Zoom’asso : Advog, Huiji, l’Acort et Solidimey
Publié par L’équipe Fonda le 20 août 2014

Zoom’asso : Advog, Huiji, l’Acort et Solidimey

par Ingrid Carlander, rencontres avec Advog, Huiji, l’Acort et Solidimey

paru dans La tribune fonda n°204, août 2010

(Article à télécharger en fin de page)

Rencontre avec Michel Hulot, directeur de l’Advog (Association départementale des voyageurs et Gadgé du Val d’Oise)

« En quelques jours, le travail de presque trente années est gâché », s’indigne Michel Hulot, directeur de l’Advog du Val-d’Oise à Pontoise. « Maintenant nos associations qui militent pour les droits des Tsiganes subissent de plein fouet rejet et conflits. ».

Le Val-d’Oise a une importante population de gens du voyage, plus de 10 000 sur un total de 300 à 400 000 en France, soit 2 500 à 2 700 caravanes.

« L’élément qui a déclenché la tempête, c’est la mort d’un jeune Tsigane à Saint-Aignan en juillet dernier. Tous les clichés refont surface : voleur de poules ou d’enfants, sur fond d’une peur irraisonnée face à une population qui dérange. » Rumeurs et hostilités se propagent à grands pas. Une fois de plus le public stigmatise ces boucs émissaires. Alerte ! les caravanes arrivent, et les appels téléphoniques assaillent le bureau du maire de la commune.

L’Advog, Association départementale des voyageurs et gadjé (gadjé désigne les non Tsiganes) est active dans le département depuis 1981 et rassemble Tsiganes et gens du voyage et autres membres de la société française. Elle travaille au quotidien avec une équipe de bénévoles et de salariés. L’Advog s’est donné pour mission de s’attaquer aux problèmes de cette population, française à 95 % – fait ignoré et surprenant pour nombre de Français – : habitat, circulation, stationnement, conditions de vie, emploi, économie, citoyenneté, accompagnement social des familles, scolarisation des enfants. Elle collabore avec la Fnasat, Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et gens du voyage, plus de cent associations et services présents sur soixante-dix départements pour faciliter l’accès à leurs droits des populations tsiganes et intervenir après des pouvoirs publics.

La situation de crise entraîne des conséquences désastreuses. L’association a ciblé comme priorité de faire comprendre les messages suivants au monde des sédentaires :
– les gens du voyage sont porteurs d’une histoire et d’une culture, le droit à la différence peut être source de dynamisme collectif ;
– 95 % sont citoyens français à part entière, à ce titre ils ont des devoirs, mais aussi des droits ;
– le devoir impératif de la société est d’assurer l’accueil de ces familles ;
– exclusion et rejet paralysent toute solution juste et humaine.

L’appellation « gens du voyage » a remplacé administrativement celle de « nomades ». Les Tsiganes comportent plusieurs sous-groupes : Gitans du bassin méditerranéen, Manouches d’Allemagne et du Piémont italien, Roms d’Europe centrale. Les Tsiganes en Europe sont 7 à 9 millions de personnes. Leur origine se situe en Inde et date des XIVe et XVe siècles. Le nombre des Tsiganes français est à peu près du double de celui de leurs cousins du Royaume-Uni et d’Allemagne.

Dans le Val-d’Oise, leur présence remonte à loin, en effet le Journal d’un bourgeois de Paris2 signale l’exode de « Bohémiens » chassés de Saint-Denis par les autorités civiles et religieuses et accueillis à Pontoise le 8 septembre 1424 !

La majorité des Roms français sont arrivés en France au XIXe siècle après l’abolition du servage tsigane en Roumanie. Quant aux Roms venus de Roumanie, Bulgarie et Hongrie depuis que ces pays font partie de l’Union européenne, ils ne constituent qu’une minorité, 15 000 environ. Ils ont fui leur pays, leurs conditions de vie étant misérables. « On a même répertorié des pogroms en Roumanie… En Hongrie, l’extrême droite les pourchasse. Là-bas, ils habitaient des villages. En France, ils ont dû s’installer en caravanes », explique le directeur.

La méconnaissance de cette population itinérante et diverse est stupéfiante. « Ils ont des poètes comme Matteo Maximov, des musiciens comme Django Reinhardt, des cinéastes comme Tony Gatlif, des plasticiens comme Gabi Jimenev, Antonio Maya, maître du flamenco, des personnalités du cirque comme Romanes et Gaby. Mais leur culture est loin de se limiter à ses seuls aspects artistiques », souligne Michel Hulot.

« En Val-d’Oise, et partout en France, les gens du voyage se voient contraints à une vie d’itinérance faute de facilités d’accueil. Pourtant la loi Besson de 2000 stipule que chaque commune de plus de 5 000 habitants est obligée de leur offrir des terrains d’accueil. à Pontoise, nous avons installé un terrain d’accueil, mais un plus grand nombre est nécessaire. Sur les 40 000 places prévues en France, seule la moitié sont mises à leur disposition, souvent dans des terrains insalubres. Ces carences notoires obligent les Tsiganes à des stationnements irréguliers, alimentant tous les préjugés du public. Nombre de gadjé de les taxer sans vergogne de « délinquance structurelle ».

Depuis quatre siècles, c’est donc tout un peuple qui vit en marge de la société. De nos jours, jusqu’en 1969, les gens du voyage étaient obligés de posséder un « carnet anthropologique » délivré par la police, remplacé sous une autre forme moins discriminatoire par un carnet de circulation, obligatoire à partir de l’âge de 16 ans. Il faut alors, non pas librement mais avec l’accord des autorités, choisir une commune de rattachement puis faire une demande de carnet qui doit être tamponné tous les trois mois dans la commune du lieu où ils se trouvent. Exception séculaire, les Tsiganes sont la seule population française soumise à de telles obligations.

Ce n’est qu’en 1997 que le génocide des Tsiganes a été officiellement reconnu. On compte environ 500 000 Tsiganes exterminés dans les camps nazis. à l’automne 2010, l’Advog et la Fnasat ont présenté Une mémoire française – les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale – 1939-1946. En France, plus de 6 000 personnes ont été internées dans des camps gérés par l’administration française, dans le plus grand silence. « Que la mémoire de cette histoire oubliée ne s’efface pas ! » Le projet est parrainé par le cinéaste Tony Gatlif.

95 % des gens du voyage sont citoyens français. Ont-ils le droit de vote ? Certes, mais pour être inscrits sur les listes électorales de leur commune de rattachement, les voyageurs doivent justifier d’une période de rattachement de trois années. Et, vivant en marge de la société par choix ou par la force des choses, sont-ils concernés par la politique française ?

La Convention internationale des droits de l’enfant stipule que tout enfant doit être scolarisé. Un droit loin d’être toujours reconnu, à tel point que, par exemple, l’association a dû transmettre des demandes de recours. à Choisy-le-Roi, sept enfants Roms se sont vu refuser l’accès à l’école. D’après l’association Aset, (Aide à la scolarisation des enfants tsiganes), « l’absence quasi-totale des aires d’accueil et les expulsions répétées rendent impossible toute scolarisation pour de nombreux enfants du voyage ». En accord avec une quinzaine d’académies et le ministère de la Solidarité, l’Aset a créé quelques antennes scolaires mobiles sous forme de camions-écoles.

Toutefois, il faut noter que les parents craignent que la scolarisation ne provoque l’abandon de la culture tsigane et de la langue romani par leurs enfants. Apprendre à lire, écrire, compter suffit. La vraie éducation doit être donnée par la famille. Donc cela se passe assez bien dans le primaire, mais le passage au collège est difficile, les Tsiganes font preuve de réserve, parfois d’hostilité envers l’école des gadjé. Leurs enfants sont une valeur. Les familles refusent souvent d’abandonner leur formation aux autres. Chez les Tsiganes, la responsabilité des femmes est de communiquer avec l’extérieur. Au sein des familles, elles jouent un rôle important, exercent une très forte autorité.

« Gardons-nous de pratiquer le moindre angélisme ! », déclare Michel Hulot. Difficile de lutter contre la propagation d’un lien présumé entre gens du voyage et criminalité : petits délits, mendicité, larcins et même délits liés aux stupéfiants, largement médiatisés, nourrissent à chaque fois la rumeur publique. Mais une politique d’exclusion n’est-elle pas contre-productive ?

Profitant des dispositifs de la loi Schengen, environ 15 000 Roms sont arrivés en France, où la loi française ne leur accorde que trois mois de séjour.
Ces Roms d’Europe de l’Est ont subi de plein fouet le coût social de la transition économique. S’ils peuvent prouver qu’ils ont trouvé un emploi, leur séjour peut se prolonger, valable pour tous les (Roms) non français, sinon c’est l’expulsion, avec une aide au retour. « Pour embaucher un Rom, une entreprise doit s’acquitter d’une taxe de 600 à 700 € auprès de l’Ofpra », souligne le directeur de l’Advog. En attendant, les expulsions musclées et fort médiatisées se succèdent à un rythme accéléré.

Au mois d’août 2010 la première circulaire du ministère de l’Intérieur ordonnait le démantèlement immédiat de centaines de campements roms illicites, suivi de leur expulsion du territoire – ce que l’opinion publique a interprété comme ne visant que les Roms nouvellement immigrés des pays de l’Est – il a fallu, vu le tollé, la remanier en toute hâte en septembre. Un progrès ? Cette seconde circulaire du ministère ordonne « les évacuations de camps illicites, quels qu’en soient les occupants ».

Les campements illicites et répétés posent la question fondamentale de l’habitat, d’une importance essentielle pour les gens du voyage, qu’ils soient itinérants ou sédentarisés. Leur présence de longue date sur le territoire exige une approche qui relève de l’habitat et non plus de l’accueil ou du stationnement.
De l’exercice effectif du droit à l’habitat dépendront les conditions d’exercice de la citoyenneté et d’accès aux droits fondamentaux en matière de droits sociaux, de devoirs citoyens, de santé, d’éducation et de l’emploi.

La caravane reste en France l’élément caractéristique du mode de vie des gens du voyage. Sur la question de l’habitat, leurs attentes sont diversifiées.
– Les itinérants en terrain collectif de séjour souhaitent que celui-ci soit doté d’équipements individualisés et satisfaisants (environnement, hygiène, etc.), ce qui est loin d’être toujours le cas.
– à l’occasion d’événements particuliers, l’accès temporaire à des aires d’accueil devrait pouvoir être négocié.

Si ces conditions ne sont pas remplies, des milliers de gens du voyage continueront à vivre dans des campements illicites, voire des bidonvilles.

De nombreux voyageurs désirent pouvoir disposer d’un point d’ancrage sur un territoire donné, ce qui entraînerait le paiement d’une taxe d’habitation. Une loi a été votée à cet effet, mais le décret d’application est reporté tous les ans.

Les associations, dont l’Advog, sont d’accord sur le principe de cette taxe, mais exigent des autorités qu’elles reconnaissent alors aux gens du voyage le droit au logement avec allocations logement, sécurité sociale et prestations familiales.

La stigmatisation, les préjugés, relèvent-ils du racisme ? Au cours de la dernière guerre, dans les camps nazis et bien avant, durant des siècles – n’oublions pas les pogroms – le racisme anti-Tsigane a bel et bien été vivace. Actuellement, la conscience collective se garde bien de l’avouer, elle occulte ces réactions nocives qui perdurent sournoisement.

Pour l’Advog, les mesures suivantes sont nécessaires et urgentes :
– la suppression des titres de circulation ;
– la liberté du choix de rattachement à une commune, actuellement soumis à des quotas, avec le droit d’être inscrit sur les listes électorales après six mois de résidence dans la commune ;
– la reconnaissance de l’habitat en caravane, entraînant des devoirs citoyens comme le paiement d’impôts et de taxe d’habitation, la caravane étant officiellement reconnue comme logement, ceci entraînant le droit à l’aide au logement ;
– le respect du droit à la scolarisation des enfants ;
– en conséquence, la reconnaissance d’une vraie citoyenneté et d’une culture spécifique.

Comment assurer l’insertion des Tsiganes et gens du voyage dans cette France, dans cette Europe qui pendant des siècles a préféré les ignorer, pire les exclure ?

Rencontre avec Chen Linliang, directeur de Huiji

Venu en France il y a juste quatre ans, originaire de la province de Wenzhou dans le sud-est de la Chine comme la plupart de ses compatriotes à Paris, le jeune Linliang s’est vite impliqué dans les activités de la communauté chinoise.
Il a participé à la rencontre organisée par la Fonda, la Ligue des droits de l’Homme et la Ligue de l’enseignement en juin 2010. Sa réaction personnelle : « En ce qui me concerne, le séminaire Fonda de juin était riche de pensées et de débats. »

Voici les réflexions qu’il en a tirées :
– l’existence de discriminations entraîne la nécessité de promouvoir la diversité dans le monde associatif ;
– il sera impossible de régler le problème de la discrimination en se contentant d’un simple mélange d’ethnies au sein d’une association. C’est important, mais ce n’est pas l’unique critère, car il faut prendre en compte les compétences, les personnalités. Et s’attaquer aux inégalités de base, dans l’éducation, les compétences professionnelles ;
– les associations qui dépendent de subventions publiques sont contraintes d’appliquer une logique administrative, bureaucratique et hiérarchique – pour le meilleur ou pour le pire ;
– une confrontation est patente entre partisans et opposition à l’intégration, en France comme en Europe.

Pour l’association chinoise Huiji, le séminaire de juin s’est tenu à un moment crucial. Financée par une subvention de la ville de Paris et des aides de la région Ile-de-France, ainsi que des dons de particuliers, l’objectif de Huiji était l’accompagnement de la population chinoise à Belleville dans un dynamique d’insertion, à travers de nombreuses activités telles que soutien scolaire ou aide aux démarches administratives. Elle se voulait accessible à tous les jeunes migrants du quartier. Mais les nombreuses incivilités et actes racistes contre les populations d’origine asiatique ont généré un fort sentiment d’insécurité, et – si Huiji avait pour projet de modifier dans les esprits l’image discriminante des Chinois – elle a voulu s’investir fortement dans la prévention de la délinquance et l’aide aux victimes dont certains n’osaient pas déposer plainte. Avec un certain soutien des acteurs de la politique de la ville.

Puis un incident grave, très mal identifié, éclate dans le quartier. L’association lance un appel à une manifestation de solidarité pour dénoncer la délinquance et la violence parfois xénophobe – ce sera le 20 juin 2010 – tout en essayant de se prémunir par avance contre toute exploitation politique. événement historique : pour la première fois, fait inédit, 20 000 Chinois de Paris, une communauté « si discrète », vont manifester ensemble publiquement. à la fin, des échauffourées se produisent entre manifestants et forces de l’ordre, peut-être des violences dont il est difficile de connaître les auteurs, la nature et la gravité. Les médias s’en emparent.

L’association a-t-elle été victime d’un coup médiatique ? Y a-t-il eu une exploitation politique des événements ? Tout est encore très obscur. Tandis que la méfiance, parfois la peur, s’installent dans le quartier.

De leur côté, les 400 grossistes chinois récemment implantés à Belleville ne manifestent aucune solidarité, se replient sur eux-même. Mais ces gros commerçants seraient-ils victimes de rackets, et par qui ? Et certains acteurs du 11e arrondissement ont-ils dit leur dernier mot ? à l’heure actuelle, il n’est pas évident de comprendre comment Huiji a perdu le soutien de l’administration française.

En date du 4 novembre 2010, le tribunal de Grande Instance de Paris ouvre une procédure de liquidation judiciaire à l’encontre de l’association Huiji. En 2009, cette dernière comptait sept emplois, quatre volontaires, une vingtaine de bénévoles pour un millier d’adhérents d’une vingtaine de nationalités, dont 80 % de Chinois.

Chen Linliang, qui a fait des études supérieures en Chine et à Paris, a rejoint une nouvelle association, l’Ajcf, l’Association des jeunes Chinois de France, regroupant des jeunes diplômés Français d’origine chinoise, conscients des barrières érigées par des langues et des cultures tellement différentes. Celle-ci a condamné les actes de violence lors de la grande manifestation.

Leur motivation, s’entr’aider bien sûr, et lancer des ponts entre « deux mondes ». Ambitieux, leur objectif est de faciliter une si difficile compréhension mutuelle par des événements, des rencontres, des études, des débats ouverts. Bien des problèmes d’organisation et de financement les attendent encore. Mais leur projet vient à point dans la conjoncture actuelle et montre, s’il est besoin, l’importance des associations identitaires dans la lutte pour l’égalité et l’accès à l’espace public.

Rencontre avec Umit Metin, directeur de l’Acort (Assemblée citoyenne des originaires de Turquie)

Responsable de L’Acort, Assemblée citoyenne des originaires de Turquie, Umit Metin expose les objectifs et les activités que poursuit l’association.
« Si notre rôle est d’être un espace d’accueil créateur de le lien social, et de fonctionner comme point d’information pour des personnes issues d’une culture différente, notre enjeu majeur, c’est faciliter l’accès à la citoyenneté et la lutte contre toutes formes de discriminations. 70 000 immigrés résident ici, à Paris Xe, et dans les départements de la périphérie – à Goussainville, on parle de la petite Istanbul ! »

Les premiers immigrants turcs sont arrivés en France vers 1965. L’Acort, association laïque, est fondée en 1980 par des militants originaires de Turquie, dans le but de préparer le retour au pays des immigrants. Actuellement, son objectif immédiat est de s’attaquer aux nombreux problèmes que rencontrent les Turcs en France. Pour Umit Metin, « les originaires de Turquie, leur culture, leur religion sont très mal connus des Français. »

Cette ancienne culture, héritière du grand empire ottoman, tient curieusement peu de place dans l’imaginaire des Français – oubliés, Atatürk et Soliman le Magnifique !

« Le débat sur l’adhésion à l’Union européenne a provoqué des réactions négatives, parfois de stigmatisation, à notre égard. Comme la question arménienne. »

Dès 2008, L’Acort organise un débat à l’Assemblée nationale en présence de Serge Blisko, député et secrétaire du groupe parlementaire d’amitié franco-turque. Le thème était « Les originaires de Turquie dans un arrondissement multiculturel » et le constat principal, la pérennisation des discriminations visant les immigrés et notamment les jeunes issus de l’immigration, à l’école, et à l’embauche.

Il y a quelques mois, en partenariat avec l’Assemblée européenne des citoyens, l’Acort n’hésite pas à lancer une autre invitation, pour débattre du tabou arménien, ouvrant un espace public pour discuter d’une actualité qui n’en finit pas de susciter des polémiques brûlantes.

En 2009, à l’occasion de la saison culturelle de la Turquie en France, le pays se trouve brutalement en ligne de mire. Quelles sont les avancées en matière de démocratie, où en est la situation des droits de l’homme, et l’actualité sociale ? D’où l’organisation d’un colloque intitulé « Turquie : la crise des droits économiques et sociaux », avec le soutien du Collectif pour les droits de l’homme en Turquie. Solidaire des défenseurs de la démocratie en Turquie, l’Acort tient à informer l’opinion française sur ces questions.

Les porte-parole de la communauté revendiquent une participation citoyenne. Sont concernés le droit de vote et d’éligibilité des résidents étrangers. Donc, cela nécessite une action sur le terrain local et une présence aux élections municipales. « La diversité est une richesse ! », affirme notre interlocuteur, qui ajoute : « une première étape, c’est d’arriver à changer le regard de nos enfants. » L’Union des parents d’élèves originaires de Turquie constitue un relais essentiel, entre parents, élèves, professeurs.

L’association anime plusieurs activités : semaines du cinéma turc, théâtre, concerts, soirées culturelles, expositions. Et fêtes de quartier. à l’Acort, le groupe des femmes et celui des parents sont très actifs. Comme le groupe jeunes.

L’association tisse du lien social au sein de la communauté, et vers l’extérieur, lien de citoyenneté et de valorisation de la culture turque, elle agit comme acteur du paysage associatif parisien et défend l’idée de construire des liens avec les autres associations représentant les diverses communautés de la région parisienne.

Rencontre avec Ousmane Bah, directeur de Solidimey

Cent cinquante enfants, africains, européens, maghrébins, pakistanais et serbes, dont 60 % de garçons et 40 % de filles, et leurs familles : ce sont les membres de l’association Solidimey, domiciliée depuis 2005 au centre social Caf de la rue Belliard, située dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Assez mixte, ce quartier possède une population plus ou moins privilégiée tandis que d’autres secteurs voisins, comme Château-Rouge, sont plus défavorisés.

Le directeur, Ousmane Bah, est également actif comme éducateur sportif. Il affirme : « Chez nous, la diversité est un véritable enrichissement culturel ! »

Plutôt variée, l’action culturelle et sportive de l’association comporte plusieurs ateliers, d’art ou d’écriture, cinéma, sorties pendant les vacances, rencontres et découvertes telles qu’un mini stage chez les acteurs d’un cirque, soutien scolaire, participation aux activités de la Caf, collaboration avec les ateliers de l’association « Les petits débrouillards »… Solidimey travaille avec des partenaires ponctuels, comme Voix de l’enfant, les associations Adage (diffusion d’artistes graphiques et écrivains), le Plie (Plan local d’insertion et d’emploi) quant il s’agit de familles en difficulté, et très fréquemment l’église évangélique à quelques pas de la Caf, particulièrement solidaire.

Le fonctionnement est assuré par un conseil d’administration, un directeur, une coordinatrice salariée, des bénévoles relativement réguliers et des intervenants pour les ateliers avec les soutiens de la mairie du XVIIIe, de la préfecture et de la direction de la Jeunesse et des Sports.

Pour les enfants, il semble que leurs origines multiples ne provoquent pas de situations conflictuelles entre eux et qu’ils ne se sentent pas discriminés pour des questions d’ethnie ou de confession religieuse. « L’essentiel, c’est de repérer les gosses en difficulté ! Le réel enjeu, c’est que certaines familles défavorisées souffrent terriblement du manque d’accès aux informations et aux institutions, ils ignorent le fonctionnement et les acteurs de la vie scolaire et aussi la vie de quartier », explique Ousmane Bah.

Préserver le contact avec les parents, surtout ceux qui ne parlent pas français, prendre contact avec les directeurs d’école et les enseignants, s’occuper de leurs rapports avec les centres sociaux, apporter une aide à l’alphabétisation, un soutien, aider les familles à se désenclaver : telles sont les tâches de l’association tout au long de l’année.

Par ailleurs, bien intégrées, plusieurs familles ont obtenu la nationalité française. En général, les mères ne travaillent pas, mais elles suivent les formations qu’on leur propose. « Elles sont vraiment demandeuses. Les pères ? Ils le sont moins. »

À Soldimey, un objectif essentiel est la lutte contre les discriminations. Ousmane Bah, originaire de Guinée, éduqué en France, raconte l’intervention de l’association lors de l’expulsion des familles qui squattaient rue de la Banque. « Vu les circonstances, nous avons décidé d’emmener les enfants désemparés au cinéma du Grand Rex pour voir un film ! Il fallait faire quelque chose. Nous avons également écrit au secrétaire d’état au Logement. »

Solidimey n’est pas discriminatoire (par exemple, musulman pratiquant, M. Bah entretient d’excellentes relations avec les évangélistes voisins), et ne fréquente pas d’associations qui le soient. Mais, selon l’expérience de son directeur, il existe des associations qui présentent de sérieux blocages, la lutte contre les discriminations ne faisant pas partie de leurs priorités et de leurs principes associatifs. Elles ne cherchent pas à s’informer sur ces problèmes. « Franchement, elles pourraient mieux faire. Mener des actions d’information auprès des familles adhérentes, entre autres. Par ailleurs, nombreuses sont les associations dont la gestion n’est pas assez claire et nette. » Pour lui, les associations se doivent d’être le complément des établissements scolaires, sportifs, culturels, et s’attacher à recruter des populations d’origines multiples.

Une ambition de Solidimey, un projet d’avenir, c’est de « s’ouvrir à l’international », en organisant des chantiers dans le Sud, en Afrique, en partenariat avec des associations spécialisées, pour les jeunes à partir de 16 ans.

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