Modèles socio-économiques Associations et entreprises

Agir pour une responsabilité sociétale et partagée

Tribune Fonda N°243 - Vers une transition énergétique citoyenne - Septembre 2019
Michèle Champagne
Michèle Champagne
Cet article montre comment l’analyse de matérialité des enjeux réalisée par une entreprise dans le cadre d’une politique RSE a permis une déclinaison en objectifs opérationnels pour la mise en place d’une politique ODD et à quelles conditions un transfert de ce type de démarche est possible vers les associations.

Les Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU sont porteurs d’un projet de société écologique, inclusif et durable. Une exigence de responsabilité transversale, collective et territoriale implique la participation de tous les acteurs pour développer des solutions et des initiatives, les valoriser et les relier sur plusieurs leviers : alimentation, santé, eau, énergie, transports...

La norme NF ISO 26 000 (novembre 2010) « Lignes directrices relatives à la responsabilité sociétale » définit la responsabilité sociétale de tous types d’organisations par les impacts de ses décisions et de ses activités sur la société, l’environnement, l’éthique, la gouvernance. Cette norme internationale, élaborée par de multiples parties prenantes dans plus de quatre-vingt-dix pays et quarante organisations internationales1, propose une démarche pour identifier les enjeux de société, sur la base d’un dialogue, en élargissant les parties prenantes d’une organisation, qu’elle soit une entreprise, une association, une institution, etc.

La responsabilité sociétale, transposée dans le monde de l’entreprise en tant que « responsabilité sociétale des entreprises » (RSE), guide les entreprises dans leur démarche de développement durable en y intégrant les aspects environnementaux, sociaux et économiques.


Vers un nouveau modèle de croissance


L’activité économique repensée selon un modèle de croissance vertueux oblige à prendre en compte les exigences environnementales et sociétales dans les modèles économiques des entreprises. C’est dans cet esprit que la RSE concerne tous types d’organisation. Cette dynamique est une source d’inspiration pour réaliser l’ODD n°17 « Partenariats pour la réalisation des objectifs de développement durable ».

Nous présentons deux modalités comprises dans la norme et son corollaire la RSE, transposable au monde associatif : cartographier sa chaîne de valeur avec ses parties prenantes et matérialiser les enjeux et les impacts de ses activités.
 

1. Cartographier sa chaîne de valeur avec ses parties prenantes


Tout individu ou groupe concerné par les décisions et les activités d’une organisation peut être considéré comme partie prenante.
 
La norme NF ISO 26 000 précise trois types de relations pour identifier les parties prenantes d’une organisation :

  • la relation de l’organisation avec les différents écosystèmes (économique, environnemental, sociétal, réglementaire, etc.) concernés par ses décisions et ses activités ;
  • sa relation avec ses parties prenantes, en particulier celles qui sont affectées « négativement » par les impacts de ses activités et de ses décisions ;
  • la relation de ses parties prenantes avec les attentes de la société : experts ou leaders d’opinion sont sollicitées pour confronter et/ou conforter les attentes des parties prenantes de l’organisation de celles de la société.


Prendre en compte des intérêts diversifiés, faire appel à des compétences variées, changer ses schémas mentaux, autant de perspectives pour assurer la cohérence entre la stratégie d’une organisation et les attentes de la société et de celles de ses parties prenantes.

Schéma 1. Identifier ses parties prenantes.
Schéma 1. Identifier ses parties prenantes




Une grille de questions est proposée pour accompagner toutes organisations dans la recherche de ses parties prenantes. Nous déclinons celle-ci au monde associatif dans un premier essai :

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Tableau 1. Questions à se poser

 

L’identification des enjeux est primordiale pour orienter sa stratégie de développement tout en respectant ses engagements en matière de responsabilité sociétale et de déploiement des ODD. L’analyse de matérialité est une approche utile pour établir une hiérarchie des enjeux en considérant les attentes de l’organisation, de ses parties prenantes et de la société.

Cartographier sa chaîne de valeur avec ses parties prenantes consiste à inventorier :

  • ses flux entrants nécessaires pour réaliser ses activités, produits et services : matières premières, produits et services de ses fournisseurs, etc. ;
  • ses processus (activités) de production, de logistique et de soutien ;
  • ses flux sortants, résultant de ses processus : produits et services en y intégrant leurs cycles de vie (potentiel de recyclage et de réutilisation).


Pour diminuer leur empreinte environnementale, diminuer la pression sur les ressources, s’inscrire dans une trajectoire bas carbone, les entreprises positionnent les ODD sur les processus qui contribuent à diminuer leur impact négatif ou à améliorer leur impact positif. L’évaluation des résultats, pour réaliser les ODD reliés à leur chaîne de valeur, sera faite dans le cadre des systèmes de management 2. Complémentaire, Le Guide des ODD à destination des entreprises aide les entreprises à aligner leurs stratégies avec les ODD et à mesurer leurs contributions3.

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Exemple concret d’une cartographie des ODD par rapport à la chaîne de valeur d’une entreprise. Schéma issu du SDG Compass, Le Guide des ODD à destination des entreprises (2016).

     
 

Opportunités pour le monde associatif :

  • Cartographier sa chaîne de valeur en y associant les ODD avec ses parties prenantes : prestataires, bénéficiaires, salariés, bénévoles, communautés, entre- prises, collectivités …
  • Identifier ses activités de base et de soutien et y mesurer l’impact positif et négatif.

Afin d’explorer ces opportunités, la Fonda mène actuellement des expérimentations autour de la mesure d’impact social en s’appuyant sur le concept de chaîne de valeur élargie pour les associations4.

 

2. Matérialiser les enjeux et évaluer les impacts de ses activités


La confrontation des attentes des parties prenantes avec celles de l’organisation est illustrée par une « matrice de matérialité » qui recense et hiérarchise les enjeux exprimés en y positionnant les ODD.

Celle-ci comporte les éléments suivants :

  • l’inventaire des enjeux identifiés par les parties prenantes ;
  • la hiérarchisation des enjeux classés par priorité et structurés par axes (sociétal, environnemental, éthique, gouvernance…) ;
  • l’évaluation qualitative et quantitative des impacts négatifs et positifs (par exemple, émissions de CO2 , égalité homme-femme, contribution au développement économique du territoire, développement des énergies renouvelables, etc…) ;
  • la correspondance entre les attentes des parties prenantes et les enjeux priorisés afin de les conforter aux attentes de la société ;
  • enfin, la validation des priorités donnera lieu à des propositions d’actions et à des indicateurs sur lesquels seront positionnés les ODD.
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Schéma 2. Matrice de matérialité et ses composantes.



À titre d’exemple, l’analyse de matérialité du groupe Caisse des Dépôts, ci-dessous, comporte trente-trois enjeux représentés par une matrice de matérialité. L’axe horizontal représente les attentes du groupe Caisse des Dépôts, l’axe vertical celui des parties prenantes.

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Matrice de matérialité du groupe Caisse des Dépôts. Source : Note méthodologique de l’analyse de matérialité du groupe Caisse des Dépôts, version du 06/09/2016.


 

Opportunités pour le monde associatif :

  • Identifier et positionner les enjeux perçus par l’association (en interne), de ses parties prenantes et de la société (en externe) pour assurer la pertinence des objectifs et des activités de l’association au regard des enjeux et des attentes.
  • Évaluer et mesurer la contribution de l’association aux ODD avec ses parties prenantes.
  • Élargir son cercle de partenaires pour innover et trouver des solutions répondant aux enjeux de société.
     


Les modalités présentées dans cet article donnent des pistes pour mettre en œuvre l’innovation partenariale, basée sur une approche collective et transversale, où le dialogue, les controverses, les échanges de points de vue sont sources d’inspiration pour contribuer à un nouveau modèle de société écologique, inclusif et durable.
 

 

 

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  • 1. Des ONG ont participé à l’élaboration de la norme NF ISO 2600, comme Handicap international, la fondation de France, la fondation WWW France
  • 2. Dont les entreprises membres du Global Compact France.
  • 3. GRI (Global Reporting Initiative), Pacte mondial des Nations unies et le WBCSD (Conseil mondial des entreprises pour le développement durable), SDG Compass, Guide des ODD à destination des entreprises, 2016.
  • 4. Yannick Blanc, « De l’impact social à la chaîne de valeur élargie », juin 2018, sur fonda.asso.fr
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