Synthèse grands témoins

NB : Les comptes-rendus du colloque ont été réalisés par la Fonda. Ils n’engagent donc que sa responsabilité et non celle des intervenants. Si vous constatez des infidélités au contenu des interventions, vous pouvez nous les signaler.

De retour en plénière, à 16h, Jean-Pierre Duport, Vice-président de la Fonda et rapporteur général des ateliers, a repris les principales propositions qui ont été discutées, avant d’animer une discussion entre Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République, et Antoine Bevort, professeur de sociologie au CNAM et membre du LISE-CNRS.

Intervention de Jean-Paul Delevoye,
Médiateur de la République

Notre société doit s’interroger sur la transformation de la relation entre le collectif et l’individu et la brutale disparition de l’esprit de citoyenneté.
Le vrai sujet depuis quelques années en matière de démocratie est de se poser les bonnes questions et c’est là que les décideurs politiques peuvent être aidés.

Nos consciences collectives ne sont plus guidées par nos choix personnels mais par les émotions que nous ressentons du fait des médias (banalisation de la violence et réactions à cette banalisation). Le milieu politique, qui est un milieu de décisions, ne peut pas éveiller les consciences et le sens critique et c’est peut-être la vie associative qui peut permettre d’atteindre cette capacité d’éveil.

Nous sommes à un moment compliqué pour le politique parce qu’il voit se réduire son espace temporel à la conquête du pouvoir de son futur mandat alors que la vision doit être à moyen et long terme. Donc comment lui permettre d’élargir sa vision au-delà de son mandat électoral ? Il faut un accompagnement du décideur politique pour élargir sa temporalité, sa spécialité, et lui permettre de résister à la pression médiatique. Il y a là une relation extrêmement forte entre le milieu associatif et le milieu politique.

Il est important que le milieu associatif soit un milieu de réflexion, de recul et de veille car à l’évidence le politique ne peut pas tout voir et tout savoir.

Pour ce qui est de la transparence et de l’exemplarité : l’État et le politique ne peuvent pas demander aux concitoyens ce qu’ils ne s’imposent pas eux-mêmes. Mais il faut avoir les mêmes exigences de transparences lorsque l’on est associatif. L’exemplarité vaut dans les deux sens.

En ce qui concerne une charte de concertation, les associations sont trop souvent considérées par les élus locaux comme une source de problèmes et les associations considèrent les élus comme refusant de partager le pouvoir. Pour échapper à cela on peut développer la contractualisation : établir des contrats d’objectifs entre le décideur politique et le décideur associatif.

La vertu des associations n’est pas de partager le pouvoir, c’est de le questionner, de l’interpeller et de veiller à ce que les décisions soient bonnes. A partir de là nous aurons peut-être la capacité de faire en sorte que dans notre société dite moderne, chacun se sente acteur, donc responsable et utile. Et nous aurons la possibilité de savoir qui nous sommes parce que grâce à la vie associative et à la politique nous aurons donné un sens à notre vie.

Intervention d’Antoine Bevort,
Sociologue, professeur au CNAM

- Nous vivons une démocratie « paradoxale », c’est à dire une forte défiance à l’égard des institutions et en même temps à une forte demande de participation des citoyens qui constatent cependant que les institutions ne les écoutent pas. Pourtant il y a une évolution en cours, y compris du côté des politiques (expériences participatives).

Les performances des institutions politiques reposent sur la vitalité du tissu associatif, mais sur quoi repose la vitalité du tissu associatif ? D’une certaine façon les associations participent à la crise de la démocratie représentative, elles se sont trop calquées sur la notion de représentation. Elles ne se posent pas assez la question de « faire des adhérents » : associer c’est d’abord associer les personnes et faire reposer notre fonctionnement sur des habitants.

- Les associations participent à la définition et à la réalisation de l’intérêt général (bien commun). L’intérêt général change selon l’époque et le pays. C’est donc d’abord un choix politique.

Jusqu’où porte notre responsabilité en matière de définition et de réalisation de l’intérêt général ? Sommes-nous simplement des conseillers du prince ? Devons-nous éclairer la décision ? La décision se partage et c’est une révolution culturelle pour la France.
Ont été proposés lors des ateliers la création de conseils consultatifs, le référendum d’initiative populaire et également le tirage au sort. Cette une question qui met en cause beaucoup de fonctionnements y compris les fonctionnements associatifs.

- La reconnaissance des inégalités devant la participation.

A quoi servent de développer des démarches participatives si ce sont les mêmes qui participent et qui occupent les positions de pouvoir ?
Avant de se poser la question de la « formation » des citoyens, il faut se poser celle de l’écoute qu’ils reçoivent. Les citoyens ont compétence dès lors qu’ils ont toutes les informations nécessaires et le temps de délibérer, ils arrivent alors à des conclusions fondées. C’est la démocratie qui rend apte. L’imagination doit être de mettre en place des dispositifs ou de les faire connaître.

- La nécessité d’aider et de reconnaître les associations, leur donner des moyens.

Le problème c’est jusqu’où ? Quel équilibre entre les professionnels salariés et les militants ? Quel rôle des adhérents, quel rôle du financement qu’apportent les adhérents par leurs cotisations ? Le monde associatif repose de moins en moins sur la force militante bénévole.

En conclusion, il faut mettre en réseau nos expériences pour progresser et profiter d’internet pour faire des réseaux ouverts et faire fructifier l’intelligence collective.

Conclusion de la journée par Jean-Pierre Duport, Vice-président Fonda

Après avoir remercié les partenaires et organisateurs de l’évènement, Jean-Pierre Duport a rappelé certains points essentiels qui ressortent des débats :
- la démocratie est une lutte quotidienne, et la participation des citoyens doit être l’un des fondamentaux de notre République ;
- la journée a appelé les associations à balayer devant leur porte et mis en avant les efforts à faire pour améliorer leur fonctionnement et leur gouvernance ;
- le cassage des structures fédératives à l’oeuvre par l’Etat n’est pas une orientation convenable de politique associative : le basisme n’est pas une solution pour une bonne démocratie associative ;
- la démocratie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas : la journée a montré les difficultés, les enjeux des relations entre élus et associations, ainsi qu’en matière de démocratie locale, mais aussi les nombreuses pistes d’amélioration possible et le travail qu’il reste à acocmplir pour une démocratie vivante où l’ensemble des citoyens trouve leur place.

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