Autour du capitalisme cognitif
Publié par L’équipe Fonda le 25 juillet 2012

Autour du capitalisme cognitif

Rencontre avec Yann Moulier-Boutang, économiste. Paru dans La tribune fonda n° 196, Valoriser..., avril 2009

Ce document est une synthèse d’une rencontre des « petits déjeuners » de la Fonda, le 19 novembre 2008, à la Maison de l’Europe à Paris.
Synthèse réalisée par Henry Noguès (Fonda). Les éventuelles erreurs
d’interprétation n’engagent que lui et non les communiquants qui se sont exprimés lors de cette rencontre.

L’intuition de Yann Moulier-Boutang est que le capitalisme aborde une nouvelle phase après celles du capitalisme mercantiliste et du capitalisme industriel : le capitalisme cognitif. L’originalité de cette pensée n’est pas tellement de dire que la connaissance devient centrale dans la production mais plutôt d’en tirer toutes les conséquences, notamment autour de la question du travail. Si la connaissance prime, la question du travail au sens classique comme exécution des tâches mais aussi comme temps particulier et comme mode rémunération est transformée. Pour préciser cette nouveauté, il établit un parallèle avec le travail des fonctionnaires et des artistes ; les premiers sont payés sur l’idée qu’ils apportent une plus value en assurant un service public sans que des exigences de rentabilité ou que le marché n’interviennent comme mesure directe de la performance et les seconds, comme les intermittents du spectacle, mettent en évidence la nouvelle forme du travail au sens où celui-ci devient un point d’aboutissement beaucoup plus qu’un temps central de la vie.

La question de l’employabilité et du capital humain devient plus centrale que la production elle-même. Comme le suggère André Gorz, « dans la production de demain, se produire deviendrait plus important que produire ». Dans cette perspective, la question des compétences a déplacé celle des qualifications, voire même la question des diplômes. Ce virage est déjà pris par l’économie qui avec des exigences toutes nouvelles n’a pas fini de déstabiliser le rapport au travail.

Se pose aussi la question de la rémunération. Qui produit quoi ? Pour Pierre Levy, l’intelligence collective n’est pas le fait d’une intelligence particulière, mais le fait d’une intelligence en réseau. Le tournant est déjà pris dans certaines entreprises autour du knowledge management qui se substitue à la gestion traditionnelle des ressources humaines. Dans ces conditions quels sont les facteurs qui permettent de mesurer la performance ? Une autre question est liée, celle de la production dans cette société de la connaissance. Empruntant à la fable des abeilles de Mandeville, Yann Moulier-Boutang fait remarquer que l’enjeu va bien au-delà de la production matérielle du miel et se déplace vers le processus de la pollinisation, c’est-à-dire la manière dont elles peuvent fertiliser leur environnement et se fertiliser.
Yann Moulier-Boutang évoque ensuite la crise monétaire et financière que nous traversons. Pour lui, Keynes nous a libérés dans les années trente de l’idée bourbonnienne de création monétaire, selon laquelle on ne peut créer de la monnaie qu’en fonction d’un dépôt préalable, à l’époque en or. Dès lors, l’état peut faire du déficit de manière contracyclique.

Après le décrochage du dollar par rapport à l’or en 1971, on s’est aperçu que pour créer les liquidités dont l’activité humaine avait besoin, il fallait s’affranchir de la tyrannie des dépôts et, pour être clair, de la tyrannie de l’épargne préalable. Avec celle-ci, pour un euro de dépôt on en créait cinq ou six en crédit. Avec la finance, on est passé de un à trente-deux, ce qui est vertigineux. Les acteurs de la finance sont apparus comme des magiciens qui ouvraient toutes les portes. Mais ils l’ont fait avec des prêts complétement « pourris » auprès de personnes insolvables. Ceci n’était pas grave tant que l’immobilier continuait à monter et si la Bourse faisait des performances analogues. On connaît la suite.

L’autre élément fondamental qui a boosté le besoin de liquidités, c’est le besoin de l’endettement public auquel les acteurs de la finance ont apporté un remède. Les états ont organisé la dérégulation car ils avaient besoin de ce pouvoir multiplicateur. Donc, les actifs financiers se sont envolés. Une économie de croissance ne peut pas fonctionner en l’absence d’inflation sous une forme ou sous une autre. Soit c’est l’inflation par les coûts, soit c’est de l’inflation par les prix, soit les deux, soit c’est de l’inflation des actifs financiers. Les états ont laissé faire cela parce qu’il y avait de la pression sociale et que c’était un moyen de boucler la boucle dans un cadre néolibéral sans augmenter significativement le pouvoir d’achat des salariés. Mais croire que les états vont corriger le tir reste problématique. Les états vont avoir à faire deux choses : d’une part, trouver des magiciens qui multiplient des dépôts futurs qui ne sont pas encore là ; d’autre part, restaurer la confiance sur une perspective de développement malgré les défis écologiques.

Ce pouvoir de la finance est une erreur fondamentale. C’est de la spéculation, une économie de casino. On va mettre un terme à cela. Mais avec les restrictions de crédits et la multiplication des faillites, cela peut se transformer en une crise de confiance envers les états. Si la confiance des financiers envers l’état américain régressait, les conséquences seraient dramatiques.

à propos de la référence mythique à « l’économie réelle », Yann Moulier-Boutang explique qu’il est impossible d’enlever le « voile monétaire » d’une économie pour la contempler dans sa réalité. Cette analyse de la crise est fausse parce qu’elle reste bloquée sur l’idée que la production est le miel des humains, alors que c’est la pollinisation, évaluable à 350 fois plus, qui importe. Il souligne l’étrange ressemblance qui existe entre le mutiplicande de la finance et celui qui existe entre l’économie matérielle et l’économie immatérielle de pollinisation. Ceci conduit à penser que le développement de la finance exprime, sans s’en apercevoir, les transformations de l’économie-Monde. C’est pour cela que le pouvoir multiplicateur de la finance ne va pas disparaître. Il reste à l’orienter correctement, c’est-à-dire à le faire basculer vers une économie de pollinisation ou de coralisation.

Il faut repenser complétement la manière dont la société conçoit les types de solidarités, les politiques économiques et productives, la création de monnaie et l’intervention de l’état. On ne se sortira pas de la situation actuelle par de simples mesures techniques.

Tous les banquiers savent que le pire à redouter, c’est la crise systémique ; c’est d’arriver à un point de contraction du crédit, du commerce pouvant entraîner le repli, le protectionnisme, le nationalisme, le populisme et la guerre. Mais la vraie question n’est pas là, les banquiers centraux ayant fait leur boulot. L’enjeu est de développer l’emploi dans le « care » dans la pollinisation de la société.

Dans la fable des abeilles de Mandeville, l’économie classique (Smith, Ricardo, Marx) considère que le travail humain se définit par la matérialité. Les abeilles produisent du sucre, du miel, produit indispensable avant l’invention du sucre industriel. L’apiculteur aide les abeilles à devenir productrices. Pour cela il lui prend au-delà de ce qui suffit à la nourrir. En lui retirant systématiquement l’excès elle tend à le combler. C’est la métaphore de la plus-value. C’est le mécanisme sur lequel repose notre économie : minimiser les inputs, maximiser les outputs. Le miel est l’output, l’action de l’apiculteur est l’input. Le plus important du travail des abeilles, en réalité, n’est pas le miel. Einstein a dit que si elles disparaissaient, l’humanité et la vie disparaitraient en cinq ans ! En effet, 80 % des légumes, des fruits, indispensables à notre régime alimentaire, reposent sur la pollinisation des abeilles. Ainsi, les abeilles en amassant du miel font en réalité autre chose. Elles pollinisent les plantes. Elles permettent la reproduction. C’est pour cela que les insectes sont l’espèce qui travaille le plus à la reproduction de la biosphère globale. Ce travail a une valeur. Alors que le biotope se dégrade, c’est sans prix.

Ce que font les abeilles, c’est un outcome, c’est-à-dire un résultat global. Ce n’est pas qu’un output, assignable à des facteurs que l’on peut prélever sur l’environnement et mesurer. La pollinisation, c’est cette opération qui est quasiment infaisable artificiellement. La pollinisation se rapproche étrangement d’un thème que manient les sociologues : la valeur du lien social. C’est aussi ce que Yann Moulier-Boutang appelle les externalités positives. L’économie que nous connaissons, c’est la partie supérieure de l’iceberg. Dessous il y a la partie la plus importante, faite de mouvements complexes comme les externalités positives et négatives (ce que nous détruisons de l’environnement). Voilà pourquoi il nous faut un triple new deal. Il y a plus précisément trois raisons à cela.

La première : nous touchons aux vraies limites du capitalisme (Gorz). Le modèle de 1750 à 1975-1995 est fini, Valéry le disait à propos de la fin des civilisations. Nous ne pouvons pas, sur ce rythme, continuer et promettre à 6 ou 8 milliards d’hommes d’atteindre le niveau de développement matériel que nous avons. L’économie de la matière est remplacée par l’écologie. Pour autant, faut-il s’engager vers la décroissance et annoncer des rationnements ? Yann Moulier-Boutang n’y croit pas. En effet, la bonne nouvelle c’est qu’en même temps que nous découvrons que l’output matériel de la production de miel est limité, nous découvrons que la pollinisation est une possibilité gigantesque, illimitée et que, si nous savons protéger la biosphère, nous pouvons faire travailler les énergies renouvelables, le soleil. Nous pouvons faire travailler l’intelligence collective et sur cet aspect nous avons un horizon de développement immense. C’est-à-dire, aller vers une économie de l’esprit : c’est cela que j’appelle le capitalisme cognitif. C’est celui qui a compris qu’il fallait se déplacer d’un point de vue d’input-output à un point de vue d’outcome global.

Dans une large mesure, c’est ce qu’a mimé la période néolibérale récente comme un mauvais mime : on a continué à dire aux gens que leur productivité allait être mesurée par l’économie nationale, par l’économie financiarisée mondiale, alors que leur revenu dépendait de plus en plus non pas de leur salaire, mais de la redistribution. Avant la crise de 1975, seuls les ouvriers avaient 30 % de leur revenu réel qui dépendait de la redistribution. Aujourd’hui, la totalité des ménages est dans ce cas là. L’impact de la redistribution est de plus en plus puissant et même les pays libéraux ont vu inexorablement les prélèvements obligatoires augmenter. Ceux qui ont essayé de les descendre n’y arrivent pas puisqu’ils sont stabilisés vers 40-45 %. Les 1 000 milliards de dollars qu’Obama va devoir dépenser pour créer un système de sécurité sociale pour tous, ce qui est le problème des états-Unis, vont faire monter leurs prélèvements obligatoires à des niveaux européens. Les états-Unis s’européanisent pendant que nous, nous nous métissons.

À côté de la limite écologique, existe aussi une limite sociale. Le système de rémunération est inadapté. Pourtant la France a inventé, avec le système des intermittents du spectacle, un système qui est tellement efficace que les entreprises en abusent mais qui permet à des gens qui ont justement un rôle pollinisateur de ne pas les payer uniquement sur le miel qu’ils fournissent ou sur la durée de leur travail. La moitié du revenu des intermittents résulte d’une mutualisation. C’est la même chose pour ceux qui paient pour un revenu d’existence déconnecté de la mesure par l’économie strictement marchande de ce qu’ils font, de ce qu’ils produisent parce que notamment, ils produisent du lien social. Sans le lien social, l’économie purement marchande n’est pas viable.

Enfin, il faut un compromis cognitif. La persistance dans les discours des élites d’une vision de l’économie arriérée est frappante. Le drame de la modélisation financière c’est qu’elle utilise toute son intelligence pour modéliser sur des actifs qui sont trop liés à l’économie matérielle. Or, ce qui compte, c’est la modélisation de la confiance. On peut la retrouver, si on mise sur la pollinisation. C’est ce qui s’est passé dans l’histoire de l’économie : la lettre de change repose sur le principe du risque, de la confiance et de l’assurance. La finance, c’est tout ce qui est immatériel. L’organisation du système bancaire est en jeu. Il faut le déplacer vers cette zone qui est écologique…

L’industrie automobile, dans l’économie aujourd’hui, est comparable à la sidérurgie d’autrefois. Cela fait trente ans que l’on sait que le pétrole va finir. Cela fait quinze ans que l’on sait que tous les enfants nés dans Paris auront des troubles des bronches, que ce que les gens avaient à 75 ans, ils l’auront dès l’âge de 50 ans. Le taux d’asthmatique a été multiplié par 2 000. Alors que nous savons tout cela, les industries automobiles réclament des milliards pour inventer une voiture propre. Qu’ont donc fait depuis trente ans leurs départements de recherche et développement ? à quoi servent les connaissances ? On s’aperçoit que l’on est très en retard sur les connaissances. On a dit à Lisbonne qu’il fallait 3 % du Pib. On en fait péniblement deux depuis dix ans. Or, ce n’est pas trois qu’il faut. C’est dix en mobilisant toutes les intelligences collectives pour arriver à faire ce saut.

Questions posées par Roger Sue
Pourquoi l’expression « Capitalisme cognitif » puisque ton livre montre que le régime capitaliste est incapable de faire face à cette société de la connaissance tant qu’il cherche à privatiser, à accaparer et à rendre marchand ce que tu estimes pouvoir n’être produit que sous l’effet de la pollinisation sous l’effet du désintérêt, du lien social, bref, sous l’effet du non marchand ? Une telle expression pourrait avoir sens chez les néoclassiques ou dans les rapports sur les sociétés de la connaissance qui affirment pouvoir traiter à partir des brevets et des logiciels de Windows la transformation de la société. Tu dis le contraire et tu utilises ce mot capitalisme cognitif. Pourquoi capitalisme ?

Une deuxième interrogation porte sur cognitif… sur ce mot, il y a une vraie ambigüité. Il y aurait quelque chose qui serait de l’ordre de la connaissance. Après tout, toutes les économies ont été des économies de la connaissance. Même les primitifs faisaient de l’économie à partir de ce qu’ils connaissaient du monde. Ce qui change, c’est le sens de la connaissance et cela n’est pas très bien perçu encore parce que la connaissance, c’est toujours la sélection par les grandes écoles. La question est le renouveau de la connaissance, l’intelligence collective, les nouvelles compétences, l’individualisation, la signature cognitive individuelle. Je proposerai plutôt de parler de la production de soi, de l’individu lui-même. Il ne faut pas rester sur ce que tout le monde interprète avec le cognitif. Mais alors, à qui s’adresse le capitalisme cognitif ? Dominique Meda suggérait que cela concernait des gens étant dans une forme de plus value intellectuelle qui pouvaient faire valoir un capital humain et n’étaient pas assignés à du travail prescrit. Or, il faut noter que le travail prescrit en France, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, est encore au moins la moitié ou les trois-quart de l’emploi. Comment gérer la transition vers le capitalisme cognitif ? Cela ne risque-t-il pas d’accentuer un clivage entre les « sachants » et les « ne sachants pas », entre le travail prescrit et le travail créatif ou alors, le travail ne sera-t-il plus sous cette forme et va-t-on aller, à marches forcées, vers l’automation quitte à avoir d’autres types de revenu ?

La troisième question est : comment on produit cette pollinisation ? Tu développes l’idée d’intelligence collective essentiellement à partir du réseau et des réseaux Internet ; on capitalise l’intelligence collective par des échanges etc. Je crois que, de ce point de vue, on est dans l’inégalité. Il y a des gens qui sont en dehors de l’internet ou qui ne communiqueraient pas sous ce même mode. Finalement, la régulation de ce que tu appelles la pollinisation et que moi, j’appellerai la production de l’individu, nécessite des normes, des valeurs, des lieux, des modalités, des financements. Tout cela constitue un des éléments dans la société de la connaissance que l’Université ne sait pas faire. Ce n’est surtout pas les grandes écoles qui n’ont aucune idée de la manière de faire fonctionner ce type d’économie. Polytechnique est complètement en dehors. évidemment, le terme éducation populaire nous renvoie à de vieilles lunes. Mais il y a peut-être quelque chose à relancer de cet ordre là ? Qui ne serait pas uniquement dans l’éducatif mais qui serait aussi dans le service ?

Dernière question : comment on redistibue les flux financiers pour arriver à la redistribution nécessaire en prenant en compte la pollinisation ?

Réponse de Yann Moulier-Boutang

Capitalisme cognitif ? On n’invente pas des termes. On entre dans une langue comme elle est. On la tord. On la modifie. On fait des figures de style… On ne peut pas tout renommer comme Spinoza. Je me contente d’observer et j’essaie de rendre compte du maximum de choses que je vois. Nous sommes dans le capitalisme. C’est comme cela. On peut avoir de l’affection ou de l’antipathie pour un système qui repose quand même sur l’argent. Capitalisme cognitif, car ce n’est pas qu’un aspect sectoriel. C’est central. Nous sommes dans l’immatériel jusqu’au cou. Une paire de Nike, c’est la valeur de la marque. Le coût industriel est ridicule.

C’est déjà une réalité. Il y a des entreprises qui ont compris la pollinisation. Les publicitaires ont compris. Ils ont compris que la valeur de la connaissance codifiée, programmable et reproductible baisse très vite grâce à la révolution informatique. Ce qui vaut quelque chose, c’est l’intelligence, c’est à dire la réponse non programmée. C’est l’innovation, la création, la contextualisation. C’est pour cela que Lundvall ne parle pas de knowledge economy mais de learning economy.

Cela concerne ce que nous appellions la science mais cela concerne aussi le talent, la confiance le care. Ce sont les trois « T » de Richard Florida : Talent, Technology and Tolerance.

Aujourd’hui, ce qui maintient la société debout, ce qui évite la destruction, c’est précisément le care. Pourquoi un professeur n’est-il pas comme un OS qui crache des boulons à l’heure ? Parce que l’activité d’enseignement contient une dimension de care fondamentale, des affects. C’est chargé émotionnellement. Un professeur peut bousiller quelqu’un pour vingt ans ; il peut aussi susciter au contraire un élan profond.

Une infirmière qui travaille dans un hôpital de soins palliatifs, on voit bien ce qu’est du care par rapport à du travail prescrit. On s’occupe de la douleur, de la relation, de la dignité des gens et c’est une chose dont la mesure est extrêmement difficle. Cela pose des tas de problèmes aux spécialistes de la productivité par l’output. Or, c’est précisément ce qui a le plus de valeur économique parce que nous sommes en train de déplacer la production de la vie au moyen de marchandises vers la production de la vie au moyen de la vie. La production de la vie cela comprend aussi la production du vivant, la qualité de la population.

L’horizon du travail n’est pas seulement déplacé pour les 15 % des élites qui travaillent avec un ordinateur qui devient plus universel que la machine. Tout le monde va avoir un ordinateur. Il y a deux possibilités pour ces connaissances implicites : certaines peuvent être intégrées dans un univers marchand intelligent, c’est ce qu’a commencé à faire la puissance publique quand elle a intégré des fonctions qui étaient soit réalisées par le marché, soit réalisées par des communautés. Ceux sont des externalités dites de type 1, elles sont éventuellement marchandisables. Par exemple, donner une solution aux problèmes écologiques en intégrant dans le fonctionnement du marché des taxes des droits à polluer.

Il existe aussi d’autres externalités, dites de type 2, qui ne peuvent être intégrées dans le marché. La fable de l’agriculteur et de l’apiculteur peut nous aider à comprendre. Le premier qui a un point de vue d’output va demander à l’apiculteur de payer le pollen que ses abeilles viennent chercher. C’est un input que vous devez payer. L’apiculteur va lui répondre : « D’accord on va tout marchandiser. On fait un contrat intégral. » Tout dans le marché, toutes les conséquences de l’action des abeilles. Mais cela va faire 4 000 € pour le paysan versus 250 000 € pour l’apiculteur. Donc il faut renoncer à marchandiser. La pollinisation, c’est indénombrable. On renonce donc à l’échange marchand. Il n’y a plus qu’un échange symbolique.

L’exploitation intelligente aujourd’hui, c’est exploiter la force pollinisatrice des gens. Il n’y a pas que le réseau. Il y a la production de vie, de la culture dans la noosphère.
Concernant les normes et les valeurs, toutes les sociétés instinctivement se préservent. Il faut cependant changer le moule du modèle de l’économie et dépasser l’élucidation tautologique du phénomène moutonnier. Ce qui est prioritaire, c’est la prise en compte du complexe. La production industrielle, c’est une barbarie fruste à côté des réalités des nouvelles formes économiques à l’œuvre. L’économie politique devrait se réformer. Le marché va y contribuer…

Il faut cesser de considérer que toute la création de valeur se passe dans l’entreprise et que tout le reste, c’est de la répartition d’une richesse créée ailleurs (comme continue à le dire notre ministre du Travail). Il faut déplacer le lieu vers la pollinisation. Là où sont les associations notamment. C’est ce qu’on a appelé économie solidaire. Derrière il y a des ressources colossales. Notamment, par rapport à la crise du politique.

Le financement, c’est la puissance de l’interaction comme l’a montrée l’économie de la finance. Elle essaie de capter cette pollinisation étendue des interactions à travers les transactions sur les dérivés, on échange des opinions sur le futur.
Si les transactions financières étaient frappées par une taxe très faible… elles donneraient en temps réel aux pouvoirs publics plus que les cotisations sociales. Avec ce changement d’échelle et d’assiette fiscale, le revenu d’existence devient possible, car ce n’est pas un jeu à somme nulle et il n’y a pas besoin de fonctionnaires pour le réaliser. C’est là un véritable New Deal…

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