Pour le bien commun ?

Pour le bien commun ?

La modification du rôle de la société civile au Royaume-Uni et en Irlande

Nous vous prions de trouver ci-dessous la traduction de la synthèse d’une étude réalisée par Carnegie UK Trust, que nous remercions de nous avoir autorisé à la publier.

Présentation de Carnegie UK Trust
par Charlie McConnell, directeur

Carnegie UK Trust est l’une des fondations britanniques majeure. C’est l’une des vingt fondations mondiales créée par l’Américain d’origine écossaise Andrew Carnegie ; plusieurs d’entre elles sont spécialisées dans le soutien à la paix, les droits de l’homme et le renforcement de la démocratie.

Pour le bien commun ? La modification du rôle de la société civile au Royaume-Uni et en Irlande est l’une des recherches chargée par Carnegie UK sur le lancement du nouveau programme Démocratie et société civile. La commission de recherche Carnegie sur le futur de la société civile, présidée par Geoff Mulgan, co-fondateur de Demos, conseiller du nouveau gouvernement travailliste et directeur de la fondation Jeune, est au centre de ce programme.

En confiant à la London School of Economics l’élaboration de ce texte, nous avons élargi la notion de société civile qui dans ce contexte doit être comprise comme l’espace entre le gouvernement et le secteur lucratif. Cela comprend les secteurs associatif et solidaire, les syndicats, les associations cultuelles, les coopératives et les mutuelles, les partis politiques et les fondations philanthropiques.

Le rapport étudie le rôle de la société civile par le biais de l’intérêt grandissant pour le déficit démocratique ; l’effet de la légitimité et de la responsabilité de la société civile ; ce que nous devons apprendre de l’augmentation de nouvelles formes d’action de la société civile, comme les mouvements environnementaux et anti-globalisation ; le rôle des media dans leur manière de dépeindre la société civile ; et la signification possible du déclin de l’activité associative « formelle » comme les syndicats. Les conclusions du rapport sont bonnes, et l’on peut être plein d’espoir concernant la santé et la force de la société civile au Royaume-Uni et en Irlande aujourd’hui.

Une société civile forte et indépendante est une caractéristique importante de toute société ouverte, car elle contribue à bâtir la démocratie et de la justice sociale. Cependant toutes les organisations de la société civile ne soutiennent pas de telles valeurs.
Deux autres études menées par le trust ont également été publiées en juin 2006.

Une analyse de la démocratie britannique et irlandaise, Politiques individuelles (privées ?) : démocratie, participation et recueil d’action, par Greg Power et une partie du travail de cartographie mondiale sur la santé de la société civile conduit par Civicus l’Index de la société civile écossaise, mené par le Scottish Council of voluntary organisations.
La santé de la démocratie britannique et irlandaise est plus que jamais sous microscope depuis les dernières années. Carnegie était représenté à la commission de recherche de Hansard Society’s Puttnam Le parlement sous l’œil public, qui a réalisé un rapport en 2005 et nous contribuons à Rowntree Trusts’ Power Inquiry into Britains’ Democracy – Le pouvoir au peuple, qui a réalisé un rapport en mars 2006.
Pour plus d’information sur nos projets en cours, visitez le site web : carnegieuktrust.org.uk.

Que-est-ce que la société civile ?

Le concept de société civile a inspiré beaucoup de débats et de considérables controverses. Il existe plusieurs manières de distinguer les différentes approches dans la littérature et les différentes utilisations du concept. White (1994) propose une manière de faire la distinction entre les différentes approches conceptuelles de la société civile. Il identifie, essentiellement, une définition sociologique, qui pense la société civile comme un ensemble d’organisations ; une définition politique se rapportant aux relations de la société civile et de l’état, aux processus de délibération, à la citoyenneté, etc. ; une définition éthique se concentrant sur les dimensions morales/éthiques de la société civile.

Howell et Pearce (2002) font la distinction entre les définitions empiriques et normatives de la société civile, qui différencient la vision idéale de ce que devrait être la société civile (relation avec l’État, par exemple) et ce qu’est la société civile en réalité (en termes d’organisations, d’espaces...), une distinction qui peut être très confuse dans un débat. Les interprétations normatives de la société civile sont basées sur les idées de ce que devrait être la société civile. Les idées normatives ont été attribuées en donnant à la société civile son « pouvoir rhétorique ». De même, les définitions idéales de la société civile, comme celles énoncées par John Keane (1998), peuvent servir de repère utile par rapport aux caractéristiques empiriques de la société civile (Hebert, 2003). Cependant, il est également important de noter qu’il n’y a pas une seule vision normative de la société civile, mais plutôt un certain nombre d’interprétations en concurrence (Howell et Pearce, 2002).

D’autres interprétations insistent sur la complexité de la société civile. à cet égard, Hebert (2003) cite l’influence de travaux d’écrivains comme Foucault (1979) qui a montré que la société civile est composée d’un « réseau complexe de relations de pouvoir, ce pouvoir étant exercé non seulement par des individus et des institutions, mais par le biais de discours et de pratiques disciplinaires », et Gramsci qui souligne l’ambivalence de la société civile qui est à la fois un canal par lequel l’état peut recevoir l’aide de ses citoyens et peut également agir comme une force d’opposition à l’état. En effet, les définitions normatives de la société civile ne parviennent pas à saisir l’étendue et la nature des divisions, tensions et étranglements qui caractérisent la société civile (empirique). Dans la même veine, Carothers (1999-2000) conteste les notions répandues d’une société civile « chaleureuse et brouillonne » qui suggèrent que la « société civile représente de manière inhérente le bien-être public ». Il soutient plutôt qu’il est important de reconnaître que « l’intérêt public est un domaine hautement contesté ». De nombreux groupes s’allient sur une question spécifique, il leur importe peu de savoir s’ils travaillent pour le bien commun.

Un autre auteur, Michael Edwards, dans son livre Société civile (2004) distingues trois grandes écoles de pensée sur la société civile :

- la société civile, c’est la bonne société, qui comme montré précédemment évoque une série d’objectifs et d’idées qui reflètent ce que la société devrait être idéalement ;

- la société civile, c’est la vie associative : l’importance des associations et de la liberté de s’associer pour stimuler une culture d’engagement civique remonte à de Tocqueville (voir Howell and Pearce, 2002). Récemment ces idées ont été soutenues par le travail influent de Robert Putnam sur le capital social, qui par définition se rapporte aux « caractéristiques de l’organisation sociale comme les réseaux, les normes et confiance sociale qui facilitent la coordination et la coopération pour un bénéfice mutuel » (Putnam, 1995).

La société civile englobe diverses formes d’association ou d’organisation sociale. Dans cette perspective, la société civile est composée d’associations aussi diverses que les groupes locaux, les associations cultuelles, les syndicats, les grandes Ong qui opèrent à l’échelle nationale et/ou internationale. On peut inclure les partis politiques, engagés dans le développement d’un état, et les groupes radicaux qui se placent eux-mêmes en opposition à de tels objectifs et, dans les cas extrêmes, cherchent à renverser l’ordre établi. Bien que, dans certaines interprétations, la société civile ait été associée uniquement aux Ong (par exemple dans la littérature sur le développement, voir Carothers 1999-2000 ; Howell and Pearce 2002) et aux organisations volontaires et de solidarité (par exemple, dans les analyses sur le tiers secteur), la société civile est un concept bien plus large qui intègre toutes les sortes d’interactions formelles et informelles.

- la société civile, c’est la sphère publique : c’est la dernière école de pensée identifiée par Edwards. La société civile est comprise comme un espace de discussion et de débat, aussi bien que comme celui de l’établissement de liens et de coopérations entre les individus et les groupes. L’idée de la sphère publique est associée à Jürgen Habermas. Hebert (2003) synthétise le point central de sa position comme suit.
Selon Habermas (1989), la sphère publique est un espace dans lequel les thèmes de portée publique peuvent être discutés par des individus à titre privé et dans lequel les résultats doivent, en principe, être décidés selon la seule qualité des arguments.

Habermas était particulièrement intéressé par les conditions sociales qui peuvent faciliter un tel scenario, ou par l’espace pour « plus ou moins de participation égalitaire dans le débat rationnel-critique ». (Calhoun 2000). Au sein de la sphère publique, les groupes d’individus non-institutionnels et informels cherchent de nouvelles voies de participation dans leur environnement proche. Ces actions ne peuvent ni impliquer la défense de la société civile, vis-à-vis de l’état, ni augmenter la qualité de la démocratie (Howell et Pearce 2002). En tant que telle, la sphère publique est une création de la société civile : elle n’est pas absorbée par l’État, cependant, mais s’adresse à l’état et aux types de questions publiques sur lesquelles les politiques de l’état doivent porter (Calhoun 2000).

L’état, la société civile et le marché

Une autre dimension permettant de comprendre la société civile est le « positionnement » de la société civile par rapport à l’état et au marché. C’est évident dans les interprétations qui soulignent l’indépendance de la société civile comme une partie de la sphère publique et celles qui situent la société civile dans un rôle qui tend à contester le pouvoir de l’état.
En plus des délibérations sur la manière dont la société civile doit être définie, il existe également des débats sur les liens entre l’état, le marché et la société civile.

D’un côté, pour certains, l’idée de liens clairement délimités entre l’état et la société civile (ou le public et le privé) n’est pas pertinent et ce depuis longtemps. Le raisonnement derrière cet argument est que les états providence ont traditionnellement empiété sur la vie privée alors que les entreprises privées du marché sont soumises aux réglementations publiques.

D’un autre côté, en Europe de l’Ouest par exemple, on a avancé que des tendances comme la restructuration de l’état providence, des débats sur l’échec de l’état providence selon le modèle de Keynes et la croissance de nouveaux mouvements sociaux ont rendu la distinction entre l’état et la société civile plus pertinente. La restructuration des états providence crée des opportunités pour une plus grande interaction hors du marché du travail et de la maison, espaces conventionnels d’interaction avec l’état providence. Dans ce contexte, combiné avec l’échec de l’état providence selon le modèle de Keynes, le besoin d’une société civile forte et « vibrante » pour contrer l’influence du marché et de l’état, est parti-culièrement important. Le développement de nouveaux mouvements sociaux suggère que la société civile relève ce défi. Cependant, les nouveaux mouvements sociaux montrent également un décalage au sein de la société civile. Ils représentent l’émergence de racines et souvent d’action informelle, qui contrastent avec des structures plus formelles comme les syndicats. Ainsi, ces développements ont, de plusieurs façons, précipités aussi bien les crises que les opportunités pour la société civile (voir Keane, 1998).

Ce débat ne montre pas seulement que les liens entre l’état et la société civile sont ouverts à diverses interprétations, mais qu’ils sont aussi sujets au changement. Ainsi, il est important de considérer la société civile comme une dynamique plutôt que comme un concept statique (Deakin 2001). De plus, la distinction tripartite entre état, marché et société civile est une gageure.

- Où positionner ce qui a été considéré comme faisant partie de la sphère privée, comme la famille et la maison ?

- Les églises et autres institutions religieuses représentent un problème particulier dans la mesure où elles sont souvent aussi puissantes que l’état, tout en en étant séparées.

- De même, que faire avec ces organisations à la limite entre le marché et la société civile, comme les coopératives (communautaires) et les associations coopératives d’épargne et de crédit qui font des bénéfices, par exemple ?

- La position des syndicats au sein de la division tripartite de la société en état/marché/société civile a toujours été ambiguë. Cependant, le problème pour l’avenir est quelle forme l’organisation des salariés prendra-t-elle ?

Ces questions étayent cette étude et seront travaillées par le biais de l’analyse des formes informelles d’interaction et le savoir-faire dans les communautés comme les formes non-institutionnelles d’action directe ; l’analyse du rôle des associations cultuelles, les mutuelles et les syndicats. Cependant, le rapport débute en examinant la nature des relations entre l’état et la société civile.

Pour le bien commun ?

La modification de rôle de la société civile au Royaume-Uni et en Irlande

Résumé de l’étude

Introduction

Ce document donne une vue d’ensemble de quelques-uns des éléments clé et des arguments de l’étude sur la société civile au Royaume-Uni et en république d’Irlande. Le rapport est bâti sous forme d’une étude de cinq juridictions, comprenant l’Angleterre, l’Écosse, le Pays de Galles, l’Irlande du Nord, et la république d’Irlande.

Depuis quelques années, la résurgence d’intérêt parmi les universitaires et les politiciens, sans oublier les citoyens de la société civile, vient de l’idée qu’il existe un déficit dans la société civile au Royaume-Uni et en Irlande. Alors que ces interrogations sont fondées, les assertions concernant ces déficits sont démenties par un ensemble complexe de questions, positions et même processus qui forme et influence la nature et la forme de la société civile dans les cinq juridictions étudiés.

Qu’est ce que la société civile ?

Le concept de société civile a inspiré beaucoup de débats et de controverses. Il existe différentes approches pour définir la société civile, de même que différentes sortes de définitions, la distinction la plus commune étant la conception empirique et la conception normative de la société civile.

Parmi les termes de référence de cette étude menée par Carnegie UK Trust, la société civile est comprise comme un espace d’activité organisé non subordonné au gouvernement ou au secteur lucratif. Elle inclut les secteurs associatif et solidaire, les syndicats, les associations cultuelles, les coopératives, les mutuelles, les partis politiques et les fondations philanthropiques. Il est reconnu que cet espace n’est pas étroitement délimité. Dans tous les pays, il existe une relation étroite entre les politiques publiques et les programmes des gouvernements et des gouvernements locaux et la société civile et également entre le monde des affaires et la société civile, par exemple les programmes (constitués) de responsabilité sociale. Dans les deux cas, il peut y avoir partenariat et conflit d’intérêt.

Thèmes et questions clé de ce document

Gouvernement et société civile : le contexte politique

Le renouvellement civil englobe la rhétorique et l’essence de l’approche du gouvernement à s’engager et à développer la société civile. Il cherche à promouvoir la citoyenneté active, renforcer les communautés et encourage les partenariats dans la prestation des services publics. Le programme du renouvellement civil est fondamental pour comprendre les relations entre le gouvernement et la société civile au Royaume-Uni.

Partenariat : le secteur associatif et solidaire (Sas)

Les compacts de 1998 pour l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Écosse sont l’expression la plus évidente de la reconnaissance par le gouvernement du secteur associatif. Dans les années suivantes, les compacts se sont également développés au niveau local. Au Royaume-Uni, le secteur associatif et solidaire (Sas) se voit comme une extension de l’action associative informelle des citoyens et ainsi inclut une part importante de la société civile. Il a clairement un rôle important à jouer. à bien des égards, le Sas se trouve à un carrefour. Cela est particulièrement évident en Angleterre, au vu des récents efforts de Ncvo pour encourager et faciliter une période de réflexion sur les stratégies pour l’avenir dans les associations et les organisations de solidarité.

Partenariat au niveau local

Le programme du renouvellement civil est inextricablement lié à la modernisation de la gouvernance locale. Cela implique une volonté de culture de partenariats avec la société civile au niveau local (par exemple, les Partenariats stratégiques locaux [Psl]) et une proposition plus récente, les Accords locaux de territoires (Alt). Les partenariats sont considérés comme faisant partie d’une tendance plus large vers le nouveau « localisme » au Royaume-Uni. D’une part, on souligne que le Psl offre aux communautés locales une chance de trouver des solutions locales aux problèmes locaux au sein d’un cadre national plus large. De l’autre, des questions sont posées relatives à :

– dans quelle mesure ces partenariats facilitent-ils la participation des « cross-sections » des communautés locales ;

– la qualité de participation qu’ils encouragent ;

– la légitimité des prises de décision incluant des membres qui n’ont pas de mandat démocratique ;

– les défis que présentent ces partenariats pour les organisations associatives et solidaires dans la mesure où elles doivent concilier les intérêts particuliers avec ceux du bien de la communauté.

Citoyens actifs

L’éducation de la citoyenneté est une partie importante des efforts du gouvernement pour encourager à être des citoyens plus actifs. Cependant, le rôle de l’éducation de la citoyenneté semble avoir été négligé au profit d’une attention particulière à la contribution de la participation volontaire et civique à la société civile.

Le programme du renouvellement civil est étayé par des idées sur la contribution positive que le capital social peut apporter aux communautés. Les études sur le capital social sont utiles car elles nous aident à avoir une perspective plus claire sur l’ampleur et la prédominance de l’action des citoyens. Des études récentes présentent un tableau composite mais cependant largement positif de la « robustesse » de la société civile au Royaume-Uni, particulièrement en termes de niveaux d’action associative et de solidarité.

Renforcer les communautés

Le programme du gouvernement a été influencé par le communautarisme : les individus ne doivent pas être actifs uniquement dans leurs communautés ; ils doivent avoir la possibilité de prendre plus de responsabilité pour le développement de leur communauté. Cependant, le gouvernement a été critiqué pour avoir sous-évalué les activités informelles qui existent au sein des communautés qui sont considérées comme de « la débrouillardise » de la communauté.
La compréhension de l’ampleur et de la nature de la « débrouillardise » de la communauté, et bien sûr de la nature et de la qualité de l’interaction entre les individus semble importante pour observer la société civile.

Les études sur la société civile ont montré que la représentation qu’ont les gens d’une « bonne société » porte sur l’importance de la sécurité personnelle, le respect, la compréhension et les bonnes actions auxquels ils pensent avoir droit dans leur vie de tous les jours. Selon certains commentateurs, il est aussi important de souligner les différents facteurs socioculturels (allant du manque de confiance en soi et de l’intimidation, au sectarisme au sein d’une communauté) qui peut affecter :

– la nature et l’importance de l’engagement des individus dans leur communauté, et

– le succès ou l’échec d’une initiative qui tend à encourager l’engagement communautaire.

Le contexte politique en République d’Irlande

En République d’Irlande, le contexte politique du secteur associatif et solidaire comprend quatre facteurs clé : le Livre blanc pour aider l’action associative (gouvernement irlandais 2000) ; la modernisation de la gouvernance qui souligne l’engagement du gouvernement pour améliorer la qualité des services publics ; le partenariat social, et l’économie « Celtic Tiger ».

Le Livre blanc irlandais pour aider l’action associative cherche à donner « une reconnaissance formelle du rôle du secteur associatif et commu-nautaire en contribuant à la création d’une démocratie participative et d’une société civile ».

Le modèle de partenariat social fournit le cadre pour des relations formelles entre le gouvernement, les représentants du monde des affaires et la société civile, incluant les syndicats et le secteur associatif et solidaire (Sas) en république d’Irlande. L’engagement du Sas est considéré comme fondamental pour aider le gouvernement à s’attaquer aux divisions sociales qui sont assez présentes, malgré la récente période de croissance économique. Cependant, tous les groupes n’ont pas réussi à se faire entendre par cette méthode, notamment les représentants des immigrants et les nouvelles organisations des minorités ethniques. Beaucoup d’associations sont investies dans un rôle de prestataire de services et/ou dépendent des subventions du gouvernement pour survivre. Cela amène à se demander si le rôle des associations comme support du volontariat et de la participation a été sous-estimé. C’est pourquoi, le gouvernement a très récemment mis l’accent sur la stimulation des citoyens plus actifs dans la société irlandaise.

Entreprise sociale et d’aide mutuelle organisée

Traditionnellement, l’aide mutuelle organisée est associée avec les coopératives et les mutuelles. Les associations coopératives d’épargne et de crédit, les entreprises et actions de la communauté, comme les schémas de veille de voisinage, représentent un essor des formes de nouveau mutualisme au Royaume-Uni. Le concept – et la pratique – d’entreprise sociale a émergé récemment pour décrire de nouvelles formes d’activités économiques qui sont utilisées pour atteindre des objectifs sociaux.

Les formes d’aide sociale organisée sont considérées comme pouvant potentiellement apporter une contribution à la société civile par le biais de leur rôle dans le développement communautaire. Cependant, ces formes d’organisation de la société civile apportent également un éclairage sur les relations entre les organisations de la société civile et le marché. D’un côté, certaines entreprises sociales cherchent à agir comme une force pour faire changer le marché – mais certaines occupent une position ambiguë entre la société civile et le marché. D’un autre côté, en plus de chercher à changer le fonctionnement du marché, les formes organisées d’aide mutuelle peuvent aussi apparaître comme une alternative aux pratiques conventionnelles du marché.

Religion et société civile : les associations cultuelles

On voit apparaître dans la littérature des thèmes relatifs aux lacunes de ce que nous connaissons du rôle de la religion dans la société civile. Les décideurs politiques ont été également amenés à porter une plus grande attention au rôle de la religion dans une société multiculturelle. La contribution que les associations cultuelles peuvent apporter dans la prestation de services et le développement/engagement communautaire, par exemple, par le biais d’aides mutuelles informelles de solidarité et de mobilisation des communautés autour de sujets spécifiques sont des thèmes clé dans le corps de cette littérature. Les liens entre la religion et le capital social ont également été explorés, qui, à leur tour, posent des questions sur le potentiel qu’auraient les associations cultuelles à générer des passerelles ou des formes de liaisons avec le capital social.

Syndicats et société civile

Dans la littérature concernant les syndicats au Royaume-Uni et en Irlande, trois thèmes communs ressortent : premièrement, le déclin des adhésions, deuxièmement, les difficultés de certains syndicats à obtenir une reconnaissance et, troisièmement, les modifications des partenariats, par exemple, le rôle consultatif des syndicats auprès des employeurs au niveau de l’entreprise. Ce type de partenariat fait un peu la lumière sur le changement de nature du rôle des syndicats sur le lieu de travail depuis quelques années. Concernant la République d’Irlande, l’analyse du rôle des syndicats porte également sur leur rôle dans le contexte du partenariat social. Cependant, au Royaume-Uni, se dessine une tendance vers plus de considération pour le rôle existant et potentiel des syndicats dans la société civile, avec un déplacement du centre d’intérêt au-delà du domaine des relations industrielles. Les changements constitutionnels comme la décentralisation et aussi la régionalisation ont créé des opportunités pour les organisations de la société civile – les syndicats en particulier – de s’engager sur de nouvelles thématiques. Cela mène à une extension de certaines des fonctions traditionnelles des syndicats et donne aussi des indications sur la façon dont les syndicats peuvent mieux s’engager dans la société civile.

Société civile non-institutionnelle : de la face radicale à la « face sombre »

Récemment, on a vu apparaître une augmentation des formes non-institutionnelles de la société civile. Pour certains observateurs, ces tendances représentent un « défrichage » de la société civile. L’analyse de l’émergence des différents groupes qui favorisent des formes d’action directe par rapport à des formes plus conventionnelles de recommandation et de façon de faire campagne donnent des informations importantes sur :

– les conditions permettant l’émergence des groupes de protestations ;

– les types de stratégies qu’ils utilisent pour assurer leur survie à long terme ;

– le potentiel de tensions ou l’exacerbation des divisons au sein de la société civile.

La « face sombre » de la société civile

L’envergure, les délimitations et manifestations de la « face sombre » est clairement une zone qui nécessite une investigation précautionneuse. Le terrorisme et le crime représentent la société civile dans sa forme la pire mais aussi la plus sensationnelle. Cependant, toute exploration de la face sombre de la société civile demande une analyse détaillée de la manière dont les tensions et les divisions qui existent dans nos cinq juridictions contribuent à l’expansion de ces éléments sombres.

Le rôle de la technologie de l’information et de la communication
(Tic)

Le développement de la Tic offre un potentiel de développement particulier sur ce qui est le côté le plus informel de la société civile. Cependant, le potentiel pour la Tic d’élargir et/ou d’approfondir la participation au sein de la société civile est l’objet de beaucoup de débats. D’une part, il est dit que la Tic a le potentiel d’élargir la participation au sein de la société civile. D’autre part, on avance que cette possibilité d’accroître la participation ne garantit pas que les citoyens deviendront plus actifs en utilisant Internet pour apporter leur soutien à des thèmes particuliers, ou même s’engager plus les uns vis-à-vis des autres. La prédominance d’une division numérique souligne la nature et l’importance des barrières existantes dans la relation avec la Tic.

Le rôle et l’influence des médias

Le rôle des médias dans la société civile se conçoit en termes de témoignage sur les thèmes concernant la société civile. Cependant, dans leur témoignage sur la société civile, les médias ont montré qu’ils ont la faculté d’influencer l’opinion publique et de donner (ou reprendre) la légitimité d’une action ou d’une campagne. Les médias occupent une place ambigüe dans la société civile, si l’on peut dire qu’ils occupent une place vu leur enracinement dans le marché. La question de qui conduit les programmes, comment les programmes de la société civile et les médias interagissent et les conséquences pour la société civile, est posée.

Philanthropie et fondations

Les fondations sont une expression de la philanthropie aussi bien au Royaume-Uni qu’en Irlande. Auparavant, elles ont été traditionnellement identifiées comme ayant un rôle complémentaire à celui du gouvernement. Récemment, du fait du contexte de changement des responsabilités et des rôles du gouvernement, il est plus difficile de faire la distinction entre complémentarité et substitution. Il y a donc des discussions sur les autres rôles que peuvent remplir les fondations, par exemple, un rôle politique ou comment elles peuvent mieux contribuer à faire avancer la justice sociale. En Irlande, les fondations n’ont pas d’identité distincte, beaucoup d’organisations adoptent le label mais pas la forme d’une fondation. Celles qui peuvent être clairement identifiées comme fondations jouent principalement un rôle complémentaire, même si elles aspirent à d’autres rôles en rapport avec l’innovation, le social et le changement politique.

Les recherches récentes ont donné une vision de la culture du don parmi les personnes riches, particulièrement concernant ce qui motive les gens à donner. De nouvelles formes de philanthropie, par exemple la philanthropie d’entreprise, la philanthropie communautaire, la philanthropie de corporation (et la responsabilité sociale de corporation) ont des conséquences non seulement sur les rôles joués par les fondations dans la société civile, mais aussi pour les bénéficiaires. Bien sûr, elles ont la possibilité de façonner le contexte pour la philanthropie dans l’avenir immédiat. En Irlande, le principal défi est comment cultiver la culture philanthropique en profitant de la richesse qui est apparue du fait de la récente période de croissance économique.

Règlement et responsabilité

Récemment, au Royaume-Uni et en Irlande, on observe une tendance significative à la révision et à la réforme des cadres existants (ou au manque de cadres pour l’Irlande) pour règlementer les organisations de la société civile. Cela est important : il a été dit que la loi et la société civile sont inextricablement liées dans la mesure où la première – en partie au moins – produit les conditions adéquates au développement de la deuxième. Au Royaume-Uni, en particulier, les réformes ne se sont pas faites sans polémique, principalement sur ces points : comment une organisation peut-elle prouver qu’elle œuvre pour le bien public, ce qui est nécessaire pour obtenir le statut de « charitable » ? Est-ce que la promotion de la religion constitue un but charitable valable ? Quelles questions les réformes de la réglementation posent-elles sur les perceptions de la responsabilité et la légitimité des organisations de la société civile ?

Conclusions

Voici les thèmes et questions clé émergeant de l’étude : alors qu’il n’y a pas de déficit flagrant dans la société civile au Royaume-Uni et en Irlande, il est clair qu’il y a des sujets à débattre sur la forme et la nature de la société civile pour avancer. Certaines questions clé et des thèmes émergeants de notre analyse de la société civile parmi les cinq juridictions sont les suivants.

La nature de la société civile

- Quelle part de l’action de la société civile concerne le bien public ?

- Dans quelle mesure la multiplication des formes non-institutionnelles de l’action de la société civile représente-elle une reconquête de la société civile ? Que cela signifie-t-il pour ceux qui sont impliqués dans de telles actions ?

Les relations avec le gouvernement

- Comment les relations entre la société civile et le gouvernement sont-elles susceptibles de se développer dans les prochaines années ? Quels sont les scénarios envisagés par le gouvernement ? En quoi diffèrent-ils de ceux envisagés par les organisations de la société civile, le secteur associatif et solidaire en particulier ?

- Dans quelle mesure le rôle futur des associations cultuelles est-il modelé par les efforts du gouvernement pour impliquer ces organisations dans les différentes politiques ? Quels sont les coûts et les bénéfices probables pour les associations cultuelles et plus largement pour la société civile ? Par exemple, comment le rôle croissant des associations cultuelles dans les services influe-t-il sur les relations avec les autres membres du secteur associatif et solidaire ? Comment cela affecte-t-il l’importance que placent les associations cultuelles sur les formes d’aides mutuelles et la « débrouillardise » communautaire ?

- Au Royaume-Uni, comment la décentralisation et la régionalisation affecteront-elles le développement de la société civile dans l’avenir ?

Les relations avec le marché

- Quelle part de l’action de la société civile est consacrée au bien public ?

- Dans quelle mesure les nouvelles formes d’entreprise sociale et d’investissement éthique troublent-elles les frontières entre l’engagement dans la société civile et l’engagement dans le marché ?

Les nouveaux rôles

- Les syndicats : à quoi servent les syndicats ? Par exemple, quels rôles remplissent-ils ? Quelles sont les opportunités pour le développement de nouveaux rôles ? Le développement de nouveaux rôles est-il fondamental à leur survie ? Peut-on rejeter la responsabilité du déclin des adhésions sur les employeurs et le climat économique actuel ?

- Les fondations : quelles sont les implications probables de la popularité croissante pour les nouvelles formes de philanthropie sur les bénéficiaires des dons ? Génèrent-elles une impulsion à donner ? Les nouveaux rôles augmentent-ils la légitimité des fondations en démontrant mieux la nature de leur contribution à la société civile ? Quelles sont les différences et les similitudes entre les défis auxquels les différents sortes de fondations sont confrontées ?

- L’aide mutuelle organisée : comment les formes organisées d’aide mutuelle, notamment les coopératives et les associations coopératives d’épargne et de crédit, guident la base des adhérents pour s’assurer que leur contribution à la société civile ne soit pas éclipsée par les formes d’entreprise sociale ?

Traduit par Florence Grelet

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