L’entreprise, communauté humaine en mutation
Publié par L’équipe Fonda le 27 septembre 2013

L’entreprise, communauté humaine en mutation

Ci-dessous à télécharger le n°216 de La tribune fonda, décembre 2012

Editorial
par Yannick Blanc, président de la Fonda

L’entreprise, une société de moins en moins anonyme ?

Il n’y a pas si longtemps, l’entreprise passait pour le modèle universel de l’organisation sociale, efficace, performante, flexible, en un mot moderne. Ah !, nous a-t-on souvent dit, si l’état était géré comme une entreprise, ça tournerait rond. Les associations n’ont pas échappé à cette hégémonie : professionnalisation, management, évaluation, plan stratégique... c’est bien le patois de l’entreprise qui est devenu notre langage courant. et puis patatras ! de licenciements boursiers en risques psycho-sociaux, les signes se sont inversés en quelques années. L’entreprise n’est pas loin d’être devenue l’antimodèle du lien social.
C’est le moment qu’a choisi la Fonda pour s’intéresser à l’entreprise en lançant un groupe de travail sur les relations entre associations et entreprises et en y consacrant cette livraison de La tribune fonda. Notre intuition est que la société n’est pas (n’est plus ?) constituée d’univers parallèles, celui des institutions publiques, celui des entreprises, celui des associations mais que les modalités de l’action collective subissent une sorte d’hybridation irréversible. Celle-ci ne va pas sans crises ni tensions : c’est peu dire que l’inoculation du management d’entreprise au service public provoque une réaction de rejet, quand ce n’est pas la ruine pure et simple du service, comme à l’hôpital ; la vogue de l’entrepreneuriat social et de la venture philanthropy dans le monde des organismes sans but lucratif suscite aussi de vives controverses ; quant à la prétention de l’entreprise d’assumer sa responsabilité sociale et environnementale, elle en laisse plus d’un sceptique...
Nous croyons que ces questions méritent mieux que des postures et nous préparons notre Université d’automne 2013 en essayant de croiser les éclairages.

Deux tendances émergent auxquelles les associations ne peuvent rester indifférentes : l’entreprise innovante de demain n’est pas celle qui asservit les individus aux tableaux de bord mais celle qui parvient à vivre comme une communauté d’individus engagés et créatifs ; l’entreprise intégrée à son territoire de demain n’est pas un grand groupe intégré mais un archipel de PMe liées par des plateformes communes. Ces modèles posent à nouveaux frais la question de l’exercice du pouvoir à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise. La démonstration de Xavier Baron est convaincante : il n’y a pas de compétitivité durable qui ne respecte la source principale de valeur, les hommes. Or, les salariés sont de plus en plus experts et autonomes. « Combien de temps les travailleurs concernés accepteront-ils d’être subordonnés alors que ce travail ne peut être performant qu’à condition d’engagement subjectif en coopération dans des collectifs ? » C’est moi qui souligne : il y a là, plus qu’un questionnement commun aux associations et aux entreprises, la révélation d’un continuum entre les différents espaces et les différents moments de la vie. à l’école, à l’entreprise, dans mes engagements bénévoles ou civiques, je suis la même personne avec les mêmes capacités et les mêmes aspirations et c’est de cette unité que j’attends la reconnaissance.
Cette fluidité du lien social remet en cause l’organisation fonctionnelle des pouvoirs.
Que reste-t-il du « patron » ? Quel rôle pour un syndicalisme déjà peu
représentatif dans les grandes entreprises et dont l’organisation est structurellement inadaptée aux petites ? Les uns et les autres ne sont pas loin de considérer l’association comme un importun dans un paysage déjà assez compliqué comme ça. Nous ne saurions trop leur suggérer de garder les yeux et les oreilles ouverts : ce qui s’invente dans notre façon de faire société est peut-être la clé de l’avenir de leurs sociétés.

Documents joints à cet article
Tribune 216 décembre 2012 - PDF - 726.1 ko

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1 Message
  • L’entreprise, communauté humaine en mutation
    Le 4 février 2014 à 12:24 , par Katrin
    Hollande-Gattaz viennent d’ écrire "le continuum" ..de la marchandisation du lien qu’il s’inscrive dans l’économique, le politique, l’associatif ...les perspectives "heureuses" que vous brossez sont chaque jour invalidées par les licenciements économiques ou boursiers non régulés..ce qui prime dans cette logique du MARCHAND c’est bien le POUVOIR que l’on conquiert par LA TAILLE ...acquisitions fusions rationalisation destruction du TISSU des TPE voilà la seule réalité dans laquelle nous évoluons humainement subordonnés...l’économie sociale et solidaire, les formes collaboratives qui respectent la source ..humaine restent EMBRYONNAIRES..quel est leur part de voix face à la FINANCE ? quelle est leur part de voix face au POLITIQUE ? quels sont les "gisements" d’emplois associés ? des emplois de service souvent précaires et mal payés tandis que la globalisation a IMPOSE des OLIGOPOLES sectoriels toujours plus puissants à mesure qu’ils accumulent les parts de marché internationales ...un fait Ce qu’il reste au tissu des tpe qui irriguent le territoire, le reste du marché jugé trop peu profitable par ces grands comptes et qui lapident par leur stratégie d’’echelle et donc de coûts bas ( délocalisation, précarité..) tout nouveau entrant .. je vis cette réalité visible LISIBLE mesurable tous les jours Où vivez vous donc pour imaginer renverser l’iNERTIE mondiale de la finance maître du monde ? salutations

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