Publié par L’équipe Fonda le 18 janvier 2016

Territoires et organisation territoriale : quels enjeux à moyen et long terme ?

Dialogue prospectif organisé par France Stratégie, La Fonda et le Medef, 25 février 2015


INTRODUCTION

Regards prospectifs sur les territoires et l’organisation territoriale en France

Jean-Pisani Ferry, commissaire général de France Stratégie

Cette rencontre est organisée par trois acteurs qui ont en commun de travailler des sujets voisins et des horizons proches. France Stratégie aime le multilatéral et croiser les perspectives.

L’angle retenu pour cette rencontre est celui du territoire, pour plusieurs raisons :
• Essentiel pour réfléchir aux questions de développement économique. La géographie de la croissance prend une place croissante dans les réflexions sur les moteurs du développement.
• Perception des enjeux du futur. La dimension territoriale est très forte dans la perception du caractère inégalitaire de la croissance, tant sur le plan social qu’économique. Perception que des pôles de prospérité vont se constituer et se renforcer, au détriment d’autres espaces.
• La dimension politique des territoires est essentielle. Nous sommes dans une situation d’entre deux dans la répartition des compétences entre les territoires. Il y a une absence de clarté dans la répartition des compétences.
• Le territoire porte des sujets éclairant en matière sociale : du fait de la répartition des richesses, du fait de l’importance des départements sur les politiques sociales.

Il s’agit d’un enjeu actuel des politiques publiques, pour lesquelles il y a une réflexion sur la logique de mise en place : quelle rationalité de la réforme régionale ? Correspond-elle à une meilleure captation et mise en mouvement des forces de développement ? Nous recherchons des meilleures structures administratives pour mettre en mouvement.
Sur ces sujets, on aperçoit des tensions entre les métropoles et les régions. Ces dernières sont-elles là pour organiser la prospérité sur un territoire plus large ? Quelles articulations entre les échelons ? Quels rôles pour chacun ?
En matière de services publics, nous ne pouvons plus être dans une situation d’uniformité de l’offre, mais de différenciations, au nom de l’égalité de l’accès aux services, de la capacité d’accéder aux savoirs, aux besoins essentiels et aux droits fondamentaux.

Beaucoup de questions se posent et il est intéressant d’y réfléchir ensemble.

Yannick Blanc, président de la Fonda

Merci de nous accueillir dans ce lieu qui respire la prospective et la confrontation pacifique.

En 2010, quand la Fonda a lancé son exercice de prospective pour le monde associatif, l’enjeu des relations entre les associations, les pouvoirs publics et les entreprises est très vite apparu comme structurant. Il nous a donc semblé que la prospective devait être le moyen privilégié d’échanges trilatéraux.

Le terme territoire condense bien des mutations en cours. C’est un terme très ouvert où se confrontent bien des visions prospectives.

France stratégie évoque la question de la géographie et la croissance et travaille sur l’adaptation de l’organisation des territoires. Dans cette perspective, l’écosystème est un ensemble de relations de complémentarité, de coopérations dont le territoire est la matrice. Telle est la vision de France Stratégie, une complémentarité entre la métropole comme facteur de croissance et les territoires.

Le manifeste du Medef appelle à la révolution collaborative, avec des écosystèmes pris comme tissu d’interrelations. La force d’une entreprise n’est plus sa taille mais sa connexion à un réseau existant. Les relations interentreprises sont essentielles. Nous allons vers une nouvelle vision de la compétitivité, qui se traduit par à une capacité à créer des chaînes de valeur par la coopération. Et c’est dans la structure des territoires que l’on va trouver les ressources de ces coopérations. Il y a là un contrepoint à la tendance de l’économie financiarisée, vue comme système de prélèvement de l’ensemble de la valeur de la chaîne.

La Fonda est partie d’un point de vue qui n’est pas spécialement dominée par l’économie. L’un des constats de la première phase de nos travaux est celui de l’affaiblissement de la structuration institutionnelle de la société, y compris des acteurs associatifs. Les réseaux sont bâtis sur une architecture devenue inadaptée. Dans le vocabulaire des acteurs associatifs, Le mot territoire désigne de plus en plus le périmètre à l’intérieur duquel il est possible de bâtir par des alliances successives une communauté d’actions. Le périmètre dans lequel bâtir un réseau d’alliances est celui que je désigne comme "mon territoire", et il est à échelles variables. La construction d’alliances sur le territoire est devenue l’idéal type de la construction associative.

La métropolisation et le déclin budgétaire des collectivités locales vont mettre fin au jeu d’acteur qui a structuré les territoires. La hiérarchie des collectivités, leur capacité à être des relais d’influence du pouvoir social, tout cela est fragilisé par la métropolisation de la réforme territoriale et le déclin budgétaire. C’est la première fois qu’on voit une construction stratégique guidée par la baisse des ressources. L’ensemble des acteurs publics ont construit une stratégie structurée sur la contraction de leurs dépenses. L’effet de rupture risque d’être sans précédent.

Ce contexte ouvre la voie à ces nouvelles structurations que nous nommons tous écosystèmes. J’aimerais mettre un coup de surligneur sur ce concept. Il a, comme l’empathie, une véritable attraction sémantique, bien que nous peinions à le définir. Il est intéressant de regarder pourquoi. Il connaît des traductions institutionnelles variées : PTCE, clusters, réseaux… des alliances provisoires ou durables, autour de projets. Deux exemples récents : appels à projets énergies positive et French Tech…

De notre point de vue, les formes institutionnelles sont appelées à jouer un rôle moins important et ce sont les formes émergentes de l’action collective, de coopération entre acteurs en mode projet, moins formelles, qui vont structurer cette organisation.

Jean-Paul Letartre, président du pôle France 2020 au Medef

Merci de nous permettre de « Jouer collectif pour faire gagner la France en 2020 ». Il y a un parallélisme à faire entre la réforme du dialogue social et celle des territoires, autour de la remise en cause du top down et du bottom up.

Pour faire bouger un corps social il faut lui donner une vision, et cela vaut pour transformer une entreprise. On n’emmène pas les gens sur un chemin si on ne leur donne pas un peu de vision. Une vision positive et dynamique d’une France qui gagne est possible, car nous avons des atouts, à condition de nous en donner les moyens. Le projet de France 2020 est d’expliquer pourquoi cette vision positive est quelque chose en quoi nous croyons.

Notre Manifeste repose sur la consultation de 20 000 chefs d’entreprise, et organisations autour de l’entreprise. Nous avons identifié les sept défis de la croissance. Pour l’arbre de la croissance, le terreau et les racines sont essentiels. Les racines sont les trois principes d’action : la nécessité de jouer collectif, de s’inscrire dans la durée, de s’inscrire dans les territoires.

Nous pensons qu’il faut désormais adopter des logiques bottom-up, car le top-down n’a pas marché. Peu de choses ont marché en partant par le haut, il faut partir par le bas. Et on arrive alors directement aux territoires.

Si on veut jouer collectif cela ne peut se faire que sur un territoire compatible avec le jeu collectif.
Les entreprises choisissent des régions qui sont favorables par leurs infrastructures, leur tissu économique et social à leur implantation.

La stratégie d’une entreprise ne peut se confondre avec celle d’un Etat. Mais des points de convergences sont possibles.
Dans beaucoup d’entreprises on a de l’agir local, de l’expérimentation locale et que l’on duplique ensuite au niveau global. C’est comme cela que l’on peut évoluer par rapport au top-down. Il faut que nous allions du « Think local, act global » au « Act global et duplicate global ».

Yves De Talhouët, vice-président du pôle France 2020

Pour réformer la France le territoire est un champ inexploré et il n’y pas d’approche de la duplication d’expériences locales.
Mais pour inscrire son action dans les territoires, il faut des territoires lisibles. Quelle est l’organisation territoriale française ? Treize régions et à peu près autant de métropoles : l’ensemble des grandes préoccupations économiques seront de l’échelon régional.
La lisibilité des territoires se traduira par une démarche de spécialisation, qu’il faut savoir consolider, tout en en gérant les conséquences au niveau social.

Pour structurer notre approche autour du développement économique des territoires, quatre grands thèmes structurants nous sont apparus : éducation-emploi ; infrastructure ; logement ; écosystèmes.
Sur ces quatre thèmes les entreprises ont des besoins. Comment gouverner ces quatre thèmes en équipe ? Comment s’organiser sachant que le temps économique n’est pas le temps politique ?

Pour en savoir plus...

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compte rendu du 25.02.2015

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