Les entreprises de l’économie sociale à l’oeuvre !
Publié par L’équipe Fonda le 18 juillet 2013

Les entreprises de l’économie sociale à l’oeuvre !

Préambule paru dans La tribune fonda n° 201, Economie sociale et solidaire, février 2010

Les entreprises de l’économie sociale se sont construites en prise avec divers enjeux locaux contemporains. Aujourd’hui, elles apparaissent dans toute leur diversité, spécifiées par secteur d’activité, morcelées selon leur territoire d’ancrage et isolées dans leur famille d’appartenance. Cependant cette diversité ne fait pas écran à l’affirmation de traits communs forgés par le partage de paradoxes.

Des traits en commun

Elles partagent une situation originale dans notre paysage socio-économique. Leur but n’est pas la maximisation des profits pour satisfaire leurs actionnaires. Elles ont néanmoins intégré les règles comptables et financières d’une gestion rigoureuse. Sans négliger les équilibres financiers et la protection d’un patrimoine impartageable, elles répondent à des objectifs d’utilité sociale et s’efforcent de traduire en acte, leurs valeurs de solidarité et de respect de la dignité humaine. Par ailleurs, leur choix d’une organisation démocratique les dote d’une capacité de régulation participative qui leur vaut probablement de mieux absorber les chocs générés par la crise. Dès lors, elles développent une capacité d’emplois diversifiés et mieux protégés que dans les autres secteurs économiques tout pouvant afficher des coûts de gestion moindre. C’est leur culture de la participation, qui leur permet de mobiliser l’énergie collective de leurs membres et de croiser l’ensemble de leurs connaissances, de leurs expériences et de leurs réseaux. Ceci donne à leur stratégie et à leurs décisions plus de souplesse et une meilleure probabilité de pertinence.

Les communautés de vue se construisent de débats en débats. Les enjeux locaux en sont la principale matière. Ils nourrissent une culture commune renforçant par là même la cohésion des entreprises de l’économie sociale et leur crédibilité. C’est cette culture qui est le véritable terreau sur lequel prospère une vision politique commune et à partir duquel s’organise la complémentarité des rôles et des fonctions.

Elles sont aujourd’hui résolument inscrites dans les enjeux et les mécanismes de marché, où elles jouent leur partition dans une économie plurielle en poursuivant des finalités sociales faisant du profit un moyen et non un but. Fortes de leurs capacités d’initiatives et de leur relative indépendance, elles interviennent, de la même façon, en avant-garde de la puissance publique sur les enjeux de société laissés pour compte, méconnus ou risqués. Elles savent alors pérenniser les solutions en se faisant gestionnaires avisés une fois leurs initiatives validées. Pour cela, elles n’hésitent pas à imaginer et développer des solutions hybrides, mi-économiques, mi-sociales comme les entreprises d’insertion, où des formes de management démocratique permettent aux exclus de retrouver l’accès à l’emploi et à l’autonomie sociale.

Des paradoxes partagés

Les entreprises de l’économie sociale partagent néanmoins de nombreux paradoxes, notamment le rapport complexe qu’elles développent avec toutes les formes de pouvoirs, politique et économique. Elles cherchent à la fois à s’en faire reconnaître tout en préservant leurs distances, attitude dictée par leur attachement à leur indépendance.

► Adossées à la puissance publique dès leurs premiers pas, elles en ont subi les pressions, les méfiances et la volonté d’instrumentalisation. Les pouvoirs publics ont reconnu implicitement aux entreprises de l’économie sociale leur double identité, opérationnelle et politique. Mais, c’est là que se loge le soupçon de concurrence d’influence sur le terrain de l’intérêt général considéré comme une chasse gardée par les pouvoirs publics. Ce scénario récurrent place les entreprises de l’économie sociale devant le paradoxe de devoir assumer simultanément leur indépendance, source d’initiatives, et leur dépendance financière compliquée par le tarissement des financements publics.

► Confrontées aux marchés et au retrait de l’état, rallié au libéralisme, elles ont dû faire face à une dérégulation progressive des marchés et renforcer leurs moyens d’action en se professionnalisant et en les regroupant au sein de structures centralisées et/ou en réseaux. Chaque famille y a gagné en capacités opérationnelles au risque de se banaliser. L’économie sociale y a perdu en visibilité, en cohésion et en cohérence au moment ou de nouveaux enjeux (décentralisation, construction européenne et crise) requerraient des réponses coordonnées.

► L’ancrage historique des entreprises de l’économie sociale sur les territoires leur a permis de développer des relations de proximité qui stimulent leurs innovations et crédibilisent leurs actions chaque fois qu’elles répondent concrètement à une attente sociale. La décentralisation a amené les entreprises de l’économie sociale à assumer simultanément, le retrait de l’état, le rôle nouveau des collectivités territoriales et l’adhésion plus ou moins explicite de ces autorités publiques aux principes du libéralisme. Ces circonstances ont confronté les entreprises de l’économie sociale aux pratiques concurrentielles internes et externes. Elles ont du apprendre « sur le tas » de nouvelles formes de négociation avec de nouveaux décideurs, eux-mêmes débutants. Elles ont découvert des pratiques ouvertes aux logiques commerciales tout en étant au service de projets de territoire. Elles ont dû intégrer des tempos courts, rythmés par les échéances électorales. Elles ont découvert les outils hérités du libéralisme tels que les appels d’offres aux critères de sélection quantitatifs. Or, ces emprunts aux pratiques de l’économie libérale ne sont pas spontanément compatibles avec les finalités ni les contenus des actions fondées sur la dimension relationnelle et la solidarité collective. Cependant, sur des espaces morcelés, les entreprises de l’économie sociale se voient aussi offerte la possibilité de négocier leurs projets de développement en faveur des publics dont elles ont la charge avec des interlocuteurs sensibilisés par la proximité.

► La construction de l’Europe élargit le périmètre d’action des marchés et étend tout autant celui des solidarités collectives. Cependant, inféodée aux principes de l’économie libérale, la Commission européenne tend à homogénéiser les offres en les réduisant à leur contenu factuel au mépris de leurs effets sociaux. C’est particulièrement pénalisant pour les entreprises de l’économie sociale qui offrent des services à la personne, génèrent des liens sociaux à travers leur organisation démocratique et leur mode opératoire qui fait du temps relationnel un facteur de qualité et de reconquête de soi. Cependant bien qu’à contre front des options libérales de Bruxelles, elles ont tout à gagner à faire valoir auprès de l’Union européenne leurs approches au service du bien-être et de l’autonomie des personnes. Leurs relations avec le Parlement européen, plus sensible aux enjeux sociaux, car plus proche des terrains au travers des parlementaires, devraient permettre de faire évoluer les priorités de Bruxelles.

Ces enjeux confrontent les entreprises de l’économie sociale aux dangers de leur dispersion, fruit de leur histoire territorialisée, et à l’originalité de leur positionnement en regard des autres formes d’actions solidaires développées par les autres pays de l’Union européenne. Elles sont ainsi renvoyées à l’urgence de leur organisation en mouvement afin de mieux affirmer et faire reconnaître leur identité opérationnelle collective. Les pressions induites par l’Union européenne devraient inciter les entreprises de l’économie sociale à capitaliser leurs liens de proximité, par ailleurs source de division, pour mieux construire leur cohésion.

► La crise apporte aussi son lot de paradoxes. Elle valide les principes et les méthodes d’action des entreprises de l’économie sociale et leur offre l’opportunité d’affirmer leur rôle dans la construction de nouveaux équilibres économiques et sociaux fondés sur une régulation démocratique. Cependant les dirigeants de l’économie sociale, peu enclins à être sous les feux de la rampe, restent trop silencieux. Ce ne sont pas les arguments qui leur manquent d’autant que les faits les valident. La crise révèle la faiblesse des capacités tribuniciennes de l’économie sociale. Ayant misé sur la technicisation, les entreprises de l’économie sociale ont amélioré leurs performances mais quelque peu délaissé leur expression politique. La crise économique et financière leur rappelle que leur double identité politique et opérationnelle ne doit pas conduire à privilégier un versant au détriment de l’autre, sauf à se fragiliser et à se diluer dans le paysage économique et social.

Si l’expression générique d’« économie sociale » ne rend pas compte des complexités qui caractérisent ces entreprises et parfois les opposent, elle les rassemble face aux mêmes défis.
– Confirmer la portée stratégique de leur double finalité sociale et économique, des valeurs de solidarité et d’une organisation démocratique.
– Faire face à une montée des attentes sociales, dans le droit fil de leur vocation historique, au moment où la crise fragilise toutes leurs sources traditionnelles de financement tant de la part de l’état, des collectivités territoriales que du mécénat.
La crise peut être une opportunité à saisir par la création de perspectives inédites. Elle s’avère être une source d’enseignement permettant d’évaluer les pratiques, les organisations pour imaginer de nouvelles configuration et des coopérations impensables jusqu’alors. De nouvelles transversalités s’offrent à l’économie sociale, à la condition qu’elle ait confiance en ses atouts.

Documents joints à cet article
Préambule - PDF - 213.3 ko

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