Publié par L’équipe Fonda le 24 juillet 2012

La lutte contre les discriminations ethniques en milieu associatif

Rapport d’étude-action, réalisée par la Fonda Rhône-Alpes (financée par l’ACSÉ) - décembre 2007

paru dans la Tribune fonda n° 194 - décembre 2008

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Introduction

L’émergence de « la lutte contre les discriminations » est récente en France. Elle provient tout d’abord d’initiatives européennes. En 1997, le traité d’Amsterdam prévoit que le Conseil européen « peut prendre les mesures nécessaires en vue de combattre toute discrimination fondée sur le sexe, la race ou l’origine ethnique, la religion ou les convictions, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle ». En 2000, deux directives sont adoptées : une première pour lutter contre la discrimination fondée sur la race ou l’origine ethnique, une seconde portant sur la religion ou les convictions, le handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle.

Et qu’en est-il en France ? En 1998, la Garde des Sceaux demande aux procureurs d’être vigilants par rapport à la question des discriminations. En 1999, les Commissions départementales d’accès à la citoyenneté (Codac) sont créées. La même année, le Groupe d’étude contre les discriminations (Ged) qui va devenir le Groupe d’étude et de lutte contre les discriminations (Geld) est lancé. Un an après, suite à une circulaire du Premier ministre, le numéro vert, le 114, entre en fonction. Au niveau législatif, il importe ensuite de retenir deux textes : la loi du 16 novembre 2001 relative à la lutte contre les discriminations et la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002, en rapport avec la discrimination dans l’accès au logement. En 2002, le Fonds d’action sociale pour les immigrés et leur famille (Fas) devient le Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations (Fasild). Deux ans après, en 2004, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) est impulsée ; elle a pour mission de traiter les plaintes individuelles et de promouvoir l’égalité. En 2006, le Fasild est intégré aux missions de l’Agence pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé).

La lutte contre les discriminations est problématique à plusieurs titres. Elle remet en question le traitement républicain, présupposé égalitaire. Quand elle porte, par exemple, sur la dimension ethnique, elle remet en question une lecture en terme de classe sociale, lecture à l’œuvre dans les institutions, les associations, les syndicats et les sciences comme la sociologie. Une politique de lutte contre les discriminations opère un renversement par rapport à une politique d’intégration. Comme le fait remarquer Patrick Simon, une politique d’intégration « consiste bien à transformer les immigrés pour les adapter à la société d’installation », alors qu’une politique de lutte contre les discriminations « se préoccupe avant tout d’agir sur des propriétés du système, en assurant son impartialité à l’égard des citoyens, usagers, clients, bénéficiaires ».

Mais au juste, qu’entend-on pas discrimination ? La Halde considère que discriminer « c’est traiter différemment des personnes placées dans des situations comparables, en se fondant sur un ou des critères prohibés par la loi ou les engagements internationaux ». Ces critères sont les suivants : « âge, sexe, origine, situation de famille, orientation sexuelle, mœurs, caractéristiques génétiques, appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation, une race, apparence physique, handicap, état de santé, état de grossesse, patronyme, opinions politiques, convictions religieuses, activités syndicales ». De plus, « il existe plusieurs formes de discrimination (…) : la discrimination est directe lorsqu’elle est délibérée et que la différence de traitement se fonde sur un critère prohibé par la loi. Exemple : une offre d’emploi qui précise que les femmes ne peuvent postuler est une discrimination directe (…). La discrimination est indirecte lorsqu’une disposition, un critère, une pratique apparemment neutre est susceptible d’entraîner un effet défavorable pour une personne ou un groupe de personnes, en raison d’un critère prohibé par la loi : demander à des candidats à l’emploi de satisfaire à des critères de taille peut, par exemple, entraîner l’exclusion de beaucoup de femmes. Dans la mesure où l’auteur de cette exigence n’arrive pas à démontrer qu’une taille spécifique n’est pas indispensable pour exécuter le travail, il s’agit d’une discrimination indirecte ».

Il est intéressant de noter que la lutte contre les discriminations se fait « naturellement » à partir de plusieurs grandes entrées. Le rapport annuel 2006 de la Halde ou bien encore l’état des lieux des discriminations réalisé par Eric Keslassy et Martine Véron convergent. L’entreprise et plus largement l’emploi sont le terrain privilégié des discriminations. Plus précisément, d’après le rapport de la Halde et par domaine de discrimination, 42,8 % des réclamations sont relatives à l’emploi, 22,4 % à la réglementation et au fonctionnement des services publics, 9,4 % aux biens et services privés, etc. Par critère de discrimination, 35 % des réclamations sont relatives à l’origine, 18,6 % à la santé et au handicap, 6,1% à l’âge et 3,7 % à l’activité syndicale.

Mais qu’en est-il du monde associatif ? Il s’engage, par exemple, dans la lutte contre les discriminations à travers des opérations de « testing », à l’embauche ou encore à l’entrée des discothèques. Pour autant, le monde associatif ne participe-t-il pas lui aussi (in)consciemment à la (co)production des discriminations ? De ce point de vue, serait-il comme épargné ?

Depuis janvier 2006, la Fonda Rhône-Alpes, point d’appui de la vie associative, s’est lancée avec le concours de l’Acsé dans une étude action sur la lutte contre les discriminations ethniques en milieu associatif. Ce faisant, sa démarche approche la démarche « critique » de l’animation socioculturelle conduite sous la direction de Marion Peyre4. Ce dernier montre clairement que les associations ne sont pas épargnées par le harcèlement moral ou bien encore par les discriminations syndicales. Si la Fonda se montre également « critique », il est important d’ajouter que sa démarche se veut également « constructive ». C’est pourquoi elle ouvrira sur toute une série de préconisations pour lutter contre les discriminations ethniques en milieu associatif.

Les principales associations « avec » et « sur » lesquelles la Fonda a enquêté sont localisées sur Saint-Etienne et sur l’agglomération lyonnaise. Il s’agit surtout d’associations de quartier : le Club féminin, les Voisines, la Vitrine du quartier, le Comité d’animation du Parc de Montaud, le Centre ressources enfance famille école de la Loire (Crefe 42), l’Agef, le Centre social de Firminy vert, le Centre social de Terrenoire, l’Amicale laïque de Beaubrun, le collectif Paroles de femmes, l’Association interculturelle pour la santé en France et en Afrique subsaharienne (Aisfas), Agir en région pour construire un avenir sans discrimination (Arcad), Time Code, Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho), Diaspora, Divercité.

Comment ces associations ont-elles été choisies ? L’étude action faisait suite à un travail engagé par la Fonda avec une partie de ces associations (les associations stéphanoises) sur le thème du « vivre ensemble », en 2004-2005. L’échantillon a été ensuite élargi à d’autres associations rencontrées lors de manifestations ou sur le conseil de partenaires (les associations lyonnaises). Il faut préciser que, lors de ce travail sur le « vivre ensemble », la question des discriminations ethniques est revenue de manière récurrente. C’est précisément cela qui a incité à proposer le projet à l’Acsé. à l’origine, il se proposait, par le biais d’un intergroupe associatif, de rendre visible les discriminations ethniques dans le monde associatif, à les expliquer et à en débattre publiquement afin de les dépasser.

Les résultats de l’étude seront présentés en quatre temps :
► le déroulement de l’étude action : différentes phases et difficultés rencontrées ;
► la prospection tentée dans le monde du football ;
► le travail intra associatif au sein d’une association ;
► le travail inter associatif, cœur du travail de la Fonda.
Seront abordées successivement les différentes pistes de recherche, puis, sera étudiée de manière détaillée la question de l’ethnicisation de groupes de femmes et celle d’associations ethnicisées ou étiquetées comme communautaristes.

Le déroulement de l’étude action : différentes phases et difficultés rencontrées

Travail réalisé en 2006

Prise de contact et rencontre
Dans un premier temps, au début du mois de janvier 2006, les associations stéphanoises ont été contactées et rencontrées. Les pistes de travail énoncées précédemment leur ont été proposées. Premièrement, lors des premiers contacts, les associations ont quasiment toute accepté de participer à l’étude action. Deuxièmement, elles se sont surtout arrêtées sur la question des pratiques discriminatoires au sein de chaque association.

Réunions de travail collectif
Suite aux premiers contacts, plusieurs réunions de travail collectif regroupant tous les acteurs associatifs ont été organisées, du mois de février au mois d’avril. Ces réunions d’une durée d’à peu près 2 heures 30 permirent de nombreux échanges sur des sujets aussi divers que les groupes de femmes issues de l’immigration maghrébine, la forte présence de beurs sur les postes d’animateurs et leur quasi absence sur les postes de direction, les incivilités et les agressions dans les transports en commun, etc.
À la fin de ces réunions de travail collectif, le constat dressé est le suivant : la question des discriminations ethniques n’est pas abordée frontalement : soit le sujet de conversation dévie, soit les discriminations sont abordées de façon trop générale. Ainsi, les participants traitaient de lieux communs comme de l’embauche massive, dans les années 1990, des jeunes issus de l’immigration maghrébine ; ils ne s’exprimaient jamais en leur nom propre (« on » ou « nous » et non pas « je »).

Entretiens individuels
Compte tenu des difficultés à parler des discriminations ethniques, il avait été décidé d’arrêter les séances de travail collectif et de poursuivre par des entretiens individuels, avec l’objectif que les participants livrent davantage de matériel.
Dans cette seconde phase, tous les participants de l’étude action ont été interviewés. Contrairement à ce qui était attendu, les entretiens ont duré entre 1 heure 30 et 4 heures. Ils ont donc été plutôt longs. De plus, chaque interviewé a amené des éléments concrets attestant que, dans ses pratiques, il fait face ou a fait face par le passé à des discriminations ethniques. Il faut aussi préciser que plusieurs entretiens n’ont été possibles que parce que l’anonymat était garanti. Cela montre bien, une fois encore, la difficulté à parler des discriminations.

Des propositions pour débloquer les séances de travail collectif
Peut-on encore avancer dans ces conditions ? Il est sans doute possible d’en déduire que la lutte contre les discriminations est vaine. De ce point de vue, il est plus juste de prétendre qu’elle est complexe, longue et qu’elle ne peut se faire qu’à travers une démarche réflexive, analysant les freins et acceptant l’arrêt, la remise en cause et la réorientation à travers d’autres pistes. C’est pourquoi plusieurs propositions ont été faites afin de « faire levier » et de dépasser les freins précédemment mentionnés :
► travailler autour d’un document synthétique reprenant les premiers échanges et les premières réflexions. De la sorte, il était prévu que les participants puissent échanger à partir d’exemples concrets, en s’efforçant de ne pas s’éloigner du sujet ;
► faire témoigner d’autres associations plus avancées (associations lyonnaises) dans la lutte contre les discriminations ;
► intervenir au niveau « intra associatif » et pas seulement « inter associatif ». En effet, l’hypothèse était avancée que le travail mené au sein de chaque association allait être plus libre et plus dynamique que dans le cadre de l’intergroupe.
Comment les propositions ont-elles été reçues ? Globalement, elles n’ont eu que peu d’échos auprès des participants. Le document a fait l’objet de peu de commentaires. Et, comme cela avait déjà été constaté, la conversation a dévié facilement, lors des réunions. La proposition de faire intervenir d’autres associations plus avancées dans la lutte contre les discriminations n’a donné lieu à aucune remarque. En « coulisse », lors d’une conversation téléphonique ou dans les couloirs des centres sociaux, on obtenait toutefois quelques commentaire, tel celui de ce participant, tout à fait représentatif des résistances rencontrées : « Je crains que cela ait l’effet inverse à celui escompté ; ça risque de nous bloquer encore plus ! ». La troisième proposition a été acceptée par le Centre social Terrenoire.

Le travail réalisé en 2007

Le travail réalisé, au cours de l’année, se décline en trois volets : une prospection expérimentale dans le monde du football ; un travail interne au sein du centre social Terrenoire (réalisation d’un abécédaire avec les professionnels, organisation d’une soirée débat autour d’un film avec le public du centre social) ; une série d’entretiens réalisés avec les associations stéphanoises et lyonnaises afin de préciser certains points et d’en aborder de nouveaux.

Les difficultés rencontrées

Tout au long de l’étude action (et tout particulièrement lors des séances de travail collectif) des difficultés ont été rencontrées. Il a été constaté combien il est complexe de parler de discrimination ethnique et de faire parler de discriminations des participants, pourtant a priori intéressés. Alors pourquoi ces difficultés ? Plusieurs facteurs « bloquant » peuvent être énoncés :
► parler des discriminations oblige chacun à se remettre en cause ;
► parler des discriminations expose aux critiques des participants et des personnes extérieures au groupe (si l’information est diffusée) ;
► parler des discriminations est problématique quand les acteurs réunis autour de la table appartiennent à des structures concurrentes et entretiennent des relations d’inimitié ;
► parler des discriminations n’est pas simple pour un dirigeant associatif (directeur ou administrateur), plutôt habitué à valoriser le dispositif qu’à le critiquer et, par ailleurs, pas toujours au fait de ce qui se passe sur le terrain. Celui-ci peut passer plus de temps à « l’arrière » et dans des réunions, que sur le « front » et sur le terrain ;
► les discriminations ethniques sont reléguées à l’arrière plan ou déniées : « Je crois qu’il vaut mieux ne pas trop les regarder, sinon on s’en sort plus. Il y en a trop. Il y en a tout le temps… » ;
► les discriminations ethniques ne sont pas facilement identifiables. Elles peuvent être confondues avec le racisme. Elles peuvent être entremêlées à d’autres discriminations : discriminations sociales ou discriminations liées au genre, etc. Ce qui est parfois exact, mais ce qui peut aussi alimenter le déni. Cette dernière posture est ancrée historiquement, socialement et politiquement. D’ailleurs elle se retrouve y compris chez les sociologues, pourtant en théorie dans la distance, comme l’explique André Rea et Maryse Tripier dans leur sociologie de l’immigration. « Les sociologues partagent le plus souvent avec les intellectuels universalistes et républicains un grand optimisme sur les capacités intégratrices du système. Pour ceux qui s’écartent des modèles fonctionnalistes, comme les marxistes, la question des origines, comme celle des sexes, est pensée comme un obstacle à l’analyse en terme de classe. Le racisme apparaît comme un piège idéologique. Tout se passe comme si étudier sociologiquement des situations que l’on redoute politiquement allait les conforter dans la réalité, qu’il s’agisse de la persistance de communautés d’origine menaçant l’intégration sociale à la française ou de la fragmentation des combats ouvriers qui compliquent l’objectif commun de lutte anticapitaliste ».
La question qui peut se poser est celle de l’articulation des différentes luttes (classes sociales, genres, ethnies, etc.). Comment peuvent-elles cohabiter dans l’espace public, sans que l’une prenne le dessus ou pire sans que l’une efface les autres ?

La Prospection dans le monde du football

La prospection exploratoire a été faite dans trois directions. Ont été rencontrés : un cadre de la direction des sports de la ville de Saint-étienne, le Centre social Terrenoire et plusieurs clubs sportifs. Voyons à présent les résultats de cette exploration.

Rencontre avec un cadre de la direction des sports de la ville de Saint-étienne

Ce cadre de direction a tout d’abord indiqué des clubs de football concernés en premier lieu par la discrimination : les Clubs d’Andrézieu et de Firminy. Il a également conseillé de prospecter au niveau des organisations encadrant l’activité football. D’après lui, il serait intéressant d’étudier de plus près le fonctionnement du « district », organisme qui pilote le football au niveau départemental. Du point de vue de notre informateur, le « district » est surtout composé de dirigeants « franco-français », alors que les clubs sont largement implantés dans des quartiers où vivent des personnes issues de l’immigration (tout spécialement maghrébine). Il y aurait donc un décalage entre les clubs et le « district » qui ne serait pas représentatif de ses adhérents. En outre, toujours d’après notre informateur, les cadres du « district » se désintéressent des quartiers et, parmi eux, certains seraient « racistes ».
Notre « informateur » a conseillé d’aller les interviewer, ce qui n’était pas sans poser des questions d’ordre méthodologique : comment enquêter auprès de personnes racistes (ou supposées l’être) ? Fallait-il aborder le sujet frontalement ou –comme le conseillait l’ informateur – de manière indirecte en prenant comme prétexte, par exemple, la question de la violence et des incivilités dans le football ?

Rencontre avec le Centre social Terrenoire

Lors d’une intervention au sein du centre social Terrenoire, un des animateurs a présenté le cas d’une l’équipe de football du quartier qui serait discriminée. Le quartier de Terrenoire comprend en réalité deux équipes de football. La première est composée en grande partie de « personnes issues de l’immigration maghrébine », la seconde de « franco-français ». La première est reconnue. Elle a de meilleurs résultats que la seconde. Mais la qualité de ses équipements laisse à désirer. De fait, elle a été autorisée officiellement à profiter des équipements de la seconde équipe qui sont de meilleure qualité. Or, cela ne s’est jamais mis en place, car d’après l’informateur : « officieusement, on leur a mis des bâtons dans les roues ».
Il serait donc intéressant d’en apprendre davantage. Qui « a mis des bâtons dans les roues » à la première équipe ? Quels sont précisément ces « bâtons » ? La discrimination supposée est-elle avérée ?

Rencontre avec des clubs sportifs

Trois clubs sportifs ont été rencontrés : le Comité omnisport de Montreynaud (Cosm), le Club de l’Etrat et celui de Firminy. Lors de l’entretien, nous avons appris que le Cosm est en crise et que ses activités sont provisoirement arrêtées. Aussi, il a été préféré d’abandonner cette piste. Les Clubs de l’Etrat et de Firminy ont tenu un discours similaire : ils ne sont pas concernés « en interne » par la discrimination. Il n’y a pas de discrimination au sein du club. Par contre, ils peuvent en subir, lors de rencontres avec d’autres clubs. Cela arrive également quand, dans le cas de Firminy, le Club ne peut inscrire tous les enfants aux activités sportives et se voit alors taxé de « raciste », notamment par l’intermédiaire de tags.
Face à ces accusations et pour désamorcer les conflits, le Club a décidé de réagir en mettant en place des « causeries sur le racisme ». D’un autre côté, il faut noter le positionnement des deux clubs : les discriminations proviennent de l’extérieur et ils les subissent. Autrement dit, on retrouve ici un mécanisme assez commun : plutôt que de se remettre en question et d’examiner sa propre part de responsabilité dans la production de discrimination, il est plus simple de rejeter la faute sur l’autre et de se mettre en position de victime.
Pour autant, les discriminations et plus largement les actes racistes sont bien présents dans le monde du football. La Licra a mené une enquête7 sur le sport et les dérives racistes auprès de 589 communes : 168 ont répondu. Parmi ces 168 communes, 84 disent constater des dérives dont des incidents racistes. Or, 90 % de ces dérives concernent le monde du football. Concernant spécifiquement le football amateur, il est intéressant de noter que 50 % des actes racistes constatés en France ont eu lieu dans le Nord–Pas-de-Calais, l’Ile-de-France, l’Aquitaine et Rhône-Alpes. Les groupes les plus visés sont les populations d’origine maghrébine, noire, afro-antillaise ou juive. Les populations blanche, d’origine turque ou portugaise, sont elles aussi de plus en plus touchées.
L’enquête de la Licra est sans équivoque. Elle laisse présumer un champ large d’investigation pour la lutte contre les discriminations dans le monde du football. Ont été évoqués les organismes qui encadrent le football. Nous pouvons aussi mentionner les joueurs et les supporters. Sans vouloir faire l’apologie du football, il est clair que c’est une activité importante. Le football peut permettre la cohésion sociale, l’apprentissage de la collectivité et de la solidarité, etc. Comme le confiait un des interlocuteurs, il n’est pas acceptable que les jeunes (des « quartiers sensibles ») n’aient pas accès au football ou à d’autres sports. De même, il n’est pas acceptable qu’ils ne puissent pas le pratiquer dans de bonnes conditions. La discrimination dans le monde du football vient s’ajouter à celles constatées dans l’emploi et le logement. En ce sens, elle constitue, pour reprendre la parole d’un des interlocuteurs, une « discrimination de plus » et une « discrimination de trop » qu’il convient d’analyser plus dans le détail et face à laquelle il faut agir.

Le travail intra associatif

Suite au travail mené dans le cadre de l’intergroupe, en 2006, il a été proposé aux associations d’entamer un travail au sein de chacune d’elles. Le Centre social Terrenoire a répondu par l’affirmative à cette sollicitation.
Le 19.12 2006, il a été présenté aux professionnels du Centre social les principaux résultats du travail accompli au cours de l’année 2006. Confirmant l’hypothèse de départ, ils ont été plus réactifs que ne l’avait été l’intergroupe.
à la fin de la séance, il a été décidé d’organiser une « soirée débat » sur la « lutte contre les discriminations », soirée ouverte au « public ». Prenant acte de l’importance des mots, il a été aussi convenu de réaliser un abécédaire afin d’éclairer toute une série de notions aussi bien « communes » que « savantes » (par exemple « a » pour arabe, « d » pour discrimination, « j » pour jeune, « r » pour racisme). En effet, quelles sont les catégories que nous utilisons couramment ? Qu’impliquent-elles ? Faut-il catégoriser ? Et comment catégoriser, sans porter préjudice à la personne ?

Soirée débat sur la lutte contre les discriminations

L’objectif de la soirée était de pouvoir débattre des discriminations et du racisme avec le public du centre social. à cette fin, avait été choisi le film Collision de Paul Haggis, sorti en 2004. Son format plutôt hollywoodien devait permettre d’accrocher et d’entamer un débat, tout particulièrement avec le public des « jeunes ». La préparation et l’animation ont été assurées par le chargé de mission de la Fonda Rhône-Alpes et la coordinatrice du centre social Terrenoire.
Collision se déroule à Los Angeles, dans le temps présent. Il met en scène une dizaine de personnes : « blancs », « noirs », « chinois », « latinos » et « Iraniens » qui ne se connaissant pas et dont les chemins vont se croiser. Collision donne à voir une Amérique traversée par des tensions inter ethniques, sans doute exacerbées par les « événements du 11 septembre ».
De la soirée, a été tiré le bilan suivant. D’une part, il y a eu une bonne affluence du public, ce qui montre le travail de l’équipe et l’intérêt du public pour la thématique. D’autre part, la soirée a réussi à sensibiliser et à faire échanger le public, sur plusieurs points :
► la comparaison entre les USA et la France : est-elle possible ? Pourquoi ? Quels sont les différences et les points communs ? Les USA sont-ils plus épargnés par le racisme que la France ?
► l’identification des discriminations et du racisme : ne voit-on pas parfois des discriminations et du racisme, alors qu’il n’y en a pas ? Comment identifier les discriminations quand elles sont entremêlées (« genre », « ethnie », « social », etc.) ?
► la complexité des discriminations et du racisme : personne n’est épargné par les discriminations et le racisme. Il n’y a pas simplement d’un côté des « coupables » et de l’autre des « victimes ». Ceux qui ont été victimes peuvent à leur tour reproduire des discriminations et être raciste.

L’abécédaire

L’abécédaire a porté sur les discriminations au sens large (en rapport avec l’origine, le sexe, l’orientation sexuelle, etc.). Il est un outil « par » et « pour » les professionnels de l’association présents et futurs, mais aussi pour ceux des autres associations et institutions concernées par la question des discriminations.
à partir du 1 janvier 2007 et durant toute l’année, un groupe s’est réuni au rythme d’une séance d’une demi-journée par mois. Les participants étaient les professionnels (animateurs et cadres) du centre social et le chargé de mission de la Fonda Rhône-Alpes. Le rôle de ce dernier a été de faire circuler la parole, de reformuler les propos, d’amener du matériel pour enrichir les débats et enfin de synthétiser par écrit ce qui était dit oralement.
Tout d’abord, il a fallu trois séances pour lister toutes les entrées possibles. à la fin de la première séance, le 16 janvier 2007, on en décomptait une soixantaine. C’était beaucoup trop. En outre, certaines entrées se recoupaient, comme par exemple celle des « insultes » à l’encontre des personnes issues de l’immigration : « arabe », « melon », « raton », « sale juif », « jaune », etc. Par conséquent, ont été éliminés les deux tiers de ces entrées, pour ne retenir qu’une seule entrée par lettre. Quelques exemples : « a » pour amalgame, « b » pour banlieue, « c » pour communautaire/communautariste, « d » pour discrimination, « e » pour ethnie, « f » pour femme, « g » pour gaulois, « h » pour homophobie, « i » pour identité, « j » pour jeune… « r » pour racisme ou bien encore « x » pour xénophobie.

à présent, rendons compte de quelques-unes des entrées travaillées :
« a » pour amalgame  : un amalgame est un raccourci entre deux ou plusieurs éléments. Un amalgame est problématique, car il simplifie le réel. Il est d’autant plus difficile à identifier qu’il est perçu comme quelque chose de naturel, comme un « allant de soi ». Quelques exemples ont été pris : quand on voit un noir, on dit qu’il s’agit d’un Africain. Pourquoi ne dit-on pas qu’il s’agit d’un Français ? Quand on voit un Asiatique, on dit qu’il s’agit d’un Chinois. Pourquoi ne dit-on pas un Japonais, un Coréen ou… un Français ? Autre exemple : un couple de cadres « issu de l’immigration maghrébine » se rend à l’école pour inscrire son enfant. Au cours de la conversation, la directrice dit spontanément aux parents de ne pas s’inquiéter pour l’argent : une solution sera trouvée ultérieurement. à cette occasion, on peut comprendre le sous-entendu : les personnes issues de l’immigration maghrébine ont toutes des problèmes financiers. N’est-ce pas un exemple d’amalgame ?

« b » pour banlieue. Qu’est-ce qu’une banlieue ? Une banlieue est une zone extérieure à la ville. Elle ne se confond pas avec un quartier, bien qu’elle puisse en comporter un ou plusieurs. Dans le langage courant, il est intéressant de noter que « banlieue » équivaut à « grand ensemble », « cité », « quartier », voire plus récemment « quartier sensible ». D’ailleurs, il s’agit souvent d’un biais ou d’un euphémisme pour nommer les personnes qui y habitent, personnes issues de l’immigration (Afrique du Nord et Afrique Noire) et dont on parle en terme de « problème de banlieue ».
Or, les banlieues ne sont pas que cela. D’une part, il n’y a pas que du négatif en banlieue : en changeant de regard, on peut constater que les banlieues sont porteuses de ressources et d’initiatives. D’autre part, la banlieue, ce n’est pas que des quartiers populaires ou des quartiers pauvres. La banlieue, c’est aussi des quartiers pavillonnaires, des classes moyennes ou des classes supérieures, comme à Neuilly, par exemple.

« e » pour ethnie. Qu’est-ce qu’une ethnie ? Une ethnie, c’est un groupe clairement délimité, ayant en commun un héritage, une langue et une culture commune. Mais compte tenu de la mondialisation et de l’accélération des échanges, cette notion a-t-elle un sens ? Peut-on la transposer du contexte américain au contexte français (comme c’est le cas à propos de la lutte contre les discriminations ethniques) ?

« h » pour homophobie. Les homosexuels n’ont pas les mêmes conditions d’existence que les hétérosexuels. Le 27 juillet 2007, un couple homosexuel est arrêté dans les rues de Rome par des carabiniers pour un baiser qualifié d’« outrage à la pudeur ». Il n’en serait pas allé de même pour un couple hétérosexuel… D’après une étude épidémiologique conduite par l’association Aremedia et l’Inserm, les homosexuels âgés de 16 à 39 ans ont treize fois plus de risques de faire une tentative de suicide que les jeunes hétérosexuels.
Quand on parle d’ « homosexuels », n’est-il pas surtout question d’ hommes ? N’oublie-t-on pas souvent les femmes (les lesbiennes) ? à titre anecdotique, il est intéressant de noter que le Village people – le fameux groupe de musique américaine, icône de la culture gay (mettant en scène un ouvrier du bâtiment, un motard, un GI, un cow-boy et un indien) – n’a pas d’équivalent lesbien. Sans doute, peut-on lire dans cet oubli une confirmation de la domination masculine.

À la fin de l’année 2007, le groupe en était arrivé à la lettre « j » pour jeune. L’objectif pour l’année 2008 était de poursuivre le travail, de l’achever et de diffuser l’abécédaire à l’ensemble des acteurs concernés ou intéressés.

Le travail inter associatif

Les différentes pistes de recherche

À l’origine de l’étude action, les porteurs du projet étaient partis sans aucune connaissance ou expérience des discriminations ethniques en milieu associatif. Puis, au fil des séances de réflexion collectives, suite aux entretiens individuels et au travail entre et dans les associations, ils en sont arrivés à retenir cinq pistes de travail principales :
– l’ethnicisation des groupes de femmes issues de l’immigration maghrébine ;
– les associations ethnicisées ou étiquetées comme communautaristes ;
– la construction du public associatif ;
– le public associatif, victime de discriminations ;
– le recrutement dans les associations des animateurs, des directeurs et des administrateurs.
Avant de revenir sur les deux premières pistes qu’il avait été décidé d’investir de manière privilégiée, voici tout d’abord les principales questions soulevées par les trois dernières pistes.

La construction du public associatif
Quel est le public retenu par une association et quel est celui qui (de fait et indirectement) est écarté ? Comme le dit un dirigeant associatif : « Pourquoi se diriger spontanément vers les personnes issues de l’immigration maghrébine, les femmes, les jeunes ou les enfants ? » Qu’en est-il des dernières vagues d’immigration (par exemple des Kossovars qui peuvent subir de plein fouet des phénomènes discriminatoires) ? En outre, quelle est la responsabilité des financeurs puisqu’ils demandent aux associations de répondre à des appels à projets en intégrant des catégories et des publics prédéfinis ?

Le public associatif victime de discriminations
Parmi les associations stéphanoises connues, une seule (le Centre social Terrenoire) a investi la question des discriminations par le biais d’une permanence d’écoute. Il s’agit d’une permanence d’écoute régulière où le public est dans un premier temps invité à se raconter, à réfléchir et à prendre de la distance. Puis, dans un second temps, si les conditions sont réunies, le public est orienté vers une structure adaptée à ses besoins (Mrap, Sos Racisme) ou appuyé dans la rédaction d’une plainte à déposer auprès de la Halde. On peut cependant se demander pourquoi il n’y a pas davantage de permanences d’écoute. Le témoignage suivant qui émane d’un dirigeant associatif est, à ce titre, assez révélateur. « Des discriminations ? Il y en a chez nous. On y prête attention, mais on ne les traite pas. On ne sait pas forcément comment agir. On ne connaît pas les outils. Et puis, les gens, ils n’y croient pas non plus. Donc, ils ne font même pas la démarche. Finalement, personne ne dit rien. »

Les autres témoignages convergent avec celui de ce dirigeant. Les associations sont un lieu (le seul ?) où le public vient raconter les injustices qu’il vit, dont font partie les discriminations (réelles ou imaginaires). Celles-ci peuvent être liées au logement, à l’emploi, aux administrations ou aux institutions, etc. L’hypothèse a été faite que si la permanence d’écoute était étendue à d’autres structures, le nombre de plaintes augmenterait très largement et révélerait l’ampleur du phénomène. Comme l’indique le dirigeant précédemment interviewé, c’est précisément ce que redoutent (consciemment ou inconsciemment) les associations. Et ce, d’autant plus qu’elles ne sont pas équipées pour y faire face et qu’elles ne connaissent pas ou qu’elles doutent de la capacité des dispositifs habilités à lutter contre les discriminations. Néanmoins, en ne disant rien ou en faisant comme si elles n’avaient rien vu, les associations ne sont-elles pas, d’une certaine manière, complices des discriminations ? Ne participent-t-elles pas à la reproduction des discriminations ?

Le recrutement dans les associations : directeurs, membres du conseil d’administration et animateurs
Les directeurs. Un des interlocuteurs formule l’hypothèse qu’il y a plus d’hommes « franco- français » que de personnes issues de l’immigration (et de femmes) aux postes de direction. Mais, qu’en est-il réellement ? Les directeurs issus de l’immigration ont-ils rencontré plus de difficultés pour accéder à ces postes que les « franco-français » ? Ont-ils déployé des stratégies particulières ?
Les membres du conseil d’administration. Comment se fait le recrutement des membres du conseil d’administration ? Est-il ou non représentatif du public associatif et de la population du quartier ?

Les animateurs. Quels sont les critères de recrutement des animateurs dans les associations ? Le facteur ethnique intervient-il ? Autrement dit, les animateurs sont-ils recrutés ou écartés parce qu’ils sont « issus du milieu » ? Lors de l’enquête, un dirigeant associatif prétendait que la question de l’embauche des animateurs « n’est jamais débattue ouvertement et publiquement. Au mieux, on en parle entre nous, devant la machine à café ! »

Du point de vue d’un autre directeur, il semble important de se placer dans une perspective historique pour comprendre le recrutement des animateurs et ses mutations. « Dans les années 1980, on nous a demandé de recruter des gens issus du milieu. On l’a fait. Et après, on a constaté qu’ils se sont retrouvés en difficulté. Ils n’arrivaient pas à tirer le public à l’extérieur du quartier. Ils n’arrivaient pas à prendre suffisamment de distance ».

Après avoir recruté des « gens issus du milieu », les associations ont engagé des « blancs ». La mixité ainsi produite a parfois été poussée jusqu’au bout, comme l’explique cet autre acteur associatif. « L’ancien directeur faisait en fonction des publics. Il voulait à tout prix créer de la mixité. Quand le public était issu de l’immigration, il recrutait des animateurs « blancs ». Quand le public était « blanc », il recrutait des personnes issues de l’immigration ».
Il semble donc que le facteur ethnique ait été décisif dans le recrutement des salariés et vraisemblablement des administrateurs. Actuellement, les associations rencontrées disent procéder autrement. Elles prétendent privilégier non pas le critère « ethnique » mais celui des « compétences ». Par conséquent, il y aurait eu une évolution importante dans le recrutement des animateurs. Néanmoins, cette évolution reste à confirmer au regard d’autres associations.

Enfin, la question de l’embauche des animateurs amène des interrogations sur leurs carrières et leurs perspectives professionnelles qu’il convient de soulever. Les animateurs accèdent-ils à des postes supérieurs dans les associations ? Comme le dit l’un des participants à l’étude action : « Pourquoi y a-t-il autant de « beurs » sur les postes d’animateurs et pourquoi sont-ils si peu présents aux échelons supérieurs (postes de direction) ? ». En outre, pour aller plus loin, que sont devenus les anciens animateurs ? Sont-ils sortis ou non des quartiers ? En sont-ils « captifs » (particulièrement, pour ceux qui en sont issus) ? à quels métiers ont-ils accédés ? Quelles compétences ont-ils pu transporter ?

Les pistes retenues : les groupes de femmes ethnicisés et
les associations ethnicisées ou étiquetées comme communautaristes

D’après Faiza Guélamine, « reconnaître le racisme et les discriminations suppose de rompre avec un certain nombre de lieux communs. Le racisme ne se manifeste pas seulement par des paroles ou des actes violents ou spectaculaires ». Les faits qu’il a été choisi d’étudier ont aussi cette caractéristique : ils sont insidieux et silencieux et cela a vraisemblablement à voir avec leur caractère institué ou systémique. Rappelons au passage la définition de ce dernier terme. Selon Patrick Simon, le système est « un ensemble de structures, de règles, de procédures, de cheminements administratifs qui vont, par des contributions diverses, créer des situations inégalitaires pour des personnes appartenant (ou supposées appartenir) à un groupe défini ethnique ou racial ». Autrement dit, l’intérêt d’une approche systémique est de montrer que les faits, loin d’être simples (une discrimination mettant en scène un coupable et une victime), sont complexes. Ils peuvent concerner toute une série d’acteurs divers pris dans des interactions et contribuant chacun à leur manière à coproduire la discrimination. C’est donc bien cette complexité qu’il faut analyser et restituer afin de lutter contre les discriminations.

Deux pistes ont donc été retenues : les groupes de femmes ethnicisées et les associations ethnicisées ou étiquetées comme communautaristes. Le fil conducteur est l’ethnicisation thématique connexe à la discrimination. « Ethnicisation » est entendu au sens où l’emploient Ahmed Benyachi et Said Bouama : « L’assignation à une différence ethnique produisant une frontière entre un “ nous ” et un “ eux ” et justifiant ainsi les exclusions et les inégalités ».
Avec les groupes de femmes, l’ethnicisation peut être une ressource, par exemple pour gagner en reconnaissance. Mais elle peut être surtout synonyme d’enfermement aussi bien pour les groupes de femmes que pour certaines associations étiquetées à tort comme communautaristes. L’une d’elles en viendra même à discriminer, suite à des pressions institutionnelles.

L’ethnicisation des groupes de femmes
La réflexion s’appuie sur une série d’entretiens menés auprès d’acteurs associatifs impliqués dans plusieurs groupes de femmes issues de l’immigration : les Voisines, le Centre social Terrenoire, le Club féminin et le collectif Paroles de femmes. Par conséquent, compte tenu du nombre élevé de groupes existant par ailleurs, il convient d’être prudent et de ne pas généraliser hâtivement les données livrées ici.

La création et le développement des groupes de femmes
à partir des années 1970, les premiers groupes de femmes issues de l’immigration (Maghreb ou Afrique Noire) vont être créés à l’initiative des femmes elles-mêmes ou d’intervenants sociaux (professionnels ou bénévoles), souvent militants et acteurs du monde associatifs, plus ou moins proches idéologiquement de mai 1968, du féminisme ou bien encore de l’éducation populaire. à partir des années 1980, ils se multiplieront sur le territoire national grâce à l’appui de financeurs comme le Fonds d’action sociale (actuellement absorbé par l’Acsé).
La non mixité des groupes est posée d’emblée. Elle est pensée comme une condition permettant la libération de la parole et la construction d’une dynamique collective. Les objectifs des groupes sont l’autonomie, la libre disposition de soi, l’égalité de traitement, etc.
Les groupes de femmes vont s’organiser autour d’actions et d’activités diverses : groupe de parole, manifestation, temps conviviaux comme des repas ou le café, débat public, couture, cuisine, alphabétisation, etc. Ils seront parfois structurés, au niveau national et international, autour de thématiques et d’enjeux précis (solidarité avec des femmes d’autres régions du monde subissant le totalitarisme, le racisme, la maltraitance etc.).

Et maintenant ? La parole des acteurs
En discutant avec les femmes, on constate à quel point les groupes demeurent essentiels aujourd’hui. En effet, bien souvent les femmes étaient isolées chez elles (le mari travaille et les enfants sont à l’école), dans un quartier décrit comme peu convivial. Puis, avec la création des groupes, elles ont pu se retrouver, s’occuper et développer ensemble des actions grâce auxquelles elles sont connues et reconnues. Elles sont sollicitées pour animer ou « vendre » leur service, lors de diverses manifestations. Elles sont interviewées par des journalistes, des sociologues, etc.
Les actions des groupes de femmes ont au niveau local un impact sur le lien social, non seulement « dans le quartier » mais également « entre les quartiers ». En ce sens, elles contribuent à « faire la ville ». Dans leur quartier, l’association les Voisines12 accueille et écoute les femmes qui passent au local. Elles les aident administrativement. Elles leur rendent des services comme, par exemple, de la couture. En outre, elles entretiennent des contacts étroits avec des associations et des groupes de femmes implantés dans d’autres quartiers. Enfin, l’association est composée surtout de femmes du quartier, mais aussi de femmes provenant d’autres quartiers de l’agglomération stéphanoise.

Malgré ce constat plutôt positif, des interrogations et des critiques émergent. Ainsi ce dirigeant associatif qui s’exprime en ces termes. « Qu’avons-nous fait, nous les travailleurs sociaux, en enfermant nos publics dans des identités prédéfinies ? Que veut dire les femmes maghrébines qui produisent du thé à la menthe ou des pâtisseries orientales ? Il est peut-être temps de s’interroger… »

Ou encore cette femme appartenant à l’un des groupes rapporte l’anecdote suivante. « Un jour, on m’a demandé, lors d’une rencontre entre associations, pourquoi je n’avais pas fait comme d’habitude des pâtisseries orientales. Et, d’un coup, je me suis surpris à me dire que cela suffisait. Je n’avais pas envie. Pourquoi faire cela ? D’autant que les femmes « blanches » ne font qu’acheter des gâteaux et que cela ne dérange personne (…) Je crois qu’il faudrait aussi penser à tout ce qui est « couscous ». Pourquoi les femmes maghrébines devraient faire automatiquement du couscous ? Et pourquoi pas une choucroute ? Après tout, ce n’est pas parce que je suis issue de l’immigration que je dois savoir faire un couscous. N’est-ce pas un peu réducteur ? »

Ces propos invitent à réfléchir. Ils donnent à penser que les activités des groupes de femmes comme la couture ou la cuisine sont ethnicisées. Autrement dit, elles sont construites sur un modèle normé en terme « ethnique » (les femmes font du thé à la menthe et des pâtisseries orientales) mais aussi en terme de « genre » (être une femme, c’est cuisiner ou coudre).

Dès lors, plusieurs questions apparaissent : ce modèle reflète-il la situation des femmes issues de l’immigration maghrébine ? S’y reconnaissent-elles ? Ne reflète-il pas plutôt notre représentation de l’autre ? Et quels liens existent-ils entre cette représentation et une pensée héritée du colonialisme ?

Pour avancer dans notre raisonnement, il faut ajouter que l’ethnicisation a conduit à une première forme de reconnaissance pour les femmes issues de l’immigration maghrébine. En ce sens, elle est acceptable, à condition de ne pas être une fin en soi et de permettre aux femmes d’aller au-delà. Il est vraisemblable que c’est bien en empruntant cette voie que l’éducation populaire sera la plus fidèle à son projet.
Mais comment aller au-delà et entamer une seconde étape ? Faut-il tirer un trait sur ces activités typiques que sont la cuisine ou la couture ? En même temps, il semble difficile, du point de vue d’un membre d’un des groupes de femmes, de mettre en place seulement des « actions citoyennes ». Les professionnels travaillent dans l’urgence ; ils ont de nombreuses tâches à gérer. De plus, ils n’ont pas tous la fibre militante. Quant aux femmes, il n’est pas aisé de les mobiliser, surtout quand elles sont plus des « clientes », consommatrices d’activités, que des « adhérentes », impliquées dans le projet associatif. Dès lors, le plus simple n’est-il pas de partir de l’existant et de faire de ces activités typiques un support pour aller au-delà ? Il reste toutefois – et la tâche n’est pas simple – à préciser les contours de cet au-delà.
Les groupes de femmes sont-ils amenés à évoluer ? Si c’est le cas, il est clair que cela prendra du temps. En effet, d’une part les femmes ont bien intériorisé leurs rôles. Elles en sont pour la plupart satisfaites. D’autre part, elles sont sollicitées en tant que telles par des partenaires associatifs ou institutionnels. Au final, c’est bien un ensemble accordé qui fonctionne depuis de nombreuses années.

Les résistances à lever pour travailler sur l’ethnicisation des groupes de femmes sont présentes de toute part (et pas seulement chez les femmes). Du côté des femmes, seules, quelques unes semblent être critiques par rapport à leurs pratiques. D’un autre côté, plusieurs intervenants qui les soutiennent ont dit et répété qu’« il faut aller doucement avec ça ». Les enquêteurs ne sont pas plus épargnés. Lors d’une rencontre avec l’une de ces associations, les responsables de l’étude action se sont surpris à se demander pourquoi les femmes leur offraient de simples biscuits et des boissons gazeuses plutôt des que pâtisseries orientales et un thé à la menthe. Bien qu’avertis et vigilants, ils ont donc également reproduits, à leur insu, une approche ethnicisante. Leur réaction révèle bien la force de celle-ci. Aussi, il semble important de pouvoir débattre de ce sujet, en présence d’une diversité d’acteurs. Ont été déjà mentionnés les principaux intéressés, c’est-à-dire les groupes de femmes eux-mêmes et les associations partenaires. Sans doute faudrait-il en faire de même avec les futurs travailleurs sociaux (animateurs, conseillers en économie sociale et familiale, etc.) amenés à travailler avec ce public, mais aussi, et pourquoi pas, avec les financeurs qui en soutenant les activités des groupes de femmes ont également participé à leur ethnicisation.

Des associations ethnicisées ou étiquetées comme communautaristes
Plusieurs associations rencontrées disent être critiquées et discréditées par d’autres associations ou par des acteurs institutionnels, car elles n’ont pas de « blancs » dans leurs équipes. Elles sont étiquetées comme étant « communautaristes ». Dans cette perspective, elles seraient des associations « par » et « pour » les personnes issues de l’immigration. Elles seraient critiquables parce que précisément elles défendent des intérêts « privés » et non une « cause publique ». L’une des associations qui travaille dans l’insertion raconte.« Il y a eu des remarques, des pressions extérieures de la part d’institutions. On nous a dit « comment ça se fait, qu’il n’y ait pas de « blancs » chez vous, au niveau du public et des professionnels ? Vous devriez en prendre quand même ! » En conséquence, qu’est-ce qu’on fait ? On va chercher des « blancs » ? Mais si on fait cela, est-ce qu’on n’est pas discriminant ? Devant moi, j’ai une pile de 80 curriculum vitae. Il y a deux semaines, il y a un « blanc » qui arrive : enfin, un « blanc ». J’ai horreur de ce terme. C’est comme celui de « français de souche ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Et lui (le « blanc »), il faut que je le recrute et qu’il passe devant les 80 autres candidats. Est-ce que je suis juste en procédant ainsi ? Non, je le dis par honnêteté. Je ne suis pas juste. Je suis discriminant ! Il en est de même pour d’autres embauches de professionnels. Pour le poste d’accueil, il y avait plusieurs choix. Et comme il y avait cette contrainte, nous avons privilégié une personne d’origine française. Comment cela se fait-il que d’autres associations ne soient pas taxées de « communautarisme » ? Elles ont le même public, mais ceux qui les dirigent ne sont pas issus de l’immigration. Si on avait des prénoms différents, la question ne se serait pas posée ! On dirait même : « C’est formidable ce qu’ils font dans ce quartier sensible. » Mais on dit de nous que nous privilégions ceux de notre communauté, voire de notre famille. Et pourtant nous sommes français. Il y a donc toujours une distinction entre les « Français d’origine » et les « Français de seconde zone ».

À partir de ce témoignage, plusieurs remarques peuvent être faites. Tout d’abord, qui est discriminant ? De notre point de vue, il ne s’agit pas des associations accusées, mais des accusateurs eux-mêmes puisque, au regard de quelques critères (couleur de peau, prénom), ils différencient très clairement les personnes issues de l’immigration maghrébine des Français (les « blancs », les « Français de souche ») et contraignent à discriminer.

On peut se demander quel est le sens de cette différenciation ou ethnicisation, puisque les personnes visées ont la nationalité française, parlent la langue française, sont nés sur le sol français et se sentent français. Comme le dit Jean-Paul Payet13, « l’ethnicité, c’est l’autre. Ainsi un milieu ethnicisé est toujours une école ou un quartier avec une présence significative d’élèves, de familles immigrés ou issus de l’immigration, jamais une école ou un quartier sans immigré, une école ou un quartier “ blanc ” ». Et en effet, qui taxerait une association de savoyards ou de limousins de communautarisme ?

Ensuite la catégorie « communautariste », telle qu’elle est employée, est discutable. Si l’on en croit Sylvain Brouard et Vincent Tiberj14, le « communautarisme » a deux caractéristiques : la concentration spatiale d’un groupe ethnique et le sentiment d’appartenance identitaire à un groupe infra ou supra national qui s’oppose au sentiment d’appartenance national. Or, comme dit précédemment, on ne retrouve pas cette dernière caractéristique chez les personnes taxées de « communautariste ». On voit donc l’importance d’un travail sur les mots, puisque le sens véhiculé peut considérablement varier.

Enfin, prétendre que ces associations sont communautaristes, c’est négliger un fait important et qui concerne la construction de leur public. Ces associations travaillent dans des quartiers et compte tenu de la composition ethnique des quartiers (une proportion forte de personnes issues de l’immigration), le public ne peut que suivre. Ce qui ne découle pas forcément des intentions des acteurs associatifs. Par conséquent comment le public peut-il inclure des « blancs » et ainsi être mixte ?
Les institutions peuvent mettre en place des dispositifs avec une grille de lecture ethnicisante. De fait, il y a là un paradoxe évident puisque ces mêmes institutions sont porteuses d’idéaux républicains qui vont en sens inverse (le refus de prendre en compte les appartenances). Puis les institutions peuvent se retourner contre ces mêmes dispositifs en les taxant à tort de communautaristes. Les personnes qui font les frais de cette politique sont en premier lieu les professionnels, comme l’indiquent Jacques Ion et Bertrand Ravon15. « En outre, l’appartenance au milieu n’est pas sans conséquence dans l’action elle-même et peut même produire, dans certains cas, l’inverse de l’effet recherché. Le cas le plus souvent rapporté est celui des adjoints de sécurité qui, une fois identifiés par les jeunes du quartier comme étant des auxiliaires de police, suscitent des rejets des deux côtés : ils sont traités par les jeunes de « balances » et les policiers les considèrent comme des collaborateurs des jeunes du quartier ».

La suspicion à l’égard des professionnels « issus de l’immigration » a été confirmée par plusieurs acteurs associatifs. Elle est problématique dans la mesure où ils doivent sans cesse se justifier, passer parfois une part importante de leur temps à se faire reconnaître, parfois même au détriment de l’intervention.

Conclusion

En guise de conclusion, deux points fondamentaux sont à retenir de cette étude action.

La méthodologie
Disposer d’une méthodologie de lutte contre les discriminations est important. Effectivement, comment parler des discriminations ? Quels termes employer pour désigner les situations (« discrimination sociale », « discrimination ethnique », « discrimination raciale », etc.) ou les personnes (« blanc », « français de souche », « personne issue de l’immigration », « immigré », etc.) ?
Il faut donc être vigilant par rapport aux mots. De plus, il faut prêter une attention particulière aux difficultés et aux résistances des acteurs quand on les invite à parler des discriminations. Pourquoi ces phénomènes ? Comment les dépasser ? Comment « faire parler » des discriminations ? Comment sélectionner les acteurs qui participeront à un tel travail ? Comment organiser le recueil des donnés (entretiens individuels, réunions collectives…) ? Ce questionnement sur la méthodologie ne doit pas être écarté ou au mieux relégué dans les annexes des documents finaux. Il fait partie intégrante de la recherche. Les problèmes observés au fil de l’étude-action doivent être restitués, car ils sont révélateurs de l’objet étudié et des difficultés rencontrées sur d’autres terrains.

Ainsi, lors de colloques ou lors de rencontres, il est frappant que de nombreux acteurs ne veulent pas parler de discrimination, de peur de choquer leurs interlocuteurs ; ils préfèrent, par exemple, utiliser l’entrée du « vivre ensemble ». Or, ce choix comporte le risque d’occulter le cœur du problème : les processus discriminatoires sont à l’œuvre dans l’ensemble de la société française (institutions, entreprises, associations et tout un chacun) et ils sont en quelque sorte constitutifs de cette dernière. Un autre exemple a permis de vérifier cette analyse : le colloque intitulé « Agir contre les discriminations, l’engagement des élus et des collectivités territoriales », organisé par Ville et Banlieue et l’Ancsec, le 4 octobre 2006. à cette occasion, il a bien été question de l’engagement des élus. Mais, qu’en est-il de ceux qui ne s’engagent pas ? Et pourquoi ne le font-ils pas ? En coulisse, un élu confiera que non seulement il est « minoritaire », mais en plus qu’il se sent « marginalisé » par ses pairs qui ne le prennent pas vraiment au sérieux.

La construction de l’objet de l’étude action
La construction de l’objet de l’étude-action a été longue et complexe. Au final, elle a toutefois réussi à dégager un noyau d’interrogations autour de l’ethnicisation. Elle a montré qu’elle pouvait avoir des effets positifs : les groupes de femmes acquièrent de la reconnaissance. Il a été insisté sur les effets négatifs : les femmes peuvent se sentir enfermées dans ces identités. Des associations sont étiquetées à tort comme communautaristes. Dans un cas comme dans l’autre, que constatons-nous ? L’autre demeure un étranger. Non pas parce qu’il ne s’intègre pas, mais plutôt parce qu’il n’est pas intégré comme tout un chacun. La différence est fondamentale, puisqu’elle met bien l’accent sur la responsabilité de la société d’accueil.
Pour lutter contre les dérives de l’ethnicisation, il faut intervenir à plusieurs niveaux. Il est important de légitimer les principaux intéressés dans leurs interrogations, leur volonté de remettre en cause et de changer les pratiques. Il est important de sensibiliser les acteurs associatifs, institutionnels, les travailleurs sociaux en formation ainsi que les financeurs. Compte tenu du caractère systémique de l’ethnicisation, comment faire l’impasse sur l’un de ces acteurs qui représentent chacun un des maillons de la chaîne ? Par ailleurs et plus largement, pourquoi ne pas sensibiliser le public associatif ou les habitants des quartiers populaires ? Faisons l’hypothèse que les accusations de communautarisme à l’encontre de personnes ou d’associations sont récurrentes. Aussi, elles mériteraient d’être retravaillées et débattues publiquement.

La lutte contre les discriminations est un pas important pour une société plus juste. On ne peut que se féliciter de son avancée. Les « émeutes » de novembre 2005 rappellent toutefois l’importance de poursuivre et d’intensifier la lutte contre les discriminations. Elles montrent aussi que le problème est plus vaste. Ainsi d’après Laurent Mucchielli et Abderrahim Ait Omar16, les émeutes masquent un processus de ghettoïsation affectant les quartiers dits « sensibles » : « familles nombreuses (…), absence de mixité sociale, discriminations de toutes sortes subies en raison du lieu d’habitat, des pratiques culturelles et parfois de la couleur de peau (…), taux de chômage globalement deux à trois fois supérieur aux autres territoires (…), problèmes de santé plus marqués qu’ailleurs (…), isolement relationnel (…), absence de représentation politique et de structuration politique au sens large (syndicale, associative), etc. ».

Il est clair que la lutte contre les discriminations ne peut pas tout. D’autres mesures parallèles et complémentaires sont susceptibles d’appuyer et d’accompagner cette dynamique : la promotion de la diversité, le renouvellement urbain et la discrimination positive. En guise de conclusion, il est bon de s’arrêter un instant sur cette dernière. D’après Eric Keslassy17, « continuer à traiter également des individus inégaux conduit à renforcer les inégalités (…). Ne rien faire en espérant que les inégalités s’effacent spontanément n’est plus acceptable (…). Il faut concevoir l’égalité comme un résultat et non comme un moyen ». La discrimination positive est-elle une politique acceptable pour corriger les inégalités et aboutir à une réelle égalité (de droit et de fait) ? Peut-on en faire l’économie ? Ou, au contraire, faut-il la poursuivre, voire l’intensifier ? Et si c’est le cas, selon quelles modalités ? Quoi qu’il en soit, les tensions observées sur le terrain donnent à penser que la question mérite d’être posée et débattue.

Préconisations

À partir des constats faits tout au long de l’étude action, il est possible de formuler plusieurs préconisations pour qu’avance la lutte contre les discriminations ethniques en milieu associatif.
► Concernant la formation, il faut organiser des sessions de formation de base pour sensibiliser les acteurs associatifs à la lutte contre les discriminations. Il faut également, en lien avec les partenaires concernés, organiser séminaires et colloques sur la question spécifique des discriminations ethniques en milieu associatif.
► Plusieurs pistes méritent d’être davantage explorées par la Fonda : celle des clubs de football, celle aussi du recrutement des administrateurs et des dirigeants associatifs.
► L’abécédaire entamé avec le Centre social Terrenoire doit être continué, finalisé et diffusé à l’ensemble des acteurs associatifs et institutionnels intéressés.
► Une action spécifique sur l’ethnicisation des groupes de femmes pourrait être conduite. En partenariat avec le collectif Paroles de femmes, serait réalisable un diagnostic poussé sur la question de l’ethnicisation des groupes de femmes. Il aboutirait à une série de propositions concrètes pour modifier les pratiques, ainsi qu’à des sessions de formation dans les écoles de travailleurs sociaux (partenaires de la Fonda), afin de faire évoluer les représentations et les pratiques des futurs intervenants.
► Parallèlement, pourrait être également menée une action spécifique autour des associations étiquetées comme communautaristes. Dans un premier temps, il s’agirait de réaliser un diagnostic plus poussé. Les objectifs en seraient les suivants : appuyer les associations victimes et leur redonner du pouvoir et de la légitimité ; modifier les représentations ethnicisantes (et les pratiques discriminantes qui peuvent en découler) des acteurs, au sein des associations et des institutions, dont les financeurs.
► Par rapport au public associatif, trois pistes de travail sont envisageables :
– permettre l’extension de la permanence d’écoute des discriminations de public, à l’image de celle mise en place par le Centre social Terrenoire ;
– organiser davantage de soirées débats avec le public, autour de supports comme des films : de ce point de vue, il serait intéressant d’arriver à monter un cycle de films pour rendre compte de toutes les discriminations ;
– mettre en place un collectif d’usagers associatif ayant subi des discriminations (réelles ou imaginaires) dans les institutions (Caf, Anpe, etc.). Les deux parties pourraient se rencontrer et dialoguer afin de lutter ensemble contre les discriminations.

Documents joints à cet article
rapport Fonda Rhône-Alpes - PDF - 238 ko

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