Nouvelles formes d’action et d’organisation associative

En l’absence d’un référent en mesure de porter le lancement d’un groupe de travail et de la réflexion de la Fonda autour de ce thème, le Bureau de la Fonda a confié à Gabriel d’Elloy la mission de proposer un projet de rencontre réunissant les acteurs des différentes études réalisées ou en voie de l’être, en décembre 2008 ou au premier semestre 2009.

Cette note se propose de cadrer cette rencontre :
-  rappel des motifs qui ont conduit la Fonda à retenir ce thème ;
-  études et expérimentations réalisées ou en cours ;
-  enjeux, objectifs et méthode de la rencontre.

1) EXPOSE DES MOTIFS ET DES ENJEUX

Les formes d’engagement et d’action collective se transforment, au sens où émergent de nouvelles modalités d’ « associativité », de « faire ensemble », d’ « être en association ». Des formes et des modalités d’engagement et d’action collective, plus éphémères, plus flexibles, plus informelles et davantage « en réseau » apparaissent. C’est le corollaire d’une société où les liens sociaux et les enjeux collectifs ne se tissent plus de la même manière, quand ils ne s’essoufflent pas ou ne déclinent pas, à l’épreuve de différents phénomènes : nouvelles mobilités territoriales et sociales, nouveaux équilibres entre vie professionnelle et vie personnelle, complexification des parcours et des processus de promotion individuelle et collective, pluralité des appartenances, non-congruence des statuts sociaux, approches plus consuméristes…

→ Le monde associatif n’a pas encore véritablement pris la mesure de ces mutations qui pèsent sur l’engagement associatif et la construction même du collectif ; du coup, il ne prend pas en compte les comportements des contemporains :
° des petites associations, des collectifs ou des groupes, à la croisée du formel et de l’informel, avec des regroupements qui visent une action collective ;
° des nouvelles formes de sociabilité ou d’associativité, de structuration de l’action collective, de mobilisation et d’intervention sur les territoires ;
° des manières différentes de travailler et de communiquer, de constituer un « capital social », de réussir à faire prendre en compte des projet hors des normes politiques, administratives et même associatives.

2) TROIS ETUDES ET EXPERIMENTATIONS REALISEES

■ Séminaire du 17 Janvier 2004 : aspirations des nouveaux bénévoles et répercussions sur les associations.

Ce séminaire avait réuni une soixantaine de personnes. A partir d’interventions de de sociologues et de témoignages d’acteurs associatifs, il avait permis de mesurer à quel point l’engagement et l’action collective ne se vivaient plus aujourd’hui de la même façon. Non seulement de nouveaux bénévoles s’impliquent dans les associations avec des aspirations, des modes d’intervention, un rapport au temps diffèrent, mais encore des associations et des groupes se constituent et fonctionnent plus en réseau qu’en association à proprement parler. Les nouveaux bénévoles aspirent visiblement à des modalités différentes de fonctionnement associatif davantage qu’à de nouveaux projets, encore que la mondialisation ouvre certaines associations à des causes transnationales. Pour reprendre une expression déjà citée, la flexibilité de l’engagement est une donnée qui participe de la culture du moment, tout comme le recours aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Des associations confirment qu’elles s’efforcent de prendre en compte cette évolution de la « culture de l’engagement » au moment d’agréger de nouveaux adhérents ou bénévoles. Elles disent y arriver avec plus ou moins de réussite. D’autres associations s’inscrivent à la charnière entre l’offre et la demande de bénévoles, avec le souci de prendre en compte au premier chef la compétence professionnelle du demandeur de bénévolat, sans éliminer d’autres demandes du bénévole, notamment en termes de périodicité et de durée de l’engagement au regard de ses contraintes personnelles. Il ne faut pas cacher que les aspirations des nouveaux bénévoles prennent souvent à contre-pied l’offre organisationnelle, voire idéologique, des associations qui cherchent des bénévoles. Or, quelle est la vie associative qui est à l’abri de la sclérose, du vieillissement et d’un difficile renouvellement ou rajeunissement de ses membres ?

Pour les associations qui veulent s’ouvrir lucidement à d’autres bénévoles, s’est dégagée à l’évidence une impérieuse nécessité de remettre en question leur fonctionnement et, dans une certaine mesure, leur projet pour associer des bénévoles et éventuellement des salariés dont le degré d’engagement, les compétences, les acquis et les motivations ne sont pas les mêmes. Trois préconisations ressortent de leur expérience : reconnaître une approche du bénévolat par la compétence, dans la diversité des profils et des histoires de vie ; tenir compte du caractère parfois éphémère et flexible de certains engagements bénévoles ; construire la vie associative sur la richesse et la diversité des parcours, des motivations et des engagements bénévoles, dans leur complémentarité mais aussi dans leur grande différence.

→ La Fonda avait le sentiment d’avoir ouvert une réflexion essentielle pour les associations. Il s’agissait de la prolonger, notamment en prenant le temps d’examiner des actions collectives, conduites au travers de collectifs ou de formes d’organisation non associatives.

Expérimentation autour des « groupes informels ». Fonda Rhône-Alpes et Sud-Ouest. Mai 2005- septembre 2006

L’émergence de groupes d’habitants et de collectifs d’acteurs associatifs, notamment sur des territoires urbains (« zones urbaines sensibles ») et ruraux, peu ou mal balisés par les services publics et par les réseaux associatifs, révèle une difficulté des structures associatives comme des institutions publiques à répondre à certaines demandes émanant des citoyens et à prendre en compte des nouvelles formes d’organisation des citoyens.

L’expérimentation a porté sur des groupes « informels » et émergents de pères de quartiers populaires et leur intergroupe accompagnés par Fonda Rhône-Alpes, et sur deux groupes d’associations et d’habitants, l’un en milieu rural et l’autre en milieu urbain, accompagnés par Fonda Sud-Ouest. Ces groupes se caractérisent par la volonté d’œuvrer à un « mieux vivre ensemble », en partant, de là où ils sont, de ce qu’ils vivent et de ce qu’ils savent : expériences d’hommes et de pères des quartiers populaires de l’agglomération lyonnaise, projets divers sur un territoire historique sans existence administrative pour le groupe de communes de Dordogne et de Gironde autour de Sainte-Foy-la-Grande (Pays Foyen), préoccupations partagées de responsables associatifs de communes urbaines de la Rive Droite de l’agglomération bordelaise.

Il s’agissait de démarches citoyennes originales et particulières qui visent à construire une parole ou une action collective et à la faire entendre dans toute sa spécificité, sans en appeler aux vecteurs et aux porte-paroles classiques que sont par exemple les partis politiques, les syndicats, mais aussi les associations, reconnus ou non par les pouvoirs publics. L’objectif est de ne pas dissoudre cette parole, indissociable des conditions qui la produisent, de l’identité de ceux qui l’ont formulée comme du territoire où ils vivent...

Ces groupes se construisent des modes de participation, originaux, avec des modalités particulières de fonctionnement qui peuvent être qualifiées d’informelles, dans la mesure où elles se situent en deçà d’une organisation associative. La Fonda Rhône-Alpes, la Fonda Aquitaine et la Fonda ont vérifié l’hypothèse que les particularités de fonctionnement de ces groupes locaux « informels » peuvent devenir des leviers de mobilisation collective des citoyens, à la condition de trouver des formes d’accompagnement adéquates de l’action de ces groupes sur les territoires leur sont proposées.

Par ailleurs, pour avoir une action efficace sur leur environnement, plus ou moins proche, ces groupes ont conscience de la nécessité de s’alimenter et de se relier à d’autres expériences similaires, de disposer d’outils pour formuler leurs demandes et prendre position sur des enjeux qui dépassent leur territoire. Ils savent que se mettre en réseau et se nourrir des expériences d’autres collectifs, groupes ou associations est indispensable mais ils veulent se relier d’une façon qui leur soit propre, qui reste souple, peu contraignante et donc à inventer.

→ L’intérêt et les limites de cette expérimentation tiennent dans le fait que les « groupes locaux informels » en question ont été catalysés par des associations (Fonda) et des équipements sociaux, par des militants associatifs convaincus que ce type de collectifs ou de groupe se dote d’un minimum d’organisation qui permet à ces groupes des synergies, une souplesse, des dynamiques locales, une expression des « sans voix »…

Expérimentation autour des « projets hors normes ». Paris 18° et 19°.
Mai 2006-septembre 2007.

Dans les 18° et 19° arrondissements de Paris, espaces urbains qui comportent des quartiers où logent et travaillent des populations en difficulté et où la cohésion sociale est un défi permanent à relever, trois associations de proximité, très différentes par leur nature, leur histoire et leur projet, innovent pour prendre en compte et accompagner vers l’espace public des demandes d’habitants non satisfaites ou qui ne sont pas immédiatement « audibles » par les pouvoirs publics. Leur action participe de la prise en compte et de la reconnaissance officielle des projets et des besoins non-satisfaits d’une partie de la population.

L’action expérimentale a porté sur leurs capacités et savoir-faire pour articuler :
▪ l’émergence et la prise en compte d’attentes et de besoins non-satisfaits ou « hors normes » d’habitants ou de groupes oubliés ou exclus et peu ou prou « hors circuits », le quartier étant considéré comme un ensemble de ressources souvent ignorées ou en friche ;
▪ la mobilisation efficace de ressources et de financements publics qui ne sont pas d’emblée attribués à ce type de population ou de demande.

Les conditions d’émergence et de faisabilité des projets hors normes et de la démarche politique qui les porte peuvent être résumées par trois ensembles de préconisations :

● Des équipements ou des espaces porteurs d’innovation dont il s’agirait d’assurer le fonctionnement à l’année d’équipements ou d’espaces pour des fonctions de veille et d’écoute, de mobilisation des acteurs, de montage de projet, de recherche des ressources nécessaires à ces projets, d’accompagnement, de suivi et d’évaluation, leur évitant d’être eux-mêmes en permanence dans des situations de survie ou d’aubaine, de financements aléatoires ou d’exception.

● Des logiques d’intervention et des critères d’évaluation adéquats à la mesure de démarches collectives et d’actions hors normes, afin de garantir notamment la prise en compte des caractéristiques des territoires et des habitants, l’adaptation des géographies prioritaires et des critères administratifs et financiers. D’ailleurs toute action d’animation de quartier a besoin d’une fonction de veille et d’écoute, d’une « mémoire » de ce qu’a été le quartier, de ce qui s’y est déroulé, de la place qui ont pris divers groupes ou personnes.

● La compétence de professionnels et de bénévoles de la vie associative, experts à leur manière en développement local et chemins de la citoyenneté.

→ En tout état de cause, force est bien de constater que de cette culture de l’évaluation et de l’expérimentation, la tradition politico-administrative française a bien du mal à la prendre en compte et à s’en inspirer. En conséquence, les projets ou même les structures « hors normes » sont indéfiniment condamnés à vivre dans la précarité, la survie ou l’aubaine que constitue certains dispositifs ou financements spécifiques ou exceptionnels.

3) CADRAGE DU TRAVAIL ET DE LA RENCONTRE

■ OBJECTIFS

Suite aux travaux qui viennent d’être mentionnés, la Fonda se propose d’organiser une demi-journée de restitution et de débat autour de ces travaux et avec quatre objectifs :
- valorisation et appropriation des résultats d’ores et déjà publiés ;
- débat autour de cette problématique ;
- confrontation avec des acteurs de terrain ;
- formuler des préconisations pour associations et pouvoirs publics.

■ PARTICIPANTS

30 personnes au maximum :
-  les responsables, chargés d’étude, responsables de terrain qui ont conduit ou été impliqués dans les travaux et les expérimentations à Paris, en Rhône-Alpes et en Aquitaine (6-8 personnes) ;
-  les membres de la Fonda intéressés par la problématique de travail, dans ses liens avec le politique et sa capacité à prendre en compte sans-voix, non-associés, projets hors normes (10 personnes) ;
-  des responsables de projets en charge de la politique de la ville ;
-  des représentants de deux ou trois réseaux : maisons des associations, centres sociaux (15 personnes) ;
-  des chercheurs (Jean-Pierre Worms, Antoine Bevort, Henri Faure…)

■ METHODE
- Rappel des enjeux et objectifs de la journée (administrateur Fonda)
- Présentation des résultats des expérimentations (chargés d’étude)
- Points de vue d’associations (discutants)
- Echange et débat (animateur)
- Préconisations possibles (observateurs)

■ ECHEANCES
- Publication de l’étude sur les projets « hors normes » : octobre 2008
- Prise de contact et avis des membres du groupe : novembre 2009
- Rencontre : 1° trimestre 2009
- Actes de la rencontre et forum de discussion : 2° trimestre 2009

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