Les jeunes et l’engagement dans l’économie sociale
Publié par L’équipe Fonda le 24 novembre 2009

Les jeunes et l’engagement dans l’économie sociale

Essai d’introduction de problématique paru dans la Tribune fonda n° 185 - juin 2007

La présente note vise à explorer les trois axes de problématiques suivants :

- qu’en est-il de l’engagement des jeunes ?
- les opportunités et les enjeux pour les entreprises pour l’économie sociale ;
- les valeurs de l’économie sociale ont-elles un sens pour les jeunes ?

La jeunesse : entre menaces et devoirs d’avenirs

La jeunesse a pendant longtemps été une catégorie aux contours plus ou moins bien définis. Elle caractérisait cet espace entre l’âge adulte et l’enfance, au cours duquel les jeunes acquéraient progressivement leur autonomie. Mais depuis un demi-siècle cette notion devient plus floue et nous sommes confrontés à un phénomène de brouillage qui génère de nombreuses incertitudes.

Elles concernent tout d’abord les jeunes eux-mêmes qui voient s’allonger la période pendant laquelle ils sont face à une incongruence de leurs différents statuts sociaux. Ainsi, la transition entre la formation initiale et l’emploi, qui s’accompagnait de l’acquisition d’une indépendance financière, est devenue plus complexe.
La deuxième incertitude concerne ensuite le regard de la société sur sa jeunesse qui oscille traditionnellement entre appréhension et espoirs. à toute époque, la société a eu peur de la revendication du changement et des ferments de révolte que les jeunes représentaient. Dans le même temps, ils représentaient l’espoir de construire un monde meilleur et de poursuivre un idéal de progrès. à l’heure actuelle nous pouvons nous interroger si nous ne sommes pas confrontés à une rupture historique où la jeunesse n’est plus envisagée que comme une menace et une désespérance. C’est la menace de ces jeunes qui sont violents ou menacent les emplois des « séniors » au motif d’une meilleure qualification. C’est ensuite la désespérance des parents qui trouvent que les jeunes ne sont plus porteurs de cet idéal de progrès soit parce qu’ils « ne s’engagent plus », soit parce que l’idéal n’existe plus. Ainsi, il est généralement admis que les jeunes auront une situation moins bonne que leurs parents. Les explosions dans les banlieues ou autour du Cpe sont caractéristiques de ce point de vue.

Il est possible d’affirmer sans risque, que s’intéresser à la question de la jeunesse c’est traiter du regard que l’on porte sur elle. Il semble donc impératif dans le propos du travail entre la Fonda et la Macif de s’interroger de manière plus précise sur le regard que l’économie sociale porte sur la jeunesse tant au niveau du discours que des pratiques.

Si nous poursuivons la réflexion et l’analyse nous ne pouvons que constater que les jeunes constituent la plaque sensible des changements sociaux et économiques que nous vivons depuis près de quarante ans. Plus que toute autre catégorie, ils vivent la crise économique et ses conséquences. La précarité et l’exigence de mobilité s’appliquent prioritairement aux jeunes qui sont largement devant les autres pour le temps partiel, les contrats précaires, le taux de chômage… Ils apparaissent souvent comme la variable d’ajustement avec les personnes les moins qualifiées de notre économie dans son adaptation aux contraintes de la mondialisation.

Il est même possible d’affirmer que progressivement une inversion informelle de la solidarité se fait entre les générations. Par la précarité qu’ils vivent, les jeunes, notamment les femmes, protègent dans une certaine mesure leurs aînés et les acquis sociaux. Nous pouvons aussi nous interroger sur la mort programmé du mythe du diplôme.

La société ne semble plus donner aux jeunes leur fonction centrale de passeur vers l’avenir mais les situe de plus en plus dans les exigences du présent. Ceci a un effet dévastateur pour les jeunes qui vivent en plus la fin du mythe du diplôme, comme l’outil principal d’une promotion sociale. Face à ceci, il n’est donc pas anormal que les solidarités de proximité (famille, groupes sociaux…) prennent une place plus importante. Mais cette substitution de la proximité trouve rapidement ses limites dans la mesure où les changements sociaux affectent aussi la famille.

Dans ce contexte, il n’est pas anormal que de nombreux jeunes rencontrent des difficultés immenses à se construire une identité. Les pratiques à risques, le fort taux de suicide montrent une jeunesse qui se cherche, d’autant plus qu’elle est confrontée à des processus de transmission qui se transforment. L’identité se construit dans un double mouvement d’héritage et de construction personnelle. Or, les mobilités temporelles et spatiales, les précarités, l’ouverture plus importante de nos sociétés font que la part relative de l’héritage se réduit. Les jeunes se construisent donc une identité plurielle excessivement complexe. La transmission de valeur doit répondre à de nouveaux modèles.

La question n’est plus de savoir si les jeunes sont capables d’assimiler ce que l’on veut leur transmettre mais au contraire si les adultes vont trouver les moyens de le communiquer. De même, nous ne sommes plus dans une situation où il faudrait transmettre aux jeunes des contenus (solidarité, engagement…). Au contraire, il s’agit maintenant de former des individus capables de faire des choix individuels, d’agir de manière autonome… De toute manière, il reste une évidence les jeunes restent à la recherche d’une enracinement.

Une deuxième question apparaît alors : est-ce que l’économie sociale est capable d’être au clair sur ses attentes vis-à-vis des jeunes et à œuvrer non pas à leur adresser un message mais plutôt leur permettre de le construire ?

Ce rapide propos sur l’évolution de la jeunesse a pour objectif de montrer qu’il est impossible d’en parler sans traiter la question de la société elle-même. Parler des jeunes, c’est aborder un entre-deux où les peurs et aspirations de l’ensemble du corps social se combinent. Nous pouvons alors nous demander si le traitement de la question initiale n’implique pas obligatoirement d’étudier l’existence d’un effet générationnel sur l’engagement. Ensuite, cette rapide analyse atteste le fait que le secteur de l’économie sociale doit jouer un rôle dans la construction de ces identités plurielles, si elle veut ensuite en tirer un bénéfice et limiter les risques de banalisation. Est-ce que les fortes précarités vécues par les jeunes ne seraient pas un espace d’action de l’économie sociale permettant de faire vivre cet objectif ?

L’engagement : la mise en cohérence d’espaces sociaux diversifiés

S’il existe à l’évidence une question jeune, il existe aussi une problématique de l’engagement. Il est dorénavant admis que nous vivons à l’heure actuelle une mutation dans ce domaine qui affecte de manière plus ou moins importante les entreprises de l’économie sociale. Ces évolutions sont liées aux mutations globales de notre société. Les principales évolutions que l’ont peut identifier concernent :

L’impact des mutations de l’économie et de l’organisation du travail

La mondialisation contribue à affaiblir les milieux d’appartenance. Elle favorise la transformation de l’organisation du travail, vers plus de mobilités et de flexibilité, ce qui engendre de nombreuses précarités. Les horaires de travail s’individualisent limitant les possibilités de rencontres et d’actions communes. Il devient difficile de se projeter dans le long terme, notamment pour les jeunes ou les personnes exclues de l’emploi. Face à cette situation, nombreux sont ceux qui ont besoin de retrouver un lieu d’appartenance pour se développer ou se valoriser et rompre leur isolement. Nous trouvons alors face à une double difficulté : les personnes actives sont moins disponibles pour s’engager et les autres doivent retrouver au préalable une posture « de créativité et de responsabilité collective ».

Un individualisme consumériste

Progressivement, les projets collectifs sont de moins en moins reconnus dans notre société. Les citoyens, qui étaient définis comme des producteurs, sont maintenant envisagés principalement comme des consommateurs dont le comportement vise à permettre l’activité économique et l’emploi. La société ne pousse plus les citoyens à se mobiliser pour prendre en main leur avenir collectif, à faire preuve d’initiatives et à prendre des responsabilités. Ceci explique les remises en cause, notamment de la part des responsables politiques et économiques, des corps intermédiaires en tant qu’interlocuteurs incontournables. Les politiques publiques évoluent de manière similaire en privilégiant des solutions individuelles et en solvabilisant la demande sociale, plutôt qu’en soutenant la structuration d’une offre.

C’est cette évolution qui, pour certains, explique la difficulté des corps intermédiaires à recruter. Mais les faits sont nombreux à démontrer que nos concitoyens sont encore capables de s’investir. Mais, ils ne cherchent plus à se fondre dans un groupe et refusent toute idée d’embrigadement. Cela montre l’importance de réaffirmer des valeurs communes pour favoriser les engagements.

Le poids de la médiatisation

Le poids des images est incontestablement croissant dans notre société. Les médias sont de plus en plus demandeurs d’images chocs et d’incarnation des projets dans un « leader charismatique » ou un « usager représentatif ». Face à cette demande de simplification de la réalité, les entreprises de l’économie sociale peinent à faire passer la complexité de leur action, la richesse de leurs acteurs et leur fonctionnement collectif. Elles ont même peur de voir le sens de leur action déformé.

La judiciarisation de la société

L’aversion au risque croissante de notre société limite l’initiative bénévole et nuit à la prise de responsabilité. Nous nous trouvons confrontés à la nécessité de multiplier les garanties et l’offre de sécurité.

La combinaison de ces éléments a conduit à produire de nouvelles formes d’engagement. Avant de les décrire, il est important de rappeler les leviers qui conduisent les individus à s’engager. Ils recherchent, en tout premier lieu, une mise en cohérence des différents espaces sociaux qu’ils habitent. La personne qui désire s’engager n’est pas mu par son seul intérêt personnel, pas plus que par des normes extérieures. Ils ont spontanément besoin d’un monde qui se tienne pour pouvoir y agir avec d’autres de manière coordonnée et sensée, ce qui implique pour eux de participer à une mise en forme de la réalité sociale dans des règles reconnues par tous. Or, nous constatons que les individus vivent de plus en plus dans plusieurs « espaces sociaux » qui répondent à différentes normes sociales et tout particulièrement les jeunes.

Dans ce contexte, les formes d’engagements sont plus complexes et diversifiées et impliquent des réponses adaptées de la part des institutions qui veulent les recueillir. La principale caractéristique de cette évolution concerne une attente plus forte des individus d’une contrepartie. Ils exigent aussi que des organisations qui sollicitent de leur part une implication militante, y compris dans un cadre salarié, qu’elles inscrivent leur action dans un cadre cohérent qui lie fortement le projet et l’action. Tout décalage constitue autant de motifs pour une démission.

Dans ce contexte, les entreprises de l’économie sociale sont confrontées à des personnes, bénévoles ou salariés, qui évaluent toute sollicitation à l’aune d’une échelle de valeur individualisée et au regard d’espaces sociaux différents. Dès lors, elles doivent avoir le souci d’offrir un cadre d’engagement fortement cohérent, sous peine de faire fuir ou démobiliser rapidement ceux-ci.

Les jeunes et l’engagement, des processus à construire

Nous avons étudié les spécificités de la jeunesse et puis de l’engagement. La question que l’on peut se poser est : y a-t-il une interaction entre les deux ? Il apparaît une première évidence, c’est que la construction d’identités plurielles pour les jeunes renforce ce processus de complexification de l’engagement. La deuxième évidence est que nous nous trouvons sur un moment particulier, celui du premier engagement qui est déterminant dans le parcours qui va suivre.

Globalement, les études sur le bénévolat conduites montrent qu’il est moins important chez les jeunes que dans le reste de la population. De même, les jeunes sont peu actifs dans les grands réseaux particulièrement dans les instances dirigeantes. Sur ce dernier point, il faut noter néanmoins que souvent les structures leurs laissent peu de place.

La question de l’engagement professionnel et bénévole devrait normalement être distinguée et le sera de manière plus précise dans le document final. En l’état actuel de la réflexion, nous poserons le postulat que nous nous intéressons à des salariés militants tout comme à des bénévoles militants, i.e. qu’ils partagent et s’impliquent dans la réalisation d’un projet d’économie sociale.

Il apparaît donc une problématique : qu’est qui détermine le premier engagement ? Les études (Insee, Mrjc…) démontrent qu’il n’existe pas de génération spontanée d’acteurs. En d’autres termes, tous les jeunes n’ont pas la même chance de s’engager et la nature de leur implication est déterminée par des éléments de leur environnement. Nous pouvons donc essayer de sérier ceux-ci autour des cinq axes de réflexion suivant pour l’économie sociale :

Les lieux de l’engagement

Les lieux d’investissement des jeunes sont multiples, mais se structurent essentiellement autour de trois espaces ou lieux :

- les établissements scolaires : ils proposent de multiples occasions aux jeunes de prendre des responsabilités (délégués, montage de projets…) ou de découvrir des dynamiques collectives. En proposant dans un cadre sécurisé des activités ou en organisant la prise de parole des jeunes au travers des délégués de classe, ils offrent la possibilité à de nombreux jeunes de vivre une première expérience d’engagement. Les médiateurs privilégiés sont bien évidemment l’institution et plus particulièrement les professeurs et les « aînés ». La vie associative dans l’enseignement constitue un véritable vecteur pour de premiers engagements ;

- le deuxième espace est constitué par les syndicats étudiants ou lycéens, et les partis politiques. Le rôle de la famille est souvent alors déterminant, tout comme les cercles de relations amicales ;

- dernier espace et sans doute le plus important, la vie associative. En accueillant pour des activités les jeunes, les associations offrent souvent une première expérience de vie collective. De nombreuses associations (notamment celles de l’éducation populaire) vont plus loin en profitant de cette entrée pour construire des parcours d’apprentissage de la prise de responsabilité et de l’engagement. Malheureusement, nous pouvons constater qu’aussi bien les mouvements d’action catholique, que les mouvements laïcs ont un rôle de moins en moins déterminant en la matière. Sur ce point, il serait intéressant d’étudier plus spécifiquement les enjeux autour des qualifications de type Bafa qui ont favorisé des passages d’un engagement bénévole à un engagement salarié.
Si nous revenons sur le postulat de base : l’engagement des jeunes dans l’économie sociale, nous pouvons sérieusement nous interroger pour savoir si ces espaces sont assimilés à économie sociale ou plutôt par famille. Hormis pour les coopératives scolaires, il semble évident que la dimension économique échappe largement aux jeunes.

Les modalités de l’engagement

Les jeunes appréhendent leurs modalités d’appartenance principalement selon trois situations : l’adhésion, le bénévolat et la prise de responsabilité. La première situe le jeune comme un usager d’une activité ou d’un service. La deuxième est sans doute plus floue pour les jeunes, d’autant qu’elle dépend fortement de la proposition faite par l’association aux jeunes. En effet, les associations qui en accueillent le plus (sportives et culturelles) n’attendent pas ou suscitent très peu l’implication des jeunes, alors que d’autres (éducation populaire, social) recherchent avant tout une implication.

Il apparaît donc évident que les modalités de l’engagement des jeunes sont directement liées à la proposition qui leur est faite. Si nous élargissons la réflexion à la prise de responsabilité, nous retrouvons aisément ce clivage. Une faible proportion de jeunes prend des responsabilités naturellement sauf si des cadres sont construits pour leur permettre d’y accéder. Cela suppose tout à la fois une ouverture et un accompagnement pour lever les freins existants.

Les ressorts de l’engagement des jeunes

Contrairement à certaines idées reçues, le processus qui conduit des jeunes à s’investir, dépend encore largement de processus de socialisation qui reposent de manière classique sur une intériorisation des normes et des valeurs transmises par le biais de différentes institutions qu’ils côtoient, dont la famille et l’école sont les principales. Ainsi, l’engagement des parents ou des enseignants est une condition propice dans la mesure où cela permet une transmission des codes. Ce poids des réseaux familiaux détermine aussi pour partie les lieux d’engagement. Les différents réseaux sociaux (amis, cercle professionnel, connaissances…) constituent encore un relais puissant pour conduire les jeunes à l’engagement.

À côté de ceci, les circonstances (qu’elles passent par les médias ou non) prennent de plus en plus d’importance notamment quand elles se combinent avec un autre ressort. Ces circonstances peuvent être multiples : manifestations, activités, grèves… Dans ce domaine, les enjeux de convivialité sont déterminants.

Les raisons de l’engagement

Nous avons vu précédemment une explication globale des raisons de l’engagement. La question est de savoir s’il existe des différences entre les jeunes et le reste de la population sur ce point. Avant d’approfondir cette question, il faut néanmoins rappeler que les individus ont souvent beaucoup de mal à objectiver leurs motivations. Ceci est vrai tout particulièrement pour les jeunes.

Comme pour tout le monde, l’engagement des jeunes repose sur l’articulation d’un altruisme avec un intérêt personnel ou familial. Des études plus ciblées sur les étudiants avaient identifié trois dimensions : la dimension sociabilitaire qui traduit le désir de rencontrer des personnes, une dimension altruiste et une dimension utilitaire. Il semble difficile sans une étude complémentaire de tirer davantage de conclusions.

Les freins de l’engagement

Le dernier aspect de cette partie porte sur l’existence de freins spécifiques à l’engagement, qui peuvent être déclinés sur deux axes : les raisons du désengagement, les raisons de ne pas s’engager.

Sur le premier point, nous pouvons identifier deux principales raisons : le changement de situation personnelle et la diminution de la disponibilité personnelle. L’entrée dans la vie active constitue dans les deux cas un moment charnière dans la mesure où il suscite souvent une mobilité et entraîne une réduction considérable de la disponibilité. Les raisons internes à l’association viennent sans doute en troisième position et notamment pour tout ce qui concerne le manque de sociabilité. C’est uniquement en dernière position que la démotivation personnelle est avancée. Les raisons de « s’arrêter » sont avant tout personnelles et relèvent d’arbitrages entre les différentes contraintes que les jeunes subissent. Ce point soulève une véritable question sur l’accès de tous à l’engagement alors que les jeunes sont affectés différemment par la précarité.

En ce qui concerne les raisons de ne pas s’engager, trois item peuvent être mis en avant dans l’ordre suivant : le manque d’information disponible, le manque de temps et la préférence pour la sphère privée.

Il apparaît donc à l’évidence une réelle spécificité de l’engagement des jeunes. La mise en cohérence des différents espaces sociaux évoqués dans la précédente partie est plus difficile compte tenu de leur manque d’expérience de l’action collective (surtout en l’absence de culture familiale) et de l’hétérogénéité de leur statut social. La réponse passe obligatoirement par la mise en place de parcours, mais en ne cherchant pas à embrigader les jeunes mais au contraire à leur donner toutes les clés pour qu’ils construisent eux-mêmes un « projet d’engagement ».

L’économie sociale en question et une culture à diffuser

Face à cette spécificité de l’engagement des jeunes, il faut s’interroger sur le sens que peut revêtir l’économie sociale pour de jeunes bénévoles ou salariés. En effet, même si les premières définitions de l’économie sociale remontent à plus d’un siècle, il s’agit d’un concept qui est encore peu partagé et appréhendé y compris par les acteurs de terrain des différentes familles. C’est un élément déterminant dans la mesure où l’engagement des jeunes implique dans une large mesure des médiateurs.

Si l’ensemble est mal identifié, nous pouvons néanmoins constater que ses composantes sont mieux appréhendées. C’est d’autant plus vrai que les jeunes adhèrent ou participent à la vie d’une association, d’une coopérative ou encore d’une mutuelle. Mais là encore, nous pouvons constater que la connaissance est excessivement partielle. Dans la plupart des cas, les jeunes ne possèdent pas les « codes et connaissances » leur permettant de se positionner dans ses institutions.

Pour expliquer ceci, nous pouvons noter que l’économie sociale n’est quasiment pas « enseignée » avant les dernières années de faculté. De même, les acteurs de l’économie sociale « accueillant des jeunes » ont rarement le souci de leur transmettre une culture du secteur. Nous identifions donc une culture commune comme premier enjeu majeur à construire et à diffuser.

Le deuxième enjeu consiste à réaliser des passerelles entre les acteurs et à les responsabiliser globalement sur les enjeux de la jeunesse. En effet, les jeunes connaissant de fortes précarités et mobilités, ils vont connaître des ruptures dans leur parcours. Il faut donc offrir aux jeunes la possibilité de donner sens à celles-ci et leur permettre de retrouver rapidement un nouvel espace où leur engagement prendra sens pour eux. Cela implique donc de construire des passerelles, de faire preuve d’un certain altruisme en œuvrant pour la collectivité et de concevoir une approche commune et des processus semblables dans l’accueil et l’accompagnement des jeunes.

Dans tous ces schémas, il apparaît néanmoins que l’économie sociale a des atouts essentiels pour réussir notamment des projets politiques qui ont un sens fort.

Mais cet avantage a sa contrepartie : la nécessité de conserver la cohérence entre l’action et le projet. Les jeunes sont confrontés dans leur vie personnelle à une individualisation de plus en plus forte de leur parcours et de leurs conditions de vie.

Les pistes de propositions

Il ressort de cette première phase exploratoire de l’étude les pistes à discuter :

- l’économie sociale doit développer un discours sur sa vision de la jeunesse ;

- il faut tracer une culture commune à l’économie sociale et développer une stratégie pour la diffuser dans le corps social. Il faut aussi que l’économie sociale s’investisse davantage dans les lieux de socialisation des jeunes et mène un travail en direction des « médiateurs » : associations de jeunes, familles... ;

- pour attirer les jeunes, il faut imaginer des parcours d’accueil spécifiques qui garantissent une cohérence entre l’action et le projet ;
w nous pouvons aussi nous interroger sur les enjeux pour les entreprises de l’économie sociale à refonder un projet sur une base sociale cohérente dont elle intégrerait les codes et symboles.

Documents joints à cet article
T185_p43-53 - PDF - 81.4 ko

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