L’élection de Barack Obama
Publié par L’équipe Fonda le 27 août 2013

L’élection de Barack Obama

La contribution des associations et syndicats

paru dans La tribune fonda n° 202, avril 2010

Événement majeur de notre histoire contemporaine, l’élection du premier président noir est la démonstration que le renouveau démocratique de nos modèles politiques est possible. Pour réussir il convient de s’appuyer sur les ressources de toutes les organisations collectives qui œuvrent en faveur de la solidarité et du développement.

A l’occasion de la venue en France de Karen Nussbaum et Ira Arlook, qui ont contribué au rapprochement et la mobilisation des acteurs de la société civile en faveur de la campagne de Barack Obama, la Cpca, la Fonda et la French American Foundation France ont organisé une rencontre débat le 4 mai 2009.

Les deux intervenants ont mis l’accent sur le mode de structuration du monde du travail et de la société civile parallèlement aux organisations politiques traditionnelles, notamment grâce à l’utilisation des nouveaux outils de communication, mais aussi en prenant appui sur de nouveaux moteurs psychologiques et sociaux de la mobilisation : « face to face ». Il s’agit de privilégier une relation interindividuelle, en offrant la possibilité aux individus de jouer un rôle dans la construction de la puissance collective. Il s’est révélé un nouveau mix de « l’action sociale », puis la conversion de celle-ci en puissance politique qui est un phénomène nouveau aux États-Unis mais concerne l’ensemble des sociétés démocratiques contemporaines. C’est un exemple de la capacité du mouvement social à susciter et accompagner un renouveau politique. Les exemples de ces deux organisations doivent pouvoir nous aider à imaginer une adaptation de nos pratiques permettant de capter l’appétit de nos concitoyens pour davantage de politique.

Working America : une nouvelle forme de syndicalisme

Karen Nussbaum, Executive Director de Working America, présente Working America qui rassemble des millions d’Américains ne disposant pas d’organisations syndicales sur leur lieu de travail ; elle est affiliée au Afl Cio (American Federation of Labor and Congress of Industrial Organizations).

Fondée en 2003, Working America est un syndicat qui agit plutôt comme un mouvement. Elle s’adresse aux travailleurs non syndiqués et qui n’ont pas la possibilité de le faire au sein de leur entreprise. Le budget de fonctionnement de Working America s’élève à 30 millions de dollars. Son financement provient en grande partie des syndicats, mais aussi des membres et d’organisations de la société civile (environnementales ou pour les droits des homosexuels, par exemple) qui soutiennent par leurs dons les idées progressistes promulguées par Working America. La structure est très simple : absence de hiérarchie pyramidale, les groupes locaux sont la base de l’organisation. Cela permet une grande réactivité et un maximum d’impact sur les décisions locales. Cette organisation décentralisée a pour conséquence que les adhérents ont un lien assez faible avec l’organisation. Karen Nussbaum pense qu’elle devra évoluer si l’on réfléchit en termes de pérennité.

La méthode de recrutement « face to face » (porte-à-porte) permet d’aller à la rencontre des travailleurs en dehors de leur entreprise et les protège ainsi des éventuelles pressions ou menaces de licenciement. Le message délivré est simple : « Vous voulez un meilleur emploi et une économie plus juste, nous pouvons vous aider. » En 5 ans, 2 millions et demi de personnes ont adhéré. La réussite du projet s’explique en partie par le contexte économique : il faut rappeler que depuis 10 ans les classes moyennes subissaient une dégradation de leur situation socio-économique. Les travailleurs les plus modestes ont vu leurs salaires stagner et les inégalités se développer. L’écart des salaires entre classes moyennes et les classes supérieures s’est creusée (de 40 à 400). Dans le même temps leurs charges de la vie quotidienne n’ont cessé d’augmenter.

Plus particulièrement pour la campagne pour Obama, il faut rappeler qu’une partie importante de la population américaine a été délaissée pendant quarante ans. Leur cause était considérée comme perdue. Working America s’est adressée directement à ces électeurs potentiels. Et, ce n’est pas un politicien ou un spécialiste de la politique qui est venu s’adresser à l’électeur, mais quelqu’un comme lui, un citoyen de base. Ce sont les militants syndiqués ou engagés dans les autres organisations de la société civile qui ont fait campagne dans leur voisinage. De ce fait, ce ne sont pas des inconnus qui sont venus parler à l’électeur : c’est un ami, un membre de sa communauté, un voisin.

Cette communication a une efficacité exceptionnelle, permettant de recueillir deux ou trois adhérents par jour. Encore une fois l’entrée en matière était simple : « Le chômage, est-il un problème pour vous et votre famille ? Oui, alors parlons, car c’est aussi pour cela que nous nous battons, pour un bon emploi et une économie plus juste. » Par ce biais ceux qui autrement seraient restés conservateurs ont modifié leurs priorités : l’emploi, l’éducation, la santé. Ils ont été convaincus que leur vote pouvait aider à réinstaurer ces droits.

Un autre atout, dans la réussite de Working America, est la gestion des données. D’importants investissements ont été réalisés pour le recueil et la gestion des informations sur les membres. En la matière, l’apport des nouvelles technologies a été déterminant, permettant d’être très réactif et de capitaliser plus aisément les données. Cela permet pour une campagne nationale de mobiliser directement les membres de l’organisation d’une circonscription, d’un représentant ou d’un sénateur. Ils sont invités à intervenir auprès de leur élu pour qu’il prenne position en faveur de l’organisation.

La mobilisation repose donc sur trois leviers principaux : l’organisation de terrain, le message, les nouvelles technologies.

Move On, un nouveau pouvoir politique pour la société civile

Ira Arlook, Managing Director de Fenton Communications et fondateur de Citizen Action présente Move On. Il précise que jusqu’à présent la société civile n’était pas impliquée dans le jeu politique, car elle n’avait pas les moyens de gagner sur ce terrain. Donc, l’émergence de Move On n’est pas une transformation de la société civile, mais une porte qui s’est ouverte à la participation.

Move On a été créée en 1998, par deux entrepreneurs de la Silicon vallée exaspéré par l’affaire Clinton et la perte d’énergie qui s’en est suivie, ils ont envoyé une pétition par mail : « Censure President Clinton and Move On to Pressing Issues Facing the Nation »1. En quelques jours, des centaines de milliers de réponses leur sont parvenues. Ce succès les a conduits à bâtir un comité d’action politique afin que les citoyens puissent contrebalancer le pouvoir de Washington. L’utilisation d’Internet leur a permis de grandir rapidement (à peu de frais) et d’atteindre un large public. Initialement, le profil des adhérents était des personnes très éduquées, au-dessus de 45 ans et de classe moyenne. Depuis ils ont élargi et rajeuni la base de leurs adhérents. Le mouvement compte à présent 5 millions de membres. La structure est entièrement financée par les membres, il n’y a pas de gros donateurs (60 dollars en moyenne).

Ce mouvement donne l’occasion à des citoyens ayant habituellement peu de pouvoir politique d’unir leurs efforts pour se faire entendre, de proposer des contributions sur des thèmes importants pour le pays. Ainsi tout récemment, ils se sont fait connaître dans le combat contre la guerre en Irak.

Concernant la victoire d’Obama, Move On a réussi là où la société civile avait toujours échoué en :
– réunissant des fonds très importants (pour mémoire, Obama a levé des fonds plus importants que tous les autres candidats), les contributions étaient faibles, mais le nombre de contributeurs très élevé ;
– organisant, toujours par le biais d’Internet, des réunions locales de quartier, dans des salons, chez les citoyens pour animer le débat et mobiliser les électeurs en faveur des démocrates.

Il serait faux de considérer qu’il s’agit de nouvelles formes d’organisation politiques, d’autant plus qu’on retrouve dans ce mouvement de nombreux militants des années soixante à quatre-vingt pour les droits civiques, le droits des femmes ou des gays…

Mais dans cette forte mobilisation, il faut noter que les nouvelles technologies ont joué un rôle très important : utilisation des e-mails, communication dans un langage simple, site attrayant. Move On a une tactique de lobbying se caractérisant par beaucoup de réactivité, de créativité (« marche » sur Washington en version Internet, création de « free mail interval » pour joindre son sénateur…) et d’humour.

Tout le monde pensait que la croissance de Move On allait s’essouffler après la victoire d’Obama et c’est le contraire qui est en train de se passer.

Quel avenir pour ces mouvements ?

Beaucoup de ces nouveaux militants, qui s’impliquaient pour la première fois en politique, ont organisé des événements spontanés, ponctuels dans leurs quartiers et continuent à organiser des réunions chez eux. Or, certaines réunions sont fastidieuses du fait de la faiblesse dans l’animation des débats (pas d’ordre du jour clair, manque de conclusions à la fin des discussions). Parviendront-ils à acquérir des talents organisationnels ? Le risque étant de lasser les participants.

D’autre part, les activistes ont été sollicités sur un objet précis, mais ne se sentiront pas forcément impliqués par d’autres thèmes. Comment alimenter leur intérêt ?

Ces mouvements sont nés d’une impulsion spontanée, mais pour passer au stade ultérieur et construire une force politique durable, il semble aujourd’hui indispensable de bâtir un cadre idéologique et une organisation qui permettent aux adhérents de militer au-delà des thèmes. C’est l’une des tâches qui commence à être mise en œuvre pour assurer la pérennité de ces dynamiques sociales et citoyennes.

www.workingamerica.org
www.moveon.org

Documents joints à cet article
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