Diasporiques et cultures en mouvement
Publié par L’équipe Fonda le 20 août 2014

Diasporiques et cultures en mouvement

rencontre avec Charles Conte, la Ligue de l’enseignement

paru dans La tribune fonda n° 204, août 2010)

(Article à télécharger en fin de page)

Depuis près de trois ans, la Ligue de l’enseignement publie la revue Diasporiques. Cultures en mouvement dont la ligne éditoriale est consacrée au dialogue interculturel. Charles Conte, chargé de mission à la Ligue et membre du comité de rédaction, répond à nos questions.

Comment définissez-vous le dialogue interculturel ?
C.C. : Comme toutes les notions générales, les définitions sont multiples. Chaque membre du comité de rédaction a probablement la sienne. La mienne repose sur un constat : celui de la diversité humaine. On dénombre environ 7 000 langues utilisées actuellement. Chacune d’entre elles porte une et, parfois, plusieurs cultures. De plus, les cultures « diasporiques » se développent. Classiques, comme les cultures grecques, juives, arméniennes… elles sont aussi émergentes comme celles portées par les diasporas chinoises et indiennes. L’Onu estime à 200 millions le nombre de personnes en situation de diaspora. Certains experts triplent ce chiffre en tenant compte du nombre de personnes ayant adopté la nationalité des pays d’accueil. Soit 10 % de l’humanité. Enfin, les cultures territoriales ont un rapport à elles-mêmes et aux autres cultures différentes, appréhendant la relativité d’identités autrefois vécues comme absolues. Une définition possible du dialogue interculturel est donc : la rencontre des cultures territoriales et des cultures diasporiques. Sur cette ligne, la revue a été labellisée par l’Union européenne dans le cadre de l’Année européenne du dialogue interculturel (Aedi, en 2008).

Comment la revue travaille-t-elle sur ce sujet ?
C.C. : Il s’agit d’une revue trimestrielle. Publiée par la Ligue, la revue est animée par un comité de rédaction autonome. Notre lectorat est le grand public cultivé, intéressé bien sûr à cette question. Nous avons souhaité offrir une revue agréable à lire, avec de nombreuses illustrations, parfois originales, et des rubriques variées incluant textes, débats, entretiens, et même un encart sur les grands mythes incluant recettes de cuisine et activités pour enfants ! Avec onze numéros parus, nous avons publié une centaine de textes d’auteurs différents sur des sujets aussi variés que le multiculturalisme, la question nationale, l’islam européen, les diasporas coréennes, rwandaise, juive… des débats sur les relations entre espace public et espace privé, les notions de « métissage » et de « minorité »…, des dossiers sur les Corses, les Roms, les Occitans…, la génétique des populations… Nous refusons de réduire le débat sur la diversité, comme cela se fait trop souvent, de façon implicite, à une sorte de face-à-face « Français-immigrés ». La réalité est infiniment plus complexe. Pour éviter que les identités culturelles ne se figent dans des communautarismes, intégrismes et autres nationalismes, ou qu’elles ne disparaissent dans un individualisme de masse, cette évolution de l’humanité doit être pensée. La revue a pour projet d’y contribuer.

Plus généralement, quelle place la réflexion sur la diversité a-t-elle à la Ligue de l’enseignement ?
C.C. : Lors de son 94° congrès, la Ligue de l’enseignement a adopté un manifeste : « Faire société ! » Aboutissement d’une réflexion collective de cinq ans, et point de départ d’une mobilisation autour de ses principaux thèmes, ce manifeste repose sur une série de constats suivis d’une réévaluation des possibilités d’actions dans quatre domaines. Les trois premiers sont la recomposition de l’action publique, le renouvellement des pratiques, la réaffirmation des solidarités dans une société d’individus. Le quatrième domaine relève des relations entre laïcité et diversité. Il est abordé au travers de la notion de « politique de reconnaissance ». Celle-ci concerne en particulier la reconnaissance de la diversité organisée de manière associative, notamment la place des associations affinitaires.

[(Développer une politique de reconnaissance
Qu’elles émanent de groupes ou d’individus, nombre d’aspirations prennent aujourd’hui la forme de demandes de reconnaissance. Ce sont d’abord des revendications de dignité : dignité du travail, des origines, des cultures, des personnes elles-mêmes désirant voire reconnue leur légitimité à faire partie de la société sans conditions préalables. Elles manifestent la volonté d’être entendues dans le débat public et prises en compte politiquement. Parfois confuses, elles témoignent d’une demande de justice et d’un profond besoin : celui d’être inclus dans l’échange social. Certaines de ces demandes doivent être satisfaites par des droits politiques : ce fut le cas hier du droit de vote des femmes, ce devrait l’être aujourd’hui de l’accès au droit de vote local pour les résidents étrangers.
Mais c’est également la demande de reconnaissance de mémoires singulières blessées qui aspirent à être des mémoires partagées. La présence sur un même territoire de personnes et de groupes n’ayant ni la même histoire, ni la même mémoire suppose une volonté de partage réciproque et équitable de ces passés.
Il faut amplifier les dispositifs particuliers de lutte contre les inégalités et les discriminations et les mesures de réparation et de compensation par l’action positive. Il faut une plus grande visibilité mutuelle des groupes et des individus qui les composent, notamment dans les médias et dans la représentation politique. Enfin, il est urgent d’encourager des formes élargies et nouvelles de participation civique et de consultation populaire, de valorisation de l’engagement social et de prise en compte de la jeunesse comme une ressource culturelle, politique et sociale majeure.
Afin d’assurer l’accès de tous aux droits, il n’y a pas lieu d’opposer l’émancipation fondée sur la citoyenneté et l’égalité des droits, à la reconnaissance de la dignité des personnes dans leur diversité. »
Extrait du manifeste « Faire société »
)]

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