Pour une radicalisation démocratique
Publié par L’équipe Fonda le 9 décembre 2016

Pour une radicalisation démocratique

La tribune fonda n°232 - Démocratie contributive : une renaissance citoyenne

ÉDITO │Par Yannick Blanc, président de la Fonda



La démocratie donne des signes de fatigue. Un peu partout dans le monde, des tribuns autoritaires sont portés ou confortés au pouvoir. Ils portent un message fort et clair, celui d’une capacité de parler et d’agir retrouvée : dire les choses crûment, désigner l’ennemi, fustiger prudence et précaution, fermer les frontières, refouler l’étranger et, par-dessus tout, exhiber la puissance archaïque de la virilité. On ne peut se contenter ni de dénoncer cette régression démocratique et symbolique sur le terrain de l’indignation morale, ni d’invoquer les valeurs de la démocratie et de la République. Les valeurs ne sont pas des entités métaphysiques, elles n’existent que si elles donnent du sens à la praxis. Et puisque comprendre, ce n’est pas excuser, essayons d’analyser.


Deux phénomènes semblent se conjuguer pour expliquer l’affaiblissement de la démocratie représentative. Le premier est ce que, dans Faire ensemble 2020, nous appelons le courant de la fluidité : pour que la représentation fonctionne, il faut que les individus qui désignent leurs représentants se reconnaissent en eux à travers des catégories d’appartenance, territoriales, sociales ou idéologiques. Lorsque la société devient plus fluide et les individus plus mobiles, ces catégories s’effacent, privant le principe représentatif de sa base anthropologique. C’est ce qui permet de comprendre que la classe politique soit progressivement devenue un monde en soi, professionnalisé, carriériste et endogame. Ces tendances ne sont pas nouvelles, mais elles ont fini par phagocyter la fonction représentative. Le second phénomène est propre à la phase néolibérale de la mondialisation, qui a vu le déplacement et la concentration des pouvoirs hors de la sphère politique. La loi des marchés, l’indépendance des banques centrales et l’irrésistible ascension des GAFA ressemblent, pour le citoyen ordinaire, à une conspiration de puissances échappant autant à son entendement qu’à son influence. Sur cette toile de fond, les institutions démocratiques ont trahi leur promesse en n’empêchant ni le creusement des inégalités, ni l’extension de la pauvreté, ni l’écrasement social et fiscal des classes moyennes. Ce qui s’effondre ainsi sous nos yeux, c’est, au sens littéral du terme, la social-démocratie.


Si la pulsion autoritaire mérite d’être appelée populisme, c’est parce qu’elle répond au désir des peuples de retrouver la place dont le « cercle de la raison » néolibéral avait entendu les expulser en décrétant la fin de l’histoire. Nous croyons, nous, que cette reconquête doit être le fruit d’une renaissance civique et que cela suppose, de la part des citoyens agissants, une véritable radicalisation démocratique. La démocratie contributive est le nom que l’on peut donner à cette radicalisation : elle consiste à élargir le principe démocratique au-delà des limites de l’institution représentative, non en multipliant les instances délibératives et consultatives comme dans la démocratie participative, mais en multipliant les capacités et les occasions de décider et d’agir. La démocratie contributive consiste, en face d’un problème à résoudre ou d’un défi à relever, à considérer le citoyen non comme un usager, un client ou un bénéficiaire, mais comme un acteur, capable d’initiative, porteur de solutions. En éclairant la façon dont l’action collective, le « faire ensemble » se structure en communautés d’action, les travaux de la Fonda ont déjà mis en exergue ce citoyen agissant. Il s’agit maintenant d’envisager le changement d’échelle de la communauté d’action et d’imaginer son articulation aux règles de droit et aux institutions représentatives qui pourraient ainsi retrouver un socle de légitimité.


Au moment où s’ouvre en France la campagne présidentielle et législative de 2017 et où les électeurs s’ingénient, du Royaume-Uni à l’Italie, à déjouer stratégies et combinaisons politiques, la Fonda entend jouer son rôle d’armement intellectuel et moral des citoyens. Face à l’épuisement ou à l’inconsistance de bien des postures politiques, le fait associatif apparaît plus que jamais comme une ressource essentielle pour la revitalisation de la démocratie et comme un antidote puissant aux ravages du populisme. Il est temps pour ceux qui le portent de donner de la voix.


Yannick Blanc, président de la Fonda




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