Les associations au coeur du capitalisme cognitif ?

Les associations au coeur du capitalisme cognitif ?

La conférence petit déjeuner Fonda du mercredi 19 novembre a accueilli Yann Moulier Boutang, économiste, autour de son livre : « Le capitalisme cognitif. La nouvelle grande transformation ».

La thèse principale de Yann Moulier Boutang : nous assistons à une mutation profonde du capitalisme vers ce qu’il appelle le « capitalisme cognitif ». La nature même de la valeur, sa forme, le lieu et les modalités de son extraction, se transforment en profondeur. Il compare l’ampleur de ce changement au passage du capitalisme marchand au capitalisme industriel.

« Ce qui caractérise le capitalisme cognitif, ce n’est donc pas qu’il repose sur les connaissances et encore moins sur le secteur limité qui produit les connaissances (…) Il conquiert ses titres de noblesse et son rang dans la prospection, dans la valorisation et dans l’exploitation des éléments des connaissances qui résistent à la codification numérique et qui incorporent le maximum d’externalités positives ».

Face aux enjeux écologiques auxquels est confrontée notre planète, l’auteur explique que le capital humain et la qualité du lien social sont des facteurs cruciaux de la nouvelle richesse des nations, irréductible à l’échange marchand : le capitalisme cognitif constitue « la production du vivant au moyen du vivant », les externalités positives de l’activité gratuite, en amont et en aval de l’échange étant la source principale de la valeur aujourd’hui.

Yann Moulier Boutang utilise l’image de la pollinisation pour illustrer la nouvelle conception de l’économie que devra faire émerger l’écologie de demain : le miel produit par les abeilles est un produit marchandisable, mais la valeur principale produite par les abeilles se fait à travers la pollinisation des plantes sauvages ou cultivées (une étude récente l’a évaluée à 10% de la production agricole mondiale). L’image serait donc celle d’une société pollen, qui aurait revisité l’ensemble du modèle économique reposant sur la rareté, et serait construite sur un modèle visant à minimiser les externalités négatives et maximiser les externalités positives. Dès lors, économie politique et écologie ne se tourneront plus le dos.

Parlant d’externalités positives, de lien social, de capital humain ou capital social, de valeur non monétaire, les pistes de réflexion sont multiples pour la Fonda dont le cœur du projet questionne la contribution des associations à la construction des identités, au lien social, à l’économie et à la démocratie : seraient-elles au cœur du capitalisme cognitif de demain ?

Par Isabelle Foucher, chargée de mission à la Fonda.

Référence de l’ouvrage :
Yann Moulier Boutang, Le capitalisme cognitif. La nouvelle grande transformation, coll. « Multitudes/Idées », éditions Amsterdam, 2008.

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