Publié par L’équipe Fonda le 17 novembre 2008

Tension entre proximité et mondialisation : les atouts de l’économie sociale

Les entreprises d’économie sociale, qui affectent la valeur ajoutée à l’intérieur de l’entreprise et créent ainsi un patrimoine commun au fil du temps, se donnent les moyens de mieux résister aux évolutions inéluctables de la mondialisation. Pour tenir leur pari de prise en compte collective du risque, coopératives et mutuelles ont misé sur l’appropriation collective d’un bien partagé et sur la vie démocratique. Face à une logique du profit, elles font de leurs pratiques solidaires une offre distinctive et en mesure de soutenir la concurrence. Face à la pression du marché, elles s’engagent dans une transformation de leurs pratiques sans que ce soit un reniement ou une reddition. Ancrage dans les territoires, constitution de richesses collectives durables et gouvernance démocratique sont les atouts déterminants pour les entreprises d’économie sociale.

> Une réponse au défi : synthèse des débats

> Les atouts de l’économie sociale
- Des moins-values de l’économie dominante aux plus-values de l’économie sociale
- Ressources collectives durables
- Prise en compte collective du risque

> Des exemples
- Globalisation des marchés, internationalisation des concurrents, conséquences pour les coopératives agricoles
- Agir face aux risques de banalisation, le cas de la mutualité
- Concilier la réponse économique et l’intérêt général, le cas du Crédit Mutuel
- Evoluer pour répondre aux besoins, le cas d’une association du tourisme social

> Faire valoir la liberté d’entreprendre autrement

UNE RÉPONSE AU DÉFI

Création de richesses collectives durables

La question de la propriété est au centre des valeurs qui animent l’économie sociale. L’économie est devenue guerrière lorsqu’elle a mis au centre des relations entre les individus la question de la propriété individuelle. L’économie sociale a, comme différence structurelle avec ce monde guerrier, cette question de la propriété. Pour l’économie sociale, la question des biens communs de l’humanité est une question essentielle.

Et parce que c’est une question essentielle, l’économie sociale se donne des règles qui permettent que les ressources qui sont le résultat de l’acte de produire deviennent en majeure partie des ressources communautaires fixées durablement sur des territoires, puisque les ressources ainsi acquises l’ont été grâce à l’apport des générations antérieures et seront mises à la disposition des générations futures.

Cette responsabilité de l’affectation indisponible d’une partie de la valeur ajoutée à l’intérieur de l’entreprise conduit à ne pas rechercher la maximisation du rendement du capital pour des apporteurs extérieurs, mais permet à l’entreprise de se donner les moyens de sa pérennité et de sa durabilité.

En abandonnant la propriété individuelle des membres au profit d’un patrimoine commun acquis au fil du temps, les entreprises de l’économie sociale, et tout particulièrement les coopératives, se donnent les moyens de mieux résister aux évolutions inéluctables auxquelles conduit la mondialisation. Le fait de pouvoir conserver en son sein la quasi-totalité des résultats acquis permet une capitalisation, sur des espaces clairement identifiés, des résultats de l’activité. Cela se traduit par des implantations géographiques stables, par le maintien de savoir-faire ou le développement des compétences professionnelles, par une participation à la vie de l’environnement que, par exemple, le bilan sociétal doit permettre de mesurer et de mettre en avant. C’est un bon exemple de développement durable.

Aujourd’hui, le monde coopératif, associatif et mutualiste doit sans doute réfléchir à mettre en place, à travers peut-être des adaptations de statuts ou des modifications des outils de régulation, un mode de gouvernance ou de décisions internes, appuyé sur le partage d’intérêts différents. Le monde associatif a par exemple tenté de signer avec les pouvoirs publics nationaux et locaux des conventions pluriannuelles d’objectifs ouvrant la voie à une véritable évaluation. Cela signifie qu’il faut, pour s’ancrer mieux dans les territoires, pour s’ancrer mieux dans la durabilité, et pour résister au rouleau compresseur du libéralisme, mieux associer les différentes parties prenantes, collectivités locales, donneurs d’ordre publics, salariés, clients, au sein par exemple des nouvelles coopératives d’intérêt général, à l’élaboration des décisions stratégiques et au partage des résultats de l’activité.

Ainsi, coopératives, mutuelles et associations pourront démontrer qu’il existe, pour un développement harmonieux et durable, des formes d’entreprises qui ne s’inscrivent pas dans la perspective de la recherche du seul et exclusif profit à court terme.

Prise en compte collective du risque

Les coopératives, les mutuelles et les associations témoignent d’un réel succès économique et social : 1 Français sur 3 est mutualiste, 2 Français sur 3 sont sociétaires d’une banque coopérative, 1 Français sur 2 est membre d’une association.

Coopératives et mutuelles ont un but commun : diminuer le coût du risque individuel par la mutualisation de son financement. Le pari est tenu grâce à l’adoption et au respect de règles communes qui permettent, malgré la modestie des moyens, de remplir cet objectif.

La première réponse est la mise en commun des ressources nécessaires au financement du service recherché. Dès l’origine, coopérateurs et mutualistes ont compris l’intérêt de renoncer à la propriété personnelle au profit de l’appropriation collective d’un bien partagé. La contrepartie est de taille : d’une part la démultiplication des moyens d’action et d’autre part la création de liens sociaux inhérents à la constitution d’une communauté de vues et d’intérêts.

C’est alors que la deuxième réponse, propre aux organisations de l’économie sociale, prend tout son sens : la vie démocratique. En effet, l’implication collective et le partage des engagements dans la durée sont nécessaires à la sécurité des apports et à leur fructification dans le temps. Le principe d’une personne égale une voix organise de plus le contrôle mutuel, gage de confiance, renforcé par le désintéressement des membres en charge de la gestion des intérêts de tous. Or, la confiance nourrit les comportements d’adhésion et de fidélisation indispensables à la lente constitution des capitaux nécessaires aux financements des risques alourdis par les pratiques de solidarité. C’est particulièrement vrai pour les mutuelles dont les contrats ne sélectionnent pas les risques et n’excluent pas les personnes.

On comprend que, tant les coopératives que les mutuelles ou les associations, sont avant tout des histoires de personnes qui lient ces organisations à leur territoire d’ancrage. C’est l’un des facteurs qui explique la bonne tenue de ces piliers de l’économie sociale quand notre société de consommation les prend à contre front.

Face à une logique de profit et d’exclusion des risques les plus importants, coopératives, mutuelles et associations, qui évoluent dans un contexte concurrentiel, constituent une alternative. Les pressions du marché les obligent à s’engager dans une transformation de leurs pratiques et de leur organisation. Confrontées aux même enjeux, elles ont adopté le même scénario à dix ans d’intervalle, les mutuelles à la suite des coopératives et, aujourd’hui, beaucoup d’associations : pesée sur le coût de l’offre, technicisation et modernisation des outils de gestion, regroupement de moyens voire des structures, extension de la zone d’activité à la mesure de l’élasticité des liens de proximité, recours aux instruments juridiques suscités par le marché pour plus de souplesse (société de garanties mutuelles), partenariat de métiers et de financement.

Par là-même, les mutuelles et les coopératives ont dû se doter d’une technostructure répondant à un autre référentiel que celui de valeurs, mais commun à l’ensemble des professionnels du secteur bancaire ou d’assurance. Les risques de banalisation sont sérieux. Les partenariats sont une autre source de dilution des spécificités. Ainsi, travaillées au corps, tant du dedans que de l’extérieur, ces deux organisations ont, là encore, donné les mêmes réponses : la formation des élus et de leurs collaborateurs. Plus décisif encore semble être leur appui aux initiatives locales des collectivités et de l’économie sociale. Ces collaborations permettent d’une part, d’enrichir le tissu social local et d’entretenir les liens de proximité, et d’autre part, de rafraîchir les principes de l’action solidaire au contact de l’enthousiasme de nouveaux acteurs de l’économie sociale.

Mise en œuvre des atouts de l’économie sociale

A côté de la question de la propriété, celle de la destination de la valeur ajoutée est également essentielle. Les caractéristiques des trois types d’entreprise d’économie sociale sont en effet de reposer sur une propriété collective et donc, tous trois cherchent à éviter à tout prix la banalisation de leurs statuts pour respecter cette forme particulière d’entreprendre. Mais il faut constater que cette banalisation est largement à l’œuvre.

La banalisation est un risque réel que l’économie sociale combat efficacement.
Un exemple pris dans chacun des trois secteurs montre comment la spécificité est préservée.

Dans les mutuelles

La banalisation est à l’œuvre dans la mutualité, à travers les nouvelles directives assurances qui conduisent la mutualité à adopter des règles prudentielles et des comportements très proches de ceux des assurances.

Elle a été également marquée lors de la mise en place de la Cmu par l’absence de différence qui a été faite dans le traitement de la Cmu entre les assureurs et les mutuelles.

De nouveau dans le projet de « loi de finances pour 2004 », on retient de plus en plus la nature des produits et non le statut juridique, considérant que le statut des opérations prime sur le statut de l’opérateur.

Or, dans cette activité particulière qui est la couverture des risques personnels, il demeure une différence fondamentale entre l’assureur et la mutuelle. Dans la mutuelle il existe des mécanismes de régulation interne. La couverture mutuelle du risque conduit non pas à des exclusions, comme cela se passe dans les assurances, mais à la mise en œuvre de mécanismes permettant d’équilibrer et d’absorber les risques au sein d’une communauté d’intérêts sous peine de la détruire. C’est une illustration de la prise en compte collective du risque.

Les statuts même des mutuelles conduisent, à travers la démocratie du quotidien, au respect des minoritaires, essentiel pour que vive une collectivité.

Aujourd’hui les mutuelles peuvent, soit à travers l’augmentation des cotisations, soit à travers la baisse des prestations, faire accepter une sorte d’autorégulation à l’ensemble des assurés, ce que ne permet pas les mécanismes assurantiels qui sont, par définition, individuels. Ce faisant, la mutualité doit veiller à conserver un réel pouvoir aux sociétaires de base si elle veut faire accepter à ceux-ci le jeu de l’ensemble du groupe, et pour cela il faut, y compris à la suite des contraintes des directives assurances, permettre à l’ensemble des structures de conserver un lien fort avec leurs adhérents.

Dans les banques coopératives, l’exemple du Crédit mutuel

C’est la même préoccupation qui anime le Crédit mutuel pour le maintien de sa spécificité. Celui-ci, plus encore que l’assurance ou que la mutualité, est dans un secteur dans lequel il est difficile de se différencier à travers le produit. C’est donc par le service aux sociétaires et aux clients que le Crédit mutuel pourra se distinguer. Il est ainsi condamné à innover, dans son rapport à la vie locale, dans son rapport aux sociétaires, pour éviter la banalisation. Il est d’ailleurs aussi condamné à innover au niveau international s’il ne veut pas, qu’à ce niveau, l’ensemble des directives européennes, qui commencent à arriver et qui vont s’appliquer à l’ensemble des banques, ne touche pas particulièrement les banques coopératives.

Celles-ci craignent que les nouvelles normes comptables de l’Ias, et en particulier l’Ias board relatives à la norme 32, ne se traduisent par la condamnation du statut coopératif ; les parts sociales des coopératives sont, selon cette norme, considérées non plus comme des capitaux propres, mais comme des dettes. Les banques coopératives se battent pour faire reconnaître la nature de fonds propres de leurs parts sociales. Mais pour cela il faut qu’elles démontrent la très grande stabilité de celles-ci et le fait que, pour leurs sociétaires, la détention de parts sociales est un engagement à l’égard de leurs coopératives. Pour cela, elles doivent s’appuyer indiscutablement sur un très fort rapport au territoire, leur permettant d’exister différemment des banques commerciales nationales, voire internationales. Le Crédit mutuel est particulièrement attaché à cet aspect , il rejoint en cela l’ensemble des banques du groupe des Banques populaires. A travers la souscription de parts sociales par leurs sociétaires, ces deux groupes bancaires confortent leur présence et leur gouvernance décentralisée.

Leur dimension internationale et le fait que les banques coopératives présentent un profil d’activité fort différent des grandes banques internationales leur donnent, dans l’ouverture du marché, une place tout à fait particulière.

Dans les associations, l’exemple du tourisme social

C’est dans le même esprit que le tourisme social, comme beaucoup d’autres associations gestionnaires, cherche à faire reposer son activité de plus en plus sur une communauté d’intérêt avec les adhérents et les territoires d’accueil. Il est clair là aussi, que la banalisation est en route et que le marché du tourisme devient de plus en plus un marché international. Il est donc indispensable de sauver l’esprit de l’action sociale dans le tourisme si l’on veut maintenir l’objectif d’un accès aux vacances et aux loisirs pour tous. Le secteur associatif a, dans ce domaine, un rôle particulièrement important à jouer puisque la raison d’être du statut associatif c’est bien de pouvoir se donner les moyens par la création de richesses collectives durables d’une attention aux plus démunis. Mais en même temps, et la mondialisation joue là un rôle indispensable, il faut offrir une capacité d’accueil pour une clientèle de plus en plus européenne.

La question qui est donc posée est celle de la constitution de véritables pôles de références. Il faut accepter l’idée que même sous forme associative, et pour éviter la banalisation liée à l’apport de capitaux extérieurs, on doit constituer des entités juridiques importantes et regrouper les outils. Il faudra veiller à ce que l’on puisse conserver, à travers des structures juridiques adaptées et des associations locales, un lien avec les adhérents et en même temps, constituer des entités économiques capables de se positionner à l’intérieur de la compétition internationale, pour pouvoir bénéficier d’une véritable solidarité financière. Ces structures se renforceront dans un dialogue permanent entre les clients et les différentes parties prenantes, collectivités locales et structures associatives.

Ancrage dans les territoires, constitution de richesses collectives durables, gouvernance démocratique sont les atouts déterminants de l’économie sociale.

L’ancrage dans les territoires et l’existence d’un défi de la mondialisation et de l’ouverture des frontières conduit à maintenir pour ces trois familles la volonté farouche de ne pas déroger au principe de destination de la valeur ajoutée qui doit demeurer, pour l’essentiel dans les entreprises, pour leur donner les moyens de leur développement.

L’économie sociale est gardienne de richesses collectives durables, librement constituées autour de communautés d’intérêt, et garanties par une gouvernance démocratique.

La bataille que mène l’économie sociale est très sérieuse. Elle oppose la finalité sociale à celle du profit. Elle n’est pas désespérée si les principales organisations qui la composent ne cèdent pas aux attraits de la puissance au mépris du bien commun.

Ce texte de synthèse est le fruit des travaux d’un Comité d’études et de liaison de la fonda « Économie sociale et démocratie sociale ». Animé par Jacqueline Mengin, ses membres sont : Michelle Boulègue, Chantal Chomel, Anne David, Jean-Claude Detilleux, Jean Gautier, Marcel Hipszman, Claude Oreja, Calixte Parpais, Paul Picard, Jacques Remond, François Soulage, Jean-Pierre Worms.

LES ATOUTS DE L’ÉCONOMIE SOCIALE

Des moins-values de l’économie dominante aux plus-values de l’économie sociale

par Patrick Viveret, Auteur du rapport "Reconsidérer la richesse"

Je vais vous inviter à nous interroger sur nos propres « moins-values » pour mieux cerner la nature des apports de l’économie sociale et solidaire. Puisque nous sommes à l’intérieur d’un collectif où l’hypothèse des plus-values de l’économie sociale est largement acceptée, cela suppose d’entendre le mot valeur dans son sens plénier, dans son sens radical.

Valore en latin, c’est la force de vie face à la mort. Donc les plus-values, c’est ce qui donne à des collectivités humaines, à des êtres humains, une capacité de force de vie supplémentaire, et les moins-values, c’est ce qui ôte de la force de vie.

Sortir des impasses du système

Cette radicalité est à la fois anthropologique – ce qui constitue le cœur même de l’humanité – mais c’est aussi une radicalité écologique – ce qui fait que l’humanité ne peut vivre que pour autant qu’elle ne détruit pas les conditions de sa propre écologie. Dans cette perspective on voit qu’il y a trois grandes moins-values qui pèsent sur l’économie :

> celle qui conduit les êtres humains à considérer qu’autrui est une menace, un adversaire voire un ennemi, ce qui est forcément destructeur d’humanité ;

> celle qui conduit à perdre espérance en l’avenir : c’est la question du non-sens et de la désespérance ;

> et celle qui conduit à avoir des comportements destructeurs, guerriers, par rapport à l’univers lui-même et par rapport à notre niche écologique.

Et au sens fort du terme, les plus-values, les valeurs de vie ajoutées par l’économie sociale doivent se situer à l’échelle planétaire tant pour des raisons écologiques que géopolitiques. C’est d’abord en prenant les problèmes par le bout planétaire, qu’on peut penser un certain nombre d’autres projets, y compris les projets à des niveaux infra-planétaires, infra-continentaux ou infra-nationaux. Quand on prend le problème à cette échelle planétaire, on voit bien que le mode de développement qui est celui du capitalisme industriel, tel qu’il s’est construit depuis la seconde guerre mondiale, est en train de mener l’humanité vers de véritables impasses, précisément parce que sur ces triples champs de valeurs, il produit de la rivalité, de la perte de sens et de la destruction écologique. Ce système ne propose en effet comme seul projet de vie aux êtres humains que celui de devenir des producteurs compétitifs considérant les autres comme des rivaux, réduisant le processus éducatif à l’apprentissage de ce futur rôle en apprenant la rivalité dès l’école.

Il est aussi destructeur de sens et d’espérance car un tel projet s’inscrit dans une grande pauvreté éthique et spirituelle. Le capitalisme n’a pu exister, comme l’a très bien montré Max Weber, que parce qu’il y s’insérait dans un tissu culturel qui était fondé sur d’autres valeurs. Jamais le capitalisme n’aurait pu exister si, par exemple, les éléments de conscience professionnelle, les éléments de valeurs morales, les éléments de solidarité avaient disparu.

Par exemple, le capitalisme n’a pu exister dans nos sociétés qu’à cause du socle chrétien qui compensait l’amoralisme et l’incivisme inscrit dans la perspective de maximisation du profit ; or l’un des problèmes majeurs que rencontre aujourd’hui le capitalisme, c’est l’effet de la déchristianisation et de la subordination croissante de la sphère culturelle à la sphère économique marchande. C’est ce que Karl Polanyi dans La grande transformation a appelé le passage de l’économie de marché à la « société de marché », où des éléments essentiels de valeur sociale (le don et la réciprocité) ou de valeur politique (la redistribution pour des raisons de justice sociale) deviennent absorbées ou subordonnées par la seule logique du marché.

Rivalité et individualisme sont, il faut bien le constater, destructeurs d’une logique de coopération sans laquelle la vie humaine se réduit à un combat sans merci. La question des générations futures, la fameuse question du développement durable n’est pas une question abstraite. Il n’y a de possibilité de générations futures, indépendamment des éléments de nature biologique, que s’il y a désir d’humanité ; et il n’y a désir d’humanité que pour autant que les êtres humains prennent goût à l’aventure humaine, en coopération avec leurs compagnons de voyage.

La deuxième « moins-value » majeure de l’économie dominante est donc celle de sa pauvreté sur le terrain du sens ; et cette pauvreté, au-delà d’un certain seuil, produit de la désespérance, et de la « fatigue d’humanité ».

La troisième forme de moins-value, ce sont les conditions de la destruction écologique.

Utiliser les plus-values de l’économie sociale

Si nous reprenons ces trois éléments, nous voyons que, potentiellement, l’économie sociale a une formidable capacité à proposer à l’humanité un projet qui réponde à ces valeurs comme forces de vie. Elle est capable de montrer qu’on peut penser les rapports humains sur le modèle de la coopération plutôt que sur celui de la rivalité, elle est capable de penser la question de l’avenir en termes de sens non réducteur et elle peut être un acteur majeur d’un mode de développement écologiquement soutenable.

L’autre apport de l’économie sociale et solidaire est bien sûr lié à la démocratie. La démocratie ne serait pas possible si on était dans une pure logique de rivalité. Ce qui rend possible la démocratie, c’est le fait de considérer qu’autrui, même quand il est en désaccord avec moi, constitue une chance et non une menace. La démocratie invente la transformation des ennemis en adversaires. Elle fait de la construction du désaccord un atout. Donc, sur ce terrain de l’économie sociale, à condition de prendre complètement au sérieux ces valeurs démocratiques, de ne pas en faire simplement un cadre formel, un usage marketing peut renouveler en profondeur ces logiques démocratiques. Elle doit, dans cette perspective, se nourrir et s’inspirer de tout ce qui a été fait ces dernières années dans le domaine des méthodologies démocratiques et de citoyenneté active : le budget participatif, les conférences de citoyens, les formes nouvelles de démocratie participative. Cela pourrait très profondément redonner de la vitalité, de la chair à ce qui est affirmé par l’économie sociale à travers ses statuts qui sinon resteront formels.

Mais passer du discours à la pratique...

Sur le terrain des enjeux écologiques, l’économie sociale a encore un long chemin à faire . On sait bien, par exemple, que la coopération agricole est très largement passée à côté de la question écologique. Elle a produit de la coopération, certes, mais à l’intérieur d’un cadre de représentation et d’un mode de développement productiviste qui, lui, n’était pas interrogé.

Si on travaille sur ces valeurs ajoutées, on se rend compte que ce qui pose problème à l’économie sociale, ce n’est pas l’affirmation de ces valeurs, c’est qu’elle y croit insuffisamment et qu’elle ne les pratique pas assez. Car des valeurs ne prennent vie que si on y croit suffisamment pour les pratiquer.

Lorsque vous prenez les deux grands axes qui, classiquement, organisent les modalités des rapports humains, vous avez un axe coopération-compétition, et vous avez un axe qu’on pourrait appeler créativité-bureaucratie. A chaque fois qu’un groupe d’acteurs est dans le croisement de la coopération et de la création, les avantages compétitifs, qu’ils soient entreprises, qu’ils soient associations, qu’ils soient États, qu’ils soient sociétés etc., sont absolument considérables, mais à condition qu’il y ait véritablement de la coopération créative. A ce moment-là la coopération créative est nettement supérieure à ce qui se passe du côté de la création compétitive ou de la compétition créative. En revanche, si vous avez un discours qui est du côté de la coopération créative, mais des pratiques qui, en réalité, sont du côté de la compétition bureaucratique, voire ce qui est moins grave, de la simple coopération bureaucratique, à ce moment-là, il est clair que la compétition créative, effectivement, est en avance sur la compétition bureaucratique. Elle est non seulement en avance dans les pratiques, mais elle est aussi en avance, parce qu’elle se dispense d’avoir à se lester du boulet de la frustration, de la culpabilité, de la schizophrénie qui vient du fait que les valeurs affichées sont là et que les pratiques sont là.

C’est ce qui conduit très souvent l’économie sociale à vivre ses valeurs comme un boulet ; elle pense fondamentalement que la réalité humaine, serait (hélas) quand même du côté de la compétition créative. Elle vit avec ses valeurs qui sont dans la coopération créative, mais comme elle les vit parfois (souvent ?) comme un boulet, elle a alors des pratiques qui sont mensongères par rapport à cette perspective et elle finit par se retrouver en-deçà de l’économie lucrative qui a alors l’avantage d’être dans l’espace de la compétition créative.

...et croire en ses valeurs

Pourquoi y a-t-il si peu de femmes, si peu de jeunes, ou de non blancs dans l’économie sociale ? Ne serait-ce pas justement parce que les logiques de compétition bureaucratique l’emportent sur les capacités de coopération créative et créent alors des situations de fermeture et de non renouvellement des personnes et des structures ? Donc le fait de croire fondamentalement à nos valeurs comme force de vie sur le triple terrain de la coopération face à la rivalité, de la capacité de produire du désir d’humanité face à la désespérance d’humanité et de la capacité de construire une exigence de développement qui soit réellement soutenable, fondé sur une réorientation profonde des modes de consommation, de production, et de vie. Ses valeurs ajoutées humaines et écologiques feront alors la différence, y compris sur la scène mondiale.

Il faut en effet nous placer dans la perspective, chère à Fernand Braudel, des économies-monde. Et nous pouvons alors avoir l’ambition d’une « économie sociale monde ». Quand vous regardez aujourd’hui l’ensemble des capitaux qui sont en circulation sur la scène mondiale, 80 % de ces capitaux sont, techniquement parlant, de l’économie sociale ou de l’économie publique. Ces 80 %, ce sont les fonds de pension, les « mutual funds », donc techniquement parlant, c’est de l’économie sociale, et enfin la gestion de la dette publique des États donc de l’économie publique. Et c’est seulement par manque d’imagination, de capacité, de coopération à l’échelle mondiale, soit du mouvement syndical pour les fonds de pension, soit de l’économie sociale et solidaire pour les mutuelles, soit des organisations citoyennes sur la gestion de la dette publique des États, que ces 80 %, finissent par être soumis à la logique des 20 % des « hedge funds », les fonds spéculatifs, ou à des gestionnaires classiques qui eux vont gérer ces masses considérables dans des logiques qui sont, pour l’essentiel, contraires aux intérêts des salariés, destructifs sur le plan écologique et fondamentalement contradictoires avec les objectifs mêmes qui seraient portés par cette économie globalement non lucrative.

François Soulage - Un grand merci à Patrick Viveret. Avec ce schéma, il nous livre quelque chose qui pourrait bien se révéler assez opérationnel : nous avons un certain nombre d’outils de plus-values que souvent nous négligeons.

Marcel Hipszman, Esfin - Qu’est-ce que la mondialisation introduit de nouveau et de radical dans ce débat ?

Patrick Viveret - Le changement radical qu’introduit la mondialisation, c’est la façon dont les sociétés humaines ont traité la question de la violence inter-humaine. C’est la grande question des sociétés humaines. La modalité classique de traitement de la violence avait été d’exporter la violence sur l’extérieur. On pacifiait, on civilisait l’intérieur en déchargeant la violence, l’agressivité sur l’étranger, le barbare, l’infidèle, etc.

Le fait nouveau de la mondialisation est que comme nous n’avons pas d’extra-terrestres sous la main, ou alors sur le mode fantasmatique qui nous permet de fonctionner sur la même modalité, il n’y a de possibilité de traiter la question de la barbarie que sous la forme du traitement de la barbarie intérieure. L’humanité n’est pas menacée de l’extérieur, elle est menacée par sa propre inhumanité. Donc, à ce moment-là, la logique de coopération à l’échelle inter-humaine suppose de traiter la question de la barbarie intérieure et de renouer avec une des intuitions les plus fécondes de Gandhi qui est parfaitement vérifiée par les chiffres actuels des Nations unies ; Gandhi avait dit : il y a suffisamment de ressources sur cette planète pour répondre aux besoins de tous, mais en revanche il n’y en a pas assez pour satisfaire le désir de possession de chacun.

Avec 50 milliards de dollars par an, on peut permettre l’accès à l’eau potable pour tous les êtres humains, éradiquer la famine et assurer les soins de base. Ces 50 milliards, on n’arrive pas à les trouver mais chaque année on en trouve dix fois plus, 500 milliards de dollars, rien que pour les dépenses de publicité. La publicité est complètement du côté du désir, bien souvent du désir de possession, et de moins en moins du côté du besoin.

C’est ce terrain qui est le terrain majeur, la donne mondiale, si on considère vraiment qu’il faut construire une société humaine mondiale, si on arrête de croire que ce que nous avons actuellement, c’est de la mondialisation. La plupart du temps, ce que nous avons, ce sont au contraire des phénomènes qui sont crispés contre des régulations mondiales et au premier chef l’attitude de l’administration américaine qui, à chaque fois qu’une régulation mondiale peut se profiler sur le plan climatique, elle est refusée sur le plan judiciaire.

Si l’on prend au sérieux le fait de construire une réelle mondialité, cette dernière ne peut se construire que si en même temps elle prend au sérieux le fait qu’aucun des grands problèmes mondiaux de l’humanité ne peut être traité sous la modalité des logiques de rivalité et encore moins des logiques de guerre, à commencer par l’énorme problème de l’eau, à côté duquel les guerres du pétrole nous paraîtront de la roupie de sansonnet, si on n’est pas capable de le traiter. Or le problème de l’eau peut parfaitement être traité dans des logiques de coopération ; il est impossible à traiter dans des logiques guerrières de captation de rivalité, que ce soit au niveau mondial ou que ce soit au niveau micro. Regardez l’enjeu du Jourdain dans la situation israélo-palestinienne ; c’est cela que la mondialité change.

Quand on a à traiter la question de la barbarie intérieure – c’est le projet que nous avons lancé à Johannesburg, que nous avons appelé Dialogue en Humanité – il faut faire de la difficulté qu’a l’humanité à vivre sa propre condition la question politique par excellence.

Quand l’économie sociale dit qu’il faut remettre l’homme au centre, c’est sympathique, mais qu’est-ce que cela signifie ? C’est plutôt le début du problème que la réponse à la question, parce que remettre au centre l’humanité qui, de la Saint-Barthélemy à Auschwitz en passant par les différents types de génocide, etc., a montré une capacité de nihilisme et de destruction absolument incroyable par rapport aux autres espèces animales, nous voyons bien que ce n’est pas cette humanité là qu’il faut remettre au centre. Ce qu’il faut remettre au centre, c’est la part d’humanité qui est construite justement sur des désirs d’humanité.

Or, il n’y a de développement qui ne soit pas construit sur la peur d’autrui, sur la dominance d’autrui, que si ce développement, une fois les besoins de base satisfaits, est un développement dans l’ordre de l’être et non dans l’ordre de la gloire.
C’est toute la différence entre dire « j’ai du bien » et « je suis bien ». Si « j’ai du bien », je suis dans la tension de la conquête et je suis dans la peur de la perte et autrui est invivable. Si « je suis bien », je suis dans un axe où je peux vivre intensément mon aventure de vie, où la définition du bonheur n’est pas un capital, c’est vivre à la bonne heure. A ce moment-là, ce développement dans l’ordre de l’être qui est un développement de l’exigence de tout l’être et pas simplement évidemment de sa toute petite partie de vie qui est sa partie économique et productive, est un développement qui va se nourrir de la coopération avec autrui.

Le mot pouvoir le résume bien, c’est un verbe auxiliaire qui s’écrit en minuscule et qui n’a de sens que pour autant qu’il est complément. Si le pouvoir s’écrit en majuscule, il devient un substantif qui se suffit à lui-même ; on passe d’un pouvoir qui est sur l’axe coopération–création, où nous donnons mutuellement du pouvoir et notre pouvoir sera d’autant plus fort si nous réalisons un projet commun que nous serons en coopération pour le faire, mais, en revanche, si je suis dans la logique de la conquête du pouvoir et de la préservation du pouvoir, à ce moment-là, c’est un pouvoir de domination, ce n’est plus un pouvoir de création, c’est un pouvoir qui est centré sur la peur qu’on vienne à le perdre.

De la même façon que nos sociétés sont malades, quand elles transforment cette invention géniale qu’est la monnaie pour faciliter l’échange et l’activité, et que, de moyen, elles en font une fin, le dérapage vers la lucrativité, nos sociétés politiques sont malades quand elles font du pouvoir une fin et non un moyen. Et quand l’économie sociale doit s’interroger sur sa pratique démocratique, c’est aussi pour changer ce rapport au pouvoir.

François Soulage - Patrick Viveret fait la différence entre « j’ai du bien » et « je suis bien », c’est très intéressant parce que dans nos structures économiques et sociales, cette notion de « j’ai du bien », c’est un bien partagé. Donc effectivement, a priori, toute notre bataille pour défendre nos statuts dans leur pureté, c’est précisément pour éviter ce langage : « j’ai du bien ». Non, je ne l’ai que d’une manière collective.

Jean Gautier, secrétaire général de la Confédération générale des Scop - Le fait est que les valeurs de l’économie sociale ne sont peut-être pas assez pratiquées. Or il y a, au sens de la pratique, la pratique du bien commun, c’est-à-dire la non-appropriation à vie. Cette pratique est aujourd’hui complètement absente, non dite, non présentée comme étant justement une des réponses.

Montesquieu parlait du commerce comme un des moyens de pacifier la société. Or l’économie est devenue guerrière parce que le problème de la propriété s’est posé et que l’économie s’est complètement mariée avec la propriété individuelle. Au XVIIe siècle, le problème de la propriété privée n’était pas la condition pour l’équilibre des marchés. En effet, le capitalisme, l’appropriation privative de biens de production, c’est aussi approprier l’économie de marché.

Pourtant, ce que nous n’arrivons pas à dire, c’est que l’économie sociale fonctionne aussi sur l’économie de marché ou peut fonctionner sur l’économie de marché et que sa seule vraie différence, c’est le régime de la propriété. Depuis deux siècles, toutes les grandes forces sociales ont oublié cette question de la propriété, seule l’économie sociale vous l’apporte encore, mais on n’en parle plus.

Dès qu’on parle de propriété collective, cela fait ressortir les fantasmes des représentations qui fait qu’on est condamné avant d’avoir pu exposer l’utilité concrète de la propriété collective.

Patrick Viveret - Les deux questions clés de la mutation informationnelle et de la révolution biologique s’expliquent notamment avec le débat sur la propriété des logiciels et le débat sur le brevetage du vivant. On voit bien à cette occasion que, contrairement à l’idée reçue, le mécanisme de l’appropriation est un mécanisme qui est contraire à l’échange.

D’ailleurs, si vous relisez Adam Smith, vous verrez qu’il n’y a pas du tout de lien, il y a même contradiction entre propriété et échange, et qu’il n’y a de démultiplication possible de la liberté des échanges, des activités, etc., que pour autant que l’État garantit cet accès égal à la liberté de l’échange. N’oubliez pas que le grand combat d’Adam Smith dans La richesse des nations, c’est le combat contre le mercantilisme, c’est-à-dire la croyance que la monnaie a de la valeur en elle-même. Ce serait aujourd’hui un livre contre le monétarisme !

C’est la même chose sur la question du bien commun. Le problème du bien commun, des biens communs de l’humanité, est une des grandes questions majeures. Mais où ce problème des biens communs de l’humanité a t-il été posé  ? Il a été posé, par exemple, au Forum social mondial de Porto Alegre. Heureusement, aujourd’hui, je constate que l’économie sociale et solidaire est de plus en plus en lien avec ce mouvement qu’on appelle altermondialiste et peut contribuer, en tension dynamique avec lui, à construire des stratégies autour des biens communs de l’humanité.

Concurrence et libéralisme
Pour une désintoxication sémantique

Concurrence, cela veut dire courir ensemble. Le mot concurrence, c’est exactement de l’émulation coopérative. Il y a de la différence dans la course, mais on s’assure en permanence que les coureurs restent présents dans la course. Donc, c’est le contraire de la logique de « guerre économique ».

Si on prend le mot concurrence au sérieux, le Marché ce n’est pas le capitalisme. Le plus grand historien de ce siècle a montré que non seulement il y avait disjonction, mais qu’il y avait contradiction entre le marché, dès lors qu’il s’agit d’un vrai marché vers une vraie logique d’échanges, et le capitalisme qui est une logique de puissance qui, si elle est poursuivie jusqu’à sa propre cohérence interne sans régulation externe, détruit l’échange et les marchés.

En ce sens, l’économie sociale peut être parfaitement dans une logique où elle accepte l’autorégulation des systèmes d’offres et de demandes qui caractérisent un marché, mais cette autorégulation n’est possible que pour autant qu’il y a régulation politique et juridique qui permet à cette régulation (économique) de fonctionner. Il n’y a pas de marché possible s’il n’y a pas de paix civile, s’il n’y a pas de droit, etc.
Donc l’économie sociale peut être parfaitement dans une logique économique plurielle, dans un rapport de concurrence, d’émulation coopérative avec l’économie de marché, mais elle se doit d’être toujours dans un projet alternatif à la logique violente et de puissance qui est celle du capitalisme.

Et pour les mêmes raisons, c’est une erreur de faire cadeau du libéralisme au capitalisme. Nous avons en face de nous de plus en plus un capitalisme anti-libéral sur le plan culturel, anti-libéral sur le plan politique, et qui se révèle de plus en plus anti-libéral sur le plan économique. Dès que sa posture de puissance, de domination est réellement mise en cause par ses propres règles, il ne les accepte plus.

Donc, nous avons à nous réapproprier aussi le meilleur du libéralisme, comme il fallait se réapproprier le meilleur de la mondialité, et arrêter de caractériser ce capitalisme comme étant libéral.

Patrick Viveret

Ressources collectives durables

Jean Gautier, Secrétaire général de la Confédération générale des Scop

J’ai des scrupules à intervenir après le brillant exposé de Patrick Viveret, je n’ai pas le même talent pour conceptualiser un certain nombre de valeurs ou de plus-values de l’économie sociale, mais je voudrais parler en témoin et en acteur, en tant que Secrétaire général de la Confédération générale des coopératives de production.

Quoi qu’en ait dit Patrick Viveret, je pense qu’il faut revenir et insister sur un certain nombre de ces valeurs ou de ces plus-values ; je viens de me lancer tout à l’heure la balle en évoquant le thème de la propriété, mais je crois qu’il y a des valeurs fondamentales et différenciatrices par rapport au système économique dominant, et il faut se les rappeler parce qu’elles sont porteuses justement d’un certain nombre de spécificités.

Je vais rester centré sur deux thèmes. Deux domaines qui, pour moi, sont des domaines de complémentarité, avec le développement de l’économie territoriale ou le développement des territoires : le premier, c’est la constitution de ressources collectives et durables au sein des organismes d’économie sociale ; le deuxième, c’est le mode de fonctionnement, le mode de gouvernance, donc le fonctionnement démocratique que vous connaissez dans le principe et qui, pour moi, constitue un élément de plus-value considérable mais qui a besoin aussi d’être un petit peu revisité.
Je parlerai plus des coopératives que de la mutualité ou des associations. Les coopératives sont des partenaires naturels des collectivités territoriales ; elles permettent, concrètement, à côté des investissements et des infrastructures que mettent en place les collectivités locales, de fixer, de développer dans les territoires ou dans les terroirs, des outils techniques et, surtout, des compétences économiques qui ont vocation à constituer des ressources communes et permanentes.

Une gouvernance basée sur la démocratie participative

Les coopératives, exactement comme les collectivités des territoires, pratiquent une gouvernance à caractère démocratique qui s’inscrit dans un fonctionnement généralement fédératif en réseau. Même si le fonctionnement réel n’est pas toujours parfait, c’est leur vocation et donc cela permet à ces entreprises de revendiquer, au-delà de la fonction strictement économique de l’entreprise coopérative, une responsabilité sociale, ou sociétale au sens vrai et fort du terme, qui est spécifique à la démarche coopérative et d’économie sociale.

Pourquoi dit-on que les coopératives ou les entreprises d’économie sociale ont, dans ce domaine, une particularité ?

A partir du moment où la vocation de l’entreprise est bien de produire de la valeur ajoutée, donc un supplément de richesse, ce qui compte c’est ce que l’entreprise produise de la plus-value, qui va être dégagée par rapport au prix du marché, et au contrôle facteurs (au salaire normal). Comme le disait Buchez, les coopérateurs doivent se payer aux conditions normales des professionnels de l’activité de la coopérative, et la coopérative doit utiliser bien entendu les outils techniques existant dans la profession, et même être en avance.

Je rappelle, mais cela se perd un petit peu, qu’au XIXe siècle, la coopération de production est née autour de l’organisation des métiers, c’est bien la définition de l’objet social de la coopérative. On ne le dit jamais assez, la coopérative a pour objet l’exercice en commun de la profession des associés. C’est donc une activité professionnelle basée sur l’homme, sur la valorisation des membres dans leur activité professionnelle et l’exercice en commun au moyen d’une entreprise. Et l’entreprise est mise à côté. L’entreprise est une entité économique qui va produire la richesse dans les mêmes conditions de marché que les autres entreprises, sauf que la gouvernance va être différente et le régime de la propriété va être différent. Le but de l’entreprise n’est évidemment pas du tout la maximisation du profit. Là, on sort complètement de la logique (dans les faits) de l’équilibre général par le jeu du moteur du résultat ou du profit.

La vraie question centrale de l’entreprise coopérative est la suivante : que fait-on de cette plus-value économique une fois qu’on a payé les facteurs de production, matière première et travail aux conditions normales ?

La théorie coopérative dit : on va faire deux choses. On va compléter la rémunération du travail parce que le travail a été évalué par rapport au marché. Mais, s’il reste quelque chose, un supplément de valeur de la production de l’entreprise, c’est que le facteur travail a sans doute été sous-estimé ; donc on va lui donner un abondement, ce qu’on appelait la ristourne. De façon parallèle, dans la coopérative de consommation, s’il y a une ristourne au consommateur, c’est que le prix de marché pratiqué avait laissé une marge à l’entreprise et que le consommateur, d’une certaine façon, avait payé plus cher au moment de la transaction.La coopérative, ex-post, rétablit et réajuste par la ristourne.

Le premier des mécanismes de la coopérative est de compléter le financement des facteurs de production ; en l’occurrence, pour la coopérative de production, c’est le travail.

L’accumulation collective d’une partie des résultats

Le deuxième volet, c’est de laisser à l’entreprise la capacité d’utiliser potentiellement tout ce qui reste. Non seulement pour la reconstitution de l’outil de travail, c’est évident (ce qu’on appelle aujourd’hui les amortissements), mais surtout en complément des réserves qui vont rester dans l’entreprise de façon à ce que celle-ci remplisse sa fonction de pérennité et de durabilité. C’est-à-dire se donner les moyens d’être en permanence au top niveau de la technique de façon à ce que les membres puissent exercer leur métier dans les meilleures conditions de la technique et de la technologie du moment.
Cela veut dire que la propriété coopérative en soi se constitue sur un principe qui est complètement indépendant de la volonté des membres ou en tout cas du principe de lucre ou de la propriété individuelle.

Ce n’est pas par un souci d’idéologie de type collectiviste, qui s’est formalisée bien après les premières idées coopératives, que la propriété commune coopérative ou communautaire a été inventée ; elle a été inventée pour des raisons de fonctionnement économique du système coopératif qui permettait de distinguer le financement par lui-même du progrès technique ou de l’auto investissement de l’entreprise, et la volonté des acteurs de se former ou d’être en permanence les mieux préparés à exercer leur métier et à pérenniser leur activité.

Dans le principe général, cette théorie économique de la coopération n’a jamais été décrite et approfondie. Elle l’a été pour l’économie capitaliste par les économistes libéraux. Le fonctionnement coopératif a été plus une mécanique créée intuitivement par la pratique sociale coopérative et il y reste une théorie générale des réserves et de la propriété coopérative à formaliser.

Il y a l’aspect propriété, c’est-à-dire le droit : à qui appartiennent ces réserves, quel est leur sort et comment on le traite ? Ceci pose tout un tas de problèmes : est-ce que cela appartient à l’État, aux collectivités locales, au groupe en constitution ? Et encore, ce groupe en constitution est évolutif. Le principe de la coopérative, c’est la porte ouverte, les sociétaires rentrent et sortent en fonction de leur volonté et de leur propre liberté.
Alors à qui appartient ce patrimoine coopératif ? A un groupe évolutif ? Comment peut-on le définir juridiquement ? Je rappelle qu’il n’y a aujourd’hui, à ma connaissance en tout cas, pas de doctrine juridique fondée ou qui fonde plus exactement cette propriété coopérative.

Concrètement, aujourd’hui, comment cela se passe-t-il ? Cette théorie que j’évoque, nous ne savons pas l’expliquer, nous ne savons pas la dire. Ce que nous savons faire, c’est pratiquer cela. Je donne juste des exemples.

Aujourd’hui, dans les Scop, il y a 1 500 coopératives de production, 35 000 salariés. Le capital social de l’ensemble des coopérateurs est de 150 millions d’euros, c’est-à-dire 1 milliard de francs, en gros, 30 000 francs par sociétaire actuellement. Par contre il faut savoir que les réserves accumulées sur l’ensemble de ces coopératives sont 3,5 fois supérieures, c’est-à-dire 500 millions d’euros, environ 3,5 milliards de francs.

D’ores et déjà, sur les Scop existantes depuis plusieurs années, le patrimoine collectif constitué à l’aide de ces réserves est beaucoup plus important que la partie apportée par les associés. Nous continuons à l’appeler du capital. Soulignons ici un problème avec les normes internationales, les banquiers le savent. Pour nous, ce capital apporté par les associés est en fait une avance faite pour que l’entreprise ait le temps de constituer, par les bénéfices, ces fameuses réserves et ce capital collectif qui est le seul vrai capital de l’entreprise coopérative.

Dans nos pratiques, nous respectons complètement cette finalité de constitution. Je sais que c’est à géométrie variable suivant le secteur, suivant les formes coopératives, mais puisque Patrick Viveret invitait au respect des pratiques, j’ai tendance à penser que la rigueur sur la constitution de réserves impartageables à partir des résultats est une exigence fondamentale de la forme coopérative. Si là-dessus nous trichons, si là-dessus nous laissons filer, je pense que nous ne pourrons pas nous plaindre des risques de démutualisation ou de banalisation.

Ceci veut dire que les biens d’une coopérative de production ou d’une coopérative agricole, ou d’autres formes coopératives, qui sont par définition localisés, n’ont aucune chance d’être délocalisés. Les principes de délocalisation ne peuvent pas être appliqués dans le fonctionnement coopératif. S’il y a un atout concret à vendre auprès des collectivités locales, c’est celui-là. Beaucoup de maires le connaissent qui pourtant mettent plus en avant les exonérations fiscales que cette réalité concrète que représente le système coopératif.

L’accumulation de compétences et de savoir-faire collectifs

Le deuxième atout, il est au moins aussi important, il a été évoqué rapidement par Patrick Viveret tout à l’heure, c’est le capital humain et la formation des femmes et des hommes qui travaillent.

L’objet social de la coopérative prévoit bien que la coopérative est au service du développement économique et social de ses membres et de leur formation. La vocation d’une coopérative, c’est aussi former et forger un capital de compétences. Nous revenons à la définition du métier. La coopérative a comme objectif de produire de l’activité économique, mais, je vous l’ai dit, l’entreprise est le moyen au service d’une finalité qui est la valorisation des hommes et des femmes qui travaillent dans la coopérative. Cette valorisation, c’est le développement des compétences. Ce sont des pratiques mal évaluées parce que nous n’avons pas les outils d’évaluation, parce que nous n’osons pas les mettre en avant, par exemple à travers le bilan sociétal ; ce sont tous les efforts et investissements de formation en compétence gestionnaire.

Les administrateurs de caisses locales, de banques, d’associations, de coopératives, de coopératives agricoles passent des temps considérables à faire de la formation. Ce n’est pas de la formation adaptée à la technique et la productivité de l’entreprise, c’est de la formation générale à la gestion, c’est de la formation intégraliste et capable de valoriser le lien social.

Cette plus-value, ce que j’appelle l’université populaire de gestion coopérative, nous ne savons pas la mettre en valeur, et pourtant, c’est une valeur durable, considérable qu’il faut que nous apprenions à mettre en avant.

Le dernier point, qui découle du point précédent, c’est le mode de gestion et de fonctionnement, c’est-à-dire le fonctionnement démocratique. On critique beaucoup le fonctionnement coopératif, en disant : il est démocratique en théorie, dans les statuts, mais, dans la pratique, ce n’est pas vrai. Ce sont des procès d’intention. Churchill a dit que « la démocratie était le pire de tous les systèmes », il rajoutait bien sûr « à l’exception de tous les autres ». Nous savons que c’est l’exercice le plus difficile dans tous les domaines. Dans la vie locale, et encore plus dans l’entreprise où, soi-disant, les décisions doivent être prises très rapidement, donc la démocratie pourrait être un frein à la prise de décision, ce qui n’est pas vrai, en tout cas pas vérifié.

Une chose est certaine, c’est que ce fonctionnement démocratique est un facteur d’équilibre et de régulation des décisions qui font que le développement coopératif n’est pas spéculatif ; il s’inscrit dans des temps et des espaces de durée ou d’évaluation qui sont tout à fait différents de l’entreprise classique, et à cet égard le partage démocratique du pouvoir, le partage des échanges d’intérêts est différent. Quand un travailleur d’une coopérative est au conseil d’administration et doit arbitrer entre une augmentation de salaire qui va être limitée parce que le prix du marché de sa production est en baisse, croyez-moi, cette régulation, il la fait avec ses collègues de façon pondérée, durable et en général, largement aussi intelligente que des motifs ou des décisions prises par des décisionnaires extérieurs à l’entreprise coopérative.

Prise en compte collective du risque

Michelle Boulègue, Vice-présidente de la fonda

Mon propos sera le résultat de deux à trois discussions avec Calixte Parpais du Crédit coopératif. Nos échanges ont mis en évidence qu’il y avait de profondes correspondances entre les coopératives d’épargne et le secteur de la mutualité. Nous en avons mis quatre à jour.

Des principes communs

> En premier lieu parlons de l’origine même des coopératives et des mutuelles.
Face aux aléas de l’existence, des personnes ont pris l’initiative de s’associer afin de mieux résister au risque de la misère (investissements pour les uns, accidents et/ou maladie pour les autres). Dans ce but elles ont décidé de mutualiser des ressources qui, prises séparément, n’avaient aucune chance d’être à la mesure des enjeux.

> Le deuxième point commun est le désintéressement. Cette caractéristique de l’économie sociale est également un principe fondateur qui répond à la nécessité de s’extraire de la logique de profit à court terme pour atteindre plus sûrement un objectif à long terme. C’est le moyen de constituer, dans la durée, un patrimoine commun capable de financer les services recherchés.

Patrick Viveret vient d’en faire la démonstration : « Pour mieux vivre, je choisis de m’affranchir de la logique de la possession au bénéfice de celle du service. » La contrepartie est l’engagement de ne jamais se partager les ressources d’origine non plus que les résultats de la gestion des actions réservés exclusivement aux financements sécurisés des prestations, des charges de fonctionnement et de développement. Cet engagement vaut pour les fondateurs et tous ceux qui à leur suite rallieront leurs objectifs et adopteront leurs principes d’action aux antipodes de ceux de l’actionnariat. Cet engagement dans la durée est un facteur décisif de pérennité ainsi que vient de le démontrer Jean Gautier.

Le désintéressement inspire confiance : « Voilà des gens qui veulent exorciser le mauvais sort qui pourrait les attendre tout comme moi et qui offrent de partager les services qu’ils ont mis au point pour eux-mêmes, sans retirer de bénéfice personnel de leurs investissements personnels et/ou financiers. »

> Le troisième point commun est la place faite aux relations de proximité. Elles jouent un rôle décisif dans la création d’un climat de confiance que les relations de proximité entretiennent au quotidien. Elles permettent de vérifier concrètement que les principes annoncés sont respectés. C’est la puissance du regard et de la réputation constituée au fil du temps. La récompense est la fidélisation. Comparées aux masses financières déversées par d’autres au titre de la publicité de leurs produits, on peut considérer que les pratiques vertueuses de ces mouvements sont hautement stratégiques. Sans compter qu’elles ne négligent pas ce moyen de se faire connaître et de valoriser leurs principes.

> Le quatrième principe que partagent les coopératives d’épargne et les mutuelles est le choix d’une organisation démocratique. C’est la marque d’un grand réalisme imposé par la constitution et la sauvegarde d’un patrimoine commun dans la durée. Il doit rester sous la surveillance mutuelle des membres solidairement engagés à assurer sa préservation. C’est ainsi que, en mutualité, les adhérents sont à la fois assureurs et assurés et, à ce titre, membres de l’assemblée générale de leur mutuelle et collectivement responsables des décisions prises. Cette implication contraint chacun à trouver le point d’équilibre entre la défense des intérêts particuliers et la satisfaction des intérêts collectifs. Cet arbitrage permanent au service de l’intérêt général fait la difficulté et la noblesse de l’exercice tant pour les adhérents mutualistes que pour les coopérateurs banquiers. C’est aussi une des clefs de la pérennité des organisations de l’économie sociale. On comprend ainsi la place du politique dans ces organisations et la menace que constitue la faveur du consumérisme centré sur le produit apprécié selon son rapport qualité /prix au mépris du service rendu et des finalités exprimées au travers des modalités.

Des évolutions nécessaires

Aujourd’hui les organisations coopératives et mutualistes peuvent se targuer d’un franc succès : un Français sur trois est mutualiste et un Français sur deux est coopérateur. Cela ne s’est pas fait sans peine et les difficultés sont toujours là, même si elles ont changé de nature. Les principales difficultés viennent de la mondialisation des échanges et de la recherche dominante du profit immédiat. Dans un contexte difficile, les mutuelles, pour leur part, ont lentement démontré leur efficacité tant opérationnelle que économique. L’état en a pris toute la mesure à la sortie de la guerre considérant que leurs offres recoupant tous les domaines actuels de la protection sociale relevaient à juste titre de la solidarité nationale. On ne peut meilleure reconnaissance même si la création de la sécurité sociale a pu paraître à l’époque pour certain un dépeçage immérité. Au-delà de la révélation des services à rendre à la population dans un pays développé, les mutuelles ont matérialisé un pan économique jusque là délaissé, car jugé peu rentable ou trop risqué : l’assurance des personnes et des biens. C’est ainsi que les mutuelles, du fait même de leur succès, ont suscité leurs propres concurrents. A leur côté ont surgi des compagnies d’assurances offrant les mêmes produits dans une relation de proximité similaire à celle des mutuelles. La différence de taille est que le service est limité aux apports et… à sa rentabilité pour l’actionnaire. Chacun reçoit selon ses moyens et à condition de se limiter à une consommation de services capables de ménager les marges. Au contraire, les mutuelles cherchent à offrir leur service au plus grand nombre, s’interdisant de sélectionner les risques et les personnes. C’est un véritable défi. Seule la mutualisation des ressources et leur non partage permet d’offrir une protection supérieure aux cotisations versées. C’est le principe de « chacun selon ses besoins » qui prend à contre front la logique du profit immédiat des compagnies d’assurances à but lucratif. Soumises aux intérêts financiers de leurs actionnaires, il leur faut sélectionner les clients rentables qui ne solliciteront que peu de services. Par exemple la classe d’âge entre 35 et 55 ans. Pour les mutuelles, l’objectif est de rendre le maximum de services à quiconque en se dotant collectivement des moyens d’y parvenir durablement. Selon ce principe les mutuelles s’interdisent l’individualisation des risques et la sélection de leurs adhérents en fonction du risque dont ils sont ou seraient porteurs. De même les coopératives d’épargne ne sélectionnent pas les dossiers à la mesure de leur rentabilité mais de leur capacité de déclencher des synergies locales. On comprend sans peine que ce parti pris peut être mortel pour ces entreprises de l’économie sociale dans un contexte concurrentiel renforcé par la mondialisation des échanges.

Des démarches adaptées aux spécificités

La transformation des organisations et des pratiques s’est imposée à ces deux mouvements de l’économie sociale, afin de résister aux pressions concurrentielles. Là encore on peut constater la similitude des approches. Avec dix ans de retard, les mutuelles ont adopté les mêmes démarches :

> Peser sur les coûts de fonctionnement sans nuire à la qualité de services en misant sur les nouvelles technologies.
L’informatisation a permis des progrès techniques et une qualité de services tout à fait exceptionnelle. Le délai de remboursement des prestations par les mutuelles est passé de 15 jours à 48 heures, voire 24 heures. L’informatisation des mutuelles a permis une coopération avec les caisses primaires d’assurance maladie et l’instauration du tiers payant réduisant les financements des soins de santé au seul « reste à charge ». Ce faisant, cette modernisation des fonctions a augmenté la complexité de la gestion et du management. La conséquence est la constitution d’une technostructure compétente et acquise aux valeurs de l’économie sociale au côté des forces bénévoles. Il peut néanmoins en résulter des tensions entre des logiques de métier et les finalités sociales.

> La deuxième transformation concerne les organisations elles-mêmes. La nécessité de réduire les charges de fonctionnement tout en élargissant les zones d’influence incite les entreprises de l’économie sociale à se regrouper. C’est la démarche dans laquelle se sont engagées les mutuelles. Elles sont aujourd’hui confrontées à la question de savoir à quel niveau placer le curseur : les organisations doivent-elles avoir une dimension régionale ou nationale ? Dans le premier cas, elles peuvent nourrir des relations de proximité crédibles dont on a souligné le contenu stratégique mais risquent de ne pas être en phase avec l’extension des marchés. Dans le second cas, elles s’inscrivent dans les logiques d’extension et de puissance au risque de rompre les relations de proximité et de s’engluer dans des conflits de concurrences internes pour le profit immédiat des opérateurs du secteur lucratif. L’alternative est dans la mutualisation des outils de gestion à l’échelle nationale placés sous le contrôle des entreprises mutualistes. Le débat n’est pas tranché. Les mutuelles, tout comme les coopératives d’épargne, ont emprunté à leurs concurrents les outils juridiques tels que le modèle de la société. Bien plus, le nouveau code autorise les mutuelles à s’engager dans des systèmes mixtes de gestion organisant leur cohabitation avec des compagnies d’assurances et des institutions de prévoyance.Voilà qui renforce pour les politiques l’exigence d’une maîtrise rigoureuse des choix de gestion afin qu’ils restent compatibles avec les finalités sociales.

Enfin, les partenariats permettent d’accéder à des marchés nouveaux sans devoir en maîtriser les métiers ni supporter les coûts d’investissements. Indéniables facteurs de développement et de modernisation, les partenariats contribuent à accélérer par l’extérieur les transformations internes accomplies par les mutuelles et les coopératives d’épargne. Ces modernisations s’opèrent au prix d’une porosité des organisations, du métissage des métiers et comportent des risques de banalisation. C’est aussi, pour les entreprises de l’économie sociale, le moyen de poursuivre leur histoire au service des personnes.

L’ampleur des transformations renvoie aux opérationnels et aux élus dirigeants la charge de s’approprier de concert les objectifs et les enjeux et d’instaurer une coopération plus étroite. La formation est un moyens privilégié d’y parvenir. Est-ce suffisant ?

Les techniciens acceptent assez volontiers la contrainte de formation sur leur temps de travail. Il n’en est pas de même pour les bénévoles qui doivent y sacrifier les rares week-ends que leur laissent leurs engagements sans compter les obligations professionnelles et familiales. Quand, en plus, ces formations leur font mesurer l’ampleur de leur responsabilité y compris pénales, on comprend mieux leur réticence même s’ils sont nombreux à être convaincus de la nécessité de se former.

Une créativité sans cesse à l’œuvre

Faut-il craindre pour les organisations de l’économie sociale, et plus particulièrement pour les mutuelles et les coopératives d’épargne, le laminage de leur spécificité par le marché les aspirant sans cesse davantage loin de leurs territoires d’ancrage et de leurs pratiques au profit d’une globalisation de moyens ? De fait, des raisons de rester confiant nous viennent du terrain lui-même. Si on regarde ce qui s’y passe on remarque, à côté des organisations structurées de l’économie sociale, de nouvelles créations le plus souvent associatives. Elles surgissent pour résoudre des manques sociaux que suscitent les évolutions sociales. Rien de nouveau sauf leur méthodes. Pour elles, pas question de patienter. Elles savent mobiliser l’ensemble des compétences institutionnelles, collectivités territoriales, services publics, associations et entreprises de l’économie sociale... Chaque fois que ces initiatives peuvent s’adosser à ces dernières, elles se consolident rapidement grâce à l’apport de compétences, de locaux et, accessoirement, de financements. En retour et pour prix de leurs bons offices, les entreprises de l’économie sociale partenaires retrouvent la fraîcheur des convictions d’origine et se « régénèrent » en quelque sorte au contact d’une génération nouvelle d’organismes de l’économie sociale.
Cette note d’optimisme sera ma conclusion.

DES EXEMPLES

Globalisation des marchés, internationalisation des concurrents

Conséquences pour les coopératives agricoles

René Mauget, Professeur à l’Essec

Le thème que je vais aborder tourne autour des territoires : le local et le global. Je traiterai d’abord le problème de la mondialisation, et partant de là, quelles en sont les conséquences. Nous avons fait un colloque dont le compte rendu vient de sortir aux éditions de l’Harmattan ; il s’appelait Les coopératives entre territoire et mondialisation. Je vous conseille d’aller dans vos bonnes bibliothèques pour en prendre connaissance. A lire également, fait par Chantal Chomel, l’article qui aborde le rôle des coopératives par rapport au territoire.
Pour ma part j’ai essayé de prendre un angle un peu différent, que j’ai appelé globalisation des marchés, internationalisation des concurrents, conséquences pour l’économie sociale ; je prendrai surtout mes exemples dans les coopératives agricoles.

Les critères de globalisation des marchés

D’abord sur la globalisation, il est intéressant de voir ce qu’on entend par là et quels sont les critères. Voici quelques critères parmi les cinq ou six le plus fréquemment pris, pour bien voir les conséquences pour les coopératives.

> Il y a d’abord la croissance des exportations, un critère important de la globalisation. On verra que les coopératives ont là des atouts, mais on verra qu’aujourd’hui, compte tenu de la baisse des aides, cela pose tout de même problème. Sur vingt ans, en gros, la croissance des exportations a été de deux fois la croissance mondiale. Lorsque nous avons en moyenne 3 % de croissance mondiale de 1980 à 2000, il en résulte 6 % de croissance des exportations mondiales chaque année. Voilà un critère d’échange. La meilleure année en 2000, on a eu 12 % d’augmentation des exportations ; c’était l’année de tous les excès, depuis c’est en chute, notamment en 2001.
Donc, exceptionnellement, depuis 2001, ce critère de deux fois la croissance mondiale du PIB n’a plus été respecté, mais devrait repartir. Il y a ceux qui disent que la mondialisation est terminée, d’autres que c’était un accident (en 2003 c’est reparti + 10%).

> Deuxième critère important, mais là les coopératives sont beaucoup moins bien armées, ce sont les investissements directs à l’étranger. Ils ont, eux aussi, connu une forte augmentation. Exemple : Danone qui va en Chine ou Nestlé qui investit en France.

Il y a une croissance énorme de 1995 à 2000, on est passé de 300 milliards de dollars à 1300 milliards de dollars en 2000. Donc là encore une nette explosion en 2000. Les deux indicateurs principaux de mondialisation ont explosé en 2000. Depuis, il y a diminution de moitié en 2001, et aujourd’hui, cela devrait repartir (la Chine en 2002 et 2003 est le principal bénéficiaire de IDE).

Par rapport à ce deuxième élément, les coopératives sont beaucoup moins armées, pour des raisons de finalité ; leur finalité n’est pas d’aller produire des poulets au Brésil, du lait en Pologne ou de la bière en Chine. Elles sont mieux placées dans les stratégies d’exportation où elles ont été en partie portées par ce mouvement d’internationalisation, mais en matière d’investissement direct à l’étranger, beaucoup moins.

Aujourd’hui, un problème se pose : nous avons, face à la mondialisation, à l’OMC, des baisses de droits de douane et autres prélèvements qui vont entraîner plus de concurrence sur nos marchés. Nous avions dans nos marchés, notamment agro-alimentaire, beaucoup de prélèvements, c’étaient des barrières à l’entrée ; aujourd’hui elles sont en train de disparaître. Cela va peser sur la rentabilité de nos coopératives et sur nos exploitations agricoles.

Un deuxième élément permettait d’avoir une balance commerciale française excédentaire : les subventions à l’exportation appelées restitutions, la tendance est à la suppression de ces subventions pour 2006.

C’est important, parce que cela a soutenu, malgré tout, le développement des coopératives à l’exportation, la baisse des prélèvements et droits de douane et la baisse des restitutions qui pourrait aller jusqu’à zéro peut faire disparaître des pans entiers de notre économie agricole et coopérative. L’exemple le plus intéressant est celui des poulets à destination du Moyen Orient. Nos petits poulets faits en Bretagne, partaient vers le Moyen Orient. Aujourd’hui avec le choc Gatt + Omc, cela disparaît. On est en train de fermer les usines, notamment en Bretagne.
Pour continuer, il faut délocaliser, c’est ce que fait Doux par exemple. Il ferme ses abattoirs en Bretagne et délocalise en même temps au Brésil pour récupérer le marché du Moyen Orient. Là, les coopératives sont incontestablement handicapées car leurs finalités sont différentes ; dans un cas il s’agit d’écouler et de valoriser des produits, dans la firme capitaliste il s’agit de valoriser des capitaux ; c’est plus mobile.
Donc, sur ces éléments de globalisation, il y a un handicap et notre atout qui était l’exportation va diminuer.

> Un troisième critère, c’est l’augmentation du nombre de pays à l’Omc ; le plus gros phénomène a été l’entrée de la Chine, l’an dernier, avec près de 1,5 milliard d’habitants.

Les conséquences ?

Les entreprises capitalistes ont trois stratégies qui sont mieux en phase avec cette globalisation :

– l’exportation : lorsque les produits sont compétitifs ou uniquement français (champagne) ;

– l’internationalisation, par investissement à l’étranger ;

– la délocalisation : par exemple, je ne peux plus faire la production en France parce que les règles ont changé, je vais la faire au Brésil, en Chine ou ailleurs. C’est une stratégie pour les entreprises capitalistes qui est tout à fait cohérente.

Pour les coopératifs, on constate tout de suite que, comme il y a moins de protection, elles vont être handicapées pour leurs exportations : exporter du poulet, vers les pays arabes sans restitution. L’indice du coût de production est de 100 au Brésil et de 170 - 180 chez nous, ça ne passe plus. Ce sont des marchés qui vont disparaître. Idem demain pour la poudre de lait et le beurre.

Les coopératives, face à cette situation, font de la concentration, mais peu d’internationalisation et peu de délocalisation.

L’internationalisation des coopératives est cependant réalisée dans les semences, dans le lait avec Yoplait. Il y en a également dans le malt avec Champagne - céréales et dans le sucre.

Dans les coopératives les stratégies d’internationalisation ou de délocalisation sont toujours difficiles à prendre car la pertinence par rapport aux finalités n’est pas toujours évidente.

Pour conduire les stratégies de concentration ou d’internationalisation les coopératives créent des groupes complexes avec des partenariats pour résister, des partenariats financiers, des partenariats industriels. Cette stratégie peut conduire à des risques de banalisation et des conflits d’intérêts.

Le cas de Sodiaal est à cet égard intéressant. Pour son redressement financier et pour son développement, la filiale Yoplait a fait entrer à hauteur de 50 % Paribas affaires industrielles dans son capital. La gouvernance du groupe devient plus complexe et il sera intéressant d’étudier le comportement des deux partenaires dont les intérêts peuvent être divergents sur la finalité et les stratégies à conduire dans les prochaines années.

Dans la banque, notamment au Crédit agricole avec son entrée en bourse, et dans les mutuelles type Groupama, les risques de banalisation ou de conflit sont de même nature.
Il est intéressant de suivre ces évolutions dans les prochaines années et les conséquences par rapport aux finalités et aux valeurs.

L’avantage coopératif

Dans ce contexte de mondialisation on aurait pu croire que les coopératives auraient perdu des parts de marché. Or, depuis six à huit ans, elles en gagnent, je parle pour les coopératives agricoles et agro-alimentaires, ce qui est apparemment paradoxal dans cet univers. Aujourd’hui, à peu près 2 à 3 % de parts de marché ont été gagnées sur l’industrie capitaliste en France. Mais ce sont des stratégies de compensation.

Face à ces difficultés, il y a la baisse potentielle de rentabilité dans certains secteurs où étaient les entreprises privées, elles dégagent leurs capitaux vers des pays émergents. Donc les coopératives reprennent les actifs pour conserver les droits à produire sur le territoire. Quelques exemples :
- Beghin-Say, la rentabilité devant diminuer à partir de 2006, avec la réforme du règlement sucrier. Les fonds de pension retirent leurs capitaux et les coopératives rachètent. C’est un atout pour le paysan, bien sûr, mais il faut que les coopératives puissent financer la reprise.
- Gmp (Grands moulins de Paris) qui était entre les mains notamment de sociétés d’assurances : Axa ; même chose, on dégage, les coopératives de céréales reprennent.
- Le foie gras : là aussi, le secteur bancaire avait cru faire des lingots d’or il y a une quinzaine d’années, il n’en a pas été tout à fait ainsi ; aujourd’hui, trois coopératives sont leaders. Mais la rentabilité va baisser.

Vous avez aussi des entreprises qui ont fait faillite et qui ont permis d’augmenter le périmètre des coopératives : l’affaire Bourgoin dans les poulets, là encore, un groupe coopératif Terrena a repris 50 % des activités.Vous voyez qu’à chaque fois, cette augmentation du périmètre est intéressante pour les agriculteurs. Si les coopératives ne reprenaient pas, le sucre irait encore plus massivement au Brésil, les poulets plus facilement au Brésil, en Chine, en Thaïlande où les coûts sont nettement inférieurs.

On voit bien le rôle déterminant des coopératives dans le territoire, mais c’est plus une stratégie de compensation qu’une stratégie volontariste. Je rappelle que la coopération a toujours été la fille de la nécessité. Par ce biais, les coopératives participent au développement durable. L’activité, en terme d’emplois agricoles et industriels, persiste, ce qui ne serait pas fait par une industrie capitaliste qui préfère aller dans les pays émergents où les niveaux de rentabilité sont supérieurs.

L’approche coopérative est aussi transgénérationnelle, fixation du capital et du travail, vision à long terme par rapport à l’environnement, parce qu’il faut que soit laissé des sols et des outils en bon état, même s’il y a eu des abus à un certain moment. Il existe aussi des spécificités juridiques qui permettent d’éviter des Opa. Ceci n’a cependant pas totalement empêché des groupes capitalistes de reprendre des actifs coopératifs (Uln, Arcadie…).

L’ancrage territorial est quand même une spécificité coopérative qui correspond bien à une logique de long terme. L’accompagnement des adhérents sur le plan technique et en formation est aussi plus poussé dans les coopératives.

L’approche de solidarité reste, même si parfois le contenu évolue. On est passé de prix égalitaires à des valeurs d’équité et de transparence. Les valeurs d’équité et de transparence ne sont pas uniquement coopératives, elle sont d’abord citoyennes. Cela fait ringard quand on en parle dans les coopératives, mais moderne quand on en parle en citoyen. Il faut sans doute mieux communiquer.

Les raisons d’espérer : la coopérative est plus nécessaire qu’hier pour l’agriculteur. Je crois que les agriculteurs vont la redécouvrir ; hier, de 1950 à 2000, elle n’était pas indispensable, aujourd’hui et demain elle devient déterminante face à ces délocalisations, conséquence de la mondialisation.
L’évolution du consommateur est peut-être aussi un atout. Il évolue vers des besoins avec, plus de qualité, plus de traçabilité, plus de terroir. Cela constitue un autre atout, qui est d’une nature totalement différente et vient contrebalancer les effets éventuellement négatifs qu’aurait pu avoir la mondialisation. Il faut jouer là-dessus et il y a des initiatives permanentes que ce soit par des stratégies de niches ou par des entreprises sur des marchés plus larges.

En conclusion dans cet univers perturbé il faut poursuivre la réflexion sur la trajectoire et le sens à donner aux entreprises coopératives. Le bilan sociétal, mis en place par les coopératives agricoles aborde à la fois la vie coopérative, la promotion des hommes, la solidarité mutualiste, l’action économique de la coopérative parce qu’il faut de l’action économique pour les revenus, et enfin l’action dans son territoire. Cette outil constitue une aide précieuse à la gouvernance.

Au terme de cet exposé on peut affirmer qu’une large majorité des coopératives sont indispensables pour conserver les activités et les emplois de façon durable, ce n’est pas une assurance tout risque. Cependant face aux déréglementations en cours, les coopératives sont des structures pertinentes et adaptées pour le XXIe siècle mais il convient d’être vigilant pour que la gouvernance des coopératives, et notamment des groupes complexes, maintienne le cap sur le long terme.

François Soulage - A côté du mot défensif qu’on utilise d’habitude, René Mauget nous propose un nouvel argument qui est la compensation. Je trouve intéressant de réfléchir à ce mot de compensation, parce que c’est en même temps la démonstration que le capitalisme – c’est le mot qu’il a utilisé – abandonne. Face à un abandon, qui est une valeur négative, de zones de production, il y a compensation où les coopératives assument un rôle social pour compenser.

Véronique Lucas, Mrjc - Comment les groupes coopératifs, plus spécialement dans l’agriculture, sont-ils capables de se mettre ensemble pour créer des conditions, notamment au niveau du marché, pour mettre en valeur d’autres spécificités à travers la production ? Cela leur demande de revoir leurs propres pratiques, notamment en terme de développement durable, pratiques de production mais aussi des liens au territoire. Aujourd’hui, les grandes coopératives agricoles, avec un tropisme sur les marchés internationaux, ont pas mal délaissé la promotion des territoires sur lesquels elles sont implantés.

Marie-Magdeleine Hilaire, Vacances ouvertes - Si l’un des objectifs de la coopération n’est plus d’aller vendre du poulet, cela ne pourrait-il pas être d’aller vendre de la coopérative, justement dans les pays ? Finalement, le meilleur rempart par rapport à la mondialisation pourrait être d’instaurer rapidement d’autres économies très coopératives, localisées.

Marcel Hipszman, Esfin - La stratégie de compensation me paraît tout à fait intéressante. Cela me fait penser à une autre stratégie qui est un peu à l’origine de l’économie sociale. Effectivement, l’économie sociale au XIXe siècle, s’est développée très souvent sur des domaines qui étaient abandonnés ou qui n’étaient pas exploités par l’économie ou la forme d’économie dominante. On en a un bon exemple dans le domaine de la mutualité avec le développement de la mutualité d’assurances notamment qui concerne l’assurance automobile par exemple. Cela a été rendu possible dans des conditions économiques tout à fait compétitives en partie grâce à l’innovation.
Je suis moins pessimiste que Véronique Lucas. Dans le domaine agricole, même si effectivement les coopératives investissent des domaines abandonnés par l’économie capitaliste du fait des rendements financiers qui baissent, une stratégie de qualité peut conduire au contraire à un développement et une résistance suffisamment importante. Est-ce que ce sera avec le même nombre de coopératives et avec le même nombre de coopérateurs et de salariés ? C’est une autre question.

François Soulage - René Mauget a beaucoup parlé de la coopération agricole, mais on pourrait faire la même analyse dans d’autres domaines.

René Mauget - Les problématiques sont assez proches avec les groupes mutualistes, les groupes bancaires. On sent des évolutions stratégiques et culturelles qui vont un peu dans le même sens. Il y a beaucoup de points communs en terme de limite par rapport à la notion de coopération ou de délocalisation.
Les stratégies de compensation ne suffisent pas, il faut quand même qu’il y ait régulation car on ne pourrait pas compenser à l’infini si je mets la Chine, l’Inde, le Brésil en contact direct avec les pays européens ; ce n’est pas possible.
Vendre la coopérative à l’extérieur, c’est une formule intéressante. Je l’ai fait. J’ai travaillé et vendu de la coopérative au Pérou, c’était du temps de Guevara. En ce moment, je termine un projet sur l’Ukraine, où on est en train de mettre en place de belles coopératives démocratiques. Cela ne va pas vite, ce n’est pas facile. Je travaille aussi sur le Brésil, mais derrière, il y a quand même des concurrences. Quand on revient au business, les coopératives brésiliennes nous disent : « C’est scandaleux, le fait que vous exportiez de la poudre de lait avec des restitutions, arrêtez ! » La solidarité coopérative va jusqu’à un certain point.
Le grand projet coopératif, le monde coopératif, c’est bien, mais cela ne réglera pas tous les problèmes de concurrence et on le voit même en France.
Enfin, il ne faut pas courir après les capitalistes. On travaille avec eux, la coopérative n’est pas une vache sacrée. Je suis en train de suivre plusieurs opérations de partenariat aujourd’hui, Paribas et Sodial. On a isolé la partie qui était la plus rentable, on a licencié le quart du personnel, on a viré le directeur, maintenant il faut que cette entreprise Yoplait crache pour Paribas. Je suis actionnaire de Paribas, si je regarde du point de vue de l’actionnaire, je demande que mes actions, quand on va sortir de cette affaire, gagnent de l’argent. Le paysan vient en second rôle. Donc sur un 50/50, vous voyez, ce n’est pas très évident. Là, il n’y a pas de doute, la démutualisation peut faire son chemin.
Je suis également au Crédit agricole, j’ai trois fonctions au Crédit agricole, plutôt trois statuts. Je suis un petit adhérent de base au capital social, j’ai des Cci, et je suis actionnaire de la Casa. Je ne sais plus qui je suis. J’ai voulu tenter cela, mais j’ai l’impression quand même qu’il y a une casquette qui les domine : celle du petit capitaliste qui sommeille.

François Soulage - Merci. René Mauget a toujours beaucoup d’exemples et beaucoup de verve. Il n’empêche qu’en citant brutalement le Crédit agricole avec ses trois casquettes, il souligne une question dont il faudrait débattre. Parce que tout de même, et il l’a dit lui-même, il est aujourd’hui plus attentif à la stratégie financière du Crédit agricole à travers son action, qu’il ne l’est en tant que coopérateur ! En tant que responsable de l’économie sociale, cela me pose une question : n’est-on pas en train de sortir d’une logique coopérative ? N’y a-t-il pas risque de démutualisation du secteur !

Agir face aux risques de banalisation

Le cas de la mutualité

Jean-Louis Bancel, Directeur du Groupe Mutualité française

Je veux tout d’abord remercier à nouveau la fonda pour tout ce qu’elle fait pour nous stimuler l’esprit et l’enrichir.

Deux chocs

Nous avons vécu deux épisodes dans le monde mutualiste-santé révélateurs du danger de la banalisation.

Le premier a fait beaucoup se mobiliser le monde mutualiste pendant quelques années, c’est la transposition des directives européennes d’assurance dans le monde mutualiste. Pour faire court, Bruxelles nous a dit : vous êtes des assureurs et maintenant c’est comme cela. Il y a eu la phase « Vercingétorix » qui a consisté à dire « no passaran » les directives. Puis il a fallu qu’un jour « passent » les directives. Elles sont « passées », me semble t-il, sans que pour autant ce soit une reddition. Après cela renvoie à des débats : fallait-il résister vaillamment jusqu’au bout et terminer comme Vercingétorix dans un cachot, non plus à Rome mais à Bruxelles ?

L’autre choc, qui a été important, est celui de la Cmu, qui n’a pas été perçu, comme tel, autant par l’extérieur que par nous. Cela vise Mme Aubry, qui a été pour nous doublement défaillante par rapport à la vision des choses que nous avions. Elle a dit que la Cmu devait se mettre en place, là, nous sommes d’accord. Mais il y a eu première défaillance quand elle a dit : il n’y a pas de différence entre les assureurs et vous, eux comme vous ont le droit de proposer la Cmu. Donc cela veut dire que pour elle, la Cmu, c’est de l’assurance de marché. Ce qui est un énorme choc. La deuxième défaillance a été de dire : en plus, on vous met en concurrence avec la Sécurité sociale, ce qui est pour nous l’autre choc. Nous ne nous sommes jamais situés comme voulant « prendre le fonds de commerce » de la Sécu. Puisqu’on parle des problèmes de la gestion durable des biens collectifs, le texte sur la Cmu est d’une profonde ambiguïté. Officiellement il est censé être un mécanisme d’aide sociale pour faire simple, ou de type Sécurité sociale, et dans les faits, par ces mécanismes concurrentiels, il est pervers. En bref la Cmu est une « chauve souris » juridique et sociale.

On en a la traduction aujourd’hui dans la loi de finances qui est proposée par le gouvernement (article 82). On va jusqu’au bout de la logique. Pour économiser sur le budget de l’Etat 110 millions d’euros, le gouvernement propose de traiter la Sécurité sociale comme les assureurs et les mutuelles. La boucle est bouclée, maintenant les choses sont claires, la Cmu c’est de l’assurance, ce n’est plus de la Sécurité sociale, ce n’est plus de la solidarité.

On a là une vraie question qui est celle de la place de la mutualité dans la société, par ses relations avec les opérateurs privés lucratifs, mais aussi avec l’Etat.
Je voudrais dire un certain nombre de choses dont j’ai pris conscience et qui ont, peut-être, eu une incidence plus significative qu’on ne l’imaginait à l’époque où on a lancé cela dans le monde mutualiste.

Une contestation de la légitimité

Le monde mutualiste voit apparaître aujourd’hui des choix idéologiques qui ont été faits à la fin des années 60, à savoir la proclamation de notre indépendance par rapport à la classe politique. C’est très intéressant parce que c’est très positif, mais on n’a pas mesuré tous les effets possibles. L’indépendance que l’on voulait proclamer à l’époque, cela voulait dire que les mutualistes sont là, ensemble, dans un mouvement, pour défendre des idéaux et des valeurs mutualistes. Quand on rentre dans une assemblée générale de mutuelle, dans une structure mutualiste, on agit en mutualiste, c’est-à-dire qu’on laisse au vestiaire les autres casquettes qu’on peut avoir, et on ne veut pas nous, mutualité, être instrumentalisés par d’autres problématiques, syndicales, politiques, etc. Sauf que cela a fini par se traduire par une autre idée : on est face à l’Etat, on n’est plus dans l’Etat, lieu de traduction du contrat social ; c’est un des points qui m’interpelle aujourd’hui. En fait, cela a conduit certains responsables de la classe politique à remettre en cause ce que j’appellerai notre dimension citoyenne. De ce point de vue, on s’est retrouvé dans cette situation où globalement, le mouvement mutualiste est interpellé par les politiques, par les partenaires sociaux sur la légitimité de son intervention ? Pour certains, la Fnmf en tant que représentante du mouvement mutualiste, c’est un lobby, ce n’est plus une structure de fabrication de citoyenneté qui serait force de proposition pour faire bouger l’Etat et la vie collective. Ces détracteurs disent : Fffsa ou Mutualité française, c’est la même chose. En fait, « vous êtes de vils boutiquiers ». La seule différence est que l’un distribue le profit à des actionnaires, et l’autre, le réinjecte dans des activités à finalité sociale. Ceci fait-il une grande différence ?.

Quand je regarde la situation à la fin du XIXe, quelle différence par rapport à celle d’aujourd’hui ? A l’époque les responsables mutualistes tenaient tous les bouts de la chaîne de prise de décisions. Ils étaient partout. Ils étaient aussi députés, et faisaient la loi sur la mutualité, ils étaient d’ailleurs aussi coopérateurs, etc. Leur combat était un tout et leurs champs de bataille étaient multiples.

Aujourd’hui que se passe-t-il ? Nous avons globalement évité la banalisation. Pourquoi ? Parce que lors de la rédaction du nouveau Code de la mutualité le plus important n’a été pas le volet de transposition des directives, mais le deuxième volet, la modernisation des règles de fonctionnement des institutions mutualistes. J’oserais même dire leur nouvelle démocratisation.

Je rappelle l’image que j’ai plus d’une fois utilisée devant les membres du bureau de la Fédération : si on met la transposition des directives dans le code de la mutualité de 1945, à peine rénové en 1985, c’est comme « mettre du vin jeune dans les vieilles outres ». Cela va éclater. Donc, il nous faut rajeunir « l’outre » elle-même : il faut moderniser, il faut revisiter les instruments de notre démocratie, etc.
Sur ce volet, on a à peu près réussi à écrire « notre » loi. On a eu un écho très favorable du gouvernement de l’époque, pas forcément de notre ministre de tutelle, mais en tout cas du Premier ministre.

Pourquoi ne pas avoir laissé la place vierge au législateur ? Pourquoi ne voulez-vous pas que ce soit les mutualistes qui proposent au législateur les grandes règles du Code de la mutualité ? Cela ne vous gêne pas que ce soit l’Association des sociétés privées qui vous tienne la main quand il faut écrire le code des sociétés !

Auto-contrôler son fonctionnement

Autre point important pour nos structures mutualistes et démocratiques : accepter le respect de l’état de droit, c’est-à-dire la dimension citoyenne à l’intérieur de nos structures. Cela nous renvoie à cette question du fonctionnement réel de nos structures. Il ne suffit pas d’avoir des règles, il faut aussi trouver les mécanismes de respect de ces règles. C’est un sujet que j’ai plusieurs fois abordé dans le monde de l’économie sociale. Je ne suis pas sûr que nous ayons mis en place les mécanismes de régulation interne permettant de garantir le respect de nos propres règles.
C’est très compliqué : comment une puissance peut-elle s’auto-limiter ? Après tout, c’est ce que l’état fait dans un état de droit. Il met en place des tribunaux pour éventuellement se condamner lui-même. C’est un des problèmes de nos systèmes démocratiques, navigant entre deux écueils : lecture rousseauiste de l’exercice du pouvoir (la tyrannie de la majorité), ou de l’autre, dans la dérive technocratique. Pour contre-balancer la première lecture y a-t-il des dispositifs pour le respect des minoritaires ? Cela existe dans le droit des sociétés, même l’actionnaire majoritaire n’a pas les pouvoirs absolus.

Le deuxième risque, c’est la spoliation technocratique ; il y a des structures de faux semblant, tout va bien, il y a une assemblée générale assoupie qu’on dorlote à laquelle on dit : « Ne vous en faites pas, il y a un directeur général qui sait tout faire, c’est un vrai professionnel, faites lui confiance ». Il y a de véritables interrogations et beaucoup de travail. La démocratie interne, se traduit dans les moments sacrés du vote, les durées de mandat, etc. C’est aussi la démocratie du quotidien, c’est un des points sur lesquels nous ne sommes pas assez vigilants.

Pour l’adhérent de base c’est important de savoir qu’il peut voter une fois tous les ans pour les comptes, etc., ou les prestations ; le point important, c’est de persuader une assemblée générale d’augmenter les cotisations. Cela c’est une vraie démocratie économique. Dans le système mutualiste, une forme de démocratie et de culture économique, le but le plus important est d’augmenter collectivement la cotisation ou de diminuer les prestations. C’est un style de démocratie assez intéressant, un peu comme les assemblées générales de copropriété.

Revenons à la démocratie du quotidien. Sur ce point je suis parfois critique vis-à-vis des acteurs de l’économie sociale ; les adhérents de base sont dépossédés du pouvoir de décider des choses du quotidien. C’est plus facile, quand on n’a pas trop à s’embarrasser des adhérents et qu’une technocratie dit : on équilibre nos comptes en augmentant les prix.

Se limiter à son objet social

Dernier point important, chacune de nos structures doit remplir tout son objet social mais rien que son objet. Aucune de nos structures n’a capacité à remplacer la société tout entière et doit laisser sa place aux autres. C’est un problème qui peut être vu sous l’angle de la banalisation, mais que j’appellerai une certaine forme d’impérialisme. C’est la confusion dans les métiers. Après il ne faut pas s’étonner que le « pauvre » citoyen consommateur ne s’y retrouve plus. Avec comme conséquence une perte d’identité. Derrière cette vision impérialiste, il y a la fausse démocratie qui consiste à suivre la ligne : « Pour vous faire croire que je vous considère comme un citoyen, je vous fais débattre de tout et de rien ».

Je vais vous raconter une anecdote qui m’a laissé pantois. J’étais à Manchester, j’étais chez nos amis et collègues de Cis, les assureurs coopératifs anglais, qui viennent d’être repris par la Banque coopérative. J’ai entendu un exposé du responsable de la Banque coopérative sur le développement durable . Il expliquait que la Banque consulte les consommateurs pour leur faire prendre des positions sur des sujets très éloignés des questions bancaires. Par exemple, sont-ils pour ou contre la vivisection des animaux ? En fait, ils ont découvert que c’était une excellente stratégie d’identité sociale, qui attire des clients. Par ailleurs, ils expliquent qu’ils font des cartes bleues avec versement de quelques centimes pour divers organismes de protection de la nature. Je leur ai demandé s’ils les avaient fait voter pour savoir si leurs clients étaient pour ou contre la guerre en Irak. Ils m’ont répondu : « La guerre en Irak, c’est politique, mais on a fait voter pour savoir si nos clients étaient pour ou contre les bombes à fragmentation ». Cette démarche est très intéressante les clients sont consultés sur tout, sauf sur le sujet essentiel : les services bancaires qui leur sont offerts et le prix de leur carte bleue !

Voici un exemple de ce que j’appelle une vision globalisante et impérialiste. Si je veux m’exprimer sur le sujet de la vivisection des animaux ou des bombes à fragmentation, je le fais mais pas forcément dans ma banque fusse-t-elle coopérative !

Concilier la réponse économique et l’intérêt général

Le cas du Crédit mutuel

Corentin Ansquer, Vice-président du Crédit mutuel

En dépit de la mondialisation, la plupart des affaires continuent d’être traitées à l’échelon local parce qu’elles ont pour but de satisfaire les besoins spécifiques d’individus marqués par leur identité régionale. Du fait des différentes capacités à s’adapter, la tension entre mondialisation et proximité risque de cliver la société.

Pour une banque comme le Crédit mutuel, les enjeux se déclinent ainsi :
- l’Europe devient notre marché domestique : elle condamne les exceptions françaises comme le ni-ni ou les systèmes de place (Gie carte bancaire…),
- les plus grands réseaux se recentrent sur le marché des particuliers (celui du Crédit mutuel),
- la bataille des flux financiers impacte la maîtrise des commissions,
- nos clients sont moins fidèles, plus exigeants,
- les problèmes de sécurité prennent une ampleur alarmante (sécurité juridique, fiscale, technologique…),
- les réglementations s’internationalisent et les statuts coopératif, mutualiste et associatif sont régulièrement remis en cause (harmonisation européenne, ratios prudentiels du comité de Bâle, normes comptables internationales, et nous savons combien les normes IAS 32 menacent les coopératives…).

Si ces défis sont pour nous incontournables, ils sont pour les coopératives et l’économie sociale une formidable opportunité.

Stratégie de développement durable, gouvernement démocratique d’entreprise, pouvoir de décision non centralisé et surtout valeurs humanistes fondamentales : face à l’échec du tout état et du libéralisme sauvage, le Crédit mutuel et les coopératives en général offrent un modèle à la fois économique, social et politique répondant aux besoins individuels et collectifs. Un modèle qui marche, parce qu’il concilie proximité des Caisses locales et puissance du groupe, responsabilité et solidarité.

Dans les choix de stratégie et d’organisation à faire pour l’avenir de notre entreprise, nous devons en permanence concilier deux objectifs : assurer le service aux sociétaires et clients et faire face aux contraintes de notre environnement dans toutes ses dimensions. Ce qui signifie penser et agir global et local.

Une stratégie gagnante

Banque coopérative, le Crédit mutuel forme avec sa filiale le Cic le quatrième groupe bancaire national, et le deuxième pour l’activité de banque de détail en France. Il a un total de bilan de 347 milliards d’euros et 14,2 milliards de fonds propres. Ses réseaux comptent 4 750 guichets et 54 300 salariés pour 14 millions de clients. Dans cet ensemble, les sociétaires représentent la moitié, près de 7 millions, et il y a 28 000 administrateurs bénévoles. Nous consacrons 6 % de notre masse salariale à la formation du personnel, et nous ne comptons pas les formations auprès des élus, puisque celles-ci se font fédération par fédération, mais nous y consacrons également beaucoup de temps ; nos formations regroupent à la fois élus et salariés afin que ce soit le même mutualisme qui soit insufflé tant aux salariés qu’aux élus. Nous pouvons dire également que notre mutualisme nous a conduits à créer, sur les trois dernières années, 2 500 emplois. Lorsque nous avons repris le Cic, il n’y a pas eu un seul emploi supprimé et il y a des créations actuellement.

Depuis des années, le Crédit mutuel sait combiner croissance, productivité, rentabilité et emploi. La densité du réseau, avec de nouvelles implantations, le développement des services de banque à distance et de haute technologie, la qualité des produits en font une banque de proximité complète et innovante.

Son organisation coopérative non centralisée – dix-huit fédérations –, où les responsabilités s’exercent à la base, lui assure réactivité et souplesse ainsi que maîtrise des coûts et des risques. Ses choix stratégiques : la bancassurance – depuis plus de 30 ans –, le co-développement avec le Cic, la maîtrise technologique, notamment en monétique, lui ont permis d’élargir son offre et son champ d’activité. Ils lui ouvrent de nouvelles perspectives d’économies d’échelle comme de développement.

Le Crédit mutuel met sa compétence bancaire au service du client et de l’idée mutualiste et transforme ses valeurs en actions. L’engagement mutualiste des fédérations du Crédit mutuel se traduit par leur implication dans des programmes de soutien à l’économie sociale et plus largement à la vie locale, dans ses aspects économiques et culturels.

Le Crédit mutuel a plusieurs types d’intervention, de financement et de soutien à l’économie sociale (incluant au sens large l’insertion par l’économique1…). Tout d’abord, en sa qualité de grande banque de détail, ensuite en tant qu’entreprise coopérative solidaire.

Notre métier de banquier

Une offre diversifiée

Les banques coopératives ont un rôle social parce que leur clientèle est modeste. Le Crédit mutuel sert la clientèle la moins rentable, financièrement parlant, du système bancaire français, mais il compense cette faiblesse par une gestion efficace : il affiche une des meilleures productivités et un des meilleurs coefficients d’exploitation de la place bancaire, traduisant ainsi la forte efficience de son organisation.

C’est pour cela qu’il ne faut pas confondre finalité, objectifs, non lucrativité, fonctionnement. La finalité de la coopérative est et restera l’amélioration du rapport coût/efficacité du produit ou du service rendu à son sociétaire, et c’est en cela que c’est d’abord une entreprise, mais une entreprise un peu particulière puisqu’elle est conduite par nature à se préoccuper de l’environnement social, économique et culturel de son activité et dès lors, elle est condamnée à innover pour ne pas se banaliser.

Banque du particulier, le Crédit mutuel met les nouvelles technologies au cœur de son développement pour être la banque de toutes les proximités. Il est leader en monétique et précurseur dans le développement du porte-monnaie électronique.

Par ailleurs, le Crédit mutuel a su développer une gamme de produits et de services répondant à des besoins exprimés par les associations. Avec plus de 300 000 associations clientes, le Crédit mutuel est de longue date le partenaire actif de plus d’une association sur trois et de plus d’un comité d’entreprise sur deux. Le groupe accompagne ainsi les besoins d’un secteur qui joue un rôle structurant dans l’évolution du lien social, dans des domaines aussi divers que la formation, l’éducation, la santé, le sport, les loisirs et la culture3. Il donne aux associations l’accès à des informations pratiques à travers une assistance et du conseil dans les domaines financier, administratif, juridique et fiscal.

En plus de sa capacité à prendre en compte les besoins des citoyens dans son activité bancaire, sur ses marchés, le Crédit mutuel s’engage dans la société.

Le soutien à l’insertion économique

Depuis 1994, le Crédit mutuel, rejoint par le Crédit coopératif, est l’un des principaux partenaires bancaires de l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie) dont l’objet est de lutter contre le chômage et l’exclusion en finançant des micro-projets de création d’entreprise mis en oeuvre par des Rmistes et des chômeurs de longue durée.

A côté des outils classiques de type Pce4 pour la création de Tpe ou de Pme, des outils spécifiques pour participer à la création d’emplois d’insertion ont été créés (par exemple le Fcp Crédit mutuel France Emploi en partenariat avec France Active).

Par nos interventions directes ou partenariales, nous sommes souvent très présents dans les plates-formes locales d’insertion. Mais, au même titre que nos amis de France Active ou de l’Ides pour leurs champs d’intervention respectifs que sont la garantie et l’apport en fonds propres ou le capital-risque, le Crédit mutuel doit savoir faire son métier de banquier et exercer ses compétences en prêtant à des conditions de marché.

Le dividende mutualiste

De plus, de nombreuses fédérations du Crédit mutuel ont créé des outils dédiés à l’insertion économique, sociale ou professionnelle. Ces associations ou fondations détectent des projets et les réalisent, seules ou avec des partenaires. C’est notamment le cas des fondations ou associations Créavenir, actives dans les Groupes de Brest, Caen, Laval et Valence... Elles apportent un soutien financier, logistique ou de conseil pour mettre en œuvre des projets d’intérêt régional ou local, la plupart du temps relatifs à l’économie sociale soit dans la forme soit dans l’objectif.

Les Groupes du Crédit mutuel interviennent aussi hors du cadre de structures spécifiques, seuls ou en partenariat, à travers des prêts d’honneur, du don de matériel, une aide logistique, l’apport de conseils, d’analyse fiscale et juridique que ce soit avec les plates-formes locales d’insertion (ex Marseille), les boutiques de gestion (financement de prix) et de très nombreux collectifs locaux que les fonds de garantie territoriaux de France Active connaissent bien.

L’aide au développement de l’économie sociale

Le financement de l’économie sociale passe aussi par la formation, l’information et le transfert de compétences à destination du secteur associatif national mais aussi dans le cadre d’une coopération avec des mouvements coopératifs en émergence. C’est pourquoi le Crédit mutuel a complété sa palette d’intervention de deux façons : par la création d’un outil dédié à la lutte contre l’illettrisme et par une assistance technique à la constitution de coopératives d’épargne et de crédit tant dans les pays en voie de développement que dans les pays d’Europe centrale et orientale (candidat ou non à l’élargissement).

Née en 1992 sous l’égide de la Fondation de France, la Fondation du Crédit mutuel pour la lecture a pour objet, par sa vocation à la fois culturelle et sociale, de soutenir et d’initier des actions nationales ou régionales d’envergure pour inciter tous les publics à la lecture. Elle mène des actions de prévention de l’illettrisme en s’appuyant notamment sur des associations locales et répond à des situations d’urgence en proposant des formations à des adultes ou adolescents.

L’engagement du Crédit mutuel en faveur du développement de réseaux mutualistes d’épargne et de crédit dans des pays dépourvus de structures bancaires constitue sans doute une exception bancaire. Cette action discrète mais obstinée, qui ne recherche ni retour sur investissement, ni marché, ni reconnaissance, est aussi une des expressions de la différence du groupe. Par vocation et fidélité à ses valeurs, mais aussi par conviction que le développement passe par l’organisation de circuits financiers propres à assurer le financement de l’économie en mobilisant l’épargne intérieure. Au-delà de la bancarisation des populations, cette démarche est aussi un élément d’évolution et de modernisation des sociétés où elle est mise en oeuvre. L’action du Crédit mutuel se développe principalement en direction de l’Afrique et des pays d’Europe de l’Est.

Par ailleurs, mon propos serait incomplet si je n’évoquais les tensions entre les salariés et les sociétaires ou plutôt leurs représentants. Je rappellerai quelques chiffres : certes même avec un taux de participation insatisfaisant de 7%, nos Assemblées générales de Caisses locales réunissent près de 800 000 personnes. Cette volonté de faire vivre la démocratie interne a un coût et nécessite sans doute d’en réinventer chaque jour l’expression. Les débats suscités par la juxtaposition des tensions clients/sociétaires, sociétaires/salariés, élus/dirigeants, local/global, court terme/long terme sont constructifs. De fait ils s’inscrivent « durablement » dans le développement « dynamique » que nos concitoyens attendent. L’entreprise est un organisme vivant, souvent protéiforme, c’est pourquoi, régulièrement nous mettons en interrogation nos comportements au regard de nos valeurs.

Certaines fédérations (Cmdv, Cmcee, Idf, Cmb…) se sont dotées d’outils permettant d’en faire l’évaluation. Par ailleurs, en ma qualité de Président de la Commission vie associative et économie sociale, j’anime, au niveau national, une réflexion sur « mutualisme et sociétariat ». Dans ce cadre nous avons fait un bilan des actions spécifiques menées par les fédérations à destination des nouveaux sociétaires, et des administrateurs élus. L’inventaire se poursuit mais les premiers résultats sont très satisfaisants quant à la volonté des fédérations de faire vivre le sociétariat. Au niveau national, plusieurs propositions d’actions ont été faites par cette commission dont nous devons encore débattre mais nous en avons identifié dix qui se répartissent autour de trois thèmes principaux : communication en direction des sociétaires, animation du sociétariat et des assemblées locales, différenciation entre les clients et les sociétaires.

A travers son activité quotidienne, ses produits spécifiques, son offre commerciale, ses fondations régionales ou nationale, ses associations dédiées, et bien sûr ses partenariats, le Crédit mutuel tente d’apporter une réponse d’abord économique aux besoins de nos concitoyens. Faire du crédit, financer les Tpe, les Pme, prévenir l’exclusion, combattre pour l’insertion, c’est participer au développement local, soutenir les jeunes, c’est aussi faire de la pédagogie bancaire, aider à la gestion financière et éviter le surendettement.

Mettre en question permanente le lien entre entreprise et mouvement, financer l’économie sociale, l’économie locale, participer à la création d’emplois, aider au recrutement de personnes en difficulté, soutenir les initiatives de développement des pays en reconstruction… c’est inventer chaque jour la solidarité, c’est tenter chaque jour de se rapprocher de l’intérêt général.

Évoluer pour répondre aux besoins

Le cas d’une association de tourisme social

Georges Peyronne, Président de Vvf Villages

Je vous parle aujourd’hui d’un monde que j’aborde depuis peu de temps, mais dans des conditions difficiles, puisque je dois gérer la séparation de Vvf en deux entités : une société anonyme Vvf Vacances et une association que je préside : Vvf Villages ; mais je n’y étais pas assez préparé.

Mes responsabilités préfectorales et ma formation personnelle m’ont amené à parcourir tout le panel du passage d’une France rurale à la haute fonction publique. Cela veut dire que je jette un regard sur la société qui prend en compte des valeurs dont je me demande parfois si elles ne sont pas aujourd’hui aux archives ! Si j’ai accepté de relever ce défi, c’est parce que j’ai été dans le temps, au Trésor, le collaborateur de Maurice Pérouse qui a été à la suite de François Bloch-Lainé, l’un des fondateurs de Vvf.

C’est surtout parce que j’ai vu qu’avec un pragmatisme économique rigoureux, on avait oublié deux choses : le tourisme social repose sur les liens avec les adhérents et se développe dans une logique de terroir. Cette démarche a contribué à redonner vie à des villages du centre de la France, mais par la suite on les a parfois abandonnés. Quand j’ai vu le drame de ces dix-sept villages, dont certains étaient assez pittoresques, de ces fermetures de sites, moi qui suis un homme du terrain, qui ai beaucoup travaillé à la constitution de « pays » avant de participer à l’élaboration des « chartes de développement », je sais ce que cela représente pour un maire, pour une équipe municipale et pour toute la population locale. Je me suis dit qu’on ne pouvait quand même pas laisser faire cela. Daniel Lebègue, directeur général de la Caisse des dépôts, m’a proposé de « faire vivre la réforme », j’ai répondu « toute la réforme », il a ajouté « rien que la réforme ». Maintenant, j’ai des factures à présenter et je ne sais pas si elles sont solvables.

En tout état de cause, le 1er novembre 2003, Vvf Villages, c’est-à-dire l’association héritière des décisions prises il y a cinquante ans dans le monde du tourisme social, aura son autonomie juridique. Nous sommes actuellement dans une phase transitoire. Le 1er novembre nous aurons l’agrément de tourisme loi 1992, c’est le début de notre autonomie.

Si j’ai parlé des valeurs, c’est parce que je sais bien où en est la société. Elle est en crise sur deux points. Le lien social est une valeur qu’on trouve davantage dans les discours que sur le terrain. Durant trente ans, pendant les trente glorieuses, on est allé de l’avant, mais l’état-Providence est en crise depuis deux décennies et, ce que l’on voit dans certains secteurs, le prouve bien. Le deuxième point est qu’il y a une vraie crise des institutions politiques en France. On doute de sa projection vers l’Europe, et on en doute de plus en plus quand on voit les exemples qui nous viennent d’assez haut, mais surtout on doute de nos propres institutions.

Renouer le lien avec les adhérents

Je suis, dans le tourisme associatif, avec une vision très simple : peut-on sauver cet esprit de « l’action sociale dans le tourisme » ? J’utilise le mot action sociale parce qu’il faut donner du mouvement. Nous avons 70 villages, 20 000 lits et il faut retisser un lien très fort avec les adhérents. Nous devons retravailler, parce qu’au moment où les choses allaient bien, les adhérents n’existaient plus : l’offre sur le panel du tourisme était suffisamment attractive. Aujourd’hui, avec la crise, je m’adresse à une clientèle qui est un peu moins favorisée. Cette clientèle, qui, si elle n’a pas des structures comme la nôtre, les concours financiers de l’Ancv, des Caf et pour certains des comités d’entreprise en complément, ne pourrait peut-être pas partir en vacances.

J’ai également deux ou trois pistes pour conduire une action forte vers le monde des handicapés et des exclus. C’est peut-être surprenant que je parle des exclus, mais c’est tout simplement que je suis un spécialiste des « Minguettes » ou d’autres quartiers difficiles. J’ai beaucoup travaillé sur ces sites, dont vous avez entendu parler il y a une dizaine d’années, vingt ans même ; je sais ce qu’il y a derrière la colère de ces jeunes qui ne rentrent pas dans un modèle d’intégration sociale ; ils ne peuvent pas s’intégrer parce qu’ils ne sont pas dans notre système. Je sais aussi les bienfaits qu’offre un séjour de quelques jours dans un environnement différent. Je ne dis pas qu’ils vont se reconstruire en quinze jours de vacances, mais ils vont tout de même avoir des occasions de rencontres, et peut-être se remettre en cause eux-mêmes.

C’est cela qui m’intéresse, c’est pourquoi je me bats aujourd’hui à l’aide d’une structure que je préside, Vacances ouvertes, il y a un effort collectif à faire, et c’est pleinement de l’associatif.

J’ai un passé essentiellement de haut fonctionnaire : après avoir été un fonctionnaire modeste au Trésor, j’ai grandi grâce à l’assistance et au soutien du ministère de l’économie et des Finances, puisque j’ai terminé à Bordeaux, préfet de région. J’ai donc toute la vision de ce parcours, je sais que dans ce domaine et à tous les paliers, il faut trouver les moyens de mobiliser les actions.

Nouer de bons partenariats

Ce qui aujourd’hui me paraît extrêmement important, c’est la réflexion que nous avons menée avec le désir de constituer un pôle de référence dans le tourisme social : il y a une quinzaine de jours, en Haute-Loire, j’ai signé un accord cadre avec un partenaire qui s’appelle Val, un partenaire à part entière. Nous sommes deux structures indépendantes, mais avec les mêmes valeurs. Nous sommes là pour défendre nos projets dans un développement qui devrait nous amener à offrir demain non plus 20 000 lits mais 30 000 lits, cela prendra dix-huit mois ou deux ans. Si nous réussissons à constituer un pôle de référence dans le tourisme associatif et familial, nous n’excluons pas de voir venir vers nous d’autres acteurs du tourisme social. François Soulage le sait bien. C’est un enjeu extrêmement important pour l’avenir.

Alors, parmi les actions que l’on aimerait mener, l’une est de savoir comment effacer une erreur du passé. Je veux vous parler des « euro-villages ». Il y a une quinzaine d’années, on s’était embrassé sur les esplanades de villages, en disant : on vient de trouver la solution idéale, on vient de créer les euro-villages. On ne s’est pas aperçu qu’au Cap d’Agde, il y avait les nudistes. Alors les euro-villages avec les nudistes… C’est une des raisons pour expliquer qu’il n’a pas fonctionné ; celui d’Alsace non plus, mais pour d’autres raisons.

En tout état de cause, la politique que certains avaient initiée sur les euro-villages, il y a une quinzaine d’années, a été consommatrice de crédits européens. Il y a quelques lettres de personnalités européennes de très haut niveau. Des personnalités de politique française sont aussi sur l’album des souvenirs. Mais il n’y a pas un lit à la disposition des clients d’euro-villages. L’aventure est soldée, il me reste encore quelques créances dans des coins, il faut essayer de trouver un accord avec nos amis allemands. Avec les Belges, c’est fait.

Toucher de nouvelles clientèles

Fort de cette analyse et du constat de cette erreur, nous tenterons, à travers une structure à constituer, d’offrir une gamme de produits du tourisme social à la clientèle européenne. On va cibler une quarantaine de sites, quelques milliers de lits, des produits qui correspondent bien à ce que souhaitent les Européens en général. Par exemple, pour un Scandinave, le mois d’octobre ou novembre en Aquitaine ou sur la Côte-d’Azur, c’est l’été, alors que nous fermons nos villages à cette période. Peut-être pourrait-on prolonger la saison, surtout quand on a des terrains de golf à proximité. En automne et en début d’hiver, le gazon ne pousse plus, l’entretien est moins grand et les Scandinaves adorent jouer au golf !

Une autre réflexion nécessaire, mais c’est un peu tôt pour l’évoquer : avec l’élargissement de l’Europe, on aura peut-être le désir de mettre en place une structure d’accompagnement de projets identiques. Ce qui nous a amenés à cette réflexion sur la clientèle européenne, c’est que le Parlement européen, l’année dernière, avait une ligne de crédits abondante et a distribué des bourses. Bien sûr là aussi, photos, embrassades… L’évêque de Vilnius a passé vingt ans auprès de Monseigneur Lustiger, les relations avec la France sont facilitées ! C’est lui qui a monté, pour la jeunesse de Lituanie, un projet d’échanges, réalisé dans l’urgence avec les centres de vacances de Vvf Villages. C’est une opération exemplaire du Parlement européen, le jour où ils ont distribué les bourses, ils ne savaient pas du tout où ils allaient envoyer les gens, ils se sont précipités chez nous.

On a aussi essayé d’autres projets, mais cela n’a pas bien marché, les maires n’étaient pas partants. Mais pour les jeunes de Vilnius, les maires ont accepté, ils ont offert le verre de l’amitié, échangé des petits drapeaux.

Tout ceci pour bien montrer qu’il y a une demande au niveau européen pour venir faire des séjours sur notre territoire, il faut essayer de la renforcer, de la cultiver.

En ce qui concerne les handicapés : François Soulage et moi avons assisté à un conseil d’administration de l’Ancv ; c’est une structure qui dispose de gros moyens. Elle avait commandé un rapport où il apparaît très nettement que les handicapés ne sont pas assez pris en considération ainsi que les retraités, parce qu’ils ne sont pas salariés, la solution passe par la signature de conventions.

Je suis retraité et à l’écoute de ce qui se fait avec les Caf et aussi avec la Msa ; pour les handicapés et les aînés, je pense que nous avons une mission spécifique à conduire, tout en sachant combien l’approche de ces problèmes est difficile. J’ai eu l’audace d’accueillir trois groupes de jeunes lourdement handicapés dans des villages, la cohabitation avec les vacanciers est difficile. Cela nécessite une réflexion adaptée à ce type de situation afin d’apporter une réponse qui ne heurte pas les susceptibilités des uns et des autres.

Voilà nos préoccupations, nous avons pour l’instant une vision très hexagonale, mais un désir d’aller à l’international. Le monde associatif a réussi à marquer des points importants dans le secteur du tourisme, mais il ne faut pas oublier qu’il y a vingt-cinq ans tous nos villages ont été financés par un apport d’argent public, à travers les crédits « dits de rénovation rurale » ou d’aides apportées par la Cnaf, les Caisses d’allocations familiales et les comités d’entreprise, qui moyennant des droits de réservation, c’est-à-dire la mise à disposition d’un certain nombre de lits, pouvaient intervenir.

Aujourd’hui, nous sommes encore financés par l’Europe, demain, nous ne savons pas si les financements publics seront à la hauteur de nos besoins, mais nous savons qu’il faudra se donner les moyens pour financer les rénovations de nos sites. Ce problème est assez complexe !

François Soulage - Georges Peyronne ne l’a pas dit, mais, dans le secteur du tourisme en particulier, et probablement dans la banque ou ailleurs, l’intervention de bénévoles sur des questions stratégiques est de plus en plus compliquée.
Vvf Villages et Val sont deux grosses associations, chacune d’entre elles fait 40 millions d’euros de chiffre d’affaire. Ce sont essentiellement les salariés qui s’occupent de la question, et dans des rapprochements de ce type les bénévoles sont un peu dépassés. Or, si l’on veut maintenir la pression sur la finalité sociale, ce ne sont pas les salariés qui le feront, dans l’état actuel de nos statuts en tout cas, ce sont bien les bénévoles. Alors comment fait-on ? M. Ansquer nous a donné des éléments de réponse sur le Crédit mutuel. Cela renvoie à la question du sens de notre action et qui la contrôle.

Jean-Louis Bancel, Fnmf - La réponse, c’est la formation. Pour notre part, nous avons créé un Institut de la mutualité. Comme au Crédit mutuel, nous essayons de mettre en place des formations avec salariés et élus.
Mais il n’y a plus de frontières étanches entre les deux. J’en suis une illustration. Je suis directeur dans une structure mutualiste et administrateur ou président d’une autre structure mutualiste, qui en fait est une filiale d’une autre structure mutualiste. Pour l’extérieur, il est peut-être difficile de s’y retrouver. L’important est de bien être dans la fonction attachée à chaque statut alors qu’il est parfois plus simple de se comporter comme le chef supérieur hiérarchique des salariés.

Véronique Lucas, Mrjc - Je voudrais insister sur ces questions de formation, de transmission entre générations.
Un paradoxe intéressant a été relevé tout à l’heure par Patrick Viveret sur le fait qu’aujourd’hui, le mouvement altermondialiste critique le système d’économie sans pour autant poser en alternative l’économie sociale. Du coup, cela m’invite à faire des liens entre économie sociale et éducation populaire.
Nous l’expérimentons au Mrjc avec, dans nos récentes orientations, l’idée de contribuer à former une génération pour préparer des cadres pour l’économie sociale. Mais, depuis trois ans que nous sommes sur cette orientation, l’exploration de l’économie sociale, dans l’agriculture, dans l’emploi rural ou dans la coopération scolaire, ne nous rend pas très enthousiaste d’emblée et nous fait un peu peur. Ce n’est pas pour autant qu’on rebrousse chemin, mais du coup l’interpellation que je fais ici, c’est de vous demander comment vous comptez sur la jeunesse, non pas simplement pour reprendre les outils existants et les gérer, mais aussi pour les renouveler ?

François Deportes, directeur général du Crédit coopératif - Georges Peyronne nous a dit qu’il y avait un problème dans les mouvements du tourisme social, quant à l’implication associative. François Soulage a été l’un des promoteurs du système de la société coopérative d’intérêt collectif qui permet d’élargir l’implication politique aux salariés, aux collectivités locales, avec tout cet aspect de défense et valorisation du territoire dont a parlé Georges Peyronne.

François Soulage - Effectivement, nous nous sommes rendu compte, il y a quelques années, de la difficulté que nous avions à ce que dans nos institutions et tout particulièrement dans nos associations, il y ait une barrière étanche entre le salarié et ce qu’on appelait l’adhérent mais qui devient de plus en plus un client.
La coopérative d’intérêt collectif permettrait d’associer à la gouvernance d’une entreprise d’économie sociale l’ensemble des parties prenantes.
Ce statut, créé en 2001, est fait pour cela. Il fait très peur au monde associatif qui craint que cela ne tue l’association. Nous répondons que nous essayons de renouveler le lien entre la fonction de l’association, la raison, le sens, et le fonctionnement au quotidien et de rompre avec cette dichotomie extrêmement stricte que notre loi de 1901 a produite.
On joue un peu avec le feu, c’est vrai, si on n’arrive pas à faire comprendre la finalité de l’outil juridique. L’outil est dangereux en tant qu’outil mal maîtrisé, si on ne fait pas attention. Quant au sens, c’est une des réponses en tout cas dans laquelle il faut aller pour essayer de retrouver cette raison. Sinon on va avoir des problèmes dans pas mal de domaines.

Jean-Louis Bancel, Fnmf - J’essaie de militer dans le mouvement mutualiste pour qu’un pool de cliniques privées que nous rachetons soit transformé en Scic, plutôt que de les garder en société anonyme. C’est un bel exemple où l’on peut essayer d’associer les personnels médicaux, les personnels infirmiers, les mutualistes, éventuellement des collectivités locales. Mais c’est un outil.
Cela nous permet aussi de nous reposer la question des intérêts qui peuvent être convergents ou parfois divergents et permettre de faire un bout de chemin ensemble.

Paul Picard, délégué général du Ceges - La Scic peut permettre aussi aux collectivités locales de faire un autre choix que de créer des sociétés d’économie mixte ou des associations faux-nez.
La Scic permet d’optimiser les intérêts et justement d’éviter les affrontements. C’est peut-être par là que passera un renouveau de la cohésion sociale, de la cohésion des intérêts collectifs.

Hubert Prévot, président de la Cpca - C’est un débat qui nous permet de confirmer beaucoup des atouts de l’économie sociale et cependant on n’a esquivé aucune des difficultés. Un observateur un petit peu agressif pourrait dire qu’il y a plein de choses qui ne vont pas très bien dans l’économie sociale, je ne vais pas en faire la liste. Nous avons sans cesse à améliorer ce qui est la démocratie interne, la transparence financière. J’ai entendu que 7 % seulement des mutualistes participent aux assemblées, et dans le monde associatif j’entends aussi que parfois le projet associatif passe à la trappe devant les nécessités de la gestion et les bénévoles passent parfois aussi un peu à la trappe par rapport aux professionnels qui gèrent de plus en plus des associations comme des entreprises.

D’où un certain désarroi, parfois, de la part de ceux qui nous suivent, qui nous écoutent et notamment, si j’ai bien compris, de beaucoup de jeunes qui se demandent si nous n’allons pécher en abandonnant nos véritables valeurs.

Pourtant, il me semble, et cela a été dit et redit ici, que nous sommes collectivement porteurs de valeurs qui manquent le plus, qui font le plus défaut à notre société : le lien social, le lien inter-générationnel, au profit des plus jeunes comme des plus âgés, la qualité d’avoir des centres de décision qui tiennent encore à des populations identifiées, et par conséquent grâce à ces populations identifiées, à des territoires pertinents ; tout ceci reste des valeurs, je n’ai pas besoin d’insister là-dessus. Ce sont nos atouts, ce sont nos valeurs.

Je voudrais simplement souligner trois points, trois demandes expresses, trois exigences.

> On a vraiment besoin de faire un effort de communication. Il est vrai qu’en dépit de tout ce que nous disons et écrivons, l’économie sociale est encore très mal connue dans notre pays et à Bruxelles. Pour beaucoup de nos concitoyens, c’est quelque chose qui appartient plutôt au passé et, quelque part, on en connaît mal le tour. Quand on apprend qu’il y aurait 1 800 000 salariés dans l’économie sociale, il y a des gens qui disent : « Vous vous trompez, vous comptez n’importe qui, ce n’est pas possible ». Quand on parle des services que nous rendons, si nous les établissons par rapport à tous les problèmes de notre société, on entend : « Oui, bien sûr, vous faites pas mal de choses, mais attendez s’il n’y avait pas les entreprises de services, ce n’est pas vous qui avec vos bonnes volontés, etc. ».
Une méconnaissance profonde : donc la première demande, c’est vraiment de travailler tous ensemble pour avoir des outils de communication en commun. Chacun d’entre vous a une très bonne communication et la somme de ces communications ne fait pas une communication globale qui identifie. Il faut des outils et je crois que c’est à travers le Ceges que nous pouvons monter ces outils en commun. C’est une de ses premières fonctions.

> Il faut que nous sachions nous positionner un peu mieux dans notre société ; pas d’isolement. J’ai été bouleversé par une déclaration de Jean-Louis Bancel disant : la grande heure de la mutualité a été de se situer en dehors de l’état. Ecoutons, réfléchissons. Il faudra bientôt choisir entre se situer par rapport à l’état, contre l’état, à l’intérieur de l’état, que nous soyons des associations, que nous soyons des mutualités ou que nous soyons des mouvements coopératifs. Je crois que cela mériterait un colloque en soi.
Je suis tout à fait persuadé que le mouvement associatif, tout en réclamant son autonomie, ne peut pas se dispenser de se considérer comme une des éléments des politiques publiques organisées avec l’état. Par conséquent, même si parfois les pouvoirs publics ont l’air de nous repousser, nous ne pouvons ignorer que nous sommes plutôt plus près de l’état que du Medef ; et il faut en tirer les conséquences, y compris sur le plan des employeurs de l’économie sociale, savoir où ils sont. Mais chaque chose en son temps, avançons prudemment, le jour où nous affirmerons aussi l’unité des employeurs de l’économie sociale, nous aurons fait un grand pas précisément pour avoir avec les pouvoirs publics une relation partenariale, même si parfois elle est très conflictuelle.

> Il faudra de temps en temps mener des actions communes, et là encore nous retrouvons ce problème de la formation professionnelle. Par exemple des démarches pour défendre chacun de nos secteurs.
La Cpca a pris une initiative qui est la « carte à pouce ». Devant l’ignorance des pouvoirs publics, avec près d’un millier de radios locales, nous avons demandé à tous ceux qui accompagnent la vie associative de signer une carte sur laquelle on apposera son pouce, et chacun pourra dire : je « pouce » en faveur de la vie associative, je « pouce » contre les menaces qui pèsent sur la vie associative, je « pouce » pour l’emploi associatif, je « pouce » pour la reconnaissance des valeurs de la vie associative comme d’une manière générale des valeurs de la vie de l’économie sociale. Menons des campagnes ensemble et soutenons-nous mutuellement.

Faire valoir la liberté d’entreprendre autrement

Jean-Claude Detilleux,Vice-président du Ceges

Plutôt que de tirer des conclusions, je vais vous dire quelques enseignements que j’ai tirés du débat :

Tout d’abord, je suis content de ce qu’a dit Hubert Prévot parce qu’il a dit des choses qui sont fortes, et je suis très content aussi de participer à ce nouveau séminaire de la fonda car, en tant qu’acteur du mouvement coopératif et en tant que représentant du Ceges, j’estime que la fonda a accompli une œuvre absolument indispensable en associant à ses réflexions des acteurs de différents mouvements et en faisant en sorte que ses colloques aient une dimension horizontale tout à fait nécessaire.

Patrick Viveret, dans un élan de lucidité qui doit nous toucher, a souligné nos faiblesses. Il a eu bien raison, il faut être conscient de ses faiblesses, mais il ne faut pas s’y complaire.

Une de ces faiblesses est notre ignorance réciproque, elle est quelquefois sidérante, due, peut-être, à un manque de curiosité ou à une fermeture sur nous-mêmes, due aussi à une mauvaise conception des différences entre les secteurs. Ces différences ont des raisons d’être liées à l’histoire, mais il ne faut pas en faire quelque chose de fermé.

Il faut faire en sorte qu’au-delà de ces différences, il y ait des actions communes et c’est ce qui motive la construction, pas si facile que cela, du Ceges. Cette construction est indispensable pour réaliser l’union des forces, mais évidemment il faut partir des réalités et pas de schémas tout faits.

Le marché, incontournable

Je suis un banquier, pas un penseur, cela a été écrit dans le Monde diplomatique un jour – donc c’est vrai – mais j’essaie quand même de penser là où le destin m’a placé pour tenter d’être efficace, parce que je pense qu’un système financier efficace est essentiel à la solution de nos problèmes.

Il ne faut pas ignorer les faits, c’est fondamental, j’ai même été conforté là-dessus par l’exposé d’ouverture ; l’utopie c’est bien, mais, n’ignorons pas les faits, l’image d’un monde qui roule vers l’abîme par les dérives du marché, par les turpitudes des capitalistes, est assez éloignée de la réalité. Il faut savoir que, bon an mal an, le Pib du monde progresse de 3 à 5 %, ce qui est évidemment insuffisant, mais c’est la réalité. Evidemment, on peut discuter sur la réalité des chiffres du Pib, peut-être qu’il y a une partie de ce Pib qui sort de l’ombre pour rentrer dans les statistiques officielles mais il faudrait alors s’interroger sur le Pib de bien d’autres pays, à commencer par celui de la France.

Il ne faut pas ignorer non plus l’effet démographique, parce qu’une des explications de l’image qu’on nous a donnée tout à l’heure, ce sont les faits démographiques. Je ne sais pas si c’est politiquement correct de parler de démographie. Attention, cela ne veut pas dire qu’il faut se résigner aux projections démographiques, mais il faut les connaître, sinon on bâtit sur du sable, avec des idées qui peuvent être sans aucun fondement, parce que ceci conduit à une absence de logique, et nous sommes, dans notre pays, les spécialistes de cette ignorance de la logique.

Une chose est certaine, le marché est incontournable. Attention, il faut bien faire la distinction entre marché et le capitalisme. Le marché est incontournable, ce qui veut dire que le problème, effleuré au passage, des assises financières, est très important.

J’adhère à ce qu’a dit Jean Gautier en ce qui concerne l’économie sociale, repris ensuite par d’autres, qu’il s’agisse du sens de la durée, de la proximité, de la place centrale de l’homme, de l’importance de l’éducation, j’ajouterai de l’importance de la motivation parce qu’il faut expliquer comment on peut mettre de l’argent en réserve. Quand on veut mettre de l’argent en réserve, il faut être efficace. Donc il faut s’interroger sur les facteurs de l’efficacité et sur les facteurs propres à l’efficacité des organisations de l’économie sociale. La motivation est quelque chose de tout à fait essentiel qui doit évidemment préoccuper à tout moment les dirigeants des organismes.

Le capital, une nécessité

Je suis beaucoup moins d’accord sur ce qu’il a dit sur le capital, sur le fait que le capital est quelque chose de temporaire, et qui doit être relégué au second plan. Il y a des discussions extrêmement difficiles sur les normes comptables, on reprendra le débat sereinement, mais ne nous créons pas plus de difficultés qu’il y en a aujourd’hui. Cela pose un problème crucial : comment démarrer une activité ?

Il y a une certaine tendance à regarder les coopératives qui marchent, mais il a bien fallu démarrer. Cela veut dire qu’il faut traiter correctement la question du capital, cela veut dire aussi qu’il faut se préoccuper de montages de systèmes financiers permettant le démarrage des entreprises d’économie sociale. Il n’y a pas que les coopératives qui sont concernées bien sûr, c’est pourquoi je parle d’assises financières, pas de capital, le mot est trompeur et réducteur, parlons donc d’assises financières. Cela veut dire qu’il faut y apporter tout notre soin –là il y a de l’utopie, il en faut pour imaginer des choses nouvelles –, mais ensuite il faut les transformer en réalités concrètes en ce qui concerne les rôle des institutions spécialisées, comme l’Ides par exemple, en ce qui concerne le système des fonds de développement. Si l’on dit que le capital doit être mis au second plan, une solution est la création de fonds de développement, ce qui existe dans d’autres pays, et au sein des Scop, mais qui n’existe pas suffisamment pour l’ensemble de l’économie sociale.

Il faut également aider à l’émergence de mécanismes propres au développement sous forme de mécanismes de solidarité financière. Ce sont des responsabilités que nous avons, en tant que dirigeants de l’économie sociale, de faire en sorte que ces mécanismes, qui sont différents des mécanismes capitalistes, qui comportent des variantes, existent au service des différentes formes d’économie sociale, que tout cela soit continuellement enrichi, continuellement adapté aux problèmes et continuellement renforcé en termes de capacités d’actions.

L’économie sociale, une alternative ...

Je pense que nous devons marcher ensemble parce qu’il est bien évident que ce n’est pas seulement la technique financière qui est en cause, c’est l’identification des problèmes, ce qui nécessite un dialogue entre les penseurs et les banquiers, si je puis dire, pour reprendre ma phrase réductrice, parce que notre objectif doit être de maximiser nos atouts, que l’économie sociale et les organismes qui la composent ne pallient pas les dérives humaines du marché, qui sont inévitables, mais minimisent le coût des effets destructeurs en offrant à tout moment, non pas a posteriori mais a priori, une alternative dans l’organisation et par conséquent dans l’efficacité au service des hommes.

Je voulais conclure en disant qu’il fallait faire valoir ensemble la liberté d’entreprendre autrement. Je crois que cela n’est jamais fini, jamais abouti et par conséquent qu’il nous faut maximiser nos atouts en mettant au premier rang de nos préoccupations le fait d’entreprendre autrement. Ce qu’il faut bien voir, c’est que le mot entreprendre est aussi important que « autrement ». Cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu’il faut que nous soyons extrêmement actifs sur bien des points ; par exemple, tout à l’heure, j’ai parlé de bien gérer les différences des statuts. Il faut faire avancer les statuts. Tout le travail a été fait à Paris, mais c’est surtout à Bruxelles maintenant que les choses se passent.

Jean-Louis Bancel a parlé de son étonnement devant la Cooperative-Bank anglaise, or, ce n’est pas une banque coopérative. Et pourquoi cela ? Parce qu’il n’existe pas, même si l’ Angleterre est un des berceaux de la coopération, de statuts coopératifs en Angleterre, il existe une pratique coopérative à partir de la loi commune des sociétés ; de plus, il est interdit d’y faire fonctionner une banque sous le statut coopératif.
C’est vous dire l’ampleur des problèmes que nous avons pour avancer et faire en sorte qu’il y ait des statuts coopératifs dans toute l’Europe. C’est la même chose pour les autres familles, il faut qu’il y ait des statuts coopératifs dans les pays candidats mais aussi dans un certain nombre de pays de l’actuelle Union européenne où ceux-ci n’existent pas, – Danemark, Angleterre, par exemple, plutôt dans les pays du Nord – et faire en sorte évidemment que ces statuts coopératifs concernent l’ensemble des activités, c’est le principe fondamental de l’Alliance coopérative internationale.

... à faire valoir

Nous devons aussi être attentifs à cultiver nos solidarités. Au niveau national, on l’a dit, au sein du Ceges notamment ; au niveau européen, et il faut aller à Bruxelles, le travail est essentiel, ce qui se construit en ce moment est tout à fait fondamental ; quand on voit la difficulté de faire prendre en compte l’économie sociale dans la future Constitution, nous avons à nous mobiliser fortement pour faire valoir ce que nous sommes, aux yeux de gens qui ne sont pas forcément fermés, mais qui ont tellement de priorités que c’est à nous de nous glisser dans ces discussions.

Sur la question de l’éducation et des motivations, nous avons un gros effort à faire les uns et les autres, Hubert Prévot l’a dit et je suis tout à fait d’accord avec lui, pour sortir de nous-mêmes et faire connaître ce que nous sommes. Il y a là un vrai problème parce que nous ne faisons pas partie du cursus d’éducation, alors qu’il faut agir à tous les niveaux : école élémentaire, second degré, université.

Puis il y a la démocratie. Jean-Louis Bancel a bien insisté sur la reconstruction nécessaire de la démocratie en même temps que la reconstruction du statut mutualiste ; c’est ce qui nous différencie le plus des autres, et c’est évidemment le plus porteur. Nous devons donc y accorder toute notre attention, en prenant bien garde d’abord de bien figurer dans les débats sur la responsabilité sociale des entreprises, et ensuite de faire valoir que tous ces sujets ne sont pas des réflexions théoriques, ils sont inclus dans notre histoire, dans notre pratique. Prévenus sur ce point, et désireux de le faire, il faut éviter les dérives possibles ! Et, j’y reviens, construire des assises financières, par conséquent des mécanismes financiers à la hauteur des enjeux.

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