou telle allocation — ce qui est globalement le cas aujourd’hui. Ce sont plutôt les organismes de protection sociale qui devraient repérer leurs publics potentiels et de faciliter leurs démarches d’accès aux droits. Il y a là un renversement de culture, voire de gestion. Nous soutenons ainsi toutes les mesures qui vont dans le sens d’une simplification de l’accès aux droits.

Nous attirons par ailleurs l’attention sur deux points. Tout d’abord, le fait d’avoir un regard bienveillant, positif et confiant vis-à-vis des personnes en situation de précarité doit être porté par l’état d’esprit des politiques publiques. Il y a une volonté de progresser en ce sens, mais toujours contrebalancée par l’idée que les gens n’en feraient pas assez pour s’insérer. C’est contreproductif. En réalité, plus on met les gens en confiance, dans un état de sécurité par rapport à l’avenir, plus ils sont en capacité de retrouver leur autonomie et de prendre des initiatives.

Second point, nous espérons que les budgets accordés à ce plan contre la pauvreté soient conséquents — car il faut sortir de la pauvreté près de 14% de la population française — et que cette stratégie ne soit pas financée par des réductions dans d’autres secteurs sociaux comme ceux de l’aide au logement et les emplois aidés.


Comment ces mesures pourraient-elles se traduire en action sur le terrain ?
Dans quelles mesures les associations et la société civile en général seront-elles associées aux politiques publiques ?


Nous avons soutenu l’idée d’actions partenariales territorialisées, sous forme d’expérimentations dans un premier temps, comme avec l'expérimentation « Territoire zéro non-recours », dont la démarche s’inspire du dispositif « Territoire zéro chômeur de longue durée ». Si nous attendons les annonces officielles, nous avons bon espoir que les associations soient parties prenantes du déploiement du plan de lutte contre la pauvreté.

La concertation et le travail entre les pouvoirs publics et les acteurs de la société civile est une condition majeure de la lutte contre la pauvreté et nous restons vigilants. Nous savons que la mobilisation des différents acteurs demeure nécessaire pour garder la pression. Aussi paraît-il également essentiel que les personnes en situation de précarité soient significativement représentées dans les débats qui accompagneront la mise en oeuvre de cette stratégie, à tous les échelons.


→ En savoir plus sur le Collectif : www.protectionsocialesolidaire.org

→ Découvrir et signer la tribune « Une protection sociale solidaire est possible »
 

  • 1. Près d' 1,5 million de personnes rencontrées par Secours catholique. Rapport « L'état de la pauvreté en France », 2017
Les dynamiques de l'engagement
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La Tribune Fonda n°239 explore les ressorts de l'engagement, la manière dont celui-ci est promu, favorisé, accompagné, au sein du monde associatif mais également en entreprise, de manière spontanée et informelle ou dans le cadre de dispositifs organisés.

Car l'engagement, quelle que soit sa forme, avant d'être une ressource, est avant tout une aspiration.