Problématique évaluation et accompagnement

Cette note propose un cadrage du travail qui pourrait être mené par la Fonda autour de ce thème, qui est d’importance pour les associations confrontées à de plus en plus de difficultés avec l’application des dispositifs et mécanismes de la LOLF. Il serait important que chacun réagisse à cette proposition afin que nous puissions encore l’enrichir.

Sources et ressources

Les thématiques de l’évaluation et de l’accompagnement ont fait l’objet de nombreux travaux et recherches. Il est hors de question d’envisager que la Fonda les récapitule .

Trois documents récents peuvent cependant être cités, comme témoignant de l’état de la recherche et de la production, ce qui n’est pas oublier d’autres auteurs :

► « Evaluer l’utilité sociale de son activité. Conduire une démarche d’auto-évaluation », Culture et promotion et Avise, Les cahiers de l’Avise, n°5, 2007, 122 pages.

Le Guide de l’Avise sur l’évaluation de l’utilité sociale de l’activité associative se fonde sur l’expérience de l’accompagnement que Culture et Promotion a acquise, depuis 1999, en travaillant avec 70 structures, qu’il s’agisse d’accompagnement d’une structure sur site ou d’accompagnement collectif regroupant plusieurs associations, avec un temps de travail auprès de chaque structure. Parmi ses partis pris méthodologiques, le Guide de l’Avise indique que l’évaluation de l’utilité sociale, à un moment donné, se différencie, en principe, de l’évaluation du projet associatif et de ses finalités au caractère plus permanent. S’il n’existe pas pour l’Avise une seule démarche d’évaluation de l’utilité sociale, la démarche proposée repose sur une auto-évaluation assistée par un accompagnateur qui vient en appui à un travail qui relève de la structure. Le parti pris méthodologique avancé par Culture et Promotion est celui d’une approche qui « entre dans une logique de suivi-évaluation qui permet à l’association de disposer d’outils de suivi de ses activités, s’inscrivant dans une démarche pérenne ».

► « Autoévaluation des associations et de leur utilité collective. Guide méthodologique pour évaluer actions associatives et projets collectifs »,
Fonda Rhône-Alpes et Région Rhône-Alpes, avril 2006, 126 pages.

La démarche de la Fonda Rhône-Alpes autour de l’autoévaluation des associations et de leur utilité collective se fonde sur ses expériences d’accompagnements de démarches d’évaluation dans des associations ou groupes d’associations (ex : Grenoble). C’est parce que, depuis des années, la Fonda Rhône-Alpes repère des actions innovantes, accompagne des projets collectifs d’habitants, agit sur les territoires, qu’elle a pu, souvent à la demande des acteurs locaux, développer des méthodes d’évaluation de l’utilité collective de ces projets et innovations. Il s’agit en l’occurrence, à chaque fois, d’accompagner un processus qui une fois acquis par les acteurs de terrain les rend autonomes. Une des préconisations majeures qui fonde la démarche de la Fonda Rhône-Alpes est de « substituer au dire de l’expert une expérience d’acteur ».

► « L’accompagnement pour les associations », recherche action conduite par la Fonda pour le compte de la Cpca , octobre 2007 ; 100 pages.

La recherche conduite par la Fonda pour le compte de la Cpca ouvre sur trois préconisations : se positionner nationalement sur les enjeux de l’accompagnement, animer une réflexion interne aux coordinations et têtes de réseaux et impulser ou participer à des démarches de collaboration avec l’ensemble des acteurs de l’accompagnement. Elle le fait au motif que « les transformations accélérées de l’environnement associatif et de l’engagement citoyen érigent la question de l’accompagnement en enjeu central : la vie associative, et plus largement le « fait associatif » (y compris dans ses nouvelles formes et modalités) ne se développeront à l’avenir qu’à l’aide de dispositifs d’accompagnement diversifiés, efficaces et réactifs (...) Les logiques militantes de partage et de confrontation des idées favorisent également une montée en généralité des projets individuels et collectifs. C’est dans ce cadre que l’association peut contribuer à la définition de l’intérêt général dans la sphère publique et dans le champ politique » .

1) Exposé des motifs

L’évaluation et, à un moindre titre, l’accompagnement sont aujourd’hui des démarches devenues familières et incontournables, tant pour les entreprises, les institutions et les politiques publiques que pour nombre d’associations . Evaluation et accompagnement renvoient au pilotage du projet et de l’action, là où il s’agit de sortir d’une gestion que l’on peut qualifier d’irrationnel ou à l’instinct. L’évaluation met en regard les résultats et les objectifs de départ. L’accompagnement peut être celui d’une création ou d’un nouveau projet, celui aussi d’un changement, d’une recomposition ou d’une adaptation de l’association. Les deux démarches présupposent donc une volonté de clarification et d’efficacité, de la part de ceux qui s’y engagent.

Si évaluer et accompagner sont deux opérations de nature distincte, des liens existent entre évaluation et accompagnement, sachant qu’une démarche d’évaluation peut ouvrir (ou non) sur une demande d’accompagnement. Il est difficile de concevoir un accompagnement qui ne se réfère pas, peu ou prou, à une évaluation ou, tout le moins, à un diagnostic préalable, à l’inverse, l’accompagnement peut permettre de formuler des critères d’évaluation ou de mieux cibler une procédure régulière d’évaluation.

Aujourd’hui, chacun sait, à peu près, ne pas confondre les procédures d’audit, de révision, d’inspection, de contrôle, avec les processus d’évaluation ou les dispositifs d’accompagnement. Il n’est cependant pas assuré que bien des confusions ne demeurent, dans les mots comme dans les choses. Il est aussi toujours incertain que soient clairement identifiées les différentes modalités, les différentes finalités et, en définitive, les différents enjeux des procédures d’évaluation et/ou d’accompagnement.

- L’incertitude ne concerne pas seulement les différences qui touchent aux terrains considérés : politiques publiques, action sociale, économie sociale et solidaire… Bien des questions demeurent, avec des réponses qui ne sont généralement pas univoques : est-on dans l’espace social, dans l’espace économique, dans l’espace politique ou peut-être dans les trois à la fois ?

- L’incertitude intervient aussi lorsqu’il s’agit de préciser les règles du jeu. S’agit-il de l’intervention ponctuelle d’un expert ? De la supervision périodique d’une hiérarchie ? De la réflexion continue d’acteurs sur les conditions de mise en œuvre de leur projet ? Et/ou de l’apprentissage de nouvelles modalités d’action ?

- L’incertitude est plus grande encore lorsqu’on aborde la question des repères de l’évaluation ou de l’accompagnement. Vise-t-on la mesure d’une normalisation ou celle d’une émancipation ? Le jugement pratique à porter sur cette mesure concerne-t-il l’utilité sociale d’une dynamique associative, la performance économique d’une politique publique, l’impact institutionnel d’un dispositif juridique, … ou la capacité politique des acteurs concernés ?

▲ Du côté de l’évaluation

■ Constats

-  Dans beaucoup d’associations, il n’y a pas ou il y a peu de culture de l’évaluation ; l’évaluation y est d’ailleurs généralement appréhendée comme un contrôle. Il n’y a pas de refus de principe, mais les associations disent n’avoir ni le temps, ni les moyens de s’évaluer.

-  Si l’action économique de l’association est en principe mesurée et commentée à travers les comptes de résultats et de bilan, les rapports d’activité des associations ne sont pas en général et à proprement parler des évaluations du projet et de l’activité.

-  Les pouvoirs publics demandent de plus en plus de comptes aux associations qu’elles subventionnent et/ou contractualisent avec elles : ils imposent, sans concertation préalable, leurs normes et leurs labels (y compris européens), leurs critères et leurs indicateurs d’évaluation et jusqu’à leur méthode et parfois leurs évaluateurs (cabinets, chargés d’étude…)

-  Face à cette injonction ou en son absence, des associations prennent conscience qu’avant toute démarche d’évaluation, elles doivent rappeler (ou définir) leur cadre de référence : projet, priorités, pilotage du changement, dynamique de fonctionnement, critères et indicateurs.

■ Interrogations

Du coup, les résistances que montrent les associations à l’égard d’une pratique régulière et d’une culture de l’évaluation soulèvent encore fréquemment des questions du type :

-  Quels sont les enjeux de l’évaluation, qu’elle soit conduite en interne (par les responsables) ou de l’extérieur (ex : à l’initiative des pouvoirs publics). Est-elle un rendu compte ? Un temps de contrôle ? Le moyen de se défendre ? Un instrument de développement ? Un outil de pilotage ?

-  Comment l’association conduit-elle l’évaluation quantitative et qualitative de la réalisation de son objet statutaire et de son fonctionnement ?

-  Quels moyens se donne l’association pour évaluer aussi sa « spécificité associative » et notamment son utilité sociale et/ou collective ?

-  L’évaluation de l’association peut-elle se priver d’un diagnostic des mutations de son environnement ?

-  Quels outils, méthodes, moyens, ressources - internes et externes - font défaut aux associations pour s’évaluer ?

-  Les termes d’ « auto-évaluation » ou d’ « endo-formation » ne sont-ils pas des pièges, s’ils sont synonymes de refus d’une pluralité de regards, y compris extérieurs ?

▲ Du côté de l’accompagnement

■ Constats

-  Depuis une dizaine d’années, les évolutions de l’environnement percutent les associations et les incitent au changement. Elles ont conduits un certain nombre d’entre elles à mettre en place ou à accepter des procédures d’accompagnement. Nombre d’autres sont réticentes face à la perspective d’un accompagnement du changement par quelqu’un d’extérieur, voire même par un intervenant issu de leur réseau associatif.

-  Si l’accompagnement s’est imposé dans les pratiques professionnelles, il n’est pas toujours facile d’identifier ce qu’il vise (soutien, service, appui, aide…) et de répertorier les processus et méthodes que recouvre une démarche qui s’inspire ou se rapproche de l’apprentissage.

-  Etat et collectivités territoriales prennent des initiatives pour aider la vie associative (ex : dispositif local d’accompagnement, intitulé DLA). Ces initiatives bousculent les pratiques d’accompagnement et de soutien, y compris celles qui sont mises en place par les fédérations et les réseaux associatifs eux-mêmes.

-  Alors même que tout accompagnement est une démarche qui s’inscrit dans le temps, les accompagnements d’associations s’avèrent souvent ponctuels et les accompagnateurs manquent fréquemment de temps pour appréhender l’évolution du projet.

■ Interrogations

Les accompagnements d’association se multiplient, sans que soient encore dissipées un certain nombre de zones d’ombre, d’ambigüités. S’il est acquis que l’accompagnement vise la rationalisation et la professionnalisation d’un fonctionnement au service d’un projet ou autour d’une action, cela ne va pas sans interrogations du côté des responsables associatifs :

-  L’accompagnement vise-t-il à vérifier la conformité d’une gestion et d’une organisation de la vie associative avec un cadre préétabli ou la capacité de mettre de la cohérence entre sens de l’engagement associatif, projet, programme d’activité et ressources ?

-  Alors que l’accompagnement se donne pour objectif de consolider, voire de développer le projet associatif, dans son ensemble, ou sous un de ses aspects, peut-il se priver d’un diagnostic de l’environnement ?

-  Comment l’accompagnement peut-il améliorer le recueil et le diagnostic des besoins réels de l’association, sans s’arrêter à la seule demande immédiate de l’association ou à l’injonction des pouvoirs publics ?

-  L’accompagnement ne passe-t-il pas par une évaluation de l’activité de l’association et des conditions de sa mise en œuvre ?

2) Problématique de travail de la Fonda

La Fonda ne perd pas de vue que l’association n’est pas une entreprise comme les autres : elle repose sur un mode de fonctionnement collectif de bénévoles (et parfois aussi de salariés) qui choisissent de s’organiser autour d’un objet et d’un projet commun. Pour la plupart des associations, l’évaluation comme l’accompagnement du projet collectif renvoient d’abord au pilotage ordinaire du projet par les membres, là où il ne peut se passer de points de situation réguliers, avec à l’occasion un appui extérieur : il est important que l’association revisite régulièrement son projet et son adéquation à l’environnement dans lequel elle s’inscrit. Ce souci n’appelle pas nécessairement un recours à des « spécialistes » de l’évaluation ou de l’accompagnement ! L’évaluation et l’accompagnement des associations n’ont pas davantage à être envisagés dans un rapport exclusif aux pouvoirs publics. Enfin, il n’est pas question de vouloir les réduire à un seul modèle.

Par contre, lorsqu’on prend connaissance des critères et indicateurs proposés par les pouvoirs publics pour mesurer l’utilité sociale, on constate que la majorité d’entre eux ressortent davantage de l’économique ou du comptable traditionnels que d’une volonté de « faire évoluer la société ». Les associations de services et celles qui dépendent de fonds publics font état de la rigidité des critères d’évaluation qui leur sont en général imposés. Il est évident que les associations subventionnées doivent rendre des comptes à leurs financeurs, mais s’agit-il d’évaluation et ont-ils besoin pour cela d’accompagnement ? Par ailleurs, les dispositifs locaux d’appui (DLA) aux associations ont généralement par trop transposés sur la vie associative une méthodologie conçue pour les associations prestataires de service, alors qu’il fallait se donner une autre approche, d’autres méthodes et outils.

De nombreux « textes » et procédures d’évaluation et d’accompagnement peuvent donner le sentiment d’aller dans le sens d’un renforcement de la normalisation et d’une uniformisation des critères (mode de gouvernance, moyen de conventionnement entre associations et État ou collectivités territoriales, demande de garantie des objectifs à atteindre et des résultats à obtenir, etc). Il ne faut pas pour autant que ce risque masque l’utilité pour les associations de se donner des critères et des indicateurs de suivi et de mesure de leur projet, de leur activité et de leur fonctionnement. L’évaluation comme l’accompagnement sont ainsi à considérer plutôt dans le sens de l’émancipation et de l’innovation que dans celui d’une quelconque normalisation. Dans une association, la première chose à évaluer ou à accompagner est la capacité à mobiliser, à utiliser et développer au mieux les ressources bénévoles autour du projet.

→ Considérant ce qui précède, la Fonda pose comme problématique de travail que l’évaluation et l’accompagnement sont aujourd’hui des outils nécessaires à la vie associative, qu’ils se penchent sur partie ou totalité du projet, de l’activité ou du fonctionnement. Si les deux démarches peuvent être dans une articulation féconde, elles participent d’une même problématique qu’il faut clarifier, sous deux angles :

- l’implication des responsables associatifs : la condition sine qua non est que les acteurs associatifs s’engagent et s’impliquent dans les processus en question, qu’ils en soient les acteurs, persuadés qu’il y a là le moyen de défendre et de conforter leur « spécificité associative ». Alors seulement, la frilosité et les résistances à l’égard de l’évaluation et de tout ce qui renvoie à des normes de qualité ne seront plus de mise ;

- la définition de l’utilité sociale ou collective : si l’évaluation et l’accompagnement entrent dans les pratiques des associations, le problème se redouble lorsque le projet de l’association est reconnu d’utilité sociale ou collective par ses membres et par les pouvoirs publics qui peuvent être alors conduits à le soutenir (financement, mise à disposition) ; ces derniers veulent alors en mesurer la pertinence et l’efficacité, au regard de leurs critères et indicateurs.

3) Hypothèse, objectifs et méthodologie de la démarche de la Fonda

■ Hypothèse

L’hypothèse à vérifier, dans le cadre du travail que se propose de conduire la Fonda, est la suivante . L’évaluation et l’accompagnement des associations butent sur trois difficultés qui s’ajoutent au manque de ressources et moyens de mise en œuvre :

● la difficulté de substituer à l’unique regard des experts ou au cadre des financeurs et commanditaires la construction d’un dispositif d’évaluation et/ou d’accompagnement de l’utilité sociale ou collective, avec les acteurs associatifs, ce qui n’exclut pas l’accompagnement d’un tiers ;

● la difficulté de combiner bilans et évaluations ponctuels ou sectoriels des activités ou des actions, avec un suivi et une évaluation permanente et transversale du projet de l’association et de la gestion de ses ressources , un projet dans la durée, confronté à l’agenda des politiques publiques ;

● la difficulté de prendre en compte les mutations et évolutions de l’environnement externe dans une évaluation et un accompagnement des associations qui s’inscrivent nécessairement dans un contexte qui bouge, avec des facteurs qui pèsent sur le projet associatif et la définition de l’utilité sociale ou collective par les acteurs de terrain et les pouvoirs publics.

■ Objectifs

→ S’approprier conclusions et préconisations qui ressortent des travaux déjà réalisés.
→ Elaborer une position « politique » et des propositions autour de la triple question de la place des acteurs associatifs, de la temporalité des projets et du rapport aux évolutions de l’environnement qui infirment les définitions mêmes de l’utilité sociale ou collective, à l’heure d’une évaluation et/ou d’un accompagnement au plus près des acteurs.

■ Méthodologie

♦ Analyser quelques travaux et études sur l’évaluation et l’accompagnement, au regard de l’hypothèse avancée, en dégager une position et des propositions de la Fonda
> Répartir ce travail de documentation et d’analyse entre les membres du groupe ; le consolider ; formaliser une position et des propositions de la Fonda.
♦ Organiser un séminaire, à taille réduite
> Soumettre le travail précédent à quelques chercheurs et responsables associatifs ayant conduit cette double démarche dans leur association ou réseau.

■ Echéances
- Prise de contact et avis des membres du groupe : novembre 2008
- Analyse de travaux au regard de la problématique : déc. 2008/janv 2009
- Séminaire réunissant chercheurs et acteurs associatifs : 1° semestre 2009

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