Ouverture des travaux

Ouverture des travaux

NB : Les comptes-rendus du colloque ont été réalisés par la Fonda. Ils n’engagent donc que sa responsabilité et non celle des intervenants. Si vous constatez des infidélités au contenu des interventions, vous pouvez nous les signaler.

- Pierre Vanlerenberghe, Président de la Fonda

Ce colloque est un moment décisif dans le processus de travail lancé il y a plus de trois ans ; il s’agit de passer aujourd’hui au concret !

Au départ de cet immense travail, la Fonda a considéré que le dépassement de la crise du politique, de la relation entre mandants et mandatés, passait d’abord par le renouveau de la démocratie locale, où les associations jouent un rôle clé. Elles sont école de démocratie tout en étant l’expression des citoyens, elles peuvent être les médiateurs entre ceux-ci et les élus.

La crise de la démocratie est largement liée à la distance qui s’est créée entre ceux qui savent…ou prétendent savoir (on sait ce que cela a amené récemment sur le terrain économique ou ce que cela produit lorsque la pensée devient dogmatique) et le peuple, le citoyen, alors même que l’éducation généralisée, le développement des canaux d’information, ont rendu possible la participation de tous, participation d’autant plus exigée aujourd’hui dans la crise que des arbitrages parfois douloureux se profilent.

L’apprentissage au niveau local du dépassement de l’intérêt particulier, individuel ou collectif, vers l’intérêt général, à son acceptation délibérée ou à sa construction via la définition de l’intérêt commun, est certainement rendu possible par la proximité des problèmes, des situations, des solutions, portés par les citoyens et les élus.

Le projet des associations de progrès ne peut être simplement d’aider au passage de l’engagement individuel à l’engagement collectif, et de contribuer par là même à la vie démocratique, utile pour la collectivité, le pays, mais aussi de participer, au moins pour certaines d’entre elles, au passage du particulier à la généralité locale.

Une telle démarche exige, j’en conviens, un dévoilement par les élus des critères de justice qui président aux décisions, donc la transparence des arbitrages. Ceci exige également pour eux de trouver les moyens d’aider à une expression claire des habitants ; il exige surtout d’admettre que l’intérêt général local qu’ils sont chargés de porter n’est pas arrêté une fois pour toutes lors des élections ; il est constamment à modifier et à justifier et certaines organisations peuvent contribuer à sa co-construction, selon quels critères, à quelles conditions, voilà des questions qu’il nous faut débattre ici aujourd’hui et certainement à l’avenir à partir du matériau que nous allons tous ensemble aujourd’hui réunir.

- Claire Villiers,
Vice-Présidente du Conseil Régional d’Ile-de-France chargée de la démocratie régionale

Le Conseil régional d’Ile-de-France se réjouit de mettre son hémicycle à la disposition de citoyens et citoyennes, lorsqu’ils veulent organiser du débat démocratique.

Nos réflexions sur la démocratie ne sont pas indépendantes de la situation sociale et économique que nous vivons : les interrogations sur les politiques publiques en sont d’autant plus fortes. Dans le contexte actuel de crise, le débat public en témoigne déjà, il y aura assurément des arbitrages douloureux qui nécessiteront certes du débat public, mais aussi très probablement des rapports de force.

Les formes d’organisation collective servent à organiser le débat public, mais aussi à construire de l’intérêt général, en luttant contre les inégalités. La vie associative est productrice de liens, de sens et de réalisations concrètes ; elle peut aussi produire des rapports de force et des luttes pour arbitrer des choses qui nous paraissent essentielles.

Cette journée est un point d’étape pour rebondir à partir de propositions concrètes, en les inscrivant dans un projet pour l’avenir : le lien entre élus et associations est bien une question démocratique.
La démocratie suppose une construction complexe des relations entre l’individuel et le collectif.

Depuis des années, nous sommes dans une période marquée par l’idéologie et le dogmatisme d’une organisation économique et sociale fondée sur la stricte valorisation d’individus mis en concurrence, l’émancipation personnelle se faisant au détriment des autres. Un effet positif la crise pourrait être de réentendre d’autres voix.

L’émancipation individuelle ne peut pas exister sans des cadres de garantie collective forts. Discuter de vie associative et de démocratie, c’est donc interroger aussi cette articulation entre individuel et collectif.
Dans notre pays, l’organisation des champs associatifs, syndicaux et politiques a, par tradition et par culture, beaucoup pratiqué la hiérarchie et la subordination. A présent, il faut parler de coopération, d’articulation … et de dialectique. Cette articulation complexe entre individuel et collectif est nécessaire et à mettre en œuvre dans la construction des politiques publiques : construire de l’intérêt général afin que chacun et la collectivité y trouve son compte.

Devant tous ces enjeux, l’offensive à laquelle est confrontée la vie associative et la diminution des moyens qui lui sont affectés sont inacceptables et d’une inefficacité totale pour la construction des politiques publiques, à condition que les politiques publiques soient conçues pour l’ensemble des territoires et leurs populations, et pas seulement pour un petit nombre.

Pour terminer, Claire Villiers a soulevé deux questions :

Le dogmatisme de la mise en concurrence ayant été transposé dans le champ social, les élus l’ont appliqué à la vie associative or, elle n’est pas une marchandise. Comment mieux traiter une question politique aussi importante ? En début de mandat, le Conseil régional a voté une délibération affirmant que la Région était « hors accord général sur la commercialisation des services » : en conséquence, il impose aux associations une approche par projet et des exigences administratives inadaptées au monde associatif. La Région n’a pas tiré toutes les conclusions de cette délibération, en particulier dans ses rapports aux associations, afin de construire d’autres relations partenariales, même s’il est entendu que la Région ne pourra jamais remplacer les moyens que l’Etat affectait. Le Conseil régional a commencé à réfléchir avec la CPCA Ile-de-France à des engagements réciproques. Par ailleurs, tout au long du mandat, la délégation à la démocratie régionale a essayé de construire de la mutualisation, de la mise en réseau, pour mettre en œuvre une autre conception du champ politique et du rôle que peuvent y tenir les élus.

Cette journée de travail est soutenue par la Région dans le cadre des « projets citoyens ». Comment mettre en débat ses conclusions, au sein du Conseil régional et dans le débat public ? Aujourd’hui, il faut que le Gouvernement cesse de s’en prendre à l’Education populaire, à l’heure où les citoyens et citoyennes ont besoin d’outils pour comprendre ce qui se passe et être acteurs. Si ce n’était pas le cas, le suffrage universel ne serait que papier et il ne serait pas la capacité offerte d’agir individuellement et collectivement pour la transformation du cadre de vie et davantage de justice et d’égalité.

- Hamou Bouakkaz,
Adjoint au Maire de Paris, chargé de la démocratie locale et de la vie associative

Hamou Bouakkaz cite Jules Romain : « une démocratie c’est d’abord une façon de vivre où les gens osent se communiquer les choses importantes, toutes les choses importantes, où ils se sentent le droit de se parler comme des adultes »

« La démocratie n’est pas le fruit du décret de quelque instance, de l’Etat ou d’une mairie. Elle n’est pas un acquis, pas un laurier, pas un bling bling, pas un privilège de caste ; la démocratie est une conquête du quotidien, le fruit de la lutte jamais achevée de chaque citoyen (…) La vitalité d’une démocratie se mesure à la force de tous ces hommes, de toutes ces femmes, qui agissent sur le terrain et forment le tissu associatif ».

Puis il aborde les menaces qui pèsent sur la vie associative. Le monde associatif n’est pas soutenu par l’Etat à la hauteur de ses besoins. Les engagements du Gouvernement ne sont pas tenus. La réforme de l’INJEP « montre que les conditions du dialogue ne sont pas réunies, à tel point que certains responsables associatifs s’interrogent sur la nécessité de le poursuivre ».

Il rappelle les mots de l’abbé Pierre lors de son appel le 1er février 1954, et reprend :

« Les hommes politiques ne connaissent la misère que par les statistiques. On ne pleure pas devant les chiffres. Assurément, à la Ville et à la Région nous ne sommes pas de ces hommes politiques-là. Et je nous invite à remettre l’humain au premier plan devant les voiles et les murs de fumée des chiffres, des jargons bureaucratiques, des rhétoriques ronflantes ».

« La mise en lien de tous les habitants, les citoyens, tous les acteurs de la vie. C’est à chaque citoyen, chaque association, de faire société. L’élu est là pour faciliter, accompagner ce processus de tissage de lien. C’est à cet égard le sens premier du mot « élu », au sens de legere, originellement « mettre ensemble » ou « décrire ». »

Enfin, Hamou Bouakkaz a rappelé ses engagements et le travail réalisé dans le cadre de son mandat de maire-adjoint de Paris afin de faire des associations le moteur de la vie démocratique à Paris, cite un proverbe persan qui dit que « le savant qui ne met pas en pratique son savoir est une abeille qui ne donne pas de miel », avant de lancer les travaux de la matinée :

« A nous tous de rendre nos échanges fructueux, de persévérer et d’amplifier la dynamique de la démocratie locale, d’en faire non pas un objet de discours mais d’action. »

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