Table ronde

NB : Les comptes-rendus du colloque ont été réalisés par la Fonda. Ils n’engagent donc que sa responsabilité et non celle des intervenants. Si vous constatez des infidélités au contenu des interventions, vous pouvez nous les signaler.

Animateur :
- Pierre Vanlerenberghe, Président de la Fonda

Intervenants :
- Pascal Aubert, président de la coordination des fédérations des centres sociaux
- Marion Carrel, maître de conférences en sociologie, Université de Lille 3
- Michel Lasserre de Rozel, adjoint au Maire d’Asnières
- Joëlle Morel, présidente du Comité Métallos
- Henri Rey, directeur de recherche au Cevipof
- Frédérique Pigeon, adjointe au Maire du 18è arrondissement de Paris et conseillère de Paris.

La table ronde a réuni deux élus, deux responsables associatifs et deux chercheurs pour réagir aux résultats de l’expérimentation et apporter analyses et propositions d’amélioration des relations entre élus et associations et de la démocratie locale. La synthèse suivante reprend le contenu de leurs interventions, ainsi que celui du débat avec les participants qui a suivi.

1) Approfondir la participation démocratique

- Une crise de l’offre de participation

Notre pays fait face à une crise de la délégation qui prend plusieurs formes, et qui touche aussi bien les élus, les institutions, les organisations syndicales et partisanes, que les associations. En même temps, les citoyens n’ont jamais été aussi armés pour participer à la vie démocratique et manifestent un désir d’intervenir dans l’espace public.

Alors que de nombreuses démarches dites « participatives » se développent partout sur le territoire, il convient de s’interroger sur les cadres proposés aux citoyens pour participer.

Ainsi, quand on parle de « crise de la participation », il ne s’agit pas d’une crise de la demande, mais de l’offre (Pascal Aubert) : les instances proposées ne fonctionnent le plus souvent pas de manière satisfaisante (Henri Rey) et il faut créer une nouvelle offre, adaptée aux territoires et décisions à prendre.

- Les inégalités d’accès à la participation

Une réflexion doit être également menée sur les absents de la participation. Les petites associations sont peu présentes dans l’espace public, mais les habitants non organisés le sont encore moins. Il existe des phénomènes d’exclusion et d’auto-exclusion qui créent des inégalités importantes dans l’accès à la participation (Marion Carrel).

- Des résistances culturelles

La France se montre particulièrement frileuse au regard des autres pays européens en matière de participation des citoyens et on constate une « peur des paroles collectives » notamment chez les élus, une méfiance du peuple et des formes d’auto-organisation. Ainsi, au problème des « sans voix » s’ajoute celui non moins préoccupant des « sans oreilles » (Marion Carrel).

De même la notion de consensus est-elle dévalorisée en France, avec l’idée qu’un consensus est forcément « mou » et sans contenu opérationnel (Pascal Aubert). Nous devons dépasser ces préjugés et construire du consensus « actif », « dynamique », qui fasse sens et donne des ressources pour l’action (Frédérique Pigeon).

- Des flous sur les règles du jeu

Les tenants et aboutissants des démarches participatives doivent être précisés pour les acteurs qui s’y engagent, qu’il s’agisse de l’information, du rythme des réunions, des finalités et du statut des paroles et expertises recueillies. C’est notamment le lien avec la décision politique qui demande le plus à être clarifié.

L’enjeu est de taille afin de créer un cadre cohérent où les parties prenantes s’associent dans la transparence ; en effet, « les promesses de participation déçue sont graves, elles alimentent et renforcent les préjugés des uns sur les autres et au final la crise du politique ». (Marion Carrel). Pour Pascal Aubert et Frédérique Pigeon, la participation des citoyens et associations doit partir du diagnostic et aller jusqu’à la décision.

Plusieurs pistes sont proposées lors du débat pour améliorer la participation démocratique :

- Utiliser des dispositifs temporaires qui mettent sur un pied d’égalité des associations, des habitants, des élus et techniciens
- Utiliser les supports visuels et numériques
- Articuler les paroles individuelles et collectives grâce à des méthodes adaptées
- Clarifier les objectifs de la participation et ses liens avec la décision
- Créer des dynamiques de laboratoires plutôt que d’observatoires de la participation où sont fabriquées, expérimentées et évaluées des pratiques
- Former les acteurs (élus, associations, techniciens) à l’animation des instances et dispositifs participatifs
- S’inspirer des outils de politiques de la ville en la matière
- Ne pas limiter les concertations à de l’avis des citoyens sur de l’information
- « Il faut revendiquer l’expérimentation dans la démocratie participative, les dispositifs temporaires et adaptés qui inventent de nouvelles formes d’animation de la vie démocratique »
- Mettre à l’ordre du jour des concertations des problématiques qui concernent les « sans-voix » : « dans les conseils de quartier on parle toujours des crottes de chiens mais jamais des problèmes des sans-papiers, de la détresse sociale, ou de la place des minorités »
- Ne pas limiter les concertations aux habitants d’un territoire mais les ouvrir à l’ensemble des acteurs qui y passent. Le territoire n’est pas un espace clos sur lui-même.
- Créer éventuellement une instance tierce, indépendante, qui garantisse la qualité des concertations entre habitants, associations et élus.

2) Structurer les coopérations entre associations et élus

- Définir des méthodes de relations

Le rôle, les attentes de chacun doivent être clarifiés à la base des relations entre élus et associations. Le débat sur l’intérêt général doit avoir lieu afin d’en définir les contours et la division du travail dans sa mise en œuvre entre l’ordre social, le politique et le syndical (Henri Rey)

Michel Lasserre de Rozel évoque à ce sujet son expérience de jeune élu à la vie associative à Asnières. L’écoute est importante dans un premier temps afin d’identifier les attentes des associations, qui ont tendance à voir l’élu selon ce qu’il peut apporter à l’association. L’élu a pour rôle d’éviter des relations consuméristes et d’animer la rencontre entre les demandes des associations et le projet de territoire pour lequel l’équipe municipale a été élue. Ce rôle a une dimension pédagogique.
C’est pour cela qu’une charte de la vie associative a été élaborée pour la ville, qui dessine un cadre dans lequel les relations entre élus et associations s’inscrivent. A partir de cette charte, des objectifs et des moyens à mettre en face seront définis conjointement entre élus et associations. Dans ce processus, M. Lasserre de Rozel insiste sur l’importance des relations humaines et interpersonnelles afin que les attentes de chacun soient prises en compte.

Cette définition d’un « pacte de coopération » (Pascal Aubert) est la base de la reconnaissance réciproque de la qualité de partenaire, avant la répartition des tâches, la définition d’un calendrier et des conditions d’évaluation.

- Sécuriser la vie associative

Les associations ne peuvent remplir leur rôle de partenaires si elles sont sans cesse dans l’urgence de la recherche de moyens pour survivre : « on ne peut pas innover si on est en situation d’insécurité totale » (Pascal Aubert).

C’est pourquoi l’une des missions des élus est de participer à la sécurisation des structures associatives en termes de financements et d’emplois. (Frédérique Pigeon). A partir d’un travail avec un groupe d’association dans le 18è arrondissement, un idéal-type d’emploi associatif a été dessiné, qui permette de respecter l’approche par projets en même temps que de faire vivre les structures et de faire face aux contraintes de gestion (emplois associatifs dédiés à l’animation et au management de structures associatives, sans restriction sur les bénéficiaires). Les suites de ce travail sont en cours.

- L’exemple du comité des métallos dans le 11è arrondissement.

La comité métallos a été créé au moment du rachat de la maison des métallos par la Mairie de Paris, afin de porter auprès des élus un projet de lieu culturel et d’animation du quartier ouvert et approprié par les citoyens. Joëlle Morel évoque les différentes phases de la mobilisation, allant de l’espoir à la déception de voir que les revendications du comité n’ont pas été entendues par les élus qui ont parfois fait preuve de réticences et de mépris pour cette mobilisation citoyenne.
Cela soulève une question importante : comment une association peut-elle faire entendre sa voix au sujet de la gestion d’un établissement public de quartier ?

A l’heure actuelle, un nouveau directeur va être recruté : le comité métallos se mobilise de nouveau, espérant qu’il pourra être mieux entendu cette fois-ci. Il a mis en place un processus participatif avec les habitants au sujet du lieu (questionnaires, entretiens) et rencontre dans la mesure du possible les candidats au poste afin de les sensibiliser au projet. C’est ainsi que cette démarche doit à la fois renforcer le partenariat avec les élus, et la qualité de mobilisation sur le territoire, cette dernière garantissant l’indépendance et la force des projets portés.

- L’interassociativité

Un autre rôle de l’élu est de favoriser les rencontres entre les associations du territoire qui se connaissent peu entre elles. Les associations ont tendance à croire qu’elles sont seules à agir ou qu’elle le font le mieux.

A ce sujet, les structures telles que les maisons des associations ont un rôle important qui doit être mieux défini et mieux connu. De même les chargés de mission dans les municipalités ont un rôle de facilitateur des relations.

- Le rôle de l’administration

Il est important, d’autant plus que selon plusieurs intervenants il a beaucoup plus évolué ces dernières années en matière de relations avec les associations et les habitants, que la posture des élus.

Des propositions sont esquissées par les intervenants pour améliorer le cadre des relations entre élus et associations :

- Créer des emplois associatifs aidés adaptés aux besoins des structures
- Définir des règles du jeu, par exemple par l’organisation d’un comité de pilotage associant des citoyens et associations autour d’un projet municipal, qui fonctionne dans la transparence
- Financer une expertise citoyenne lors du lancement d’un projet afin que les citoyens se l’approprient, le comprennent et donnent leur avis.

3) Extraits du débat avec les participants

- « Il faut arrêter de dire que les élus c’est l’intérêt général et les associations sont les intérêts particuliers. Moi tous les jours je vois des élus qui ont des intérêts particuliers et des associations qui défendent l’intérêt général ».

- « Le poids des échéances électorales augmentent les tensions dans les relations entre élus et associations et peut générer des promesses déçues ». Une participante évoque un projet porté très haut auprès de la population au moment des élections, puis qui n’a pas trouvé de débouchés une fois les échéances passées. « Que faire pour toutes ces associations qui naissent, en particulier celles qui justement portent la parole des sans-voix, et à qui on fait passer un examen à travers les dossiers qui n’en finissent pas et les procédures les plus diverses ? Une association ancienne est facilement reçue pas l’élu, mais toutes les petites associations galèrent ».

- « Il n’y a pas de case administrative pour les projets innovants. Comment on fait alors pour être soutenu si on ne rentre pas dans les clous ? ».

- « La démocratie locale ne doit pas se laisser enfermer dans le localisme, sinon elle est morte. Il faut réfléchir aux échelons intermédiaires et chainons manquants de la démocratie participative ».

Partager cet article

Un message, un commentaire ?
Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?