Publié par L’équipe Fonda le 5 janvier 2011

Rapports entre associations et entreprises : enjeux et besoins

Compte rendu du séminaire de la Fonda du 26 mai 2010

Enjeux et demandes actuelles des acteurs associations – entreprises

Intervention de Charles-Benoît Heidseick, Président fondateur du Rameau

Après une rapide présentation de la démarche du Rameau, qui a pour objet de favoriser la « création d’intérêts partagés entre les associations et les entreprises », le décor est planté à partir de quelques chiffres :

86 % des Français pensent qu’il est urgent qu’associations et entreprises travaillent ensemble pour résoudre les problèmes de la société ;

Dès aujourd’hui, 52 % des associations - 46 % des PME et 60 % des entreprises ayant plus de 200 Md’€ de CA - ont déjà des relations significatives ;

De plus, les estimations pour demain font apparaître un renforcement significatif, notamment en matière de sport et de culture. Si l’intensification prévisionnelle des relations n’augmente guère pour les associations (56 %), elle est importante pour les PME (66 %) et les grandes entreprises (GE) (80 %).

Les résultats du sondage sont surprenants, surtout si on les compare avec le discours ambiant que chaque acteur entretient sur l’autre.

Les enjeux du partenariat pour l’entreprise (GE et PME) visent prioritairement l’ancrage territorial et l’amélioration de l’image et de la réputation de l’entreprise. Les entreprises pensent aussi que les relations avec les associations peuvent être source d’innovation et d’acquisition d’expertise, tout en favorisant la mobilisation des collaborateurs.

De leur côté, les associations interrogées pensent que ces relations permettent de mettre à disposition des compétences, de favoriser leur ancrage territorial, d’apporter une aide matérielle, de servir de levier pour obtenir d’autres financements, d’être source d’innovation ou de transmettre une expertise, un savoir-faire spécifique.

Les demandes réciproques sont donc réelles et c’est assez nouveau. L’association gagne un statut de partenaire reconnu et légitime ayant des capacités d’expertise. Les enjeux majeurs du partenariat ne sont donc pas d’abord financiers. Cette complémentarité des objectifs permet d’imaginer une contribution sociétale des associations et des entreprises pour répondre aux défis et participer à l’intérêt général (IG) tout en répondant à leurs préoccupations.

Pour les entreprises, la valeur ajoutée de la relation provient d’un renforcement des liens avec les parties prenantes. Ils favorisent la confiance (contribution à l’IG, ancrage territorial, image d’acteur responsable, fidélisation clients et fournisseurs, mobilisation des collaborateurs, valorisation des indicateurs sociaux - ISR). C’est aussi un levier de performance opérationnelle ayant un impact sur la chaîne de valeurs (innovation, R & D, expertise complémentaire, nouvelles pratiques, économie de coût et nouveaux marchés territoriaux).

Les associations estiment qu’elles trouvent un moyen de renforcer l’impact de leur projet et donc de leur capacité à mener leur mission d’intérêt général par l’acquisition de nouvelles compétences techniques, la mobilisation du réseau des entreprises, l’évolution des pratiques des salariés et leur contribution à la R & D sociétale ou à l’industrialisation des démarches. Elles acquièrent également des ressources additionnelles (compétences, finances, supports logistiques, dons…)

Les partenariats sont en fait très variés et correspondent à des niveaux d’implication différents pour les acteurs. Une typologie de 7 modèles est proposée. Elle couvre le mécénat classique (sans contrepartie pour l’association), le mécénat actif (l’entreprise s’implique dans le projet notamment par ses collaborateurs) ou l’innovation sociétale où l’entreprise s’implique aussi dans la réponse à un besoin non-pourvu. La coopération dans le processus d’innovation peut dépasser le simple développement par le partage d’expertise. L’échange de compétences permet à chacun de mieux répondre à ses enjeux. C’est aussi le cas pour la création de modèle hybride où l’association peut apporter ses compétences pour la création d’un service alternatif d’intérêt général ou encore pour développer une prestation de service déjà proposée par le secteur concurrentiel. Les deux derniers modèles s’organisent autour d’une « pratique responsable ».

Un regard sur le processus d’innovation sociétale (R & D, Expérimentation, Industrialisation) tel qui s’est développé permet de mieux repérer les formes de coopération, les ressources de chaque acteur et les apports des autres parties prenantes. La R & D en lien avec la recherche fondamentale ou appliquée et la connaissance empirique des acteurs permet une identification des besoins et les actions innovantes. Au niveau de l’expérimentation, cœur d’activité du secteur associatif, il est possible de créer des actions innovantes pour répondre à des besoins pour lesquels les pouvoirs publics ou les entreprises n’apportent pas de réponse. Quant à l’industrialisation, elle facilite l’essaimage des activités bien souvent par le développement de politiques publiques ou l’émergence de nouveaux marchés.

Chaque phase du processus met donc en relation différents acteurs qui peuvent être en vive concurrence. Les entreprises sont de plus en plus sollicitées dans ces domaines qu’elles ne connaissent pas toujours. Mais elles sont convaincues qu’elles peuvent s’enrichir de la différence et que dans la période de crise, il faut apprendre à faire plus avec moins. C’est l’intérêt de cette collaboration.

Les enjeux sociétaux et les associations

Intervention de Pierre Vanlerenberghe, président de la Fonda

L’intérêt récent que porte le monde associatif pour envisager l’établissement de relations avec les entreprises étonne. Comment se fait-il que les préventions qui existaient vis-à-vis d’elles s’estompent-elles aujourd’hui ?

La recherche de financements de substitution à l’aide de la puissance publique pour les associations, l’ouverture de certaines entreprises au monde associatif permis par la reconnaissance du rôle essentiel du tissu associatif dans la nécessaire lutte contre l’exclusion (rôle du Grenelle de l’insertion) ou le développement durable, en sont certainement les raisons.

Seront-elles suffisantes pour conduire à des convergences durables ? D’où la nécessité d’approfondir la question vue du côté des associations : pourquoi voudraient-elles, devraient-elles nouer des relations avec les entreprises ? Les deux verbes comme l’emploi du conditionnel indiquent par là-même que la recherche actuelle, aussi valable soit-elle, n’est pas satisfaisante.

Il y a parfois chez un certain nombre d’associations une attitude de pur opportunisme : recherche de financements nouveaux pour suppléer aux carences des Pouvoirs Publics ou améliorer l’ordinaire ; souci d’acquérir une plus grande notoriété en utilisant l’entreprise comme vecteur mettant en valeur sa propre démarche ; recherche de moyens humains et d’expertises en tous genres (suppléant éventuellement celles que devraient apporter les bénévoles) qui amène en retour une meilleure connaissance de ce qu’est l’entreprise ce qui devrait il faut le reconnaître permettre le dépassement des préventions.

Etant donné l’extrême diversité des associations, et pour nous permettre d’avancer dans nos travaux, il nous semble qu’il faille partir du point de vue d’une association de progrès (un projet de transformation ; une méthode, la démocratie ; un mode de fonctionnement qui exclut le profit et sa redistribution). Que peut-elle et/ou doit-elle, dans l’IDEAL, attendre des entreprises aujourd’hui ?

En posant la question comme cela, on est amené à prendre un point de vue qui ressemble étrangement à celui que pourraient avoir l’Etat, les Pouvoirs Publics, les syndicats….M’attachant à cette ambiguïté, j’ai retrouvé le débat sur la question de l’intérêt général que nous devrons clarifier : un acteur peut avoir une conception de la société et vouloir apporter une pierre à sa construction et donc participer au même titre que d’autres à l’élaboration de l’intérêt général, d’autant plus qu’il a une visée de transformation, une vision générale, une conception de la société. Après tout le jeu des acteurs, quel que soit leur système de valeurs, leur action, contribue aux tensions et résolutions de problèmes que mettent en forme ensuite les instances de représentation.

Mon premier souci a été de rechercher ce que nous avions déjà dit (il s’agit de vérifier notre socle commun) et d’y ajouter mes compléments et mes commentaires toujours en partant du point de vue d’une association de progrès qui a une volonté de transformation. Les propos du texte de 2007 font plus qu’esquisser des réponses à la question d’aujourd’hui ; il nous faut les reprendre pour nous les approprier, mais les discuter car certaines affirmations ne sont pas forcément pertinentes.

Les modalités de régulation de la société

Nos sociétés connaissent de profondes modifications des modes de régulation qui font perdre les repères traditionnels et déstabilisent donc tous les acteurs et singulièrement les associations

1/ Tout d’abord les régulations publiques. Le retrait progressif de l’État est réel depuis trente ans. « Il était celui qui définissait largement l’orientation de l’économie par le biais d’outils de politiques conjoncturelles et structurelles importants, en réglementant les conditions des échanges économiques ou encore en intervenant directement en tant qu’agents industriels ou bancaires. » Cette forme d’emprise s’est progressivement réduite…

« La mise en place de l’Euro et de la Banque centrale européenne a enlevé à l’État un de ses derniers instruments d’intervention conjoncturelle sur l’économie à travers la politique monétaire. » Les modes de régulations européennes sont là, souvent méconnus.

« Concomitamment, l’ouverture des marchés sous l’effet de la mondialisation rend l’intervention étatique moins efficace. Ceci légitime d’ailleurs la place croissante de l’Union Européenne dans ce champ. »

« De même, l’ouverture de nouveaux espaces de consommation et de production est tout à la fois la source de nouvelles richesses mais conduit aussi indubitablement à la mise en tension des modèles sociaux, voire sociétaux occidentaux. »

Si les ONG du développement durable ont réussi à développer un dialogue exigeant avec les entreprises, c’était parce qu’elles n’étaient pas prisonnières d’un territoire avec ses règles et que n’existaient pas encore de lieux de régulation mondiale. Le rapport de forces créé et la nécessité pour les entreprises de gérer dans la mondialisation leur image a conduit à des rapprochements et enfin à la RSE étendue ensuite aux normes du travail. Sur ce dernier, l’OIT, le BIT qui est bientôt centenaire n’assure pas sa mission faute de pouvoir pratiquer des sanctions vis-à-vis des Etats pour qu’ils appliquent les normes édictées.

2/ Ensuite la crise de l’Etat Providence. Ce dernier qui « a favorisé le développement de l’activité économique des associations est à bout de souffle. » On peut mettre cela sur le compte d’une crise d’efficacité ou d’une crise de croissance ; il s’agit certainement des deux ; il peine par exemple à prendre en charge de nouvelles questions (la dépendance, la ville..).

« En cherchant des solutions, c’est tout naturellement que les pouvoirs publics se sont tournés vers le secteur associatif et l’initiative citoyenne pour identifier les besoins sociaux émergents et construire des réponses. Les spécificités méritoires des associations ont été convoquées pour permettre innovation et individualisation de l’action publique. Ceci a constitué un formidable moteur de développement de l’activité économique des associations qui par la mobilisation des fonds publics ont développé services et emplois. L’apparition de fortes contraintes sur les finances publiques freine progressivement ce développement associatif. »

« Cette forte croissance fut aussi portée par la forte demande de services relationnels. Parallèlement, nous avons assisté à une augmentation de la pression concurrentielle sur certaines activités associatives. »

Et d’ajouter : « A l’heure actuelle, nous pouvons sans peine affirmer que le développement du secteur associatif de services marchands ou non-marchands reposera essentiellement sur sa capacité à trouver de nouvelles ressources volontaires ou monétaires. Ceci signifie que la traduction de l’initiative citoyenne dans le champ économique passera de plus en plus par le recours à des financements privés ou au minimum par une mixité plus importante de fonds privés et publics. »

3/ Mais ce qui m’est apparu important c’est une des conclusions qui m’apparaît essentielle. « Mais quelles conséquences ces évolutions ont-elles ?.... La transformation la plus importante porte sur la façon dont sont pris en compte des enjeux d’intérêt général dans les conditions de l’échange, qu’ils soient sociaux ou environnementaux. Pendant très longtemps, ce fut l’apanage de la régulation publique et/ou du dialogue social. La société civile, dans sa fonction tribunicienne, revendiquait des adaptations des conditions de l’échange pour prendre en compte ces intérêts collectifs et de long terme par la médiation de l’État. Or aujourd’hui, nous constatons l’incapacité de l’État à réguler l’économie et à l’orienter.

Cela pose à la société civile la question de ses moyens d’intervention. Elle est confrontée à la nécessité de peser directement au cœur du « marché » pour mettre en tension les enjeux économiques avec ceux qui s’expriment à travers l’engagement citoyen. Dès lors, il est incontestable que cela implique pour le monde associatif, dans la mesure où il constitue une des voix d’expression organisée et collective du corps social, d’interroger ses modes d’intervention. L’abri de l’État et sa médiation pour imposer des régulations devient inefficace. » Il nous faudra approfondir cela.

Considérant le caractère décentralisé par nature du « marché » (où des multiplicités de producteurs offrent des biens et services à une multitude de consommateurs), il faut imaginer de nouvelles modalités d’actions et de nouvelles alliances, ce qui pose la question des territoires pertinents et des champs d’action prioritaires.

Le territoire, le lieu premier de cette recherche

Le déclin des institutions d’encadrement, la multiplication des lieux d’appartenances pour les individus en quête d’identité, l’explosion des demandes sociales plus diversifiées, les processus d’exclusion et de ghettoïsation, posent avec acuité la question d’une dynamique territoriale contribuant à la cohésion sociale

Les associations de progrès même si elles ne prennent en charge qu’un domaine de la réalité sont le plus souvent soucieuses de la cohésion sociale. Là, parmi d’autres, les entreprises doivent être convoquées, d’autant plus qu’elles ont perçues comme créatrices de la perturbation la plus terrible qui soit, l’identité que permet l’emploi.

L’atomisation des forces sociales et le déclin des modèles font apparaître de nouveaux modes de vie plus diversifiés où chacun tente de se réaliser (pratique de l’individualisation plus que d’individualisme) même si c’est assez souvent par l’épreuve (précarité, isolement…). Le collectif plus modeste prend donc une autre signification. Il est l’endroit où chacun peut chercher à construire une identité originale par des interactions renforcées dans de multiples lieux. Le mésosocial ou le micro prend le pas sur les rapports globaux.

Pour l’entreprise, nous assistons à une crise du modèle salarial avec une moindre solidarité des salariés envers leur entreprise qui ne leur garantit plus l’emploi, une montée des questions sur l’organisation du travail et les conditions de son exercice (harcèlement et maintenant risques psychosociaux). Les clivages entre les Insider et les Outsider se renforcent. Mais l’entreprise doit toujours tenir compte de multiples facteurs et parties prenantes, trouver des ressources dans l’environnement territorial tout en assurant une mobilité… De plus, la porosité avec la société est forte et les salariés importent leurs problèmes souhaitant qu’elle réponde à toutes leurs préoccupations. Dans ce jeu, elle est assez souvent perdante, car perçue comme la cause des maux de la société (précarité et chômage notamment).

Nous savons depuis longtemps que pour l’entreprise l’attractivité d’un territoire réside dans son « savoir-faire local », les qualifications de sa main d’œuvre, et ses équipements préexistants. Aujourd’hui cela veut dire qualité des infrastructures éducatives, des réseaux de transport, mais aussi du cadre de vie, de la vie culturelle, bref qualité de la vie sociale, de la cohésion sociale territoriale. L’entreprise ne peut plus s’affranchir d’une réflexion et d’une action sur son territoire. Elle a abandonné depuis de nombreuses décennies cette attitude qui a été souvent vilipendée comme paternaliste alors même qu’elle portait le souci d’une certaine cohésion territoriale.

Sur ce terrain elle ne rencontrera pas uniquement les pouvoirs publics locaux mais aussi les associations. Il est évident que la capacité des associations à susciter et renforcer la cohésion sociale et territoriale peut créer un environnement favorable à l’activité économique. Mais l’échange, voire la friction, avec le secteur associatif peut devenir un outil d’appréciation des évolutions sociales en cours et donc sans doute de la demande à moyen et long terme. « Le partenariat avec le secteur associatif peut devenir ainsi un réel investissement en intelligence économique, sous réserve qu’il soit posé sur les bonnes bases. »

Cela peut passer bien sûr par l’organisation d’un dialogue parfois exigeant entre associations, communes et entreprises susceptibles de réguler l’ensemble.

Dès lors, cela implique pour le monde associatif, dans la mesure où il constitue une des voix d’expression organisée et collective du corps social, d’interroger ses modes d’intervention et pour le moins de « mettre dans le jeu » d’autres acteurs que l’Etat afin de dessiner ensemble le bien commun sinon l’intérêt général.

Les nouveaux modèles économiques de coopération

La croissance et les nouveaux axes de développement économique sont de plus en plus liés à la capacité des citoyens et des acteurs sociaux à tisser des relations entre eux fondées sur la confiance et la coopération.

Nous sommes là au cœur d’une affirmation qui va très loin mais qu’il s’agit de démontrer notamment auprès des entreprises. Car elle est au cœur du combat de l’ESS et peut être considérée comme subversive par bon nombre d’entreprises qui ne sont pas encore acquises à l’idée que le principe coopératif comme l’organisation apprenante est au cœur du progrès économique. De là à accuser les associations d’entrisme !

Il y a une réalité qui est pourtant bien là. Le développement des services supposent dans tous les cas dialogue entre le donneur d’ordre et le fournisseur pour la mise au point d’un bien particulier ou la fourniture d’une prestation adaptée…..

Avec le recentrage inéluctable des syndicats sur l’entreprise pour des raisons de quête de légitimité, dans un moment historique de restructuration mondiale des échanges qu’exprime la crise actuelle, les revendications, les négociations, tourneront plus que jamais autour du contrat de travail et de l’emploi.

Or les contours du travail bougent, les aspirations des salariés sont de plus en plus individualisées. Auparavant le temps de travail était normé, ses frontières deviennent plus floues avec le web et le téléphone portable, les horaires décalés ou atypiques. De sorte que réfléchir sur le travail c’est aujourd’hui prendre en compte ce qui l’entoure, la garde des enfants et le périscolaire des adolescents, le transport et sa durée, le logement, la conciliation de la vie personnelle (pour ne pas en rester à la seule approche familiale) et professionnelle, les exigences de formation et d’information pour un travail de plus en plus abstrait, celles de la mobilité géographique et professionnelle.

Ces recouvrements de temps et de conditions de vie conduisent à l’élargissement du champ de la demande adressée aux syndicats alors même que les associations y apportent des réponses. Celles-ci ne pourront pas trouver de réponses collectives auprès des grands appareils de l’Etat providence qui ne peuvent pas trop individualiser ou territorialiser leurs propositions. Pensons au cas de la conciliation de la vie familiale personnelle et professionnelle. Dirigeants et syndicats devront construire avec le réseau associatif local des réponses qui pourraient être pour partie facilitées par la mobilisation des réseaux militants souvent communs mais qui jusqu’ici cloisonnaient leur action.

Le temps est donc venu de trouver des articulations entre les deux mondes pour répondre de manière adaptée à des besoins de plus en plus diversifiés et individualisés, pour construire des propositions qui ne renvoient pas seulement aux pouvoirs publics qu’ils soient nationaux ou territoriaux mais à l’initiative mutualisée. C’est peut-être en ces domaines que la rencontre avec les autres secteurs de l’économie sociale pourra être la plus féconde. C’est en ces domaines que les comités d’entreprises pourront puiser les ressources de leur renouvellement.

L’élan démocratique qui a porté les syndicats, qui alimente les associations, conduisent les militants des deux mondes à se connaître sur les territoires, souvent à agir le jour dans les premiers, le soir et le week-end dans les secondes sans faire de liens. Ils doivent aujourd’hui, c’est notre conviction, faire face ensemble aux transformations en cours, discuter entre eux et poser des diagnostics communs, enfin rechercher des réponses en en confiant éventuellement l’opérationnalisation à l’économie sociale.

En conclusion

Nous sommes dans une période où le conflit et les ignorances mutuelles se sont estompées. Pour autant la connaissance mutuelle n’est pas acquise d’autant que chacun a tendance à raisonner que sur une partie des associations. Mais “LES entreprises” et “LES associations” ont beaucoup de difficultés à se penser en tant qu’acteurs sociaux et celles qui s’y engagent risquent de gérer leur relation en fonction d’intérêts propres plus que centrées sur l’invention de biens communs indispensables, de régulations qui nous fassent sortir du recours constant à l’État, pour construire une autre économie et une démocratie attendue pour construire un avenir… Nous avons un espace à créer entre l’économique et le politique où la société civile est un acteur incontournable. »

Le débat dans ses grandes lignes

Remarque

Le débat a permis de nombreux échanges et des compléments d’information. La plupart des remarques ou des critiques concernent l’intensification des phénomènes. Aussi, pour rendre compte de la richesse du débat, il nous a semblé plus intéressant de regrouper les interventions par thème. Trois ont été choisis, d’autres regroupements sont bien entendu possibles :

- Le diagnostic de la situation et les enjeux,

- Le territoire,

- Les acteurs.

Enfin, un débat a été initié par Jean-Pierre Jaslin sur les organisations « intermédiaires » dont nous rendons compte .

Le diagnostic de la situation et les enjeux

Globalement les participants souscrivent à l’analyse présentée par Pierre Vanlerenberghe. Cependant, les interventions soulignent que la situation s’est radicalisée depuis l’analyse faite en 2007.

Dominique Thierry : L’ampleur de la crise est importante et il est difficile de prévoir sa durée. Les 3 crises précédentes étaient des crises d’ajustement des entreprises avec leur environnement. Celle-ci est d’une autre nature, elle pose des problèmes très différents.

Roger Sue : Depuis 1973, les courbes de productivité et de prélèvements se croisent, ce qui produit la dette actuelle et le blocage du niveau de prélèvement obligatoire.

Marc Deluzet : Nous avons perdu les repères économiques, nous ne percevons pas que ce sont les Chinois qui nous payent nos retraites. Roger Sue : Cette situation arrive à un moment où le mode de production est à bout de souffle et où l’on assiste notamment au niveau de secteurs comme l’éducation et la santé - secteur source de croissance - à un retrait sans précédent des services publics. On demande aussi à l’Université de produire des savoir-faire (et être) qu’elle ne sait pas produire, alors que les associations ont un réel savoir-faire à ce niveau (Capital cognitif). Mais elles ne savent pas se proposer comme producteur. Dans un tel contexte, les coopérations sont faibles, c’est la guerre entre les différents acteurs pour savoir qui va pouvoir s’emparer de ces secteurs. Cette situation nous la retrouvons au niveau des relations entre les entreprises et les associations.

JP Jaslin : Nous assistons effectivement depuis plusieurs années à une phase de déstructuration des modèles et des acteurs qui assuraient la régulation sociale. Cela bien au-delà du rôle de l’État. De nouvelles régulations plus diversifiées, plus micro et décentralisées se développent, mais il faut reconnaître qu’elles sont loin de pouvoir assurer un « encadrement social ». Nous constatons des répartitions de rôle, mais la construction de nouvelles régulations macrosociales reste en panne d’où un climat de violence très important qu’il devient coûteux à réguler. Le « vivre ensemble » est concerné par ces dérégulations, mais également les entreprises.

JP Jaslin : La crise du sens est essentiellement liée à une crise des démarches, car le sens ne se construit que dans l’action. Les associations et les entreprises ont innové en matière de pratiques, mais elles peinent à les industrialiser. Or les acteurs sont confrontés, même localement, à des problèmes très complexes, à des situations qui peuvent rapidement se dégrader (voir les images des quartiers avec l’impact de dévalorisation du patrimoine…) Ils doivent les affronter alors que la culture démocratique est maintenant plus celle des « copropriétaires » que celle d’invention d’un intérêt général. Situation qui nous invite à montrer l’intérêt de coopération associations entreprises, mais aussi de faire prendre conscience de l’impérative nécessité de changement.

Christophe Boyer : Une autre dimension s’est fortement modifiée depuis 2007, c’est la notion du temps. Toutes les entreprises sont soumises à des temps très courts et la mondialisation s’impose à eux si elles veulent éviter le déclassement. Dans ce contexte de changements très rapides, les prix sont plus fonction de la confiance et des coopérations que des composants du produit ou du service. Et sur ce point, les entreprises ont besoin de structurer des relations avec le non-marchand, car cela surdétermine leur économie. Les associations doivent être attentives à cette situation pour se positionner à partir de leurs valeurs spécifiques. Pierre Vanlerenberghe : La construction des rapports de confiance est indispensable pour bâtir une économie de la connaissance.

Roger Sue : Il nous faut donc intégrer des dimensions nouvelles dans notre analyse comme l’économie de la connaissance, le Capital humain et le capital social, le don… Aujourd’hui le travail, c’est « se produire » plutôt que « de produire », ce qui modifie profondément une approche sur le temps de travail.

Marc Deluzet : La question de la croissance est à poser dans des termes différents, elle demande de déplacer la frontière entre le « marchand » et le « non-marchand ». Nous avons besoin d’un nouveau levier avec de nouveaux critères - à définir - pour sortir d’une culture du résultat à court terme. Le capital humain, c’est la grande richesse de l’Europe, comment utiliser cet atout.

Roger Sue : L’étude du Rameau n’évoque pas la notion de capital social ou humain qui est pourtant un aspect important à repérer aujourd’hui. Marc Deluzet : Nous devons proposer une analyse propre de La Fonda qui parte de l’intérêt général et des associations ou alors on risque de chuter sur une analyse de la demande des entreprises. Associations comme entreprises sont dans des situations de nouvelles relations à structurer.

JP Jaslin : Dans un contexte très difficile, mais surtout incertain, où il faut inventer de nouvelles solutions, les associations et les entreprises hésitent à se positionner comme acteurs et à prendre l’initiative. Jacqueline Mengin : Nous sommes dans la situation d’enjeux forts avec des ressources rares. Charles Benoît-Heidsieck : Cependant, il est possible de développer un apprentissage commun. Des risques existent, on peut « se planter ». Toutefois, pour survivre à la crise, il faut dépasser les blocages, les incompréhensions et avoir l’ambition de construire un nouveau modèle pour le prochain millénaire. Un modèle qui articule le national (et au-delà) et le local et qui intègre d’autres acteurs notamment les collectivités territoriales. L’éclatement associatif, mais aussi des entreprises (TPE), s’il représente une richesse, sont une difficulté qu’il faut dépasser. Il faut penser multi-acteurs.

Roger Sue, Charles-Benoît Heidsieck : Le contexte est difficile, mais le pire n’est pas sûr et seules les associations sont en position d’engager le débat. Il faut un nouveau deal avec les entreprises au plan national, avec des objectifs pas trop ambitieux et un travail sur les territoires autour des bonnes pratiques. D’où l’urgence de penser les conditions d’un contrat avec des acteurs comme le MEDEF, Rameau, les grandes associations, CPCA… Charles-Benoît Heidsieck : Ce sont les premiers qui proposeront qui gagneront et nous n’avons que 3 ou 4 ans devant nous. C’est ce qui a convaincu le Medef de s’engager dans cette voie où les pouvoirs publics ne peuvent pas prendre la place de leadership. Les pouvoirs publics ont bloqué les associations depuis 15 ans alors qu’il fallait réinventer un nouveau jeu. JP Jaslin : Il faut créer une « autorité », des pouvoirs d’un nouveau type. Roger Sue : Mais nous devons tenir l’ensemble de la chaîne, y compris la gestion des emplois, même si la discussion sur la flexibilité est difficile à mener avec les syndicats.

JP Jaslin : L’expérience de coopération associations entreprises concerne de très nombreux secteurs d’activité, du conseil à l’aide en passant par des prestations plus classiques de services. Le paritarisme, même s’il est à bout de souffle, ou les activités des comités d’entreprise montrent la gamme des services qui peuvent être développés. (MD, JPJ) La société civile devrait se persuader de la nécessité de trouver des terrains d’entente avec les entreprises avant de se confronter avec l’État et cette stratégie passe par la reconnaissance de la légitimité des différentes parties qui s’engagent dans une pratique de co-construction. Marc Deluzet , JP Worms : Cela demande de prendre en compte les différentes temporalités (politique avec les élections, associative avec les exigences de financement, l’entreprise avec le court terme et le retour sur investissement). Les associations doivent trouver une entrée originale dans les différents domaines.

Le territoire

Patrick Simounet : Les interventions pour restructurer des territoires sont très complexes. Mais lorsque les collectivités facilitent l’implication des acteurs les projets on s’aperçoit que les projets progressent plus vite (on peut gagner 5 ans).

Jacqueline Mengin : Nous mettons l’accent sur le territoire, mais il nous faut prendre en compte le fait qu’il est assez malmené actuellement. Par ailleurs, nous devons intégrer que la plupart des lieux de décisions des entreprises ne sont pas sur les territoires. Il y a une certaine déconnexion entre les territoires et le niveau global qui offrent des espaces à saisir. Dominique Thierry : Cependant, les niveaux décentralisés sentent mieux les problèmes et les conditions pour réussir des changements viables.

Patrick Simounet : Nous retrouvons un jeu d’acteurs intéressants lorsqu’il s’organise autour d’une crise ou d’un changement de grande ampleur (restructuration de territoire) et les résolutions sont possibles en impliquant les associations. Étant donné la complexité des défis, il est important de sortir des partenariats classiques pour créer des nouveaux espaces territoriaux.

Les acteurs

JP Jaslin , Jacqueline Mengin : Tout en gardant une approche transversale, il faut garder à l’esprit la diversité des associations et des entreprises qui sont loin d’avoir une vision claire de leurs demandes. Nous devons aussi maintenir l’accent sur le bénévolat.

Dominique Thierry : C’est en fait la réponse sociale empirique qui déclenche les coopérations.

Les Associations

JP Worms : La situation nécessite que les associations prennent de la distance avec le modèle de l’entreprise. Elles doivent trouver (retrouver) leur propre modèle. C’est un travail de reconquête avec comme défi d’intégrer le don.

Dominique Thierry, Jacqueline Mengin : Les associations n’ont pas à copier les entreprises, qui si elles sont performantes, ne sont pas efficientes. Les associations doivent inventer des modes de management et de gouvernance spécifiques pour ne pas reproduire en interne les comportements de « petits chefs » ou (JM) animer des AG qui n’ont rien à envier avec celles des entreprises. Mais elles sont aussi dans une situation paradoxale où les projets nécessitent un temps long et où le financement mobilise le court terme.

Jean-Pierre Worms : Les associations sont efficiente par nature (atteindre les objectif avec peu de ). Pour autant, elles doivent gagner en efficacité et accepter une évaluation.

JP Jaslin : Il est également nécessaire que les associations pensent en termes d’interdépendance avec d’autres acteurs et pas seulement en termes d’autonomie. Elles doivent faire attention de ne pas s’illusionner sur le capital de sympathie dont elles sont l’objet, car si elles sont valorisées, majoritairement les Français pensent qu’elles font en fait le travail que l’État n’effectue plus. Leur bonne image ne doit pas nous faire oublier qu’elles sont mises parfois dans des situations réglementaires, fiscales et financières où leurs offres peuvent renforcer des inégalités (notamment pour les couches intermédiaires inférieures – du 2° à 6° décile -).

Jacqueline Mengin : Dans le contexte actuel, il faudrait armer les associations pour qu’elles soient moins naïves et éclairer les conditions minimums à réunir pour réussir et s’engager dans des objectifs crédibles et atteignables. JP Jaslin : On repère vite dans une entreprise la qualité des personnes qui sont engagées dans des pratiques réellement associatives qui ont certainement plus produit de compétences pratiques que le système scolaire. Jacqueline Mengin : Il faut aussi repérer ce qui pourrait être un point de départ pour une coopération efficace avec le Medef. Charles-Benoît Heidsieck : Le capital humain et les compétences des associations sont un atout, mais il faut être capable de les rendre visibles pour être crédible.

Les entreprises

Jacqueline Mengin : Attention à une centration trop forte sur les entreprises, elles sont sollicitées de toutes parts (société, État…), elles ne répondront pas à tout. Charles-Benoît Heidsieck : Elles refuseront de « payer deux fois ».

Dominique Thierry : Actuellement, les entreprises ont des messages positifs vis-à-vis des associations, mais le concret tarde et pendant ce temps les associations « rament ».

Marc Deluzet : Il nous faut aussi tenir compte que les niveaux intermédiaires sont souvent moins sensibles aux coopérations avec les associations, car c’est la culture de résultat qui prédomine. La construction d’opérations sur un territoire où les entreprises ont perdu de leur impact demande du temps et pose de nouveaux problèmes de mobilisation. Cette coopération est indispensable dans de nombreux domaines, nous le voyons lorsque nous travaillons sur le « Bien-être au travail » cela exige des lieux neutres pour trouver des solutions opérationnelles entre les différentes « parties prenantes ». C’est un nouveau jeu dans lequel doivent s’impliquer les acteurs sociaux traditionnels.

Une présentation des mouvements et des tensions à l’œuvre au cœur des organisations intermédiaires (JP Jaslin)

Il n’est pas évident d’examiner les mouvements en cours qui ont lieu au cœur des organisations intermédiaires de la société civile et particulièrement ceux qui couvrent les associations. La diversité des structures, la transformation des demandes, l’émergence de nouveaux acteurs, la recherche de nouvelles démarches, la professionnalisation des salariés et des bénévoles, le développement d’expertise et la construction du jeu de concertation avec les pouvoirs publics sont autant de domaines qui transforment progressivement les organisations de la société civile et ses relations qu’elles entretiennent avec la société politique et l’économie.

Traditionnellement, on pouvait expliquer le mouvement par une étape de diagnostic réalisé par les personnes concernées par un problème et qui s’étaient regroupées pour trouver des solutions. Cette phase permettait le développement d’un jeu d’acteurs aboutissant à une proposition d’activité dont les moyens et les règles étaient négociés avec la sphère publique (État providence, Collectivités locales…). Le développement de ces prestations favorisait la reconnaissance des acteurs et l’intercompréhension entre la société civile et le politique. Puis venait la phase de professionnalisation des intervenants et pour finir l’institutionnalisation de l’activité. Ce jeu créait des acteurs qui dynamisaient la société civile. Actuellement la situation est plus complexe. La tension entre une logique du « monde vécu » au niveau de la société civile et celle du système de stabilisation par les politiques et les professionnelles est plus forte. La concurrence s’exaspère renforcée en cela par la médiatisation.

L’image des associations se transforme et l’ONG médiatique et professionnalisée peut être plus valorisée que l’association de quartier qui cherche à faire participer les habitants. Parallèlement, l’État et les collectivités locales - ainsi que progressivement les entreprises – participent à la création d’associations qui ne favorisent pas toujours une grande participation (voir le secteur de l’emploi, la culture, le sport…) Les mouvements sont rapides, l’imposition de règles devient très contraignante et renforce le poids des professionnels. Les modes de financement se diversifient, les besoins évoluent fortement, mais restent diversifiés, les envies de participation s’expriment de manière nouvelle… aussi, il n’est pas aisé de faire un pronostic sur les modes d’organisation future de la société civile.

Il est difficile d’affirmer aujourd’hui quel sera le modèle qui s’installera progressivement, mais il est urgent de se poser la question en quoi les différentes modalités qui se développent participent à la création de lien social, à la création de nouvelles solidarités, à l’émergence d’un jeu d’acteurs plus riche… ou favorisent une économie de la connaissance et du don (sortir de la logique de l’intérêt pour développer celle du don), seuls capables de nous permettre de faire face aux nouveaux défis. « La fertilisation des sociétés » (ONG), l’industrialisation des changements, le développement d’une plus grande transparence, les démarches d’évaluation, les processus d’implication des acteurs, la place des bénévoles, le renouvellement des instances dirigeantes sont autant de domaines qui doivent se réinventer dans un jeu instable où les associations n’ont pas toutes les mêmes ressources et les accès aux financements. Les nouvelles organisations transversales comme les plateformes, les agences bousculent également le jeu et peuvent faire perdre de l’influence aux organisations fédérales.

Charles-Benoît Heidsieck : La situation peut être lue de deux manières : celle d’une logique de système ou celle des besoins. Sont-elles opposées ou complémentaires ? Où place-t-on le curseur ? Il peut aussi être fait un choix de l’innovation avec une société civile qui réalise un travail de R & D sur le terrain et qui passe ensuite le relais aux entreprises pour favoriser l’industrialisation.

JP Worms : Le problème central, c’est que dans toute une partie de la population il y a beaucoup de sans voix, de sans parole, et que cette tendance se renforce. Le « petit monde de la représentation » (Emmaüs, Secours catholique, ATD quart-monde…) tente de faire reconnaître ses réalités, mais cette situation rejette hors du champ social de nombreuses personnes qui ne trouvent pas de lieux pour être acteurs. La difficulté essentielle, c’est la coupure qui existe et s’approfondit entre les citoyens acteurs et une autre qui n’accède pas à ce « statut ». Il faut donc que l’on précise qu’est-ce que l’on recherche : Une logique de construction d’un champ d’activité avec une démarche dialectique entre les besoins exprimés par la société civile et la mise en œuvre de prestations ou l’invention d’un principe d’autorité régulatrice qui créé du lien social en développant des services. D’où, dans ce cas, l’importance des entrepreneurs sociaux. Nous ne devons pas oublier que notre projet est centré sur le développement de liens, la relation associations entreprises est un moyen. Notre question est de savoir comment progresser ?

Dominique Thierry : Un certain nombre d’acteurs sont assez mal connus et leurs implications sont très variées. Dans le 93, la moitié des ONG articulent les actions de solidarité internationale et locale avec une vraie démarche d’aide. Mais de manière complètement éclatée et autour de dimensions identitaires.

Charles-Benoît Heidsieck : Il faut trouver des solutions structurantes, car les entreprises ne savent pas construire leur relation autrement que leurs pratiques actuelles et personne n’arrive à construire des ponts. Les solutions n’existent pas aujourd’hui. Aussi pour progresser, il faut développer des démarches pratiques, ponctuelles pour réussir à mettre les différents acteurs autour de la table et reconnaître la contribution de chacun. Dans beaucoup de domaine, nous sommes embarrassés pour trouver des interlocuteurs capables de s’engager avec des investisseurs solidaires.

Il faut se persuader que les partenariats sociaux (ESS) vont vers les entreprises, car les préoccupations sont identiques : La seule question qu’elles se posent c’est le « comment ». Les associations traditionnelles sont dans une autre logique. Pierre Vanlerenberghe : Toutefois les ESS (mutuelles) se retrouvent avec les associations, car elles ont des codes assez proches.

JP Jaslin : Il faudrait éviter une segmentation des interventions qui renforcerait la coupure actuelle et rechercher plutôt les transversalités pour favoriser l’inclusion sociale. Nous devons aussi examiner tout un champ d’expériences de coopération - succès ou échecs - qui existe déjà, y compris des secteurs comme le paritarisme et faire des propositions pour amplifier les dynamiques présentes en les intégrant dans des opérations plus ambitieuses. Au-delà de l’accord et des discours entre les parties, il faut favoriser le développement d’apprentissages conjoints pour créer la confiance.

Dominique Thierry : Sur les territoires, il faut repérer les acteurs qui ont une réelle analyse de la situation, car nous sommes de plus en plus face à des situations particulières comme dans le 93. Charles-Benoît Heidsieck : Le niveau d’intervention territoriale est plus prometteur que ce que l’on croyait, mais nous ne pouvons pas non plus négliger la force des structurations nationales des entreprises et des associations. La piste de la typologie et des parcours d’innovation présentée par Rameau peut permettre de continuer notre réflexion.

JP Worms : Mais pour réussir, nous devons chercher localement et nationalement les acteurs incontournables et repérer les facultés de nuisance, tout en gardant comme fil conducteur : l’urgence de créer une autre logique que celle notre société actuelle.

Les pistes de proposition et les conditions de réussite

Nous reprenons dans ce paragraphe des éléments de proposition qui sont apparus au cours du débat. Elles ne sont pas directement opérationnelles et jouent plus comme des conditions à réunir pour qu’une démarche de coopération Entreprises – Associations réussisse.

(MD) La Fonda doit proposer une analyse propre de la situation et partir d’une demande sociale et non seulement d’une proposition de coopération.

(JM) Les propositions que nous ferons doivent être crédibles pour le Medef et les entreprises, mais également pour les associations. Il faut donc les armer pour éviter une trop grande naïveté.

(JPW) Nous devons bien préciser l’importance de la création de liens sociaux pour réduire la fracture actuelle et favoriser l’inclusion.

(RS) Les associations doivent pouvoir montrer leur originalité sur chaque dossier et les propositions doivent permettre de tenir l’ensemble de la chaîne.

(CBH) Aussi pour progresser, il faut développer des démarches pratiques, ponctuelles pour réussir à mettre les différents acteurs autour de la table et reconnaître la contribution de chacun.

(PV) Les démarches doivent permettre la création d’un rapport de confiance et développer une « économie du don », (CB) car l’échange est avant tout du don.

(JPJ) La démarche doit être porteuse de sens pour les acteurs et la dynamique doit viser une « industrialisation » des pratiques. Nous devons aussi examiner tout un champ d’expériences de coopération - succès ou échecs - qui existe déjà, y compris des secteurs comme le paritarisme et faire des propositions pour amplifier les dynamiques présentes en les intégrant dans des opérations plus ambitieuses.

(MD) Pour combattre la logique de résultat, il est important de définir de nouveaux critères en partant du capital humain qui est une des plus grandes richesses des sociétés européennes.

(RS, DT, JM…) La dimension RH des associations doit permettre de faire reconnaître les compétences, mais également de favoriser plus de rigueur.

(JM) Pour sortir de l’imitation des entreprises, les associations doivent repartir de leur valeur et construire des pratiques de management et de gouvernance originales.

(JM) La société civile devrait se persuader de la nécessité de trouver des terrains d’entente avec les entreprises avant de se confronter avec l’État.

Compte-rendu publié le 08/11/2010

Documents joints à cet article
Asso & entreprises 2010 - PDF - 659.1 ko

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