Retour sur les propositions d’un Parlement éphémère
Publié par L’équipe Fonda le 7 décembre 2016

Retour sur les propositions d’un Parlement éphémère

La tribune fonda n°232 - Démocratie contributive : une renaissance citoyenne

FOCUS │Par Charlotte Coubert Belarabi

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Dans son article « Un parlement éphémère », à paraître dans la revue La tribune fonda n°232 sur la démocratie contributive, Charlotte Coudert Belarabi, chargée de mission éducation populaire et culture au sein de la Fédération Régionale des Maisons des Jeunes et de la Culture de Champagne-Ardenne, revient sur une expérience menée sur ce territoire : celle de la création, dans le cadre de la mise en œuvre un plan d’action global « éducation populaire et culture » et suite à une étude-action, d’un Parlement éphémère, réunissant une large diversité d’acteurs : institutions culturelles, associations et fédérations d’éducation populaire, étudiants, collectivités territoriales…
De ce parlement éphémère, organisé en 2015, ont émergé différentes propositions visant à la préparation collective, en 2016, d’actions concertées sur le territoire pour renforcer les réponses offertes aux populations en matière de culture et d’éducation.


Découvrez ci-dessous quelques-unes des propositions formulées.


Proposition 1

Instaurer des espaces de dialogue culturel à l’échelle des bassins de vie ?


> État, collectivités, acteurs culturels du territoire, réseaux création artistique et patrimoines, …


En complément des dispositifs d’EAC existants dans les territoires, destinés de fait aux enfants et adolescents scolarisés, mettre en place une instance (type commission permanente) sous l’impulsion de l’ensemble des acteurs culturels, pour concevoir, organiser et assurer le suivi d’un « Parcours d’éducation artistique et culturel tout au long de la vie » concernant l’ensemble de la population d’un bassin de vie.


Un plan d’éducation artistique et culturel pourrait être élaboré avec le soutien politique et financier des collectivités publiques et privées.
Les missions de cette commission permanente seraient de :

  • organiser une écoute bienveillante de la population et des acteurs culturels
  • favoriser la coopération entre acteurs culturels et garantir la diversité de ceux-ci
  • faciliter l’appréhension des réformes et des dispositifs en cours dans le champ artistique et culturel
  • réviser les modèles économiques d’intervention culturelle dans les bassins de vie et rechercher des financements nouveaux, notamment européens
  • mettre en œuvre des outils de capitalisation des actions
  • assurer les connexions avec les autres bassins de vie


Cette commission permanente serait dotée de moyens humains, techniques et financiers pour atteindre ses objectifs.


Proposition 4

Reconnaître et valoriser le travail des associations d’éducation populaire dans le champ artistique et culturel


> État (DRAC, DRDJSCS), collectivités territoriales, associations d’éducation populaire, réseaux création artistique et patrimoines, ….


  • Sensibiliser les élus locaux à la culture et l’éducation populaire.
  • Rapprocher les associations d’éducation populaire œuvrant dans le champ artistique et culturel des politiques publiques de la culture par des chartes régionales culture/éducation populaire, des conventions croisées, un soutien politique et financier des actions culturelles mises en œuvre par les associations dans les territoires.
  • Rapprocher les acteurs par des formations croisées mobilisant les OPCA, les structures de formation, par l’établissement d’un nouveau référentiel adapté de métiers / diplômes pour que ceux-ci ouvrent sur un emploi culturel fluide, tant dans les associations, les collectivités, les services de l’État, les institutions culturelles, ...

Proposition 5

Construire un projet de coopération pour un territoire


> Acteurs culturels du territoire, acteurs économiques, élus des collectivités, réseaux création artistique et patrimoines, services de l’État concernés, …


Constituer un groupe, une assemblée locale comme instance de concertation, de réflexion collective et d’action, qui aurait comme fonction de définir un cadre de coopération qui respecterait les identités de chacun et mettrait la question de l’expérimentation au cœur de la démarche.
Ce groupe, cette assemblée, regrouperait les acteurs politiques du territoire, la société civile, les acteurs des champs culture, économie, développement durable, etc…

Mobiliser les moyens possibles : programmes européens (LEADER), outils numériques collaboratifs, centres ressources territoriaux, création d’un fonds pour le financement de projets territoriaux « Recherche Innovation », prime à la coopération.

Proposition 6

Contribuer au décloisonnement des différents acteurs de l’éducation et de la culture


> Acteurs de la culture, de l’éducation, de l’éducation populaire, services déconcentrés de l’État, collectivités, réseaux création artistique et patrimoines, OPCA


Organiser annuellement une journée banalisée de co-formation des acteurs de l’éducation et de la culture en région. Cette journée sera portée et reconnue par l’ensemble des employeurs, instances associatives, partenaires concernés (OPCA…) pour permettre la participation de tous-tes.

Elle regroupera les acteurs de l’éducation populaire, de la culture, de l’éducation nationale et des pouvoirs publics (État, collectivités…)
Elle sera basée sur un principe de co-formation des acteurs autour de sujets et préoccupations communes.
Elle sera organisée sur un mode participatif permettant des temps de débat, d’échanges de pratiques et savoirs et de délibérations. Afin de célébrer ce temps collectif, la convivialité et la dimension festive seront présentes.



Proposition 9

Faire évoluer les relations entre les associations et les pouvoirs publics et sortir du mode de financement par projet, assimilé à l’appel d’offre


> État, collectivités, associations, chercheurs, …


Créer une instance régionale pour le dialogue entre les associations d’éducation populaire et les décideurs des politiques publiques de la culture. Cette instance devrait être positionnée au niveau de la nouvelle région ALCA.

Reconnaître les instances représentatives des associations comme de véritables interlocuteurs en renforçant/élargissant le rôle des instances existantes telles que les CRAJEP (Comité Régional des Associations Jeunesse et Éducation Populaire) et les ouvrir davantage au dialogue avec les élus et acteurs artistiques et culturels de la région.

Établir des regroupements d’associations à partir des bassins de vie, indépendamment de la cartographie administrative, pour que la population se retrouve dans son cadre réel de vie et d’activité. Élection de représentants associatifs au niveau de ces bassins de vie.

Systématiser les conventions trisannuelles d’objectifs avec garantie de moyens, sur la base d’une co-écriture entre collectivités territoriales, État, associations, acteurs culturels et éducatifs locaux.

Affirmer le principe d’une confiance mutuelle donnée à priori. Les points de co-construction de ces conventions concernent principalement les besoins repérés, les objectifs, les modalités d’évaluation.

Toute association signataire d’une convention d’objectifs avec au moins l’une des collectivités publiques (État ou collectivité territoriale) devrait être reconnue comme interlocutrice des instances publiques et, à ce titre, sollicitée pour la définition/évaluation des politiques publiques de la culture.

Proposer une alternative aux critères d’évaluation imposés par les administrations qui ne correspondent pas aux dimensions temporelles, spatiales, qualitatives… de l’action sur le terrain. Les indicateurs d’évaluation seront élaborés par les représentants d’associations et revus régulièrement.

Et en attendant de mettre en œuvre une alternative (convention trisannuelle, …) aux conditions des appels à projets qui ne correspondent pas aux attentes des associations :

  • ouverture des jurys d’attribution des appels à projets aux représentants des associations.
  • co-construction des cahiers des charges des appels à projets avec les associations.

Proposition 11

Repenser les dispositifs et appels à projets proposés par les collectivités


> État, collectivités territoriales, fédérations et coordinations associatives

  • Assurer un suivi personnalisé des projets (pour ne pas en rester à une simple instruction administrative)
  • Rencontrer les acteurs sur le terrain pour acquérir une meilleure compréhension de l’impact des projets dans les territoires et auprès des populations.
  • Alléger le suivi administratif des dossiers.
  • Faire plus confiance aux associations : financer plus de temps pour l’action culturelle et passer des conventions trisannuelles d’objectifs et de moyens.

Proposition 12

Pour une architecture et des équipements au service des missions et des activités artistiques et culturelles des associations


> Collectivités territoriales, autres propriétaires publics et privés de bâtiments pour un usage public, associations, programmateurs, architectes, écoles d’architecture, artistes, chercheurs, fédérations et réseaux associatifs thématiques (musiques actuelles, jeune public...)

Développer du lien entre concepteurs et utilisateurs du lieu : co-construction et contribution commune au cahier des charges par l’implication du territoire de vie et des acteurs qui le composent dans la construction et l’élaboration de projets.
Faire accompagner le processus de conception de lieux animés par les associations d’éducation populaire par des professionnels de l’architecture : pas un projet d’architecte au service des utilisateurs, mais un projet des utilisateurs et gestionnaires du lieu accompagnés dans une démarche globale, novatrice et prospective.
Mettre en place des processus pour que chaque personne puisse trouver « naturellement » sa place dans ces lieux.
Favoriser l’entraide, le partenariat, la mise à disposition d’espaces entre les structures pour permettre la réalisation d’un projet (envisager cette clause dans les conventions de mises à disposition de locaux par les collectivités propriétaires des bâtiments)



Proposition 14

Investir de nouveaux territoires d’expérimentation et d’innovation pour renouveler et redynamiser les pratiques


> Collectivités publiques, acteurs de l’éducation populaire, réseaux de la création artistique et des patrimoines, …

Mettre l’espace public au centre des démarches artistiques et culturelles, développer les interventions en mobilisant une diversité d’acteurs :
-  Co construire et expérimenter des modalités d’intervention novatrices dans l’espace public
-  Privilégier les interventions dans l’espace public créant de la convivialité, des modes participatifs, une visibilité de l’action, ...
-  Investir les lieux de vie de la population (places, marchés, sorties d’établissements scolaires, quartiers de vie populaires, rencontres festives ouvertes...)
-  Travailler à l’essaimage des pratiques et à la valorisation de celles-ci.

Faire reconnaître la pertinence de ces modes d’intervention aux acteurs institutionnels pour qu’ils soutiennent et financent ces nouveaux territoires d’expérimentation et d’innovation.



Proposition 15

Redonner aux associations d’éducation populaire la capacité d’innover dans le champ artistique et culturel


> État, collectivités, associations, institutions artistiques et culturelles

  • Revendiquer l’attribution de subventions de fonctionnement qui pérennisent la capacité de l’association à agir dans la mise en œuvre de politiques publiques concertées sans passer nécessairement par des appels à projets.
  • Créer un laboratoire régional de recherche en Éducation Populaire (veille, valorisation, lieu ressources, expérimentation pilote) qui associe largement les associations, les institutions culturelles, les artistes, les élu-e-s culture et vie associative des collectivités, l’État (DRDJSCS, DRAC, DIRECCTE, Éducation Nationale, DRAAF)

Proposition 16

Rendre obligatoire la concertation ouverte et évolutive entre les acteurs à l’échelle des territoires (associations, institutions culturelles, sociales et éducatives, collectivités)


> Collectivités territoriales, associations, acteurs de l’éducation, du social, de la culture

  • Changer les rapports avec les collectivités, ne pas se limiter à une relation financière entre celui qui demande et celui qui donne. Revendication de participer à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques publiques locales, territoriales, nationales.
  • Participer à la création et l’animation d’un réseau d’acteurs des champs éducatif, social, culturel afin de favoriser la connaissance et la reconnaissance mutuelle des différents acteurs.
  • Dans le cadre de la création de la grande Région, créer une dynamique à l’échelle départementale pour conserver la proximité avec la population.

RÉSUMÉ EN MOTS ET PHRASES-CLEFS DES PROPOSITIONS VOTÉES EN PLÉNIÈRE :


« Comment instaurer un nouvel espace de dialogue culturel à l’échelle d’un bassin de vie ? »
Commission permanente ; écoute bienveillante ; observation ; territoire de vie ; diversité des acteurs ; liberté de parole ; parcours d’éducation artistique et culturel tout au long de la vie ; droits culturels ; coopération ; affirmation des valeurs communes ; révision des modèles économiques ; innovation et expérimentation


« Comment reconnaît-on et valorise-t-on le travail culturel réalisé par les structures d’éducation populaire ? »
Rapprocher éducation populaire et culture ; passerelles ; conventions croisées ; formation ; sensibilisation des élus locaux ; reconnaissance et soutien aux associations culturelles et socio culturelles


« Comment construit-on un projet de coopération sur un territoire ? »
Instances de concertation locale ; réfléchir et agir ; ouverture aux acteurs culturels, sociaux, politiques et économiques ; usage outils numériques collaboratifs ; centres de ressources ; recherche innovation territoriale ; prime à la coopération


« Comment contribuer au décloisonnement des différents acteurs de l’éducation et de la culture ? »
Journée annuelle commune ; reconnaissance et soutien par employeurs ; échange de pratiques et de savoirs ; débat ; co-formation ; rassembler acteurs éducation populaire, éducation, culture et collectivités publiques ; formation et convivialité ; comité de pilotage inter partenarial


« Comment changer les relations entre les associations et les pouvoirs publics et sortir de la logique de projet ? »
Confiance mutuelle a priori ; co-construction des politiques publiques ; concentration sur besoins, objectifs et évaluation ; co-écriture des cahiers des charges ; conventions trisannuelles d’objectifs avec garantie de moyens ; instances régionales de dialogue associations/pouvoirs publics ; regroupement et élection de représentants des associations au niveau des bassins de vie ; alternative aux critères d’évaluation imposés.


« Comment repenser les dispositifs et appels à projet proposés par les collectivités ? »
Suivi personnalisé des projets ; évaluation qualitative à partir de rencontres sur le terrain ; mesure impact de l’action sur le territoire et les populations ; plus de confiance aux structures ; allégement administratif ; conventions pluriannuelles et non annuelles.


« Comment faire pour que les activités et les missions des structures ne soient pas conditionnées par les lieux ou les espaces à leur disposition ? »
Coopération collectivités / architectes / associations ; co-construction du cahier des charges ; associer le territoire de vie et ses acteurs à la définition du projet ; liens productifs concepteurs / utilisateurs / financeurs, conscience et travail continu sur dimension symbolique des lieux ; entraide entre structures, mise à disposition de locaux, mutualisation d’espaces.


« Comment investir de nouveaux territoires d’expérimentation et d’innovation pour renouveler et redynamiser nos pratiques ? »
Espace public ; visibilité de l’action ; investir les places, marchés, sorties établissements scolaires, quartiers populaires, manifestations festives ; l’espace public avec convivialité ; modes participatifs ; expérimenter avec l’éducation populaire de nouvelles modalités d’intervention ; utilité sociale ; essaimage des actions ; reconnaissance et soutien par les partenaires publics ;


« Il est crucial de redonner la capacité aux associations d’éducation populaire d’innover dans le champ culturel et artistique »
Subventions de fonctionnement ; pérenniser la capacité d’agir ; mise en œuvre de politiques publiques ; inadéquation des appels à projet ; laboratoire régional de recherche en éducation populaire ; veille, valorisation des actions, lieu ressources, expérimentations.


« Nous voulons rendre obligatoire la concertation ouverte et évolutive entre les acteurs à l’échelle des territoires (associations, institutions culturelles, sociales et éducatives, collectivités …) »
Changer rapports associations / collectivités ; au-delà de la relation financière ; contribuer élaboration et mise en œuvre des politiques publiques locales, territoriales, nationales ; besoin d’inter connaissance et reconnaissance mutuelle des acteurs ; création d’un réseau des acteurs (éducation, social, culturel) ; dynamiques de proximité départementales dans le cadre de la grande région.



Liens utiles
Production et diffusion d’un teaser et d’un reportage


Références sur lesquelles s’appuient les travaux de l’étude-action :

  • Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, UNESCO, 2005
  • Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, 2001
  • Déclaration universelle des droits de l’Homme, Nations Unies, 1948
  • LOI n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe)
  • Charte d’engagements réciproques entre l’État, le Mouvement associatif et les collectivités territoriales, 14 février 2014
  • Circulaire Valls n°5811/SG, Nouvelles relations entre les pouvoirs publics et les associations, 29 septembre 2015
  • Charte d’objectifs culture/éducation populaire entre le Ministère de la Culture et de la Communication et les mouvements d’éducation populaire, 30 juin 1999


EN SAVOIR PLUS
Pour lire l’article de Charlotte Coudert Belarabi sur l’expérience d’un Parlement éphémère « éducation populaire et culture » en Champagne-Ardenne, commandez la revue tribune fonda n°232.



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