Initiative citoyenne et pouvoir d’agir, des armes de construction massive !
Publié par L’équipe Fonda le 23 novembre 2015

Initiative citoyenne et pouvoir d’agir, des armes de construction massive !

Texte de positionnement du collectif Pouvoir d’agir suite aux attentats du 13 novembre 2015.

La nouvelle vague d’attentats terroristes du vendredi 13 novembre à Paris est venue confirmer la terrible et lâche guerre que Daesch a déclarée à l’ensemble de notre conception du monde.

Ce qui est attaqué c’est certes la France qui mène des actions militaires, mais c’est aussi notre conception de la vie en société et les valeurs de démocratie, de liberté, d’égalité et de fraternité que porte notre pays. Ces valeurs méritent d’être encore plus fortement partagées et de se concrétiser par une politique construite démocratiquement. Nous souhaitons, au delà de l’expression de notre compassion pour les victimes et leurs familles, affirmer que le pouvoir d’agir des personnes et de la société civile est une arme contre l’embrigadement et le fanatisme. Les injustices, les exclusions, les discriminations et le manque de reconnaissance mènent au sentiment d’impuissance et de résignation et constituent le terreau fertile sur lequel prolifèrent les groupes fanatiques pour recruter de jeunes français en manque d’espoir et à la recherche d’un idéal. Nous devons redonner aux citoyens les moyens d’agir par eux-mêmes et au sein de leurs groupes d’appartenance pour contrer cette dynamique de fatalisme et de désespoir qui conduit au pire.

On voit bien les dangers qui nous guettent et sont déjà partiellement à l’œuvre :

- Celui du repli sur son groupe d’appartenance et de la désignation « d’ennemis de l’intérieur ». Les amalgames et la stigmatisation de certaines populations sont malheureusement déjà à l’œuvre.
- Celui de l’approche purement sécuritaire et de la limitation de l’espace laissé aux initiatives de la société civile qui sont pourtant une partie essentielle de la réponse collective. La réponse ne peut pas être uniquement régalienne et descendante, elle doit vivre dans les milliers d’initiatives locales qui constituent le tissu de la résistance et le seul véritable antidote à la propagande obscurantiste.
- Celui de l’affaiblissement de la cohésion autour d’un socle de valeurs suffisant pour affronter les transitions politiques, économiques, culturelles et écologiques en cours . Si nous ne confortons pas notre capacité à délibérer, toutes et tous, sur les défis de notre époque, les logiques d’affrontement et de division se renforceront au service du pire.
Si nous voulons tenir ensemble face à ces dangers c’est en effet le moment de les reconnaître et de se préparer à résister. C’est pour cela qu’il est temps de reprendre au sérieux et au pied de la lettre les valeurs de la République :
La liberté d’expression, de conscience, de pensée bien sûr mais également la liberté de construire son autonomie et sa place dans la société avec ses particularités, ses origines et les cultures dont on hérite.
L’égalité… réelle effective et non une prétendue égalité des chances qui n’est valable que pour la Française de Jeux ! Elle devrait s’expérimenter en premier lieu à l’école qui est malheureusement à l’heure actuelle l’expérience fondatrice de la reproduction et du creusement des inégalités. C’est le creusement des inégalités économiques, mais également la discrimination de certaines minorités, qui minent le contrat social en bafouant le principe d’égalité.
La fraternité qui devrait être le contre-pied de la compétition généralisée qui a colonisé tous les segments de la vie sociale. Une société de concurrence fabrique des perdants et des gagnants, divise et individualise, ces dynamiques affaiblissent la capacité à résister ensemble.

Or la manière efficace pour partager des valeurs n’est pas de les apprendre et les réciter par cœur mais de les vivre et de les expérimenter concrètement.

Ce défi, nombreuses sont déjà les mobilisations locales qui le relèvent. Sur tous les territoires se multiplient en effet des initiatives issues de la liberté créative des personnes et du plaisir de la mettre en œuvre ensemble pour fabriquer des "biens communs" équitablement partageables. Ces initiatives inventent une société plus démocratique, une autre façon de produire et de consommer, de se nourrir, d’habiter, de se mouvoir, d’éduquer les enfants, de se distraire, de se chauffer et de s’éclairer, de se vêtir, de vivre ensemble dans la paix et le respect mutuel... bref ces initiatives inventent pragmatiquement, jour après jour, cette autre société dont nous avons impérativement besoin pour faire face aux enjeux écologiques, économiques, culturels, sociaux et politiques de la crise que nous traversons.

De même, on ne compte plus les combats que mènent nombre de citoyens pour construire les conditions d’accès de tous aux biens communs de l’espace public existant déjà : une école assurant la réussite de tous les enfants, une formation professionnelle valorisant la diversité des talents et l’égalité d’accès à l’emploi, l’accès de tous au logement, à la santé, à la culture, au sport... Bref, dans les quartiers de nos villes et de nos banlieues comme dans nos villages, des citoyens se battent pour faire vivre les équipements et les services publics aptes à garantir une réponse aux besoins de tous dans le respect de la dignité de chacun. Mais ces combats civiques, les pouvoirs publics s’en méfient et cette autre société où s’invente la société de demain, les institutions publiques ne la voient pas. Pourtant c’est la mise en mouvement de ces forces de vie des citoyens qui constitue le meilleur antidote aux forces de mort, du repli sur soi, de la division et de la haine dont se nourrit toujours la violence extrême.

Il nous appartient de reconnaître ces initiatives et ces combats de nos concitoyens, de les mettre en lumière et de les soutenir. Il appartient aux pouvoirs publics de leur ouvrir un espace et de leur apporter les moyens de leur plein épanouissement. C’est pourquoi nous pensons qu’il faut, passés le choc et l’émotion, relever ce défi en multipliant les mobilisations locales qui défendent la liberté, renforcent l’égalité et resserrent les liens de fraternité, pour incarner concrètement ces valeurs si chères à notre pays.


Texte rédigé le 23 novembre par le collectif Pouvoir d’agir en réactions aux attentats du 13 novembre 2015. Ce texte est publié sur le site du collectif Pouvoir d’agir

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1 Message
  • En tant que presidente de l’inter association départementale de l’enfance et de la jeunesse en Seine Saint Denis (idee93)qui regroupe les 28 associations de protection de l’enfance, nous souhaitons poursuivre la réflexion engagée lors d’une journée organisée le 6 avril dernier sur "les jeunes et les politiques publiques et si on en parlait ensemble ? Donnons la parole aux jeunes , aux familles, aux professionnels qui les côtoient au quotidien". Nous partageons votre volonté de faire émerger et soutenir les initiatives des habitants mais nous nous interrogeons sur la façon de faire émerger cette parole collective et sur la posture des professionnels de 1ere ligne à trouver "la juste proximité" comme dit une habitante ! J’ai besoin de partager avec vous pour nous aider à cerner plus précisément l’objet de notre prochaine journée compte tenu de votre expérience Merci de me contacter au 06 37 01 57 57 Mireille Verdier presidente d’idée93 Vous pouvez consulter notre site sur la journée du 6 avril 2016 Cordialement A bientôt j’espère

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