Publié par L’équipe Fonda le 23 mai 2012

L’émergence du thème de l’accompagnement : un enjeu pour la vie associative

Etude Fonda pour la CPCA in La tribune fonda n° 190 - avril 2008

La Cpca a souhaité mener un travail de recherche-action sur la notion d’accompagnement et ses enjeux. L’objectif était de promouvoir cette fonction-clé du développement de la vie associative, mais aussi de mieux identifier les pratiques des différents acteurs et de situer au sein de l’offre d’accompagnement celles du mouvement associatif organisé. Pour conduire ce travail, la Cpca a fait appel à la Fonda pour mener le travail d’enquête (entretiens, recherche documentaires, etc.) et participer, à partir du matériau recueilli, à l’animation d’une réflexion inter-associative.

Deux objectifs présidaient à ce travail : d’une part recenser les dispositifs et pratiques d’accompagnement afin de dégager les enjeux et logiques à l’œuvre dans l’accompagnement et situer dans cet ensemble l’offre du mouvement associatif organisé ; et d’autre part préciser les enjeux de l’accompagnement, à l’aide d’une approche territoriale et sectorielle.
Cette enquête a donné lieu à un rapport de la Fonda, à partir duquel la Cpca a mené un travail en interne pour construire son positionnement. Nous publions ici des extraits intéressants des conclusions de ces travaux. L’ensemble du document final incluant les positions de la Cpca est disponible auprès de celle-ci.
Pour la Fonda, Isabelle Foucher a suivi le travail.

Introduction

« Voici maintenant une dizaine d’années que l’accompagnement, comme mot et comme chose, a envahi les pratiques professionnelles tous secteurs confondus. (…) Le terme accompagnement se révèle donc faire partie de ces termes dont la fortune dépasse le langage et qui s’en trouvent cependant modifier des politiques, des usages, des pratiques. »

Le secteur associatif n’échappe pas à ce constat. Si une multitude de pratiques existent depuis longtemps afin de soutenir les associations et de leur apporter les ressources nécessaires à la réalisation de leur projet, ces pratiques revêtent aujourd’hui bien souvent les habits de l’« accompagnement », comme pour témoigner de l’évolution d’une fonction ancienne mais qui est désormais indispensable à la vie associative, à son développement et à sa formalisation. L’accompagnement est aujourd’hui l’objet de débats, de développement de pratiques, de négociations entre associations et pouvoir publics, et elle émerge comme un enjeu important pour le développement et le rôle de la vie associative dans la société.

Depuis les années 1980, état et collectivités locales ont multiplié les initiatives visant à apporter un soutien à la vie associative : guichet d’accueil dans les préfectures et services déconcentrés de l’état, labellisation ou conventionnement de structures d’appui, d’information ou de conseil à la vie associative, centres de ressources, maisons d’associations municipales, mise à disposition de crédits d’ingénierie accordés à des prestataires, sont autant de méthodes utilisées par les pouvoirs publics pour soutenir la vie associative au-delà de leur apport de financements.
En dehors de ces initiatives publiques, d’autres acteurs développent, parfois de longue date, des pratiques d’accueil, de conseil, d’apport de compétences ou ressources diverses, comme des points d’appui à la vie associative, des maisons des associations, des réseaux développant des outils financiers ou de gestion, etc.
Enfin, des regroupements d’associations (fédérations, unions, coordinations, etc.) se créent souvent dans un but de renforcement par le collectif, et comptent parmi leurs principales missions des pratiques de soutien.

Au total, un rapide tour d’horizon montre une grande diversité des pratiques et des acteurs qui interviennent dans le soutien aux associations, ce qui contribue à créer un sentiment de manque de lisibilité, de stratification des dispositifs, voire de concurrence entre eux.

Le point de départ de cette recherche-action entreprise par la Cpca en collaboration avec la Fonda, se situe dans cette préoccupation. En effet, les acteurs du mouvement associatif organisé s’interrogent sur leur faible implication dans le dernier dispositif public mis en place, le Dla2, alors qu’ils développent de nombreuses pratiques en matière de soutien à la vie associative.
Dès lors, qu’est-ce que l’accompagnement ? Qui en sont les acteurs et quelles spécificités peut-on identifier dans leurs interventions ? Quel est le rôle des pouvoirs publics ? Quel est le rôle du mouvement associatif organisé ? Comment améliorer l’accompagnement pour les associations ?

Les évolutions accélérées de l’environnement associatif (créations associatives, professionnalisation, évolution des partenariats avec les pouvoirs publics, transformations de l’engagement citoyen, etc.) nécessitent en effet des ressources en accompagnement diversifiées et aisément accessibles, afin de favoriser l’engagement bénévole, le développement d’activités utiles socialement, et le renforcement des structures qui les portent.

Chapitre 1

Qu’est-ce que l’accompagnement ?

Les dimensions de la notion

On constate une diversité des usages de la notion d’accompagnement, au sein de secteurs très différents (éducatif, scolaire, formation, sport, domaine médical, etc). Néanmoins, on peut relever trois dimensions que recouvre le terme et ce, quel que soit le secteur où il est utilisé :

► une dimension relationnelle : l’accompagnement est envisagé comme une relation impliquant un accompagnateur et un accompagné (aller avec) ;

► une dimension temporelle : l’accompagnement est une démarche dans le temps, dans un but donné (aller vers) ;

► une dimension individualisée : l’accompagnement implique une adaptation à des besoins ou trajectoires particulières.

L’accompagnement comme démarche / l’accompagnement comme
processus

Une difficulté dans la définition de la notion réside dans le fait que le terme désigne à la fois une démarche particulière, un ensemble de démarches et un processus global.
Pour le secteur associatif, c’est avec l’apparition du dispositif Dla (Dispositif local d’accompagnement) que la question de l’accompagnement est érigée en enjeu important pour le développement de la vie associative. Selon les acteurs rencontrés, le terme est en effet peu employé, ou de manière diffuse, avant la mise en place de ce dispositif, et l’on parle plus souvent de « soutien », de « services », d’ « appui », d’« aide », de « réponse à un besoin », etc.
Comme démarche, l’accompagnement est considéré comme impliquant un ou plusieurs accompagnateurs et une structure ou un porteur de projet et il peut se formaliser ainsi :
– manifestation d’une demande ;
– identification des besoins : diagnostic plus ou moins formalisé ;
– construction d’une réponse adaptée (niveau d’intervention, nature des ressources mobilisées, durée de l’intervention, etc.) ;
– suivi de l’impact sur la structure.

On parle ici de l’accompagnement d’une association ou d’un porteur de projet (appelé parfois « plan d’accompagnement »).

On parle également d’accompagnement pour désigner un ensemble de démarches particulières, par exemple dans le cadre d’un dispositif. Il s’agit selon les pratiques, il s’agit de :
– l’accompagnement de besoins particuliers : « l’accompagnement à » (l’accompagnement à la création, au premier emploi, à la refondation de projet, au développement d’activités, etc) ;
– l’accompagnement de structures particulières « l’accompagnement de » (l’accompagnement des associations employeur, l’accompagnement des associations d’un secteur particulier, etc.).

Enfin, l’accompagnement désigne un processus global : l’ensemble des démarches et des acteurs qui interviennent en réponse aux besoins associatifs afin de soutenir les projets par l’apport de compétences. On parle ici de l’accompagnement pour les associations.

C’est dans cette optique que se situe cette recherche-action : on s’interroge sur les modalités selon lesquelles les besoins et demandes des associations rencontrent une offre de compétences adaptées pour y répondre, assurer le suivi des structures associatives dans le temps, dans le but de développer ou de renforcer leurs projets. On ne peut donc restreindre ce processus aux démarches particulières d’accompagnement telles que formalisées par le schéma demande / diagnostic / intervention : il nous faut considérer un ensemble d’acteurs intervenant en réponse aux besoins des associations selon des démarches spécifiques et dans des dispositifs particuliers, ce qui permet de penser les articulations entre ces composantes du processus d’accompagnement face à la diversité des besoins de la vie associative.

Une première définition de l’accompagnement pour les associations

A l’aune de ces éléments, et à partir des trois dimensions de la notion d’accompagnement (relationnelle, individualisée, temporelle) on peut donner une première définition de l’accompagnement pour les associations.

L’accompagnement pour les associations est un processus global impliquant l’intervention d’un ensemble d’acteurs (dimension relationnelle) apportant des compétences en réponse aux besoins des associations (dimension d’adaptation) permettant le développement ou la consolidation de leurs projets (dimension temporelle, objectif).

Chapitre 2

Les acteurs de l’accompagnement

Plus que de dresser un panorama d’ensemble, exercice difficile en raison de la multiplicité des acteurs et de la diversité des pratiques, plus ou moins formalisées (une partie des soutiens relève de relations interpersonnelles) et coordonnées, il s’agit ici de considérer les principales pratiques d’accompagnement en direction des associations.

On peut globalement distinguer trois grandes logiques :

► d’une part, des pratiques et dispositifs encadrés ou coordonnés par les pouvoirs publics ;

► d’autre part, des pratiques d’acteurs ou de réseaux dont la mission principale est le soutien aux associations ;

► enfin, des pratiques qui s’inscrivent parmi les missions de regroupements associatifs, notamment les coordinations et fédérations de la Cpca.

Les initiatives publiques

Les initiatives publiques sont une composante importante de l’accompagnement pour les associations aujourd’hui : l’état et les collectivités locales s’investissent en effet, particulièrement depuis une vingtaine d’années, dans l’objectif de soutien et d’apport d’expertise aux associations au-delà de leurs apports financiers.
Il existe d’abord des dispositifs de soutien ou centres de ressources dans des secteurs particuliers, comme les centres de ressources des politiques de la ville ou les centres ressources handicap, les points d’appui « envie d’agir » pour les jeunes, les offices municipaux des sports, les agences pour la gestion des entreprises culturelles, et bien d’autres encore, dont bénéficient les associations parmi d’autres acteurs.

Nous avons choisi ici de nous centrer essentiellement sur les dispositifs coordonnés nationalement, et transversaux à la vie associative, afin d’avoir une idée des logiques à l’œuvre dans les politiques publiques d’accompagnement pour les associations.

Dispositifs d’État

Voici une brève description des principaux dispositifs d’état, ainsi qu’un tableau récapitulatif de leurs principales caractéristiques.

> Le Gip-Rig (Groupement d’intérêt public–Réseau-information-gestion)

Il s’agit d’un réseau de structures labellisées « points d’appui » à la vie associative, créé au début des années 1990, qui a existé jusqu’en 2002, date de la dissolution par le Gouvernement du groupement d’intérêt public qui chapeautait le réseau. Les points d’appui sont des lieux ressources de proximité chargés d’apporter un soutien technique aux petites associations et porteurs de projets. Ils sont des lieux d’accueil et de conseil généralistes (gestion, suivi comptable, tenue de la paye, administration, formation, etc.).

Gip-Rig
Mise en place : Années 1990, jusqu’en 2002.
Structures porteuses : Structures publiques ou privées (centres sociaux, associations « profession sport », boutiques de gestion, maisons d’associations, etc.)
Financements : Labellisation des structures par le Gip (ministères, partenaires privés,
collectivités locales et associations) ; charte label « Pava » ; financement par les
collectivités locales.
Modèle économique : Aide gratuite.
Publics ciblés : Petites associations et porteurs de projets.
Couverture territoriale : 120 structures habilitées à la date de dissolution du Gip. Objectifs : Fournir une aide technique nécessaire au développement des projets. Lieux ressources de proximité.
Nature accompagnement : Information et conseil (gestion, suivi comptabilité,
tenue de la paye, administration, financements, etc.) ; formation.

> Le dispositif des Ddva-Maia

En 1995, ont été créés par circulaire les délégués départementaux à la vie associative (Ddva), entourés à partir de 1999 d’une mission d’accueil et d’information aux associations (Maia). L’objectif est de faciliter la réponse aux besoins associatifs en information et conseil et de communiquer sur les ressources disponibles et les interlocuteurs référents au sein des services déconcentrés de l’état.

Ddva-Maia
Mise en place : 1999.
Structures porteuses : Services de l’état (Ddjs). 1 Ddva par département (fonctionnaire Jeunesse et Sport), 80 Maia (correspondants associatifs au sein des services de l’état).
Financements : état (Msjs).
Modèle économique : Aide gratuite.
Publics ciblés : Associations de toute nature.
Couverture territoriale : Départementale. Coordination régionale par les préfets,
nationale par la Dies (puis le Msjs depuis 2004).
Objectifs : Inventorier les lieux ressources pour les associations et orienter les demandes. Simplifier les relations état-associations. Informer et apporter un appui de proximité aux associations.
Nature accompagnement : Information et orientation vers les ressources. Conseil de premier niveau et spécialisé, formations, outils techniques.

> Les Crib (Centres de ressources et d’informations pour les bénévoles)

Les Crib ont été créés en 2003 afin de soulager les responsables associatifs des tâches administratives et leur permettre de se recentrer sur l’animation de leur association. Il s’agit de structures labellisées dans chaque département dont les missions consistent en de l’accueil, de l’information, des formations, de l’orientation vers les ressources adaptées, du conseil dans des domaines variés (emploi, conseil juridique, recherche de financements, etc.). Les Crib s’adressent à leur création aux associations sportives, mais leurs missions sont élargies à l’ensemble des associations, à partir de 2006.

Crib
Mise en place : 2003
Structures porteuses : Associations (associations profession sport, Cros, Cdos), 134 Crib (avril 2007).
Financements : état (postes Fonjep).
Modèle économique : Gratuité le plus souvent, prestations payantes parfois depuis 2004 (formations).
Publics ciblés : Associations, principalement non employeurs. Missions de départ en direction des associations sportives, puis élargies à toutes les associations.
Couverture territoriale : Départementale. Coordination nationale par le Mjs.
Objectifs : Soulager les bénévoles d’associations des tâches administratives.
Nature accompagnement : « Vie quotidienne de l’association » : information, orientation, conseil (montage de projets, gestion, comptabilité, emploi, financements, fiscalité, etc.), formation, etc.

> Le dispositif Dla-C2ra-Cnar

Le Dla (Dispositif local d’accompagnement), créé en 2002, constitue un réseau national d’accompagnement de proximité des structures porteuses d’activités ou services d’utilité sociale et créatrices d’emplois (associations, coopératives, structures d’insertion).
L’accompagnement proposé par le Dla consiste en un accueil des structures, un diagnostic de leur situation et un « plan d’accompagnement » composé de prestations individuelles ou collectives pour les associations, dans des domaines d’expertise variés.

Dla
Mise en place : 2002.
Structures porteuses : Associations. 109 Dla, 18 C2ra, 5 Cnar (mars 2007).
Financements : état (Dgefp), Cdc, Fse. Collectivités locales.
Modèle économique : Prestations gratuites. Démarches pour participation financière des associations sur certains territoires.
Publics ciblés : Structures développant des actions d’utilité sociale (associations, structures d’insertion, coopératives). 83 % des bénéficiaires sont des associations en 2006.
Couverture territoriale : Départementale. Coordination régionale (C2ra) et nationale (Cnar, Avise).
Objectifs : Consolider et développer des activités et services d’utilité sociale créateurs d’emplois et de développement local.
Nature accompagnement : Accueil, diagnostic, suivi, prestations de services de toute nature (gestion financière, comptabilité, ressources humaines, refonte du projet, communication, etc.) individuelles ou collectives.

Dispositifs décentralisés et collectivités territoriales

D’autres acteurs publics interviennent auprès des associations et leur apportent des informations, mettent à disposition des centres ressources, animent des guichets d’accueil, d’aide à la rédaction de dossiers de demandes de subventions, de formation des bénévoles, etc. Il s’agit de préfectures, de conseils généraux ou régionaux ou de communes (maisons des associations municipales). La mise en place de telles pratiques semble souvent le fruit d’une tradition de relations avec la vie associative, de la sensibilité particulière d’élus à la vie associative et à son soutien ou la réponse à des demandes associatives.
Nous évoquons ici ces acteurs, même si nous ne détaillons par leurs pratiques car, si le nombre, la diversité et la dispersion des initiatives rendent difficiles une description détaillée, ils n’en sont pas moins des acteurs fondamentaux à l’heure de la décentralisation.

Éléments d’analyse

A partir de l’analyse de ces initiatives publiques en matière d’accompagnement depuis une vingtaine d’années, on peut dresser une série de constats concernant l’intervention des pouvoirs publics, notamment de l’État :

> Les acteurs publics de l’accompagnement

Le ministère de la Jeunesse et des Sports est de longue date initiateur de dispositifs d’accompagnement transversaux à la vie associative et compte parmi ses missions la clarification des relations entre services déconcentrés de l’état (dispositif Ddva-Maia) et plus particulièrement le soutien aux association sans salarié (Crib, Gip-Rig). à cette action s’ajoute celle du ministère de l’Emploi avec le dispositif Dla, transversal à la vie associative aussi, mais spécialisé sur la fonction employeur et la dimension économique du secteur associatif.

> Modalités d’implication de l’État

– Le dispositif Ddva-Maia constitue la prise en charge d’une fonction d’accompagnement par les fonctionnaires des services déconcentrés de l’état, parfois même de la recherche d’articulation entre les pratiques de l’ensemble des acteurs de l’accompagnement sur les territoires.

– Dans le cadre du Gip-Rig, l’intervention de l’état se traduisait par une procédure de labellisation, mais la mise en place opérationnelle est confiée à d’autres acteurs. Dans ce cas, ils sont privés (associations) ou publics, selon les pratiques d’accompagnement développées sur les territoires. Le pilotage de l’état est également effectué en collaboration avec d’autres acteurs au sein du Gip.

– Les Crib sont encadrés par un processus de labellisation et un cahier des charges tout comme les points d’appui, et leur opérationnalisation est confiée à des structures, ici les associations « profession sport » et les déclinaisons territoriales du Cnosf (Cros et Cdos).

– Le dispositif Dla, encadré par un pilotage national (état-Cdc-Cpca) décliné sur le territoire en associant les collectivités locales, est porté localement, à travers des cahiers des charges, par des structures de différente nature, et animé régionalement et nationalement par des acteurs associatifs également, notamment des réseaux dans le cadre des Cnar.

Au total, sauf pour le dispositif Ddva-Maia où ce sont les agents de l’état qui interviennent directement auprès des associations, la démarche de l’état en matière d’accompagnement peut être globalement caractérisée par :

– l’impulsion (mise en place). Sur ce sujet, il apparaît que les logiques qui donnent naissance aux dispositifs relèvent souvent d’un croisement entre initiatives associatives et publiques, d’une conjonction entre objectifs de l’état et demandes associatives. Le rôle de l’état est ainsi parfois la formalisation de démarches existantes, leur élargissement géographique ou l’impulsion d’une nouvelle pratique ;

– le cadrage (labellisation, cahier des charges, suivi, etc.) ;

– la délégation des missions opérationnelles à des acteurs locaux. Les pouvoirs publics prennent en effet souvent appui sur des initiatives locales (volonté de proximité dans les soutiens apportés aux associations) ou des compétences en accompagnement développées par des acteurs et réseaux associatifs sur le territoire.

> Une difficile lisibilité des pratiques

Il apparaît difficile de cerner concrètement les pratiques des acteurs des différents dispositifs. On peut en effet cibler des logiques d’intervention, des spécificités en termes de publics bénéficiaires ; mais il est plus délicat de saisir avec précision leurs fonctions d’accompagnement, notamment :

– les modalités des interventions (formation, suivi, etc.) ;

– la nature des compétences apportées (comptabilité, gestion, recherche de financements, etc.).

En effet, malgré un cadre commun au sein de ces différents dispositifs (charte, cahier des charges, recommandations par circulaires, suivi par les ministères, etc.), les pratiques locales varient, parfois considérablement, en fonction :
– des spécificités du territoire et des besoins associatifs ;
– de la sensibilité des acteurs sur la question de l’accompagnement ;
– de la nature et de la diversité des acteurs associatifs choisis pour leur mise en place, notamment des orientations de leur projet associatif et de leurs compétences spécifiques.

Ainsi par exemple, les Ddva sont plus ou moins actifs et les Maia plus ou moins ouvertes et « vivantes » selon l’investissement des fonctionnaires dans la mission. De même l’ouverture des Crib à l’ensemble de la vie associative se fait à des degrés et vitesses différentes sur le territoire. Enfin, les Dla développent une diversité d’approches de l’accompagnement, malgré un cadre et une méthodologie commune.
à cela s’ajoutent les initiatives des collectivités locales, spécifiques aux territoires, qui rendent difficile toute tentative de clarification du processus d’accompagnement au niveau national. C’est donc à des niveaux décentralisés que le processus d’accompagnement pourra davantage être clarifié, en prenant en compte les spécificités territoriales ainsi que les fonctions précises d’accompagnement de ces acteurs.

> Quelle cohérence des interventions publiques ?

La plupart des dispositifs publics affichent, lors de leur mise en place, des intentions de mise en cohérence et de rapprochement avec les initiatives déjà présentes sur le territoire. Mais il est difficile d’appréhender l’application de ces intentions dans les faits, à travers des coopérations concrètes entre acteurs, et il semble qu’elle soit variable selon les territoires. En effet, en l’absence de méthodologie ou de directives plus précises sur les moyens de travailler à cette cohérence entre les interventions, l’application de ces mesures est plus ou moins suivie d’effets, puisqu’elles reposent souvent sur le degré d’investissement des acteurs et leur sensibilisation au sujet.
De la même manière, l’état faisant appel à des acteurs locaux pour la mise en œuvre opérationnelle des dispositifs, leur efficacité dépend non seulement des objectifs poursuivis par l’état (Quel type soutien est apporté aux associations ? Quelles associations sont visées ? Dans quel but ?), mais aussi de leur rencontre avec les objectifs et méthodes que se fixent les acteurs locaux porteurs de ces dispositifs, selon leur objet social et leur vision de ce qu’est l’accompagnement. Ainsi les pratiques d’accompagnement développées dans le cadre des dispositifs publics incarnent-elles l’articulation entre les objectifs étatiques et les objectifs des acteurs locaux, ce qui rend parfois difficile la lecture des objectifs poursuivis par ces dispositifs.

Plus généralement, ce phénomène semble tenir au fait que l’état doive gérer une contradiction inhérente à toute tentative de dispositif coordonné, qui plus est nationalement, d’accompagnement pour les associations : la nécessité de cadrage des actions, afin de coordonner et d’assurer une cohérence aux dispositifs, à laquelle s’ajoute la nécessité d’autonomie des acteurs dans leur mise en place, afin d’adapter leurs pratiques aux spécificités des territoires sur lesquels ils agissent. Cette contradiction explique en partie la difficulté à appréhender de manière globale les dispositifs publics, ainsi qu’à identifier précisément leurs visées.

Des acteurs et réseaux dont les objets principaux sont le soutien
et l’accompagnement

L’accompagnement financier : un maillon de l’accompagnement
L’association France active, créée en 1988, agit dans le but d’apporter « un soutien financier aux entreprises par une pratique éthique et solidaire de la finance, alliant les ressources publiques, les contributions des partenaires privés et les produits d’épargne ». Trois dimensions sont prises en compte pour le soutien aux projets :
– la logique économique des structures ;
– la création ou consolidation de l’emploi ;
– les impacts en termes d’utilité sociale sur des territoires en difficulté.

Ce sont donc les associations employeuses qui sont dans le champ d’accompagnement du réseau. France Active est un réseau de professionnels de l’ingénierie financière. Leur cœur de métier est le financement, mais les aspects financiers sont intégrés dans une démarche d’accompagnement plus générale, par l’expertise, le suivi et le parrainage des porteurs de projets. Les fonds territoriaux instruisent les demandes de financement, proposent un diagnostic et du conseil, ainsi que différentes solutions et outils de gestion et financiers pour le soutien aux projets.

France Active, dont certains de ses fonds territoriaux font partie des principaux porteurs de Dla, est l’opérateur du Cnar financement dans le cadre de ce dispositif. Ainsi, originellement tourné vers l’ingénierie financière en direction des entreprises, notamment de l’Iae, l’enjeu de leur implication dans le dispositif est l’élargissement de leur accompagnement au secteur associatif et la construction d’une offre de financements adaptés en direction du secteur. L’accompagnement financier émerge ainsi comme un maillon particulier de l’accompagnement des associations.

Les maisons des associations

Les maisons des associations et les points d’appui à la vie associative sont donc des acteurs importants de l’accompagnement. Ils sont souvent le relais de dispositifs publics (Guso, chèque emploi associatif, « impact emploi », etc.).
Les maisons des associations existent depuis longtemps, certaines depuis plus de quarante ans, mais se sont surtout développées depuis la fin des années 1980. Beaucoup se créent encore aujourd’hui. Elles peuvent être de nature municipale ou associative et ont un rayonnement communal ou local.

Leur objectif est d’appuyer le développement des associations locales, quel que soit leur secteur d’activité, ce qui passe d’abord par l’accueil, l’information et le soutien logistique (mise à disposition de bureaux ou de salles de réunion, domiciliation, besoin en matériel, gestion de la paye, etc.), mais aussi souvent par du conseil et des formations à destination des acteurs associatifs.

Elles soutiennent donc les associations sur l’ensemble des aspects de la vie des structures (formalisation et évolution du projet, aide à la création du premier emploi ou à la fonction employeur, développement d’activité, recherche de financements, problèmes divers rencontrés) et peuvent déployer des compétences très variées (organisation interne, ressources humaines, gestion, etc.).

Les maisons des associations, au-delà du soutien au projet des structures, répondent également au besoin des associations locales d’entrer en contact les unes avec les autres, par la rencontre et l’échange, de se faire connaître et de promouvoir leurs actions auprès du public. Elles sont donc également des maillons de l’accompagnement du dynamisme de la vie associative locale.

Les points d’appui à la vie associative

Les structures points d’appui existaient déjà avant la mise en place du dispositif Gip-Rig qui a entraîné la labellisation de la plupart d’entre eux ; d’autres se sont formalisés à l’occasion de ce dispositif ; puis, suite à la fin du Gip, certaines ont poursuivi leur action et se sont parfois regroupées avec d’autres structures d’appui. Les points d’appui ont le plus souvent un rayonnement départemental.
Malgré leur diversité, on peut dégager des grandes logiques dans leur action. Ils sont des acteurs de l’accompagnement généraliste de proximité :
– la forme de leur action : elle comprend aussi bien de l’accueil, de l’information, du conseil personnalisé, de la construction d’outils, de la formation, et comporte donc des accompagnements individuels et collectifs ;
– leurs domaines de compétence : ils accompagnent le fait associatif et son développement à différentes étapes-clé ou de manière ponctuelle dans la résolution d’un problème et développent donc des compétences dans des domaines variés (organisation interne, ressources humaines, gestion, communication, etc.) ;
– leur cible : ils peuvent s’adresser à des associations locales ou départementales de tous les secteurs d’activités.
Notons que les points d’appui s’adressent plus particulièrement aux associations de taille modeste et certains destinent leur action plus particulièrement aux associations non fédérées.
Des réseaux de points d’appui existent dans certaines régions, qui visent à promouvoir et coordonner cette fonction sur les territoires.

L’offre du mouvement associatif organisé : l’accompagnement
de secteurs de la vie associative

On se situe ici dans une entrée de la notion d’accompagnement différente des dispositifs publics, ainsi que des pratiques que nous avons décrites précédemment. En effet, il s’agit ici de pratiques qui s’inscrivent parmi les missions de regroupements associatifs.

De nombreux réseaux et regroupements associatifs développent des compétences en matière d’accompagnement. En dresser un panorama complet n’était pas l’objectif de cette enquête : il s’agissait de les situer au sein de l’offre d’accompagnement, ainsi que d’en identifier des spécificités à travers l’étude de pratiques au sein du mouvement associatif organisé.
Pour cela, nous avons choisi de considérer des coordinations et fédérations de la Cpca.

La double mission des regroupements associatifs

On peut globalement distinguer deux missions complémentaires que se donnent les réseaux associatifs de la Cpca :
– la valorisation du secteur et sa représentation auprès des pouvoirs publics ;
– l’animation d’un réseau et le soutien aux membres.
Certains regroupements développent de manière égale ces deux axes d’action, mais on constate également des différences entre les regroupements, certains mettant plutôt l’accent sur leur rôle de représentation, d’autres sur leur rôle d’animation. Ainsi, ces deux axes peuvent être plus ou moins développés, et les fonctions d’accompagnement sont plus ou moins formalisées.
Néanmoins, l’une ne va jamais sans l’autre : les collectifs de la Cpca articulent des actions en interne (soutien et services aux membres) et vers l’extérieur (promotion et représentation).

Lors de cette enquête, la question de savoir si la fonction de promotion d’un secteur et sa représentation constituaient en soi des fonctions d’accompagnement, s’est posée. En effet, ces fonctions permettent de créer des conditions favorables au développement de l’activité des membres comme par exemple, lorsqu’un réseau négocie avec les pouvoirs publics un financement global pour des emplois aidés. Néanmoins, si ces démarches bénéficient aux associations d’un secteur, elles ne constituent par en tant que telles des apports de compétences au service du développement des projets associatifs, dimension constitutive d’une fonction d’accompagnement, selon la définition élaborée lors de cette étude. Il s’agit d’un soutien indirect aux projets.

Ceci étant, c’est dans l’articulation de ces fonctions avec la mission d’animation que nous trouvons l’essentiel de l’activité des coordinations et fédérations en matière d’accompagnement et sa spécificité.

Une expertise transversale à un secteur, un soutien collectif

Les regroupements associatifs répondent par le collectif à un besoin important et premier des associations : se regrouper, échanger, se donner des lignes d’action communes malgré la diversité des projets. La vie collective et la rencontre de projets au sein de réseaux est donc en soi générateur de soutien et d’aide à la structuration d’un projet, d’abord de manière informelle à travers le partage de savoir-faire. En témoigne la moindre « mortalité » des associations lorsqu’elles sont rattachées à un réseau.
Les actions de soutien collectif des réseaux à leurs membres peuvent prendre la forme de :
– diffusion d’information et de documentation ;
– production d’outils (guides pratiques, outils de gestion, chartes de qualité, etc.) ;
– rencontre, mutualisation, échange de pratiques
– publications (revues, ouvrages, études, etc.) ;
– réflexion commune (journées d’étude, colloques, etc.) ;
– programmes de formation des bénévoles, des dirigeants et salariés ;
– services (assurances, fonds de garantie, aide aux employeurs, etc.).

L’ensemble de ces actions est à la fois le fruit de la mise en réseau, mais aussi un outil de soutien aux membres : les regroupements associatifs permettent le développement d’une « intelligence collective », d’une vision transversale d’un secteur d’activité, de ses enjeux et spécificités, sans laquelle les projets associatifs seraient isolés dans leur développement.

Ainsi, s’ils interviennent dans le soutien à la création d’associations, c’est lorsqu’une association souhaite développer plus avant son activité que les compétences des réseaux expriment leur spécificité. Leur expertise, propre à leur secteur d’intervention, apporte aux associations un soutien indispensable : l’inscription au sein d’un réseau permet l’accès à un ensemble de ressources collectives qui participent à l’accompagnement de leurs projets.

De plus, leur maillage territorial, lorsqu’il est développé, permet de situer les projets associatifs dans des logiques territoriales (locales, départementales, régionales le plus souvent), en plus de leur inscription sectorielle.

L’expertise sectorielle au service d’un soutien individualisé aux projets
Les réseaux de la Cpca développent également des soutiens plus individualisés à leurs membres :
– de manière plutôt informelle (rôle important des relations interpersonnelles) : ils peuvent être sollicités pour intervenir ponctuellement en soutien d’un de leurs membres en difficulté ou à une étape charnière du développement de son projet (écoute, conseil, mise en relation avec des ressources, etc.) ;
– dans le cadre d’un conseil formalisé : des conseillers techniques ou référents sont à l’écoute et répondent aux besoins par téléphone ou en accueillant les membres ;
– dans le cadre de dispositifs formalisés d’accompagnement, pour des besoins spécifiques repérés comme récurrents ou porteurs d’enjeux pour le secteur.

Ainsi, on relève cette articulation entre des pratiques individualisées d’accompagnement et le soutien collectif à un secteur au sein des coordinations et fédérations.

Éléments d’analyse

Les entretiens réalisés et les rencontres interassociatives ont permis de formaliser des constats et de dégager des grandes tendances et caractéristiques communes.

> La présence de pratiques de soutien non valorisées en tant que tel

Les missions traditionnelles des regroupements comprennent, nous l’avons vu, des services et soutiens à leurs membres, qui sont parfois diffus et non valorisés en tant que fonctions d’accompagnement. De plus, le caractère parfois informel des conseils et appuis apportés (rôle de l’interconnaissance personnelle) rend difficile une formalisation en termes de fonctions d’accompagnement et donc leur visibilité en interne et vers l’extérieur.

> La particularité des accompagnements sectoriels

L’ensemble des réseaux développe un accompagnement qui peut être qualifié d’accompagnement d’un secteur, puisqu’ayant avant tout une dimension collective. Le développement de pratiques plus individualisées, parfois formalisées dans le cadre d’un dispositif spécifique, permet d’articuler cette fonction d’accompagnement collectif d’un secteur à l’accompagnement des projets particuliers des structures qui en font partie.

On voit ici qu’on se situe dans une entrée différente : pour chacune des trois dimensions de la notion d’accompagnement, il ne s’agit pas seulement d’une démarche d’accompagnement d’une association particulière, mais également de l’accompagnement d’un secteur de la vie associative :
– la dimension relationnelle : un réseau crée de l’appartenance entre une association et un collectif et engendre des relations avec l’ensemble des acteurs d’un même secteur d’activité, les accompagnements plus individualisées créant des relations plus spécifiques entre une tête de réseau et ses membres ;
– la dimension individualisée : la mise en réseau répond au besoin fondamental des associations de se regrouper, d’échanger. La compétence transversale et l’expertise permet de répondre de manière adaptée aux besoins spécifiques des associations œuvrant dans un secteur particulier. De plus, ils mettent en œuvre des pratiques d’accompagnement adaptées à des besoins plus particuliers repérés dans le secteur ;
– une dimension temporelle : l’inscription d’une structure dans un collectif se fait dans le temps, et les associations d’un même collectif portent ensemble un projet de développement pour le secteur d’activité et les structures qui en font partie. Les projets « individuels » sont donc inscrits dans une dynamique collective de développement d’un secteur à long terme.

Des acteurs rencontrés ont identifié cette particularité à une dimension « politique » des accompagnements qu’ils délivrent, lors de la première réunion du groupe de travail interassociatif du 4 juillet 2007 : « Si la technique et l’expertise sont importantes, leur inscription dans un cadre “ politique “ plus global est indispensable afin de “ donner du sens “ aux pratiques d’accompagnement. Il ne s’agit pas seulement d’accompagner les associations en tant qu’acteurs économiques, mais en tant que porteuses d’initiatives citoyennes. Dans cette optique, un réseau peut “ placer le projet associatif dans son environnement ” et l’inscrire dans des dynamiques sectorielles ou territoriales. »

> L’ouverture des pratiques d’accompagnement

Globalement, on peut distinguer plusieurs cas, selon le degré d’ouverture des fonctions d’accompagnement :
– les services réservés aux membres et compris dans leur adhésion ;
– les services réservés aux membres mais requérant une participation financière de leur part ;
– les services ouverts à l’ensemble des associations d’un secteur, mais avec priorité donnée aux membres ;
– les services ouverts à l’ensemble des associations d’un secteur sans distinction.

De manière générale, il est apparu difficile, lors de cette enquête, de saisir les frontières existantes entre ces cas de figure au sein des différents mouvements, cet aspect nécessitant une analyse plus approfondie du fonctionnement de chacun et des modalités d’adhésion de leurs membres, que nous n’avons pas pu aborder plus avant.

> Densité et fluidité des réseaux

On voit ici que l’accompagnement développé au sein d’un réseau dépend de la qualité de la vie collective qui s’y développe, notamment de la nature de la relation entre ses membres et plus précisément entre la tête de réseau territoriale ou nationale et les associations locales.

Lors des entretiens, des responsables associatifs nous ont fait part de difficultés dans ce domaine. En effet, certaines pratiques d’accompagnement peuvent engendrer des relations « consuméristes » entre des membres et leur tête de réseau et parfois la relation avec les membres se limite à l’utilisation des différents services mis à la disposition par une tête de réseau. Ainsi, des têtes de réseau peuvent se trouver instrumentalisées ou déconnectées de leurs membres et manquer d’éléments de connaissance de leurs besoins.

Or, au vu des dimensions de l’accompagnement des regroupements associatifs décrites ci-dessus, il apparaît que l’accompagnement collectif d’un secteur, de même que les accompagnements individualisés qu’une tête de réseau développe, dépendent en grande partie de la qualité des relations au sein du réseau et donc de :
– la clarté des pratiques de soutien aux membres du réseau, des services et de leur visibilité en interne. Des responsables associatifs nous ont en effet fait part d’une préoccupation : les têtes de réseaux ne communiquent parfois pas suffisamment sur leurs pratiques et, leur cœur de métier étant perçu comme principalement politique, elles ne sont parfois pas identifiées par leurs membres comme des ressources potentielles en accompagnement ;
– ensuite, la densité des liens entre les membres d’un réseau, la connaissance des membres et de leurs besoins garantissent l’adaptation des accompagnements collectifs ainsi que des accompagnements individualisés aux besoins réels d’un secteur ;
– enfin, une démarche d’accompagnement, notamment lors de problèmes internes des associations, nécessite une distance, une impartialité des accompagnateurs. La qualité des relations entre une tête de réseau et ses membres est un gage de confiance pour les pratiques d’accompagnement.

> La problématique du partenariat regroupements associatifs/pouvoirs publics dans l’accompagnement

Certains réseaux étaient impliqués dans le programme d’évaluation du dispositif Ns-Ej et avaient noué des partenariats avec la Cdc afin d’évaluer ses impacts sur les structures. Des acteurs associatifs nous ont fait part des difficultés qu’ils ont rencontrées à la fin de ces partenariats.

Ainsi, au départ, des réseaux associatifs ont interprété la naissance du dispositif Dla, initialement conçu pour la pérennisation des emplois et activités créés dans le cadre du dispositif Ns-Ej, comme un changement de stratégie de l’État et l’ont ressenti comme la volonté de passer d’une consolidation des emplois en partenariat avec les représentants du monde associatif, à une consolidation par l’intervention de prestataires privés sur les projets associatifs. Ce constat a contribué à faire de l’accompagnement et de la mise en place du dispositif Dla l’occasion de débats quant à la politique associative de l’État. En effet, à travers les politiques d’accompagnement mises en œuvre par l’état, peut se lire une volonté de consolider tel ou tel type d’associations, donc tel ou tel partenaire pour sa mise en place. Ceci pose la question de la reconnaissance du mouvement associatif organisé dans sa capacité à relayer les dispositifs publics, à mettre l’expertise de ses têtes de réseaux au service de l’accompagnement de leurs membres.

Or, cette étude montre la spécificité de l’approche de l’accompagnement des réseaux associatifs de la Cpca, qui peine à se formaliser selon les critères retenus pour évaluer l’efficacité des dispositifs publics, par exemple dans le Dla.
Plus généralement, dans le contexte actuel de transformation des modalités de l’action publique et de son évaluation, comme en témoigne la mise en place de la Lolf (Loi organique des lois de finances) ou le lancement de la Rgpp (Révision générale des politiques publiques)14, se pose la question des modalités d’articulation entre les nouvelles exigences de rationalisation de l’action publique et les modalités d’évaluation de la participation des réseaux associatifs à cette action. Il s’agit en effet de réfléchir à la manière de formaliser la plus-value des réseaux associatifs dans ce contexte.

Plus largement, dans les relations financières entre pouvoirs publics et associations, il semble que l’évolution des financements vers des activités et des projets ponctuels, et de moins en moins vers le fonctionnement des structures, fragilise les initiatives existantes et freine la naissance de nouvelles. En effet, certaines fonctions d’accompagnement des coordinations tiennent à leurs missions traditionnelles (formation, information, conseil, mutualisation, échange de pratiques, etc.), donc à leur fonctionnement, et sont moins valorisées dans le cadre de programmes d’activités limités dans le temps et aux objectifs circonscrits.

En outre, les difficultés financières et la diversification des sources de financements ont conduit certains réseaux à développer leurs activités, parfois dans des directions multiples, et parfois à privilégier leurs missions de revendication auprès des pouvoirs publics au détriment du soutien à leur secteur, comme l’ont évoqué des responsables que nous avons rencontrés.

La particularité des accompagnements délivrés par le mouvement associatif réside donc dans l’inscription qu’ils permettent des projets particuliers au cœur de dynamiques collectives, sectorielles et territoriales. Cette particularité implique :
– le caractère indissociable entre les aspects techniques et les aspects « politiques » ou stratégiques des accompagnements, la technique étant au service de la stratégie des structures et du développement de leur secteur d’activité, et inversement, la stratégie de développement et la connaissance d’un secteur d’activité étant au service de la création d’outils techniques adaptés aux structures ;
– la présence d’un pont entre les initiatives particulières d’associations et les dynamiques collectives au sein d’un secteur d’activité : l’accompagnement est envisagé comme celui d’une structure inscrite au sein d’un collectif.

Conclusion

L’ensemble des acteurs évoque une demande croissante de la part des associations en matière de soutien et d’accompagnement. Certains ont évoqué la saturation de l’offre et des problèmes de gestion des flux de demandes émanant des associations.
De plus, les acteurs que nous avons rencontrés nous ont fait part des phénomènes de méconnaissance des associations locales des différents dispositifs et pratiques et d’un manque de lisibilité des différentes pratiques.
Les acteurs sont en effet souvent amenés à diversifier leur offre, de manière à répondre aux besoins. La clarification des pratiques et de leurs logiques est donc un enjeu pour l’amélioration des réponses apportées à cette demande croissante émanant des associations, mais aussi pour amoindrir le sentiment de concurrence que les acteurs de l’accompagnement ressentent parfois entre eux.

Essai de typologie de l’offre

Dans le but de clarifier les logiques à l’œuvre dans l’offre d’accompagnement pour les associations, la première phase de l’étude devait aboutir à l’élaboration d’une typologie de l’offre selon différents critères (statut juridique des acteurs, couverture territoriale, accompagnement collectif ou individuel, niveau d’accompagnement, suivi effectué, domaines des compétences, etc.).

> Publics bénéficiaires

Une première distinction peut être effectuée en fonction des publics bénéficiaires des pratiques d’accompagnement, où l’on distingue :
- les offres transversales, ouvertes aux associations quel que soit leur secteur d’activité (maisons des associations, certains points d’appui [et les réseaux de points d’appui], Crib [depuis l’élargissement de leurs missions], dispositif Ddva-Maia, France active, dispositif Dla),
au sein de ce groupe, une autre distinction doit être faite pour les dispositifs visant exclusivement la fonction employeur des associations (Dla, France Active) ;
- les offres sectorielles, propres à un secteur de la vie associative (Crib avant leur élargissement, Centres de ressources des politiques de la ville et autres centres ressources sectoriels, certains points d’appui, coordinations et fédérations associatives).

> Compétences apportées

Une seconde distinction peut être faite en fonction du champ de compétences apportées, entre :
- les compétences généralistes, touchant à l’ensemble des aspects de la vie quotidienne des associations (maisons des associations, points d’appui, Dla, Crib) ;
- les compétences spécialisées dans un domaine particulier (les Maia [compétences des services de l’état et collectivités], France Active [compétences en ingénierie financière]) ;
- les compétences mixtes : coordinations et fédérations associatives (compétences sur le fait associatif, mais aussi spécialisées par secteur).

> Croisement de ces deux axes

A partir d’un croisement de ces deux axes (publics bénéficiaires et compétences apportées), on peut identifier trois grandes logiques d’accompagnement :
- l’accompagnement transversal et généraliste – un accompagnement pour les associations quel que soit leur secteur d’activité, apportant des compétences généralistes (les maisons des associations, au rayonnement communal ou local, les points d’appui, au rayonnement plus souvent départemental, voire régional dans le cas des réseaux de points d’appui, les Crib, depuis leur élargissement) ;
- l’accompagnement transversal et spécialisé – un accompagnement pour les associations quel que soit leur secteur d’activité, apportant des compétences spécialisées (France Active [ingénierie financière], les Maia [compétences des services de l’état et collectivités], Dla [fonction employeur des associations]) ;
- l’accompagnement sectoriel et mixte – un accompagnement ouvert aux associations d’un secteur particulier, alliant compétences sur le projet associatif de manière générale, et compétences spécialisées dans un secteur (coordinations et fédérations associatives).
Les réseaux associatifs ont ainsi la particularité de se situer à la croisée de ces deux logiques, puisqu’ils développent un accompagnement généraliste à la vie associative, et sont spécialisés dans un secteur d’activité particulier.

La nécessité d’une approche territoriale et sectorielle de
l’accompagnement

Vu du niveau national, avec les difficultés que cela comporte pour appréhender plus précisément les fonctions d’accompagnement de chacun des acteurs, nous n’avons pas pu aller plus loin dans la construction d’une typologie précise de l’offre d’accompagnement pour les associations.

En effet, au-delà de ces distinctions faites, qui mériteraient déjà d’être nuancées, la diversité des acteurs, les spécificités de leurs pratiques, la multiplicité des échelons de l’accompagnement (qui rend difficile la distinction entre la nature du soutien apporté par une structure et celle des dispositifs au cœur desquels elles s’inscrivent – réseaux de points d’appui, réseau des maisons des associations, C2ra, Cnar, répartition des fonctions d’accompagnement au sein des coordinations et fédérations associatives, etc. –) rendent difficile toute tentative de généralisation et ne permettent pas de classifier l’offre en fonction de critères précis.
Plus généralement, la territorialisation des politiques publiques, la présence de besoins associatifs spécifiques en raison des particularités régionales, les jeux d’acteurs inscrits sur ces territoires et la décentralisation suscitant l’intervention croissante des collectivités territoriales dans le soutien aux associations créent des contextes de l’accompagnement associatif particuliers à des territoires et complexes à décrypter, vu du national.

Les pratiques d’accompagnement sont ainsi à l’image de la vie associative, par nature diversifiées et en transformation constante : la clarification ne peut dès lors s’envisager qu’à partir d’une approche territorialisée ou sectorialisée.

Les zones d’ombre du processus d’accompagnement :
le modèle économique et les financements, l’appréhension des besoins,
le suivi et l’évaluation des pratiques

> Modèle économique et financement de l’accompagnement

Lors de cette enquête, est apparue une grande difficulté à clarifier les dimensions financières des pratiques d’accompagnement. Qui finance l’accompagnement des associations ? Combien cela coûte ?

Pour répondre à ces questions, nous disposons de peu d’éléments.
Pour le Gip-Rig, l’état intervenait dans le financement des travaux du Gip, mais pas directement dans le financement des structures porteuses. Néanmoins, les structures habilitées ont été soutenues par des collectivités locales. Les éléments recueillis, lors de l’enquête, ne nous permettent pas d’identifier par qui et combien.
Les Ddva-Maia font partie des missions des services déconcentrés de l’état (les Ddjs) et entrent donc dans les crédits alloués à ces services par l’état.
Les Crib sont labellisés mais le label ne s’accompagne pas d’un conventionnement avec l’état. En revanche, l’état attribue un poste Fonjep par structure porteuse d’un Crib. Ici aussi, les collectivités interviennent parfois dans le financement de cette fonction.

Pour le mouvement associatif organisé, la question du financement des accompagnements pose également problème. En effet, sauf lorsque les réseaux disposent de financements publics fléchés sur la mise en place d’un dispositif spécifique d’accompagnement, les fonctions globales d’accompagnement qu’ils développent sont quasi-impossible à chiffrer.

Ainsi, on dispose d’éléments précis sur le coût de l’accompagnement associatif qu’à travers les chiffres sur le dispositif Dla.

Concernant la prise en charge du coût des accompagnements pour les associations demandeuses, la situation est également opaque. La plupart des prestations sont dites gratuites ; ceci étant, l’accès aux ressources est parfois conditionné par l’adhésion des associations à la structure porteuse. En outre, certaines prestations particulières sont payantes. Lesquelles ? Combien ? La diversité des cas de figure ne nous autorise pas à apporter des réponses probantes à ces questions.
Au total, le manque de données ne nous permet pas une analyse comparative des modèles économiques et des coûts de l’accompagnement pour les associations. Ce constat pose question. Alors que l’accompagnement apparaît comme une problématique centrale, la question des coûts, directs et indirects, et la question de la nature et du degré d’investissement des financeurs a émergé, au cours de l’enquête, comme un point sombre à éclaircir.

> La question des besoins

L’un des axes du guide d’entretien concernait les modalités selon lesquelles les offres d’accompagnement se construisent, notamment le mode de recueil des besoins des associations. En effet, la connaissance des besoins associatifs apparaît comme une condition essentielle de l’efficacité des accompagnements proposés.
Comment connaître les besoins des associations ? Sur cette question, les acteurs de l’accompagnement mettent en avant une difficulté : une connaissance fine des besoins associatifs nécessite des procédures de recueil complexes, longues et coûteuses, donc difficiles à mettre en œuvre.

Ainsi, les procédures formalisées de recueil des besoins sont rares et les éléments de connaissance que nous avons des besoins associatifs proviennent souvent des bilans dressés des différents dispositifs et pratiques.
Or, on constate que :
– ces besoins identifiés sont ceux qui ont fait l’objet d’une demande ;
– cette demande a été traitée par un mode d’accompagnement particulier, qui ne passe pas toujours par un diagnostic consistant à identifier les besoins réels qui se cachent parfois derrière une demande particulière.

La connaissance des besoins réels en accompagnement des porteurs de projets est donc doublement biaisée dans les modes de connaissance actuels.
Cet aspect apparaît comme un enjeu important pour l’amélioration du processus d’accompagnement et sa meilleure adéquation aux besoins associatifs.

> La question du suivi des structures et de l’évaluation

La question du suivi des structures est également apparue problématique dans les pratiques d’accompagnement.

Pour les démarches ponctuelles, où le porteur de projet est momentanément en contact avec l’accompagnateur, ce dernier ne pouvant avoir une vue sur l’évolution du projet et sur l’impact de son intervention.

Pour les démarches d’accompagnement plus formalisées, où le suivi apparaît comme l’une des étapes, le manque de temps et la complexité des méthodologies de mesure d’impact rendant cette étape parfois difficile.

Plus généralement, l’évaluation des pratiques d’accompagnement est un sujet complexe. En effet, mesurer l’impact des pratiques ne peut se faire qu’en mariant des indicateurs quantitatifs et qualitatifs, dont le choix est hautement stratégique. Cette question de l’évaluation est actuellement l’objet de nombreux débats.
Aussi, pour beaucoup, l’appréciation des besoins et l’évaluation des pratiques d’accompagnement se passent de manière informelle. Le contact avec le terrain pour les accompagnateurs permet ainsi un mode de recueil des besoins « par imprégnation », grâce à une écoute du secteur associatif et l’observation de son évolution.

De même, le suivi d’un projet et son évolution dans le temps peuvent-ils être permis par la territorialisation (la proximité et l’existence de lieux où se croisent les acteurs de la vie associative permettent d’avoir des informations sur les évolutions d’un projet) ainsi que par l’inscription au sein de réseaux qui permettent un suivi des structures qui en sont membres.
Ceci étant, la question devient celle des conditions d’accès à ces lieux, ou celle des associations qui ne sont pas regroupées en collectif ou qui ne sont pas fédérées.

Chapitre 3 La recherche de complementarités : une question centrale

Cet aspect a très vite émergé lors des entretiens avec les acteurs de l’accompagnement. La diversité des pratiques, des acteurs, leurs spécificités et différents objectifs constituent une richesse de l’accompagnement et l’uniformisation des pratiques, que ce soit au sein d’un même dispositif, au sein du mouvement associatif organisé ou pour l’ensemble des acteurs intervenant dans l’accompagnement, n’apparaît pas souhaitable. C’est ainsi que la question de l’articulation des pratiques d’accompagnement est apparue comme un enjeu fondamental permettant une harmonisation des pratiques sur les territoires ou dans des secteurs particuliers. Cette optique permet ainsi de préserver les spécificités de chaque acteur, de mutualiser les pratiques, d’améliorer la fluidité entre besoins et ressources, sans appauvrir le processus d’accompagnement.

L’un des objectifs de la seconde phase d’enquête fut ainsi de préciser les enjeux de l’accompagnement au sein de trois secteurs (sport, éducation populaire, culture) et dans trois régions (Lorraine, Paca, Picardie) et de se pencher plus avant sur des pratiques de collaboration entre acteurs de l’accompagnement, afin de voir comment se construisent les complémentarités. Nous avons ainsi analysé cet aspect :

- Au sein d’une même structure
L’articulation des fonctions de maison des associations, de point d’appui et Dla au sein de l’Aglca à Bourg-en-Bresse.

- Sur un département
Le projet de pôle ressources départemental à la vie associative dans l’Ain.

- Au niveau régional
Le pôle d’utilité sociale (Plus) en Lorraine,
le recensement des points d’appui à la vie associative en Picardie par le C2ra,
la co-construction d’un plan d’accompagnement pour les structures de l’économie sociale et solidaire en Paca, en partenariat entre le Fspva et le C2ra.

- Entre dispositifs publics et regroupements associatifs
Le portage collectif du Dla par le Cojep à Metz,
les pratiques de l’Ardeva Ile-de-France dans le cadre de la mise en œuvre de la mesure 10b du Fse,
l’action de réseaux associatifs dans le cadre de la mission de Cnar.

Eléments d’analyse
Ces démarches ont en commun la volonté de clarifier et d’améliorer le processus d’accompagnement sur les territoires et d’organiser la complémentarité entre acteurs.

Eléments de méthode

Choisir une échelle pertinente

Pour l’Ain, c’est au niveau départemental que l’expérimentation a lieu, au niveau bi-départemental pour Paca, et au niveau régional pour la Picardie et la Lorraine. La question de la transposabilité des démarches sur d’autres territoires est une préoccupation commune, quelle que soit l’échelle choisie.

Identifier les acteurs de l’accompagnement d’un territoire

En fonction du territoire, certains acteurs sont très investis, d’autres n’existent qu’au niveau local ou régional, de même des réseaux et regroupements associatifs sont propres aux territoires. L’approche territoriale permet donc d’identifier les acteurs qui apportent un soutien aux associations de manière plus poussée et elle règle en partie la question du manque de visibilité.
Ainsi, cela permet la prise en compte des fédérations, unions et comités régionaux des réseaux du mouvement associatif organisé, mais aussi des associations départementales ou intercommunales.

Clarifier leurs fonctions d’accompagnement

Partant de cette identification, il s’agit de savoir plus précisément quel type de soutien les acteurs apportent aux associations. Pour cela, définir les dimensions de l’accompagnement est une étape indispensable. On voit que celles-ci sont un peu différentes selon les initiatives que nous avons présentées.
Cette action permet en outre de réfléchir à la répartition des ressources sur le territoire, en fonction de l’implantation de la vie associative, et donc à la manière de les rendre plus accessibles et éventuellement de constater des carences dans les services.

Organiser la collaboration

Les entretiens avec les acteurs ont montré la nécessité d’avoir des dispositifs dynamiques, donc souvent réactualisés (compétences par exemple, changements d’interlocuteurs au sein des réseaux). Pour cela, l’implication des acteurs de l’accompagnement et l’appropriation de l’outil construit sont importantes.
L’émergence d’un consensus sur la démarche, son utilité, la valorisation des pratiques de chacun et des bénéfices pour le développement de la vie associative du territoire apparaissent comme des conditions importantes de la réalisation des expérimentations. De même, se fixer des objectifs précis (organisation de réunions d’information, construction d’outils, etc.) permet l’implication des acteurs.
Les initiateurs de démarches ont ainsi parfois insisté sur l’atout que constituent des habitudes de travail en commun, pour permettre ce genre d’initiative, ainsi que sur la capacité des structures porteuses à mobiliser les acteurs associatifs sur le territoire. Plus généralement, la concertation autour de la démarche, est importante, afin de négocier les complémentarités, si nécessaire.

Informer les associations

Enfin, le but de ces démarches est d’organiser l’information en direction des associations afin qu’elles trouvent plus facilement les ressources adaptées à leurs besoins. La pédagogie du rendu de la démarche est ainsi un atout pour son efficience auprès des bénéficiaires potentiels des accompagnements.

L’importance des partenariats

Les démarches d’harmonisation de l’offre étant complexes et longues, la qualité des partenariats apparait déterminante pour leur efficacité. Ils sont à la fois techniques, financiers et politiques.
En région Paca, par exemple, la démarche associe les réseaux associatifs, regroupés au sein du Fspva, et la Cress dans le cadre de ses missions de C2ra. La Cress avait par ailleurs publié un annuaire des structures d’appui à la création d’activités d’utilité sociale, qui sera actualisé grâce à l’expérimentation menée et le Fspva une tradition de relations suivies avec l’ensemble des pôles d’appui de la région.

En outre, le Conseil régional, dans le cadre de son Progress (Programme régional de développement de l’économie sociale et solidaire), vise à « favoriser la mise en place d’un dispositif régional d’accompagnement des structures de l’Ess » afin d’appuyer davantage les structures du secteur. Il s’agirait de mettre en place un « dispositif régional d’accompagnement » composé de « relais locaux d’accompagnement » (Rla) pour consolider ou développer les activités des structures de l’Ess, pérenniser leurs emplois, trouver des réponses aux difficultés rencontrées, etc.

Dans l’Ain, l’Aglca, en plus de sa longue expérience en accompagnement de projets, a une tradition de partenariats avec les acteurs de l’accompagnement sur son département (notamment dans le cadre du Raia). L’initiative est de plus soutenue par le Conseil régional Rhône-Alpes.

En Lorraine, le Plus est le fruit d’un partenariat entre les pilotes du dispositif Dla, le Conseil régional et les représentants politiques de l’économie sociale, la Cresl et la Cpca. La Cpca travaille par ailleurs à la création de ponts entre les acteurs de l’accompagnement et à l’information des associations sur les ressources disponibles (réunions d’information).

Le Conseil régional a également une tradition de soutien à la vie associative : « soutenir la vie associative » constitue l’une des orientations stratégiques 2006-2010 (programme Irelis ; Ile : initiative lorraine pour l’emploi dans le cadre duquel des contrats de projets ont été signés avec des têtes de réseaux associatives sur des objectifs partagés, etc.)

En Picardie, la complémentarité est recherchée entre les vocations de la Cpca et ses missions en tant que C2ra : l’annuaire construit regroupe ainsi l’ensemble des acteurs de l’accompagnement et du financement de la région (acteurs institutionnels, associatifs, fédérations et regroupements, etc.).

La Cpca participe par ailleurs à l’organisation des Assises régionales de la vie associative du Conseil régional, qui se traduit notamment par la consultation des associations picardes par questionnaire et l’organisation de forums de la vie associative dans les seize pays de la région picarde.
Ainsi, l’inscription dans des dynamiques plus générales autour de l’accompagnement et du soutien à la vie associative où s’impliquent une diversité d’acteurs, favorise la mise en œuvre de ces démarches.

Une réflexion sur l’offre pour se rapprocher des besoins

Cette réflexion sur les processus d’accompagnement sur les territoires permet de s’interroger sur la question des besoins associatifs, dont nous avons vu qu’elle était importante pour l’adaptation des offres d’accompagnement.

Dans l’Ain, l’étude sur le projet de Prva s’interroge ainsi sur les modalités selon lesquelles ont peut « faire descendre » les informations sur l’offre d’accompagnement aux associations, ainsi que « faire remonter » leurs difficultés et besoins. L’étude a ainsi choisi les Cdra comme échelle pertinente, comme échelon relais entre l’échelon départemental et les associations locales. Le Prva aurait ainsi un rôle de plateforme, de réorientation vers les ressources pertinentes. Mais l’étude constate que l’échelle de référence pour les associations est le plus souvent la commune. Ainsi, l’idée de tenir des permanences des Cdra dans les communes ou intercommunalités du département est évoquée.

En Picardie, un travail est organisé à l’échelle des seize pays composant la région et un projet de la Cpca vise à former des Gap (groupes associatifs de pays) qui seraient des relais afin de faire remonter les besoins des associations. Cette démarche s’inscrit dans le cadre des Assises régionales de la vie associative, organisées en partenariat avec le Conseil régional, pendant lesquelles sont organisés des forums de la vie associative dans les pays de la région.

Ainsi, l’émergence des questions concernant l’articulation des offres semble permettre de se rapprocher des besoins et de réfléchir aux moyens de les appréhender, notamment par l’instauration de relais et le choix d’échelles territoriales pertinentes. La connaissance du tissu associatif et des besoins semble en effet, au-delà de l’articulation des offres, l’une des conditions essentielles de l’efficacité des pratiques d’accompagnement sur les territoires.

Réseaux associatifs et dispositifs publics

L’action de l’Ardeva Ile-de-France dans le cadre
de la sous-mesure 10B de l’objectif 3 du Fonds social européen

Cette initiative est un exemple de participation d’un réseau associatif à la mise en place d’un dispositif public, et l’affirmation d’une spécificité d’intervention (fonctionnement collégial du comité d’accompagnement, appui sur une organisation en réseau, mobilisation de compétences au sein du réseau, échange de pratiques, affirmation de valeurs, etc.)
La charte de l’accompagnement élaborée à cette occasion vise « à favoriser la mise en place, le développement et le renforcement de micro-projets associatifs » ainsi qu’à « instaurer une dynamique partenariale et coopérative entre l’Ardeva et les membres de son réseau ». C’est ainsi que l’Ardeva articule les objectifs d’un dispositif public avec les siens (« ces actions d’accompagnement (…) participent ainsi largement au développement de la vie associative en Ile-de-France, ce qui est l’objet même de l’Ardeva »20) et sa spécificité (fonctionnement en réseau).

Le portage collectif du Dla par le Cojep (Carrefour des organisations
de jeunesse et d’éducation populaire) à Metz

L’une des vocations du Cojep est de constituer une force de proposition pour la création d’outils et de structures de soutien au service du développement de la vie associative (centre de formation, maison des associations, centre d’information jeunesse, groupement d’employeur, etc.) ; c’est dans cette perspective que lors de la mise en place du Dla, il a souhaité s’impliquer dans le dispositif.

Il a choisi un mode de fonctionnement collectif (comité exécutif), adapté à sa nature de regroupement associatif et souhaite affirmer sa spécificité au sein d’approches non seulement techniques et économiques, mais aussi qualitatives des projets associatifs et de leur dimension éducative. La vocation d’une telle démarche est ainsi de se situer à la croisée entre les valeurs défendues par un regroupement associatif, ses capacités techniques et les dispositifs de soutien initiés par l’État.

Réseaux associatifs et dispositif Dla : la mission de Cnar

La place des réseaux associatifs dans les dispositifs publics d’accompagnement s’est posée avec une acuité particulière dans le cadre du dispositif Dla. En 2004, un accord cadre a été signé pour trois ans entre l’état, la Cdc et la Cpca, qui reconnaît le rôle clé des réseaux d’associations et de leur implication pour la réussite du dispositif. La Cpca nationale devient ainsi membre du comité de pilotage du dispositif. La création des Cnar correspond également à la volonté de participation des réseaux dans le dispositif. Quatre Cnar sectoriels sont créés (environnement, action sociale, médico-sociale et santé, culture, sport) et un Cnar transversal autour du financement.
Leurs principales missions sont :
– mobiliser les représentants nationaux, régionaux, départementaux et locaux du secteur associatif ;
– assurer un soutien en direction des Dla et C2ra ;
– mettre à disposition ou créer des outils méthodologiques ;
– observer, analyser et évaluer l’action des Dla et C2ra dans le secteur ;
– de construire des partenariats.

Les Cnar vont ainsi développer leur action dans le sens d’un partenariat entre réseaux associatifs et dispositifs Dla, visant à agir au service du dispositif en le renforçant d’expertises sectorielles et spécialisées, et inversement, à intégrer le dispositif Dla dans les ressources en accompagnement mobilisables par un secteur. Il s’agit plus généralement d’organiser les complémentarités entre les offres de soutien ou d’accompagnement présentes au sein des réseaux ou fédérations et le dispositif d’accompagnement Dla.
Cette articulation se traduit par des actions spécifiques, dont voici quelques exemples :
– l’identification de prestataires potentiels issus de l’économie sociale et solidaire ;
– le montage d’accompagnements collectifs de réseaux ou d’outils en direction des associations du secteur ;
– la réalisation d’études sur un secteur ;
– l’élaboration d’outils et pratiques permettant une qualification des acteurs du Dla aux spécificités des différents secteurs d’activité.

Les Cnar traduisent ainsi dans leur action la recherche d’optimisation d’un dispositif public en organisant la collaboration avec les réseaux associatifs des différents secteurs, en organisant sa complémentarité avec les orientations stratégiques des réseaux.

Préconisations

A l’issue du travail d’enquête collaborative animé par la Fonda en lien avec la Cpca, nous avons formulé trois grandes préconisations dont les grandes lignes sont présentées ci-dessous. Suite à la remise du rapport final, la Cpca a conduit un débat politique interne qui a abouti à l’adoption par son conseil d’administration d’un positionnement politique pour le mouvement associatif organisé et de propositions en direction des pouvoirs publics notamment. Vous pouvez consulter celles-ci sur le site de la Cpca (www.cpca.asso.fr).

Se positionner nationalement sur les enjeux de l’accompagnement

Motifs - Les transformations accélérées de l’environnement associatif et de l’engagement citoyen érigent la question de l’accompagnement en enjeu central. La vie associative et plus largement le « fait associatif », y compris dans ses nouvelles formes et modalités, ne se développeront à l’avenir qu’à l’aide de dispositifs d’accompagnement diversifiés, efficaces et réactifs, et au plus proche des initiatives citoyennes, donc territorialisés. De plus, l’interaction entre les projets associatifs et leur environnement est devenue fondamentale ; à cet égard, leur inscription au cœur de dynamiques territoriales et collectives, notamment à travers les réseaux associatifs, est essentielle.

Objectif - Affirmer l’accompagnement comme enjeu majeur du renforcement et du développement de la vie associative.

Moyen - Un texte politique.

Animer une réflexion interne aux coordinations et têtes de réseaux

Motifs - L’accompagnement constitue un instrument politique au service du renforcement et du développement des différents secteurs, ainsi qu’un enjeu majeur du partenariat des têtes de réseaux et de leurs membres avec les pouvoirs publics, à l’heure où les financements reposent moins sur le fonctionnement que sur l’activité.

Objectif - Formaliser, rendre visible et qualifier l’offre du mouvement associatif organisé.

Moyen - Des pratiques et outils communs.

Impulser ou participer à des démarches de collaboration avec
l’ensemble des acteurs de l’accompagnement

Motifs - Compte-tenu de la nécessité d’une approche territoriale de l’accompagnement afin d’organiser les complémentarités entre acteurs et d’améliorer la qualité des soutiens aux associations, et compte-tenu de la plus-value des accompagnements des réseaux, les partenariats avec l’ensemble des acteurs de l’accompagnement sont à rechercher et à impulser.

Objectif - Améliorer l’accompagnement des associations, clarifier les pratiques et positionner les réseaux associatifs sur les territoires.

Moyen - Des plateformes territoriales.

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