Note d’analyse /Evolutions des associations non gestionnaires
Publié par L’équipe Fonda le 28 juillet 2015

Note d’analyse /Evolutions des associations non gestionnaires

Auteurs : Jean Bastide, Francine Evrard, Jacqueline Mengin, Michel de Tapol
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Evolutions asso non gestionnaires

L’extrême diversité du monde associatif est le résultat de la mise en application d’une loi de liberté qui fait désormais partie du patrimoine. Les quelques modifications qui ont été apportées au cours de l’histoire n’ont pas modifié la philosophie qui a inspiré ses initiateurs. Régulièrement des initiatives parlementaires ou autres – le plus souvent à la suite d’un scandale – envisagent de la rendre plus contraignante. Jusqu’à présent ces initiatives n’ont pas abouti, mais le risque ne peut être exclu. Pour la Fonda qui veut être le think-tank des associations, il est important de rappeler ce principe qui concerne tout autant les années à venir que le siècle passé.

Cependant, au regard des principales tendances qui traversent la société contemporaine on ne peut en conclure que toutes les associations sont à égalité : certaines profiteront d’opportunités nouvelles alors que d’autres subiront plus ou moins lourdement les conséquences de certaines évolutions. C’est pourquoi, le groupe de travail - sans s’aventurer dans une typologie hasardeuse - distingue deux catégories d’associations, les gestionnaires (où la dimension économique est forte), et les autres, principalement caractérisées par une dominante bénévole, même si, certaines d’entre elles ont recours à l’emploi salarié.

Ce premier document ne portera que sur ces dernières. Une deuxième note sera consacrée aux associations gestionnaires.

Les six principales évolutions

Les références idéologiques ne sont plus facteurs de structuration et de clivage du monde associatif (fin des années 1970, années 1980) : « Autrefois c’est le collectif qui donnait sens à l’engagement, aujourd’hui c’est l’action concrète » (JP Worms).

La forme traditionnelle de la militance fait place de plus en plus à une nouvelle figure : celle du bénévole avec le passage d’une logique de militance à une logique plus contractuelle.

Les procédures publiques – et privées – nouvelles, financement basé sur projet, appel d’offre, au risque de l’instrumentalisation. Introduction d’une fonction gestionnaire au sein d’associations se caractérisant comme « mouvement de pensée et d’action » par nécessité économique. Le phénomène n’est pas nouveau mais s’est accentué depuis le milieu des années 1990. À titre d’exemple, le mouvement d’éducation populaire Culture et Liberté est devenu gestionnaire au milieu des années 1970 pour prendre en charge la formation d’adultes, dans le cadre des lois Delors sur la formation permanente, suite à une décision de l’AG de 1975 pour éviter de se déclarer en faillite et bénéficier d’un financement d’État. Ce système de financement tire l’innovation (richesse du monde associatif au cours du XXe siècle) vers le donneur d’ordre au détriment du collectif associatif. L’évolution du financement par le mécénat ne change pas fondamentalement les choses, le rôle du donneur d’ordre y demeurant central.

L’augmentation de la précarité et de la mobilité professionnelle : les engagements sont plus ponctuels, marqués par la recherche du concret, de l’efficacité immédiate, un attrait pour la proximité, un zapping plus important… (vingt dernières années, et en croissance continue).

La concurrence entre associations, croissance du parc associatif et ses conséquences : la ressource publique diminue alors que le nombre potentiel de bénéficiaires s’accroit, la part de chacun est d’autant plus réduite (évolution au cours des dix dernières années). La ressource bénévole croît, mais la demande est plus forte, (plus grand attrait pour les nouvelles associations (années 2000)).

La révolution dans la communication : internet, réseaux sociaux… Ces nouvelles formes de solidarité et d’échanges font fi de la distance, des frontières et du temps… (début des années 2000 et en croissance exponentielle). Proximité et horizons planétaires y font bon ménage !

CHIFFRES CLEFS
Sports 24,40%
Loisirs 20,80%
Culture 20,50%
Défense des droits 13,10%
Action sociale 10,30%
Action humanitaire 3,90%
Education, formation, insertion 3,60%
Défense des intérêts économiques 3,40%
Total : 1,3 million d’associations actives en France
71 573 associations créées de septembre 2013 à août 2014, soit +5,8% par an d’associations en activité.
1 946 associations reconnues d’utilité publique en 2015
23 millions de français adhérent à une association
16 millions sont bénévoles dont 73% ont un engagement régulier.

Perspective

L’engagement associatif aujourd’hui : le pouvoir de s’investir, la volonté d’agir, la capacité de faire, pour et dans l’intérêt général.

Le bilan de la vie associative de ces trois dernières années dressé par le HCVA marque une évolution positive tant au niveau de la progression des créations d’associations que du développement de l’engagement bénévole.

Cette réalité s’oppose aux lieux communs décrivant la forte montée d’une société frileuse, individualiste et repliée sur elle-même. Elle esquisse plutôt une société qui, loin d’abdiquer dans un environnement hostile et déstructurant, s’attache à préserver ses biens communs et en particulier le lien social.

Solidarité, fraternité ne sont pas des mots qui sonnent creux, donnant bonne conscience à des âmes qualifiées pour l’occasion de charitables, mais des états de conscience qui pourraient s’inscrire dans un dessein plus ambitieux, celui de transformer la société autour d’un socle de valeurs qui puisent aux fondements même de notre République.

Mais ces nouvelles générations d’engagés, jeunes ou moins jeunes, ne cultivent pas l’utopie dans une militance généreuse. Ils ont soif de concret, de résultats, d’efficacité.

En d’autres mots ils veulent pouvoir peser sur le mode opératoire de leur engagement et construire leur projet avec humanité mais aussi avec un professionnalisme emprunté sans fausse honte au monde de l’entreprise.

Attention à ne pas les décevoir, ils peuvent être perdus à jamais.

L’association, leur structure d’accueil, se doit d’être en capacité de répondre à leurs exigences, se doit de pouvoir les intégrer, les accompagner, les former, donner corps à leur engagement.

Elle doit également favoriser une gouvernance qui offre une résonnance à leur implication.

Ce côté « commando, zapping » que l’on attribue souvent péjorativement et avec une pointe de regrets nostalgiques aux nouvelles formes d’engagement des jeunes ne serait-il pas la conséquence de l’inadéquation de pratiques de gouvernances surannées aux exigences de transparence, de démocratie, de co-participation, etc. ?

Finalement, le message qui nous est communiqué est d’une grande simplicité !

Au pouvoir de s’investir, à la volonté d’agir, à la capacité de faire, il ne faudrait surtout pas oublier d’adjoindre ce qui constitue le fondement originel de notre manière d’entreprendre : l’exigence d’associer.

Prospective

L’ECONOMIE

Sur le plan économique, la raréfaction des crédits publics qui perdurera à l’avenir va contraindre les associations à recourir à des financements hybrides mêlant de plus en plus fonds publics, semi-publics et privés : fondations, entreprises, appel à la générosité du public... S’agissant d’un financement mixte (public, privé) n’oublions pas les dons effectués par les personnes, les institutions ou les entreprises qui font bénéficier les donateurs de réductions d’impôts. Ce moyen de financement s’est fortement développé depuis l’amendement « Coluche » (1989) ; il place la France largement dans le peloton de tête des pays européens. Si les taux de réduction ne varieront vraisemblablement pas, on peut supposer que le système perdurera.

Ces financements - quelle que soit leur origine - dépendront plus que par le passé de la nature du projet associatif, et surtout de la capacité des associations non seulement à le faire connaître mais à le rendre particulièrement attractif car la concurrence inter-associative dans la recherche de ressources financières sera de plus en plus vive. Sans ignorer cependant que l’environnement social, économique et culturel des années à venir jouera un rôle majeur en favorisant ici telle orientation associative - on peut imaginer que l’écologie, les préoccupations concernant le climat, la défense des droits, les actions de solidarité de proximité etc - seront parmi les facteurs favorables alors que d’autres projets seront d’une moindre attractivité.

Mieux adapté à ces associations non gestionnaires pourrait être, par exemple, un léger prélèvement de la taxe sur les salaires versé à un fonds de soutien à la vie associative, voire au FNDVA.

Cette difficile recherche de crédits devra contraindre les associations à recourir à des alliances, des mises en commun de moyens, des groupements temporaires ou permanents.

LES RESEAUX

L’implication dans les réseaux va se renforcer au fur et à mesure que la pratique d’Internet va se développer. Jusqu’à présent les associations ont été dans la découverte et la consommation de l’Internet, en y formant parfois leurs bénévoles. Les réseaux communautaires d’entraide et d’échange se développent. Ils sont de plus en plus en train de rejoindre les réseaux sociaux et les plateformes collaboratives. Ceux-ci en effet favorisent la confiance, la collaboration entre les individus et l’innovation.

Les associations devront se mettre dans leur forme statutaire et leurs pratiques en mesure de coopérer avec de multiples partenaires sans s’y diluer, tout en travaillant avec les réseaux qui forment une nouvelle économie immatérielle basée sur l’abondance et la gratuité de l’information.

L’INDIVIDU

L’individu qui s’engage aujourd’hui comme bénévole attend de s’investir dans des projets concrets, à durée déterminée, menés avec efficience. Il demande également de la reconnaissance, du respect, et une certaine liberté dans l’exécution du projet. Il n’est plus fixé uniquement dans l’association mais travaille en « réseautant » avec d’autres, ailleurs. Ce qui exige la prise en compte de ces nouvelles façons de travailler dans la gouvernance. L’association n’étant plus cimentée par une idéologie qui la particularise, mais par la réalisation de projets communs peut en ressentir une certaine fragilité. Pour se développer, l’ouverture par ses membres est inéluctable.

LA TRANSFORMATION SOCIALE

Dans une société d’anomie sociale, de désespérance d’une grande partie de nos concitoyens, les associations se donnent une visée de transformation sociale. Pour cela il leur faut quitter le système plaintif pour pouvoir anticiper et libérer les énergies créatives. Elles devront s’atteler à un travail intellectuel et d’expérimentation dans des logiques collabo-ratives de compréhension du monde en changement pour créer des valeurs. Ces valeurs doivent porter tout d’abord sur la confiance dans l’avenir et dans les autres qui permet de refaire une société. Cette confiance s’acquiert par des gestes de solidarité, par une pratique d’entraide, la richesse de la gratuité, la démonstration que le souci des autres est possible. La confiance se crée par des actes de proximité. Il n’est plus question d’idéologie mais de redonner un sens qui est un état d’interpellation. Le bénévolat ne sera plus placé sous le signe de l’idéologie mais de l’action. Ceci exige de former et d’animer un bénévolat en mesure de porter ces projets et de participer à leur évolution. Il faut donc privilégier les compétences d’adaptation au changement. La responsabilité des associations dans cette ambitieuse transformation s’investit aussi dans le public jeune, notamment auprès des volontaires du service civique. Sont-elles en mesure de les engager dans cette visée de la transformation sociale en évitant de se transformer en simple parking d’attente ?

LA POLITIQUE

La défiance de la population envers les élus, les incertitudes de la décentralisation, réclament des pratiques démocratiques renouvelées. Dans un contexte de réflexivité, de partialité, de proxi-mité aux événements les associations ont une contribution décisive. Les associations citoyennes doivent prendre toute leur place. Elles ont d’ailleurs le sentiment d’être à peu près seules en mesure de le faire, partis politiques et syndicats étant largement discrédités en ce domaine. Les associations ont une forme de représentation sociale spécifique, liée aux types d’expérience dont elles ont la maîtrise et la compétence. C’est le domaine de la prise de parole, de la contestation, du jugement, de l’intervention. Aujourd’hui, les lieux de discussion ont disparu, il faut recréer des lieux mixtes, rétablir une réflexion collective, favoriser des zones de consensus.

Une société innovante doit pouvoir s’appuyer sur la force et la qualité de son infrastructure contributive. Les expériences qui vont dans le sens d’une citoyenneté directe vont se multiplier consistant à inclure les citoyens dans l’élaboration des politiques publiques. Au niveau local, de multiples plateformes groupant les diverses forces vives (politiques, syndicales, entreprises, associatives) feront vivre la démocratie locale.

BIBLIOGRAPHIE

• Penser autrement les modes de vie à horizon 2030 - Commissariat général au développe¬ment durable.
• La cause humaine de Patrick Viveret - Ed LLL. Les Liens qui Libèrent.
• Le parlement des invisibles de Pierre Ronsavallon -Le Seuil
• Rapport du Haut Conseil à la Vie Associative : Bilan de la vie associative 2012-2014. (paru en 2015)
• Le paysage associatif français Viviane Tchernonog - Dalloz Juris Associations

juin 2015

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