La Vae bénévole : un défi à relever ensemble ! (2ème partie)

La validation des acquis de l’expérience bénévole

compte rendu de la journée de travail du 24.11.06 à Lyon

in La tribune fonda n° 184 - avril 2007

Plan du dossier

- Comment améliorer la Vae des bénévoles ?

- Réflexions en cours sur la Vae dans les MJC en Rhônes-alpes

- Etudes et expérience du livret bénévole en Aquitaine

- Eléments du débat et interrogations

COMMENT AMÉLIORER LA VAE DES BÉNÉVOLES ?

Témoignages d’acteurs du dispositif Vae

Le point de vue d’un organisme valideur

par René Moureaux, représentant de la Drjs de Rhône-Alpes

La position qu’occupe un organisme valideur dans le dispositif interministériel de validation des acquis de l’expérience est induite par une triple contrainte :

– un cadre réglementaire précis (article 43 de la loi de 1984 modifiée) ;

– une orientation politique ;

– un ensemble de moyens (humains, financiers, administratifs, etc.).

La marge de manœuvre ainsi créée l’oblige à faire des choix qui rencontreront, de manière plus ou moins adéquate, les attentes de ses partenaires naturels.

L’entrée dans les problématiques abordées aujourd’hui par le biais du statut, en l’occurrence celui du « bénévole », procède d’un choix louable mais qui décale l’angle de discussion qu’implique une approche de la compétence qui est au cœur de cette nouvelle démarche de validation des acquis.

Si le bénévole met bien en œuvre des compétences, si le bénévole développe un travail de réflexion sur les actions qu’il conduit et si le bénévole tient une place irremplaçable à ce jour, il n’en demeure pas moins que l’objet final d’une démarche de Vae consiste pour lui, comme pour tous les candidats, à faire surgir des compétences formalisées, à les faire reconnaître par un jury et à obtenir, au final, leur reconnaissance par le truchement d’un titre ou d’un diplôme.

Le statut de bénévole ne le protège en rien contre une exposition aux risques inhérents à l’utilisation du support qu’est ce « fameux » dossier de Vae. Toutefois, force est de constater que l’utilisation de ce nouveau dispositif au sein du ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative (Mjsva) est essentiellement liée aux capacités cognitives et procédurales dont devront faire preuve les utilisateurs, qu’ils soient bénévoles ou non.

à ce jour, trois pistes de réflexions pourraient baliser le travail partenarial entrepris par la Fonda et le Mjsva :

– le glissement constaté - en particulier dans le domaine du sport - du fonctionnement associatif vers des modèles de « productivité », voire de « prestation de services » proches de l’entreprise, introduit une quasi concurrence entre le bénévole et le salarié de l’association ;

– les bénévoles, élus ou techniciens, ne peuvent prétendre majoritairement qu’à une validation partielle portant sur des compétences transversales, les renvoyant forcément à des cursus de formations complémentaires ;

– la nature du dossier qui sert actuellement de support à la Vae représente un obstacle réel pour les personnes qui sont en difficulté d’écriture. Cet inconvénient pourrait être partiellement contourné par l’introduction de mises en situation, comme il en existe pour les activités se déroulant dans un environnement spécifique.

Le témoignage des conseillers d’orientation ayant reçu des candidats

par Daniel Mauquie, psychologue du travail au Service d’orientation professionnelle de l’Asociation nationale pour la formation des adultes (Afpa) Isère, pilote du relais territorial d’information conseil en Vae du Bassin grenoblois

En ce qui concerne l’organisation de l’information conseil en Vae, la région Rhône-Alpes comprend vingt-sept « zones territoriales emploi formation » (Ztef). Les partenaires impliqués dans cette organisation (région, état, partenaires sociaux) ont souhaité que l’information conseil en Vae soit diffusée au plus près du lieu de résidence des usagers. Ils ont donc, sous l’égide du Groupement d’intérêt public (Gip) « pôle Rhône-Alpes pour l’orientation » (Prao), mis en place un relais territorial par zone. Chacun des vingt-deux relais territoriaux coordonne les « points relais conseil » (Prc), structures d’information et d’orientation, gages de neutralité dans l’information et le conseil, chargés d’informer et d’orienter le public intéressé par la Vae. Le pilotage, à savoir l’animation et la coordination des Prc, est assuré par l’une des structures du territoire. Dans le Bassin grenoblois, j’occupe cette mission pour le compte du service d’orientation professionnelle de l’Afpa. Cette mission est inter-institutionnelle : les principaux réseaux d’information et d’orientation sont représentés dans cette mission de pilotage (Sop Afpa, Mife, Cibc [Centre inter-institutionnel de bilan de compétence], Anpe, Cio [Centre d’information et de d’orientation] de l’éducation nationale).

Les points relais conseil assurent une mission de service public. à ce titre, le travail d’information et d’orientation auprès des bénéficiaires est gratuit. Dans la mesure où, jusqu’à maintenant, le service de conseil en Vae n’est pas financé, la durée des entretiens conseil est relativement courte : à l’issue d’une réunion d’information collective de deux heures, le conseil dure de deux à trois heures sur un ou deux rendez-vous avec le conseiller. En tant que pilote du relais territorial, je diffuse l’information concernant l’organisation des informations collectives concernant la Vae sur tout le territoire, à tous les acteurs de l’accueil-information-orientation, dont la maison des associations et les maisons de l’emploi.

Le point relais conseil est en amont du dispositif. Lorsqu’une personne se pose la question de valoriser ses acquis d’expériences, qu’elles soient professionnelles ou bénévoles, elle s’adresse à un Prc. Le conseiller de la structure analyse sa demande, vérifie avec elle son éligibilité (objectif professionnel et/ou personnel visé, durée d’expérience en lien avec une certification…), puis l’aide à recenser et formaliser les activités réalisées, dans le but de déterminer la (ou les) certification(s), la (les) plus en lien avec l’expérience. Il adresse ensuite le bénéficiaire à une instance de validation qui se chargera d’instruire la demande : demande de recevabilité, puis accompagnement, jusqu’à la présentation devant le jury.

Le rôle du conseiller du Prc reste donc un rôle d’aide à l’orientation. Il ne se substitue pas à l’accompagnement réalisé par le certificateur qui vérifiera l’adéquation précise entre l’expérience et le référentiel de la certification visée et qui préparera la personne au passage devant le jury.

En tant que conseiller de Prc, j’ai rencontré très peu de bénévoles, demandeurs d’une certification par la Vae. La démarche avec ce type de public reste une démarche d’appui à l’orientation, d’aide à la formalisation ou à la précision d’un projet d’orientation personnelle ou professionnelle que la Vae permettra de réaliser. Elle se différence de celle des bénéficiaires qui ont des expériences professionnelles, par la particularité et la diversité des expériences, ainsi que par leur aspect diffus ou discontinu, parfois difficile à quantifier.

Le travail de clarification et de formalisation est, avec un bénévole, plus long et plus laborieux. à ce titre, il peut-être plus difficile. Il faut aider la personne à dégager une ligne directrice dans son parcours personnel et professionnel et l’aider à préciser ses objectifs. Le recensement des activités bénévoles et des lieux où elles se réalisent doit s’accompagner d’une formalisation des compétences mises en œuvre, pour faciliter la mise en relation avec une ou plusieurs certifications, dont la recherche peut alors être difficile.

Deux exemples très différents l’un de l’autre, du point de vue de la complexité de la situation, peuvent illustrer ces difficultés à surmonter :

- Mme B. possède une expérience professionnelle ancienne en tant qu’éducatrice de jeunes enfants et animatrice. Elle a monté une association qui a fonctionné pendant dix-huit ans, à travers laquelle elle a pu valoriser et transmettre à des acteurs différents (écoles, associations, etc.) ses compétences et ses prédispositions artistiques et créatives en lien avec l’environnement. Elle mène plusieurs objectifs simultanément, dont la recherche d’un emploi et un projet de création de gîte. Dans sa recherche d’emploi, elle se heurte à la diversité de ses expériences et de ses compétences (animation, formation, éducation spécialisée…), difficilement lisibles par les employeurs qu’elle sollicite. Elle recherche une certification qui lui permettrait de cibler un des objectifs visés, avec toutes les chances d’accéder à l’emploi. Le conseil, malgré trois rendez-vous, a mis en évidence la difficulté à préciser l’objectif et la réelle plus-value de la Vae dans son parcours professionnel : elle a déjà des diplômes d’animation et d’éducateur de jeunes enfants. Suite à un premier travail de réflexion, elle a opté pour une demande de licence d’arts plastiques auprès de l’université Jean Monnet de Saint Etienne, par la Vae et pour laquelle elle a obtenu la recevabilité. Cet objectif n’est pas exclusif, puisqu’elle poursuit simultanément ses autres démarches. J’apprends aujourd’hui qu’elle a ajourné momentanément ses projets de Vae car elle occupe un emploi.

- Mme O., rencontrée début 2005, est bénévole à la Croix-Rouge depuis 1998. Elle y assure depuis plusieurs années des missions de formation des bénévoles et d’intervenants. Elle souhaitait faire valider les acquis de cette expérience bénévole en vue de l’obtention d’un titre professionnel de formateur professionnel d’adulte, de niveau III, du ministère de l’Emploi. Nous avons alors travaillé sur l’adéquation entre ses activités et le référentiel du titre. Elle a mis en relation l’ensemble des activités qu’elle a réalisées dans le champ de la formation (ingénierie de formation, face-à-face pédagogique, préparation et conception d’action, etc.), en lien avec les composantes du titre. Elle a recensé toutes les interventions, les périodes, les temps de préparation personnelle, de formation, de réunion ; elle a recueilli les attestations correspondantes auprès de son organisation. Elle a déposé son dossier de recevabilité. Aujourd’hui, j’apprends, grâce à la participation de la Croix-Rouge à ce colloque, qu’elle a obtenu quatre certificats de compétence professionnelle (Ccp) sur les cinq que comporte le titre. Elle est en passe d’obtenir le cinquième.

Les point forts du dispositif

par Véronique Blanc, Pôle Rhône-Alpes de l’orientation, en charge de l’information-conseil en Vae

Comme il a été dit, par la volonté de l’état, de la région et des partenaires sociaux, l’organisation du service d’information-conseil en Vae est territorialisée, partenariale et institutionnalisée. Le dispositif repose sur une partition de la région autour de 22 relais territoriaux composés de 273 points relais conseil. Une « cellule ressource régionale » anime la professionna-lisation et la capitalisation des savoir-faire des référents. Elle a pour objectif d’aider les professionnels à intégrer la problématique Vae et de coordonner, entre autres, le service d’information-conseil. Les services rendus par les points relais conseil sont les suivants :

– identifier les finalités, les modalités ainsi que les étapes de la démarche de Vae ;

– estimer la pertinence et la faisabilité d’une démarche de VAE, au vu des éléments du parcours du candidat, de son projet personnel et professionnel ;

– identifier les domaines et types de certification, en rapport avec son projet et son expérience ;

– mettre en œuvre les démarches nécessaires pour que le candidat mène à bien son projet.

Ce dispositif présente plusieurs avantages et points forts :

– la proximité des structures pour les bénéficiaires : point important lorsque l’on s’adresse à des publics fragilisés, souvent en prise à de nombreuses difficultés ;

– la gratuité du service d’information conseil ;

– la neutralité : point essentiel de l’exercice des référents qui s’efforcent sans cesse de ne pas prendre parti ou de ne pas penser à la place du bénéficiaire, afin de le conseiller en toute objectivité ;

– le travail en réseau couplé à une grande diversité de structures (dix-sept réseaux, dont Cio, Afpa, Cibc, Mife, etc.) permet d’identifier les acteurs de l’orientation professionnelle et de trouver plus facilement le bon interlocuteur, d’identifier les pratiques et les objectifs des différents réseaux de l’orientation, d’échanger des pratiques qui vont souvent au-delà de la Vae.

Les référents mobilisent du temps pour rendre le service d’information-conseil : information collective, conseil individualisé, travail en réseau, veille documentaire, construction d’outils spécifiques. C’est dire le niveau de leur implication dans le dispositif d’information-conseil. En 2005, nous avons dénombré 9 135 personnes informées et 4 825 conseillées.

Des pistes d’amélioration se dessinent comme apporter un soutien technique pour les campagnes d’information Vae à destination des bénévoles et former les référents Vae des points relais conseil à la valorisation des acquis informels.

Une expérience d’appui à la Vae de délégués du personnel et de syndicalistes

par Bruno Agopome, directeur du Centre interinstitutionnel de bilan de compétences du Rhône

Tout comme nos collègues de l’Afpa, le Centre interinstitutionnel de bilan de compétences (Cibc) du Rhône participe au dispositif régional d’information et de conseil dans le domaine de la Vae et ceci, à un double titre : d’abord en tant que Point relais conseil (Prc) accueillant, informant et conseillant le public sur les questions touchant à la Vae ; ensuite, en tant que pilote du relais territorial Lyon-Villeurbanne qui comprend vingt-quatre structures d’accueil, d’information et d’orientation dont des Cio, des Opca (Organisme paritaire collecteur agréé), l’Anpe, l’Afpa, l’Apec (Association pour l’emploi des cadres), des chambres consulaire. La fonction de pilotage consiste à piloter et animer le relais pour garantir au public un service de qualité et de proximité. Le fonctionnement des Prc – tel qu’il a déjà été exposé – étant rigoureusement le même dans tous les territoires, je ne m’attarderai pas à vous le décrire encore. Il m’a été demandé de témoigner de l’expérience et du vécu du conseiller ayant reçu des candidats à la Vae. Permettez-moi, tout d’abord, de rappeler le contexte de mon témoignage.

Le Cibc du Rhône a participé à un dispositif expérimental visant à faire reconnaître, au moyen de la Vae, les acquis développés par les militants syndicaux dans le cadre de leurs missions. Le représentant de FO Rhône- Alpes a évoqué les points essentiels de cette expérimentation. Il est à noter – et c’est tout l’intérêt et le sens de notre présence ici – que l’activité syndicale comporte une dimension de bénévolat qui rapproche le militant syndical du bénévole associatif. En cela, les observations que j’exposerai s’agissant des militants syndicaux que nous avons reçus peuvent au moins en partie être étendues aux bénévoles des associations. Le témoignage que j’apporte s’appuie sur mes entretiens de suivi et de régulation avec la conseillère Vae qui a accompagné les candidats et sur les éléments exposés dans le cadre des réunions du comité de pilotage de l’expérimentation.

La mise en œuvre de la « prestation de conseil Vae appliquée aux militants syndicaux » aborde aussi bien la dimension de l’évolution professionnelle que celle du repérage des acquis pour concevoir un projet de validation. Je traiterai des deux dimensions qui nous paraissent importantes à relever dans le travail de conseil auprès des militants syndicaux : celle de la motivation d’abord et celle du repérage des compétences ensuite.

La question de la motivation est au cœur de la démarche du militant syndical et elle se trouve être également un élément incontournable de la « prestation Vae appliquée au militant syndical », dans la mesure où elle a une influence sur les choix d’orientation du militant et peut devenir en conséquence, soit le vecteur dynamique de la démarche de Vae, soit au contraire son frein. La motivation du militant syndical peut revêtir plusieurs dimensions dont les principales sont les suivantes :

– l’idéal : les entretiens font apparaître le refus de certains militants syndicaux de s’inscrire (et cela, parfois, dès le début de leur parcours professionnel) dans la logique de compétitivité générée par les entreprises. Ils recherchent donc une position tierce qu’ils trouvent dans le syndicalisme et qui leur permet de répondre simultanément à deux exigences fondamentales : la possibilité d’influencer les décisions prises en matière de conditions de travail et de vie professionnelle (sans pour autant prétendre à des postes de « chef » dans l’entreprise), la nécessité de s’appuyer sur le collectif et de ne pas développer une ambition personnelle. Ils se sentent et s’attachent à demeurer le maillon d’un collectif et développent un sentiment de loyauté vis-à-vis de leur groupe d’appartenance d’origine qui les oblige à rester « un parmi les autres » et freine, quand bien même cela serait possible, l’accès à un statut, un grade plus élevé apportant les attributs et avantages d’un autre groupe social. C’est dans ce sens que les militants syndicaux peuvent montrer leur souci de travailler à un idéal de justice et d’équité ;

– l’altruisme : le militant est parfois empreint de générosité et porte son intérêt sur les difficultés des membres de son entourage qu’il cherche à solutionner (même s’il se montre alors surpris que cette dimension soit corrélée à une « dimension de travail social ») ;

– l’intérêt : le militant est au cœur d’informations fondamentales concernant l’entreprise, le droit social, etc. ; ces informations ne peuvent que concourir à son développement personnel ;

– la reconnaissance : amené à exercer parfois des fonctions qui sont bien en deçà de ses potentialités, le militant trouve dans l’engagement syndical la possibilité de mobiliser une dynamique intellectuelle jusque là non employée ;

– la revanche prise sur l’entreprise, les chefs, l’école, la vie : le militant reprend l’exercice d’une responsabilité dont il avait pu se sentir écarté ;

– les avantages liés à l’exercice du mandat syndical : souplesse dans l’emploi du temps (ainsi des heures de délégation prises, sans avoir à rendre compte) ;

– la protection : les statuts de délégué syndical et de délégué du personnel rendent plus difficiles le licenciement.

Ces motivations font parties intégrantes de l’engagement syndical et sont, à ce titre, constituantes de l’identité du militant. Penser une évolution professionnelle, un reclassement, le changement de nature de ses engagements, interpelle donc son sentiment d’identité et d’appartenance, exige de lui des remaniements profonds. Il n’est donc pas surprenant que certains soient tentés de douter et d’abandonner la démarche. Il n’est donc pas étonnant de constater la mise en place de stratégies d’évitement ou de résistance qui peuvent représenter de véritables freins à la mise en place d’une Vae.

Parmi les nombreuses définitions de la compétence, je propose de retenir celle qui stipule que la compétence est l’ensemble des ressources mobilisées (savoir, savoir-faire, savoir-être) pour réaliser une action dans un contexte donné, à un moment donné. La compétence s’étoffe et se développe en fonction de l’activité menée, des responsabilités exercées. Lors d’une demande de Vae, le travail consiste, pour le demandeur, à faire l’inventaire des tâches réalisées et donc à établir la carte des compétences qui permettra ensuite, en fin de procédure, à un jury d’évaluer la pertinence d’accorder ou non le diplôme demandé, tout entier ou en partie.

L’expérimentation a mis en évidence que les militants syndicaux s’attachent à demeurer « le maillon d’un collectif ». Il s’ensuit que même s’ils occupent des postes à responsabilité dont la teneur est bien celle d’un décideur, ils reconnaissent difficilement, de façon individuelle, la part réelle et personnelle qui est la leur dans le travail effectué et donc le capital de compétences qui s’y rattache. Cela va parfois jusqu’à une forme de réticence à parler à la première personne. Le travail de repérage des compétences s’en trouve fortement influencé, lorsqu’il s’agit d’en faire un inventaire personnel. Le « je » se trouve noyé dans le « nous » collectif.

Or, la réflexion et les travaux proposés dans le cadre de cette prestation « Vae appliquée aux militants syndicaux » obligent ceux-ci à revenir justement à un questionnement plus individuel, notamment en acceptant par le biais d’un projet de Vae de recevoir les « lauriers » légitimes de leur action, des connaissances et compétences que celle-ci leur a permis de développer.

Dès les premiers échanges, il apparaît donc que, pour le militant syndical, la description des compétences reste diffuse ; le sentiment même d’en avoir développé ne va pas de soi. Le militant syndical agit essentiellement par conviction personnelle et conçoit ses activités comme un engagement. Or, si le vocable même d’« engagement » rend compte de la prise de responsabilités et de l’investissement en tant que place conquise, il n’évoque pas la dimension de compétences. L’engagement rend compte de la manière dont l’homme qui le prend fait ses choix, intègre une place dans la société et revendique un positionnement sur les questions qui la fondent. Il n’indique rien de la fonction qu’en conséquence celui qui le contracte peut occuper. En ce sens, il n’est pas possible d’assimiler l’engagement syndical à un métier dont il serait possible d’écrire le référentiel. La confusion qui s’installe, entre engagement et fonction occupée, ne rend pas facile pour le militant syndical la mise à plat de compétences, par ailleurs pourtant bien présentes.

Or, si la réalité de l’exercice des responsabilités peut être, pour le militant, le fruit d’un engagement très personnel, il n’en reste pas moins qu’elle correspond pour les organisations syndicales à des postes et à des fonctions qui les structurent. Aborder les concepts de poste et de fonction autorise alors à établir le référentiel d’activités qui leur est inhérent. Conscient du fait qu’un engagement le porte à occuper certaines fonctions, le militant syndical bénéficiaire de la « prestation Vae » peut alors mieux appréhender les compétences qu’il a pu développer.

Le conseiller doit prendre en compte ces deux dimensions – motivation et sentiment de compétence – dans son approche du militant syndical et mobiliser tous les outils d’objectivation à sa disposition. Ainsi pour convaincre un militant, dont le diplôme initial était un Bep, qu’il possédait le niveau requis pour valider un titre universitaire, il a fallu mobiliser plusieurs outils psychométriques. à la fin, le militant en question a bien validé un titre universitaire de troisième cycle !

L’expérimentation est en cours. Ses conclusions exhaustives feront l’objet d’une communication à laquelle vous êtes d’ores et déjà conviés.

RÉFLEXIONS EN COURS SUR LA VAE DANS LES MJC EN RHÔNE-ALPES

par Michel Machicoane, représentant de la Fédération régionale des Mjc
et du Comité Rhône-Alpes de la jeunesse et de l’éducation populaire

Au tout début d’une réflexion sur la Vae, faite de recherches et de tâtonnements pour comprendre un dispositif législatif nouveau et développer une démarche associative, je me référerai à l’expérience de la Fédération régionale des maisons de jeunes et de la culture d’une part et du Comité Rhône-Alpes de la jeunesse et de l’éducation populaire (Crajep) d’autre part, afin d’avoir un double regard sur le sujet. Je commencerai par l’analyse des formations de bénévoles pour aller ensuite vers la Vae.

La formation des bénévoles des Mjc en Rhône-Alpes

Les Maisons de jeunes et de la culture représentent, en Rhône-Alpes, 3 000 à 4 000 élus associatifs impliqués dans une démarche d’engagement citoyen, avec, à leurs côtés, 150 professionnels et quelque 3 000 emplois indirects. La Fédération régionale a mis en place un Comité régional de formation (Crf) qui décline des actions régionales en partenariat étroit avec les associations locales dans des domaines aussi divers que le sont l’insertion sociale et professionnelle, les métiers de l’animation, la formation continue de l’ensemble des personnels du réseau, la réinsertion des détenus, sans oublier la formation des bénévoles. Le Crf s’est investi dans la Vae, en premier lieu pour les personnels fédéraux, mais plus largement pour l’ensemble du réseau.

Les formations de bénévoles, au cours du dernier exercice, ont traité principalement des thématiques suivantes : politique jeunesse et culturelle, vie associative, évolutions territoriales et actions de territoires, conduite de projet et projet associatif, conduite de réunion, ressources humaines, formation d’administrateurs et notamment de trésoriers.

En 2005, huit actions ont été réalisées avec un financement de 3 600 euros du Conseil de développement de la vie associative (Cdva) pour une centaine de bénévoles. Les thèmes étaient les suivants : la formation au service du projet éducatif, avec une pédagogie visant le développement et l’autonomie de la personne, sa formation permanente, l’appui de son engagement au service d’un projet collectif d’intérêt général ; la promotion et la valorisation de l’implication bénévole ; la participation à un projet d’éducation populaire militant. Ces actions ont été menées avec des méthodes alternant réflexion sur l’action et analyse de l’expérience, mises en situation et apports didactiques pluridisciplinaires, avec le concours de formateurs professionnels du réseau et d’intervenants ou d’experts extérieurs. Les principales difficultés rencontrées ont tenu à la mobilisation des personnes et des financements.

Les réflexions du Crajep sur la formation des bénévoles

Le Crajep, quant à lui, est un regroupement de réseaux de l’éducation populaire. Il a engagé une étude – tout juste réalisée – sur les actions entreprises en matière de formation de bénévoles par l’ensemble des réseaux, afin de se donner une vision d’ensemble. Les réflexions en cours ne concernent pas, dans l’immédiat, la Vae, mais portent un regard en amont sur la formation des bénévoles.

Quels sont les bénévoles concernés ? Qu’est-ce qu’un bénévole ? Quelle est sa place dans les associations ? à cet égard, plusieurs places ont été repérées : ainsi lorsque l’action bénévole tient au lien établi lorsque l’usager est adhérent direct ou bien lorsqu’il y a un public de jeunes et que l’on constate une implication forte des bénévoles. Se pose un problème de renouvellement des bénévoles militants qui n’est ni simple ni facile. En matière de transmission des valeurs et des techniques, il est possible d’adhérer à un parcours qui va « de l’usager au militant ». Les parcours d’engagement des bénévoles sont en lien avec des formations centrées sur les activités (ex. : brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur ou formation de formateurs) ou avec des formations plus transversales (ex. : formations techniques de dirigeants). Elles ont un caractère assez peu politique mais font référence aux valeurs fortes de l’éducation populaire : démocratie, citoyenneté, laïcité, éducation nouvelle. Les formations de bénévoles actuelles ont été identifiées :

- formations techniques : responsabilité du trésorier, prise de parole, etc. ;
- formations politiques : projet de la structure et évolution, aspects sociétaux ;
- formations avec des approches mixtes alliant l’exercice de fonctions et de responsabilités en les connectant au projet et en intégrant des aspects techniques (ex. : fonction employeur, problèmes juridiques) ;
- formations à l’encadrement d’activité sans lien avec le projet.

Il y a aussi des actions collectives qui sans avoir de caractère formatif sont des manières de se former (entre le formel et l’informel, entre formation spécifique et accompagnement), lors de rencontres régionales, de colloques ou d’universités d’été. Elles sont souvent organisées sur des temps courts (une journée, voire une soirée), quelques-unes en résidentiel, sous forme de séminaire de fin de semaine avec du vivre ensemble.

La contribution des réseaux nationaux à l’organisation de ces formations est forte : sur 10 associations ayant fourni des informations sur leurs formations, nous avons dénombré 14 000 journées de participants. Si on extrapole sur Rhône-Alpes, cela donnerait un ordre de grandeur de 25 000 journées-participants de formation des bénévoles par an. Pour les participants, la plupart des formations sont gratuites, hors prise en charge des déplacements, de la restauration et de l’hébergement. L’accès aux financements du Cdva est très variable : certaines associations ont une stratégie, d’autres pas. Les centres sociaux ont mis en place un fonds mutualisé pour la formation des bénévoles, auquel chaque centre social cotise chaque année.

Les formations de bénévoles présentent les caractéristiques suivantes :
- formation permanente, sans résultat immédiatement visible et opérationnel ;
- formation plutôt de transmission symbolique avec dimension humaniste ;
- promotion de l’individu dans le collectif ;
- impact réel des formations en terme de renouvellement des bénévoles ;
- renforcement et autonomisation des structures locales ;
- production d’identité collective ;
- impact de la formation dans les destins personnels : beaucoup d’élus locaux sont passés par les réseaux associatifs ;
- impact récent au niveau d’une Vae qui se met en place ;
- prise de conscience de la nécessité d’une mutualisation entre les réseaux.

Les réflexions et les expériences Vae en cours dans les Mjc

En prenant appui sur ces expériences de formation et sur l’ingénierie de notre Comité régional de formation, nous avons une approche de la validation des acquis qui est partagée au sein de notre réseau national, régional et local, dans un partenariat avec l’université pour les professionnels. Pour les bénévoles, nous raisonnons en terme de Vae, comme pour les professionnels : comment partir des compétences mobilisées et qualifier celles-ci en vue de leur reconnaissance pour une promotion sociale, voire à terme, une évolution professionnelle dans le réseau ou hors de celui-ci ? Les objectifs que nous nous donnons aujourd’hui sont les suivants :

- viser la promotion sociale, dans tous les cas, et professionnelle, parfois ;
- clarifier les mandats et les compétences, les formaliser ;
- systématiser des initiatives de relève des bénévoles ;
- rendre attractives les actions et les initiatives de l’association en général et à leur endroit ;
- systématiser l’accompagnement et le tutorat de nouveaux administrateurs (cf. livret de l’administrateur) ;
- engager des processus d’évaluation ;
- trouver une solution au problème récurrent du financement qui constitue un frein ;
- ne pas avoir d’état d’âme sur l’investissement à consentir pour initier et accompagner vers la Vae au bénéfice d’un futur parcours professionnel.

À cet égard, une concurrence plus forte qu’aujourd’hui autour de l’emploi des salariés n’est pas avérée. Le secteur associatif entreprend et innove, grâce à une combinaison entre bénévoles et salariés. Par le passé, le passage d’un statut à l’autre s’est déjà opéré au bénéfice des uns et des autres.

Premières réflexions sur la Vae pour les bénévoles

Il faut préciser, qu’à l’inverse de la Fonda qui s’est engagée dans une réflexion approfondie et une expérimentation de la Vae du bénévolat, nous en sommes, quant à nous, encore aux premiers tâtonnements. On ne peut donc qualifier cette réflexion d’expertise. Notre seul souhait est de rejoindre le débat et de participer à une construction commune de cette démarche Vae pour les bénévoles, sachant que, pour nous, un bénévole est un acteur engagé dans une réflexion et une action combinées au service d’un projet collectif, porté par des élus associatifs et des animateurs d’activité.

Notre point de vue sur la Vae s’exprime dans le cadre d’une démarche d’éducation populaire qui se situe beaucoup plus dans la promotion sociale de l’individu que dans une démarche de promotion professionnelle. En conséquence, elle s’adresse :

- à des bénévoles de toute origine et de tout niveau initial de formation ;
- pour une promotion sociale de l’individu au sein de collectifs ;
- dans une démarche de formation permanente, telle que les pionniers de l’éducation populaire l’ont initiée ; la validation des acquis de l’expérience a été inventée avant l’heure par l’éducation populaire !
- en se référant évidemment aujourd’hui aux dispositifs nouveaux sous-tendus par le concept de la « formation tout au long de la vie » ;
- sachant que nous avons, il n’y a pas si longtemps, participé à l’émergence de nouveaux métiers tels qu’animateur socioculturel ou directeur de structure socioéducative.

Actuellement, nous commençons donc tout juste à répondre aux demandes de Vae, non de manière globale et généraliste, mais seulement au niveau des métiers de l’animation que nous connaissons et dont nous maîtrisons le contenu et le parcours de formation :

- le Bpjeps (niveau IV) : il se situe bien dans un certain type d’activités développées au sein de nos structures et pour lequel nous maîtrisons parfaitement les référentiels de formation. Quatre de nos responsables de formation ont participé aux actions de formation et d’accréditation organisées par la Direction régionale de jeunesse et sports en lien avec le Creps, nous permettant d’accompagner des parcours de Vae ;

- la licence pro (niveau III) de « management des organisations du secteur associatif » : elle est en correspondance avec des parcours de bénévoles se situant dans la prise progressive de responsabilités. Nous développons des partenariats avec l’université pour une correspondance du référentiel métier et du référentiel de formation (cf. démarche ci-dessous).

En conséquence, cette position exclut, de fait, beaucoup d’autres orientations vers des métiers et diplômes qui pourraient concerner soit des niveaux plus faibles soit d’autres domaines d’activités. Si, par exemple, un bénévole veut entreprendre un brevet d’état d’éducateur sportif (Bees) dans la discipline liée à l’activité qu’il encadre, n’en connaissant pas forcément le référentiel de formation, nous ne pourrions l’accompagner. Nous ne connaissons pas actuellement l’ensemble des référentiels de formation et des certifications en cours de construction. Comment mettre en œuvre un accompagnement pertinent alors que nous n’avons pas une vue d’ensemble des compétences à développer ? D’ailleurs, le processus de la Vae, déjà difficile à appréhender au niveau des professionnels, l’est encore davantage pour les bénévoles, dans la mesure où nous ne maîtrisons pas toute la donne technique, même si nous en évaluons les enjeux pour les personnes et pour les associations.

Plusieurs observations nous semblent devoir être faites : la Vae s’appuie sur le parcours de la personne pour aller vers un diplôme et vers les référentiels de formation afférents, dans une logique légitime de certification. De notre côté, nous tentons, au stade actuel du tâtonnement, de considérer et de reconnaître d’abord un parcours et, à partir de là, de mesurer l’opportunité d’engager une Vae et donc la certification de compétences existantes. Nous reconnaissons que nous ne sommes pas dans une logique de promotion de l’emploi en tant que tel, mais de promotion sociale, au moins sous trois aspects :

- un processus de reconnaissance de la personne et de son engagement ;
- un processus de renforcement de son intervention dans l’activité conduite au sein de l’association et en vue d’une éventuelle prise de responsabilité ;
- un processus de soutien de l’engagement citoyen.

Ces préalables importants étant posés, le dispositif s’adresse à tous les acteurs du réseau sans distinction. La démarche a été mise en place au niveau confédéral et sur trois régions, dans un partenariat d’un côté avec la Direction régionale de jeunesse et sports (Bpjeps) et d’un autre côté avec l’université (Paris XII) pour la licence pro. Nous avons formé des accompagnateurs à partir de professionnels expérimentés : 40 personnes ont été accompagnées dont 37 se sont présentées devant le jury, 25 obtenant une licence complète et 12 validant au moins 50 % des contenus de la licence. En 2007, 600 heures de formation ont été programmées pour les modules de la licence.

Pour le Bpjeps, nos responsables de formation chargés de l’accompagnement Vae ont accompagné des salariés, en tant qu’organisme habilité par la Direction régionale.

Ainsi, les choses démarrent doucement et les candidats à la Vae ne se bousculent pas. Au regard des expériences suivies, nous serions presque tentés de dire qu’il est plus simple de suivre une formation que de se confronter à la démarche de la validation des acquis de l’expérience bénévole. Il n’en reste pas moins qu’on ne peut concevoir les réflexions et les initiatives en ce domaine uniquement à l’échelon local ; il y faut une combinaison entre les échelons territoriaux et des partenariats, notamment avec l’université, d’autant que ce partenariat nous laisse espérer la diffusion de l’approche associative, en particulier en direction des jurys universitaires.

Contributions à la réflexion de la Fonda

Notre responsabilité est bien d’informer, de diagnostiquer et d’orienter, d’accompagner et de valoriser les parcours, de mobiliser les personnes et des financements. Nous reprenons à notre compte plusieurs constats déjà faits par la Fonda :

- l’expérience des parcours est-elle si facile à mettre en correspondance avec les diplômes, même si on assiste à une multiplication de diplômes ?
- alors que le diplôme reste une valeur dans le monde du travail, la Vae confirme ce passage obligé pour la promotion sociale, puisque ce sont les compétences qui pour être reconnues doivent passer par la certification ;
- la certification d’une compétence pour un diplôme en vue d’une insertion professionnelle est une chose, mais il s’agit aussi et surtout de reconnaître et de valoriser, voire de remobiliser (et cela marche !) une personne. La certification se développera-t-elle pour valoriser un parcours pour une promotion sociale ?

Aux questions posées par la Fonda, lors de son colloque national de décembre 2005 sur la Vae, nous apportons d’ores et déjà quelques éléments de réponse :

> Comment intégrer l’action militante dans le champ des qualifications et des compétences ?

Il faut valoriser le parcours. L’engagement ne peut être un critère de validation en tant que tel et il faut bien objectiver les actions menées et les compétences mobilisées.

> Quel est le lien à maintenir entre les démarches d’orientation, de formation, d’évaluation, et de validation ?

Nous sommes favorables à une fonction nouvelle de tutorat de parcours qualifiants avec une clarification des mandats, des activités et des compétences afférentes pour conduire ceux-ci. Le transfert vers l’emploi peut avoir lieu, si possible. L’emploi n’est pas l’objectif premier mais second.

> Quelles peuvent être les conséquences de la validation sur le statut des personnes au sein des associations ?

La concurrence avec les professionnels ne se pose que si l’on suit exclusivement une logique d’emploi. Sans cette logique, la Vae ne perd pas forcément son intérêt, car l’insertion dans l’emploi doit aussi être envisagée hors de l’association d’origine.

> Quelle valorisation dans l’emploi public et privé des compétences associatives acquises ou validées ?

Cette valorisation n’est pas notre angle d’attaque et notre approche privilégiée.

> Quelles sont les conséquences de la validation des compétences bénévoles sur le statut du bénévolat au sein des associations ?

Nous répondons que c’est une meilleure reconnaissance, une meilleure complémentarité entre bénévoles et professionnels, un soutien de l’engagement et de la prise de responsabilité.

L’exemple d’une démarche de Vae en vue de l’obtention d’une licence professionnelle

Une démarche en plusieurs étapes a été conçue en vue de l’obtention, par la Vae, d’une licence professionnelle de « management des organisations du secteur associatif ».

1re étape : informer largement le réseau sur les principes de la Vae ; présenter notre capacité d’accompagnement des candidats à l’obtention totale ou partielle des diplômes accessibles par Vae et dont nous maîtrisons les référentiels de formation : Bpjeps, licence professionnelle.

2e étape : réunir les candidats déclarés et présenter le dossier de pré-orientation.

3e étape : au vu du dossier de pré-orientation, constituer deux groupes de travail, un par niveau de diplôme préparé.

4e étape : expliquer la démarche de « CV détaillé » par groupe (3 heures) et engager individuellement la rédaction du dossier.

5e étape : présenter, dans le cadre d’un deuxième temps de travail en groupe (3 heures), les dossiers types de validation et les référentiels de formation du Bpjeps et de la licence professionnelle.

6è étape : mettre en œuvre un accompagnement individuel (5 heures en moyenne).

7è étape : mettre en situation de soutenance les candidats (jury blanc), à l’occasion d’un troisième temps de travail par groupe (3 heures).

8è étape : jury.

9è étape : faire le bilan de la démarche ; envisager les suites en fonction des résultats ; décider d’éventuels réajustements.

ÉTUDE, EXPÉRIMENTATION ET LIVRET DU BÉNÉVOLE EN AQUITAINE

par Isabelle Muon (Cress) et Maïté Marquié (Fonda Sud-Ouest)

La Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire d’Aquitaine a réalisé une étude sur la Vae en partenariat avec la Direction régionale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle, étude confiée à Isabelle Muon, par ailleurs membre de la Fonda Sud-Ouest. Constatant le faible accès des bénévoles au dispositif de validation des acquis de l’expérience, il a été décidé d’engager un travail en trois phases : une étude, une communication sur l’expérimentation et une expérimentation. Il s’agissait d’un accompagnement et d’un soutien par la Cress de parcours de bénévoles engagés dans une démarche de Vae.

Une étude

Un Comité de pilotage, à géométrie variable, a été mis en place, car les participants pouvaient un peu changer. L’étude a été menée de janvier à juin 2005, en lien avec un laboratoire universitaire et le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Cereq). L’objectif était de dresser un état des lieux du dispositif de Vae sur la Gironde et sur la région avec un zoom sur la Vae du bénévolat. Nous devions faire des préconisations pour améliorer l’accès au dispositif. Nous avons mené des entretiens qualitatifs et sommes allés, pour ce faire, « à la pêche » aux bénévoles en cours de Vae. Quelques données documentaires ont complété notre approche.

Les conclusions de l’étude sont les suivantes : le dispositif est en cours de construction et d’expérimentation. Il n’est pas encore stabilisé et il est très faiblement approprié. La Vae reste marginale par rapport aux dispositifs politiques. Il s’agit d’un choix qui génère des effets : isolement, solitude, problèmes d’accompagnement.

Il existe différentes manières de s’approprier le dispositif, en fonction de sa situation. Ainsi, pour le ministère de l’Emploi, il s’agit par la Vae de lutter contre le chômage. Pour le ministère des Affaires sociales et le ministère de la Jeunesse et des Sports, il s’agit de résorber la précarité et le chômage, tout en trouvant un moyen de rétribution symbolique du bénévolat.

L’approche quantitative est déficiente : les bénévoles sont mal repérés et il reste à faire un travail d’harmonisation des suivis quantitatifs. S’ajoute aussi une difficulté d’accès à l’information toujours en évolution. Ainsi, dans le secteur social, on observe une grande confusion : les acteurs ne savent pas à qui adresser les candidats. Par ailleurs, il est constaté que de nouveaux métiers émergent. Au sujet des jurys, l’étude a mis en évidence les problèmes du défraiement et du manque de candidats pour composer les jurys.

Du côté de Jeunesse et Sports ainsi que des Groupements d’établissements publics locaux d’enseignement (Greta), on observe un accompagnement qualitatif très intéressant. D’autres accompagnements ou dispositifs de soutien sont plus « académiques ». Les dossiers sont « mixtes », au sens où ils cumulent en règle générale des expériences salariées et bénévoles. Il apparaît une difficulté de repérage des activités bénévoles et de leurs traces. Il est aussi une difficulté qui est liée à la connotation négative du bénévolat qui serait « moins sérieux » que le salariat. Enfin, il faut composer avec les représentations sociales des métiers.

Une expérimentation

La communication sur l’expérimentation en direction des associations et des bénévoles a été faite à l’aide d’affiches et de dépliants. Nous avons reçu vingt personnes volontaires pour s’engager dans une démarche de Vae à partir d’une expérience bénévole.

Sur les vingt candidats, à ce jour, trois sont arrivés au terme de la démarche, car les parcours en cours sont longs. Les délais administratifs sont importants et le passage à l’écrit reste difficile. Si l’effort du candidat n’est pas soutenu, la complexité et la durée de la démarche peuvent le décourager. En effet, il faut partir d’une expérience vécue dont on n’a pas toujours conscience et la traduire dans le langage administratif du référentiel de compétences, en respectant les pré-requis demandés.

Dans le cadre de la Vae, on observe les mêmes inégalités sociales que devant la scolarité. C’est le même « entonnoir » qu’à l’entrée de l’université. Ceci dit, le dispositif de la Vae est récent ; il est en voie de construction ; il s’installe sur une tension de départ entre bénévolat et diplôme. Un candidat qui n’a qu’un Brevet d’études professionnelles (Bep) et qui n’a pas produit de travail écrit depuis des années éprouvera d’autant plus de difficulté. Nous avons observé un recul des échéances assorti d’une baisse de motivation. Quant aux modalités de fonctionnement des jurys, il s’agit essentiellement de l’examen du dossier qui est mis en relation avec le référentiel et la connaissance du métier.

Dix personnes sont encore en contact avec les organismes certificateurs et huit d’entre elles ont envoyé leur dossier de recevabilité. Le plus souvent, ce sont des raisons personnelles, liées au parcours de vie, qui conduisent les candidats à abandonner. Il est très astreignant d’engager une Vae, vu le temps que cela demande, par rapport au capital social et professionnel et à l’environnement qui peut être plus ou moins favorisant. De toute manière, une validation partielle au terme de la démarche ne devrait pas être considérée comme un échec, comme c’est souvent le cas. Comment améliorer le dispositif sans séparer bénévoles et salariés, sachant que l’accompagnement doit se situer en amont et en aval ? Par exemple, un suivi post-Vae est prévu, en cas d’absence de validation ou de validation partielle. Il risque d’ailleurs d’y avoir un effet de concurrence entre les organismes pour ce suivi.
La motivation de départ des candidats est surtout d’accéder à l’emploi et pas forcément dans le milieu associatif ou d’obtenir une pérennisation de leur l’emploi. Les diplômes visés restent dans le domaine socio-éducatif : animateur social, métier du livre, etc. Pour certains candidats qui sont encore en cours de validation et qui ressentent isolement et solitude, l’appui de la Cress leur est essentiel.

La Vae reste une démarche individuelle, qui a été faiblement pris en compte par le milieu associatif où il existe aussi des résistances, liées parfois au risque de voir les diplômés partir ailleurs. En tout état de cause, l’appréhension globale du dispositif par les personnes est difficile, notamment en raison de l’écrit, comme il a déjà été dit.

Alors que, depuis quinze ans, nous observons une individualisation des parcours de formation, la Vae peut permettre de refaire du collectif dans la formation. Du moins, l’accompagnement de la démarche de Vae au travers d’un groupe, c’est créer de l’entraide et relativiser les difficultés des uns et des autres. Les préconisations que nous faisons sont les suivantes :

- remobiliser le milieu associatif sur la Vae du bénévolat ;
- créer un centre-ressources pour la Vae du bénévolat avec un accompagnement des candidats ;
- créer un observatoire ;
- réabonder financièrement la Vae, car elle s’avère difficile d’accès ;
- professionnaliser les acteurs de l’accompagnement ;
- harmoniser les pratiques ;
- maintenir un budget de la Cress pour cet accompagnement.

Un livret pour garder des traces du bénévolat

À son niveau, la Fonda Sud-Ouest s’est investie dans cette étude de la Vae réalisée par la Cress. Elle a constaté un besoin de « traçabilité » de l’activité exercée dans le cadre du bénévolat associatif. La démarche de validation est individuelle et personnelle, mais les associations pourraient tout de même être plus participatives dans l’accompagnement de leurs bénévoles, à l’heure où il s’agit de reconnaître de l’activité personnelle hors du champ professionnel.

Il existe déjà différentes expériences d’outils de traçabilité dans les grands réseaux associatifs. La Fonda Sud-Ouest et le Réseau régional des maisons d’associations (Sud-Ouest) ont voulu créer un « livret du bénévolat ». Il s’agissait non pas de partir du bénévole mais des associations, de leur contexte et de faire en sorte qu’elles se réapproprient le dispositif pour accompagner leurs bénévoles dans la démarche de validation. Nous recherchions une meilleure lisibilité de ce qui se fait dans le bénévolat grâce à une analyse de la réalité et de ce qui se passe dans les associations. Cela pouvait aussi permettre aux associations de se repencher sur leur projet associatif, sur leur organisation et sur la gestion de leurs ressources humaines bénévoles.

La Vae conduit aussi à se rapprocher des syndicats qui sont confrontés à des problèmes similaires de validation de parcours bénévoles et militants.

Dès lors que l’on propose aux associations d’accompagner leurs bénévoles, les réactions ne sont pas toujours faciles à gérer. Les associations ont peu d’informations sur le dispositif Vae et on observe une frilosité des organisations bénévoles qui craignent précisément à trop organiser le bénévolat de perdre de la spontanéité dans l’engagement. D’ailleurs, il faut réfléchir à l’évolution des formes de l’engagement bénévole.

Le bénévolat dans les associations est un outil de progrès social. Le caractère formatif de l’association, conçu en termes de co-formation et d’auto-formation, mérite d’être explicité. (Le livret du bénévole sera présenté dans un prochain numéro de La tribune fonda.) En fait, il s’agit d’un dossier qui intègre les formations reçues, comme les expériences bénévoles. C’est un tout. Il est à critiquer et à améliorer, pour qu’il soit reconnu comme un véritable outil de connaissance et d’appropriation du parcours bénévole. De toute manière, il faut encourager les livrets ou les portefeuilles qui permettent de garder des traces du bénévolat ; cette démarche peut être mise en œuvre avec des moyens différents. En tout état de cause, il faut éviter de créer des leurres : le livret n’est qu’un outil !

Pour notre part, nous ne pensons pas que les bénévoles quittent l’association après une démarche de validation de leurs acquis de l’expérience. Le bénévolat est un temps personnel que chacun gère à sa façon ; ce n’est pas ignorer qu’il se conjugue avec d’autres nécessités et des contraintes qui peuvent concerner l’emploi et la recherche d’une activité professionnelle.

ÉLÉMENTS DE DÉBAT ET INTERROGATIONS

par les participants de la journée de travail

Trois temps d’échange et de débat1 ont ponctué la journée de travail,
permettant aux intervenants de préciser leurs points de vue et leurs analyses. En contrepoint à leurs exposés et à leurs témoignages, il est ressorti quelques interrogations et des réflexions à prendre en compte, à l’heure de ce premier bilan de la validation des acquis du bénévolat.

Quelle utilité de la Vae pour un bénévole, en dehors de l’emploi ?

Dès lors que le bénévole n’a pas une motivation par rapport à l’emploi, des responsables d’associations « voudraient comprendre la motivation du syndicaliste ou du bénévole qui s’engage dans la Vae : est-ce que les bénévoles veulent faire valider leurs compétences et rester bénévoles ? ». à leurs yeux, il suffirait que « le bénévole se bâtisse lui-même une reconnaissance personnelle en plus de celle de son association », sans recourir à la Vae. D’ailleurs, « le dispositif est-il socialement utile ? Peut-il résorber le chômage ? Quelle promotion sociale permet-il ? »

Or, des bénévoles, bien que n’envisageant pas de passer par la Vae pour un emploi, y voient un moyen de faire le point sur leurs compétences et d’y trouver une qualification professionnelle pour renforcer leur bénévolat : « Si les jeunes s’inscrivent dans un parcours professionnel, les retraités ont besoin de savoir où ils en sont. » En outre, « cette démarche de Vae complète la formation » du bénévole, dans la mesure où elle l’oblige à réfléchir son parcours. Enfin, la Vae s’avère être « un vecteur de promotion sociale » pour des personnes qui manquent de reconnaissance sociale.

Quel intérêt de la Vae du bénévolat pour les associations ?

Du côté des associations, la frilosité à l’égard de la Vae du bénévolat tient principalement au fait que « si c’est pour que le bénévole file ailleurs, cela n’intéresse pas trop l’association ». « Quand un bénévole passe à une qualité de professionnel, le président a peur de ne plus pouvoir le retenir. » à l’image de « l’Université de la vie associative de Saint-Etienne, ne s’agit-il pas de donner des compétences à des bénévoles qui garderont ce statut ? » « Par la Vae, faire d’un militant ouvrier un cadre, cela représente pour nous, syndicat, un risque de perte bien plus grand ! »

Dans le même temps, d’autres associations encouragent la Vae du bénévolat : « Il leur semble normal qu’en terme de participation, il y ait un retour de l’association vers ses bénévoles. » « Ce qui est intéressant, même dans le cas d’une validation partielle, c’est que le bénévole sera formé et apportera un plus à l’association. » Cette démarche de la Vae « permet une véritable qualification ». C’est aussi mettre en valeur le professionnalisme des associations et des bénévoles eux-mêmes : « Quelqu’un qui a son diplôme, c’est une garantie pour l’association et pour les parents par rapport aux enfants. Cela peut amener du monde. »

La validation des acquis n’est-elle pas une révolution ?

Comme l’ont fait remarquer plusieurs participants, le développement de la Vae dans le cadre de la loi de modernisation sociale constitue un « choc culturel » : « La culture du diplôme est importante, en France. Le contrat de travail est calé sur une convention collective qui repose sur le diplôme et la qualification. Il faut distinguer le learning along the life qui renvoie l’individu à son employabilité, à la formation continue qui est la liberté individuelle avec un engagement collectif. »

« La Vae élargit le champ des acquis professionnels à l’expérience. Si la reconnaissance du travail est le salaire, la reconnaissance du bénévolat est celle des pairs. La Vae est un enjeu important pour une association comme la Croix-Rouge qui compte près de 30 000 bénévoles. J’ai moi-même été candidat par la Vae à un diplôme d’études supérieures spécialisées en management. Tout a été entièrement validé par l’université sur la base de mon expérience bénévole. Ce diplôme est maintenant reconnu en Europe, puisque je suis consultant luxembourgeois. »

« Il faut garder notre culture associative qui accepte les autodidactes, dans une France où le patron de la Sncf est énarque ou polytechnicien. La vie associative représente tout de même 1,8 million de salariés et 3 % du produit intérieur brut. La Vae actuelle trouve son origine dans une réflexion du Conseil national de la vie associative que le Premier ministre, M. Bérégovoy, avait lui-même encouragé. Moyen supplémentaire de promotion sociale et de création de quelques emplois nouveaux, c’est par contre une usine à gaz pour lutter contre le chômage. L’expérience est valorisante. Malheureusement, en France, accéder à un emploi équivaut à avoir tel ou tel diplôme. » Pour que « la Vae soit un laboratoire permanent qui voit émerger des nouveaux métiers, notamment du côté des services », il faudrait qu’elle soit conçue autrement.

Dans l’activité bénévole ou syndicale, qu’est-ce qui est validable ?

S’il est conseillé aux candidats à la Vae de se reporter au référentiel métier qui décrit les compétences correspondant au diplôme ou au titre auquel ils pensent pouvoir prétendre, le lien avec l’activité bénévole ou syndicale n’est pas évident : « Mais quoi valider avec une expérience syndicale ou bénévole », alors même qu’« il est des compétences acquises dans les associations qui intéressent le monde du travail et le secteur marchand ».

« L’association fabrique de la compétence individuelle et collective et donc des métiers. L’exemple des services à la personne l’illustre très bien, avec ses glissements successifs vers le risque d’instrumentalisation du secteur associatif. Ce va-et-vient entre le secteur associatif et les pouvoirs publics renvoie à celui de la société civile avec ses décideurs. Le « fabriquer du faire ensemble » propre à l’éducation populaire faisait qu’elle produisait de la Vae avant l’heure. On observe une émergence de nouveaux métiers dans le loisir et le périscolaire ainsi qu’une mutation des métiers de la politique de la ville. De la Vae, tirons toute la substance pour la promotion par le diplôme et l’effort individuel. Si le collectif s’organise avec le « compagnonnage » et une nouvelle formule de tutorat (l’entreprise apprenante), donnons une valeur ajoutée au monde associatif. L’augmentation du nombre des gens qui apprennent sur le tas peut renforcer la valeur du diplôme. Il ne s’agit pas de dévaloriser le poids du diplôme, mais de l’enrichir. à titre d’exemple, l’emploi-jeune se caractérisait par un individu, du collectif et une valeur ajoutée ; il faut le rendre visible, alors même qu’en France, nous sommes actuellement sur d’autres représentations du savoir. Bénévoles et professionnels, nous avons à nous mobiliser pour sortir d’une approche règlementaire et défendre une autre conception de la ressource humaine, car le secteur associatif est porteur d’intérêt général. »

Qu’en est-il des taux d’échec ou d’abandon de la Vae ?

Aujourd’hui, les données quantitatives et qualitatives sur les échecs et les abandons dans le cadre de la Vae font défaut. « En Rhône-Alpes, 7 000 dossiers ont été déposés, pour 20 % à l’arrivée ! Le dispositif est-il mis en place pour un échec de 80 % des candidats ? Il est frustrant, si l’on regarde les abandons. » « Sur le terrain, on voit qui va au bout de la Vae et qui n’y va pas. » « Les personnes les plus diplômés font du bénévolat. Il faut réfléchir aux évolutions du bénévolat et faire le deuil des parcours à l’ancienne. »

Un des moments décisifs de la démarche est bien celui de l’information et de l’orientation qui peut éviter à des candidats de se fourvoyer : « il faut éviter de créer des leurres. » « Mon épouse est membre de jurys en Vae et elle constate une proportion de 30 % de recalés qui sont arrivés devant le jury en s’étant trompés de diplôme ! » « Nous, conseillers d’orientation, nous formulons au candidat une hypothèse de diplôme, au regard de son expérience, mais nous ne sommes pas totalement sûrs que c’est celui qui convient. C’est l’organisme valideur qui est le plus à même de vérifier l’adéquation du parcours au diplôme. »

De même qu’il est offert aux salariés ou aux demandeurs d’emploi la possibilité de « passer par un bilan de compétences », l’entrée dans la Vae nécessite un « réel travail d’information sur le droit », mais aussi un décryptage du référentiel de compétences qui semble correspondre aux compétences acquises à travers l’expérience bénévole : « Valider une formation, on sait où l’on va. Dans une Vae, il faut se situer par rapport au diplôme et questionner son expérience, sans prof ni programme, bouffé par le quotidien ! »

Comment faire évoluer la Vae pour que le bénévole puisse capitaliser des parties du diplôme ?

Le découpage des référentiels en grands blocs de compétences peut conduire à des échecs ou à des validations partielles décourageantes qui ne devraient « pas être comprises comme un échec ». C’est le tout ou rien. « Les gens restent sur le carreau, car ils ne savent pas s’ils vont être validés totalement. » « Une validation partielle peut aussi conduire à choisir un diplôme un peu différent ; quelque fois, elle ouvre sur un retour à la formation pour aller vers ce que l’on recherche. » Le candidat se heurte en outre à des délais importants : « Il faut actuellement en moyenne un an pour accéder au jury de validation. » « Comment faire évoluer la Vae de sorte qu’il y ait des unités ou des parties de diplôme capitalisables ? »

Comment améliorer les conditions dans lesquelles un bénévole engage une Vae ?

Le travail personnel que demande la démarche de Vae est considérable pour la validation d’une expérience salariée et à plus forte raison bénévole. En effet, le recueil de l’expérience bénévole n’est pas chose aisée dans la mesure où les associations conservent peu de traces de l’activité de leurs bénévoles. En conséquence, si « les candidats bénévoles constituent un public prioritaire, ils ont besoin d’un réel travail d’information sur le droit et, comme cela existe pour les salariés, d’ un bilan de compétences. » Pour se repérer dans les diplômes et référentiels de métiers, « il existe un registre des certifications nationales et un site internet de la Commission nationale des certifications professionnelles. » Il est vérifié qu’« il y a un besoin d’accompagnement ». « Un suivi renforcé et rallongé est à penser, ainsi qu’un repérage des manques. »

« Dans notre réseau, les bénéficiaires de validations partielles bénéficieront automatiquement de l’appui de formations complémentaires afin de leur permettre de mener leur parcours jusqu’au bout. S’il n’y a qu’une approche professionnelle, sans promotion sociale, c’est un échec. Un accompagnement avant, pendant et après, sécurise les individus et le collectif. Il faut du temps. Nous tâtonnons, avançant par ajustements. »

Enfin, « le statut de bénévole pose des questions financières au candidat à la Vae : certaines portes lui sont fermées parce qu’il est bénévole et non en raison de ses acquis et de son parcours ».

La Vae repose trop sur un dossier et sur l’écrit ?

Les expériences d’accompagnement de candidats à la Vae qui n’ont pas un niveau scolaire suffisant montrent que le problème du passage par l’écrit est majeur : « Il est extrêmement difficile pour certains candidats de verbaliser, de formuler par écrit et de s’adapter aux compétences attendues. » En outre, « si les organismes valideurs savent valider les connaissances, savent-ils valider des compétences » et notamment des compétences acquises par le bénévolat : « Si tel ou tel organisme valide le volet connaissances, comme le font les universités où le référentiel est celui du diplôme, les autres valideurs sont bien sur des acquis professionnels. » 

« Puisqu’il y a un paradoxe qui est lié au modèle sociétal du diplôme, la mixité du jury, composé de formateurs et de professionnels, devrait permettre de discuter des acquis attendus et de ne plus produire autant d’échec, à l’image de ce qui est pratiqué par Jeunesse et Sports. »

La compétence des responsables du dispositif de Vae n’est-elle pas en cause ?

« Mettons de côté nos certitudes. Je connais les jurys de Jeunesse et Sports. Le bénévole associatif reste un « objet social non identifié ». Quelle formation continue permettrait aux jurys d’acquérir une connaissance du monde associatif et de mieux objectiver les dossiers ? Les représentations des métiers et des compétences nécessaires sont différentes et peuvent être faussées. Il n’y a rien de révolutionnaire : le diplôme reste la juste prise en compte de l’expérience. Or, de nombreux métiers sont issus du bénévolat : que l’on se souvienne du métier d’infirmier, créé lors de la Première guerre mondiale. En France, la promotion sociale des individus s’inscrit dans une histoire. » « Dans les jurys siègent des professionnels, mais pas de bénévoles ! »

« Les compétences demandées aux points relais conseil ont été travaillées au sein d’un groupe de travail interinstitutionnel, sous la responsabilité du pôle Rhône-Alpes de l’orientation. Nous essayons de formaliser nos pratiques depuis 1994. Nous avons rédigé un document sur les deux pratiques de l’information et du conseil ; il a été apprécié. On va nous aider à définir qui fera du conseil à partir de diagnostics approfondis des savoir-faire. »

« Pour être membre d’un jury qui est sous la responsabilité de l’éducation nationale et qui reçoit une centaine de candidats par an, je témoigne que les compétences de ces jurys, composés d’enseignants et de professionnels, âgés de 40 à 50 ans et eux-mêmes compétents, sont maintenant réelles. Cela se passe bien. Les candidats qui sont « retoqués » le sont plutôt en raison d’une mauvaise orientation : un bac professionnel n’est pas un brevet de technicien supérieur d’assistant en management de petites et moyennes entreprises. Les jurys font des compensations ! En 2005, sur 1 800 inscrits à une Vae dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, nous avons eu 60 % de réussite. » « Il faut former les jurys », d’autant que la vie associative et le bénévolat connaissent des transformations.

En guise de conclusion provisoire

par Jean-Pierre Worms, président de la Fonda

Nous avons eu un débat d’une qualité exceptionnelle sur un sujet d’actualité complexe. Nous avons vu toute la difficulté de la Vae bénévole. C’est un enjeu politique central pour le monde associatif. Entrant dans ce dispositif qui affiche sa dimension de valorisation des acquis de l’expérience bénévole, il faut se donner les moyens de peser sur les systèmes de reconnaissance de la qualification et de la compétence acquises par et grâce aux spécificités de l’engagement bénévole.

L’acharnement de la référence au diplôme, alors-même que se construisent une compétence sociale et une inventivité collective, est pervers. Cela revient, à travers le diplôme, à emprisonner les réalités sociales vécues concrètement dans un savoir abstrait qui transcende les réalités sociales auxquelles il est censé s’appliquer.

Il y aurait presque une perversité de la Vae par rapport au système de formation. Conscient qu’au départ, il existe un effet discriminatoire de la formation, on cherche à le compenser par de la formation permanente ; or, il est constaté que ce sont les plus diplômés qui bénéficient le plus de la formation continue. Cela revient à dire que l’on arrose là où il y a le plus d’eau et qu’on renforce l’effet discriminatoire de la formation. Par la construction de la Vae à partir de cette conception scolaire de la qualification (notamment par une survalorisation de l’écrit et des connaissances par rapport aux compétences), on rajoute encore un système discriminatoire et on renforce ce phénomène.

Au regard de la Vae, s’il n’y a pas de différence entre salarié et bénévole, ce qui est à valider au travers du bénévolat, c’est une compétence acquise dans la relation au collectif, à cette construction d’une finalité collective qui est le propre de l’association.
Traditionnellement, le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative la reconnaît à travers la fonction d’animateur. Or, il n’existe pas d’autre titre de cette nature, par exemple, en entreprise. Ce trait particulier de l’engagement associatif peut-il être traduit dans la Vae ? S’il n’y a pas de prise en compte de cette spécificité, il y a alors un risque de banalisation du gestionnaire associatif qui est assimilé à un gestionnaire d’entreprise.

Lucides, les associations peuvent néanmoins s’engager fortement dans la démarche de validation des acquis de l’expérience bénévole, pour être porteuses de ce qui peut être un outil ou un levier de transformation sociale, pour peser notamment sur une transformation profonde des conceptions et des pratiques actuelles de la formation professionnelle, qu’elle soit initiale ou permanente. La validation des acquis ne saurait être limitée à l’acquisition de savoirs établis comme des « en soi », détachés de tout ancrage dans la société et dans les personnes. Appuyons la construction d’un savoir collectif !

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